On a tous droit à une seconde chance…

Même Ben ! La vie est une farce.

Ce matin, de bonne heure et de bonne humeur (enfin… vers 9h30 et avec un soupçon de râlerie), j’ai chargé mes 30kgs de sacs sur mon dos (oui, va falloir se mettre au régime, ça commence à être pénible…) et je suis allée prendre le bus. Pour aller où ? Et bien… récupérer mon van, pardi !

Parce que oui. Je remets ça. Vous savez ce qu’on dit : quand on tombe de cheval… Bon, la vérité c’est que le van était déjà loué bien avant que je m’embrouille avec Ben.

Bref, je me traîne jusqu’à l’arrêt de bus. J’attends… J’attends… J’attends… 54 minutes !!! Parce que le bus, il ne passe qu’une fois par heure !!! Même s’il est indiqué sur le panneau  qu’il passe toutes les 10 minutes… Moi pas comprendre bus à Auckland… Mais je finis quand même par monter dedans et demander au chauffeur de m’indiquer quand on est arrivé à mon arrêt (parce que si les horaires sont déjà compliqués à comprendre, l’itinéraire du bus est juste un simple cauchemar). Je descends donc au bon endroit et je marche 20 minutes avec tout mon barda pour arriver jusqu’au dépôt de la compagnie de location qui se trouve au milieu de… rien. Bref, adieu mon zeste de bonne humeur.

Je remplis des papiers, j’en signe d’autres, le gars m’explique comment ça se passe en cas d’accident (euh… t’inquiète, je sais très bien comment ça se passe…) et il me dit : « Bougez pas, je vais faire le check-up du véhicule et je vous le ramène juste devant l’entrée ». OK. Et là… quand le van arrive… j’éclate de rire. C’est le même. Exactement le même. Tellement le même que lui aussi, il s’appelle Ben. J’en ai vu d’autres pourtant sur la route. Des Lily, Jim, Alex, roses avec des fleurs, jaunes avec des feuilles… Et bah non, moi, j’assiste à la résurrection de Ben. Tadaaaaaa !!

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Je vous laisse imaginer la tête du loueur quand je lui ai expliqué que je connaissais très bien Ben et que la dernière fois qu’on s’était vus, il s’éloignait à l’arrière une dépanneuse…

Je remonte donc en selle. Enfin, je me remets derrière le volant, quoi. Et me voilà à nouveau sur la route. J’aime autant vous dire que je serre très fort le volant et que j’ose à peine cligner des yeux. Et j’emmène Ben à Tauranga, à quelques 200kms de là.

Pas exactement à Tauranga en fait. Plus exactement au Mont Maunganui. Le Mont Maunganui est une montagne qui s’élève au bout d’une presqu’île, là, comme ça, comme sortie de la plage au milieu de nulle part (plage sur laquelle les lycées du coin viennent faire leurs cours de sport, ici, le surf est obligatoire…). Le must do, c’est de grimper au sommet de la collinette pour admirer la vue à 360° tout autour. Et c’est très joli. Y a des moutons qui tondent la pelouse, le soleil qui commence à se coucher et l’océan… partout. Comme dirait quelqu’un que je connais : « Pfffff… qu’est-ce que c’est beau ! »

Mais je ne suis pas en avance, je dois encore faire des courses et rouler jusqu’à Rotorua où j’ai décidé de passer la nuit. Alors je redescends de la montagne sacrée (oui, alors… chaque fois que tu vas quelque part en Nouvelle-Zélande, tu peux être à peu près sûr que c’est un endroit sacré pour les Maoris. Maunganui, ça veut « celui qui attrape la lumière du jour »… c’est poétique le maori) et j’arrive à Rotorua à la nuit noire. Le seul truc qui me fait dire que je suis au bon endroit, c’est l’odeur… Rotorua est une ville sacrée (bah tiens, ça m’aurait étonnée…), construite sur un site géothermique et ça sent le soufre…

Alors, avec Ben, on s’installe, et on passe la soirée chacun de notre côté. Lui, avec ses potes campervans, branché à la borne électrique et moi, avec les autres campeurs, dans la piscine d’eau chaude minérale. Ah oui, le camping en Nouvelle-Zélande c’est autre chose. Dans la majorité des campings, y a des sèche-cheveux dans les salles de bain (si, c’est important) et des piscines chauffées ou des jacuzzis. Et tout ça pour la moitié de ce que je payais en Australie. C’est bien simple, on se demande pourquoi les gens vont dans des hôtels. Y a juste un truc. Un tout petit truc, 3 fois rien. C’est juste que la Nouvelle-Zélande, c’est pas en zone tropicale. Si il fait 20°C dans la journée, il fait moins de 10°C la nuit. Et 10°C dehors = 10°C dans le van. Mais j’ai tout prévu ! Ce coup-ci, j’ai un mini-chauffage. Un truc qui fait le bruit d’un avion à réaction et qui transforme Ben en fournaise… Oh, je vous entends d’ici : « Jamais contente celle-là, toujours à se plaindre, blablabla… » Eh ! Je me plains pas ! Je partage un constat… Rien à voir…

Photos ici.

Aujourd’hui, Ben est entré dans ma vie…

Ha ha ! Je vous vois déjà ! Mais… c’est qui ce Ben ? D’où il vient ? Il fait quoi dans la vie ? Il est roux ?

Alors, je vais pas vous faire languir… Ben est effectivement roux, c’est un hippie et il est beau comme un camion. C’est normal, c’est un camion. Voilà, c’est Ben.

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Depuis ce matin, j’habite chez Ben. Dans Ben pour être exacte. Mais ça ne sonne pas très bien, on pourrait comprendre que j’habite dans une benne, ce qui n’est évidemment pas le cas, ça pourrait prêter à confusion. Bref, depuis ce matin, mes frères peuvent enfin dire légitimement que je suis une hippie (c’est comme le Port Salut, c’est marqué dessus).

Ça n’a évidemment pas été une mince affaire de récupérer Ben. Il a fallu que je me rende au fin fond de la zone industrielle de Sydney, que j’aperçoive Ben dans un coin du parking, que je me dise « Omaillegode ! Faites que je me trimballe pas dans un truc aussi voyant… », que Dieu ne m’entende pas (encore une preuve de plus s’il en fallait de la non-existence de Dieu…), que je me fasse encore délester d’une bonne centaine de dollars pour une assurance « bris de glace » (dont l’histoire dira que c’était une bonne idée de la prendre cette assurance…), que la petite dame me montre tous les trucs et astuces du parfait hippie (non parce que ça a l’air simple comme ça mais pour réussir à caser un séjour-salon-salle-à-manger-cuisine-chambre dans 6m², faut être un peu un as de l’optimisation), que je me répète pas loin de 200 fois « Ici, on roule à gauche, A GAUCHE, A GAU-CHE ! » et c’est parti mon kiki !!

Comme j’ai décidé de me la jouer warrior ultra, j’ai pas de GPS, juste un atlas de l’Australie au 1/1 000 000 et le Lonely Planet (et on sait ce que valent les cartes du Lonely…). Autant dire que sortir de Sydney fut un jeu d’enfant… (« A gauche, à gauche, à gauche… aaaAAAAAH ! Mais qu’est-ce qu’il fout là celui-là ??!! … Ah oui, ils roulent à gauche… ») Mais comme rien ne m’arrête et qu’ici, ils s’en foutent complètement de savoir combien j’ai de points sur mon permis (rappelons juste que je n’ai pas conduit depuis plus de 6 mois et que j’ai récemment écrasé un chien à moto), je me retrouve bientôt fièrement sur la Pacific Highway, direction plein nord parce que c’est pas tout mais j’ai quand même pas loin de 2800kms à avaler en 15 jours…

Bon. L’étape numéro 1, c’est de faire les courses pour remplir le frigo. Vous savez depuis combien de temps je ne suis pas allée « faire les courses » ? Du coup, je suis toute contente de gambader dans les allées du supermarché au volant de mon caddie et je vis même un moment de bonheur particulièrement intense au moment de comparer les prix au litre des liquides vaisselle… Rendez vous compte : je vais devoir faire la vaisselle, faire cuire des pâtes, faire mon lit (… ah non, ça, apparemment, j’ai pas pris l’option). Bref, je retrouve des habitudes de la vraie vie… j’en suis tellement contente que j’en oublie de vérifier qu’il y a bien un pont au bout de la route et que je suis bonne pour faire un détour de 50kms…

Alors 50kms, dit comme ça, ça a l’air de rien. Mais avec Ben, 50kms, ça prend pas loin d’une demi-heure. Ça prend même une bonne demi-heure. Parce que Ben, il est gros et il roule pas vite ou alors il consomme à mort. Et puis, la Pacific Highway, c’est pas l’A6. Ça ressemble plutôt à l’A86 au niveau de Versailles, là où c’est tout le temps en travaux. Et quand il y a des travaux, on divise la vitesse par 2. Autant dire que les 450kms prévus initialement pour cette première journée se réduisent à 250. Et que je me dis qu’il va pas falloir trop se planter sur l’itinéraire si je veux pas passer tout mon temps le coude à la portière.

Mais c’est pas grave. Pour cette première nuit, Ben et moi, on choisit de s’arrêter au Myall Lake National Park où on opte pour un camping privé tout confort où Ben peut même étancher sa soif d’électricité (bah oui, le frigo ne marche pas à l’énergie solaire, c’est mal fait mais c’est comme ça). C’est super joli, il y a plein d’oiseaux qui chantent dans le soleil couchant, le lac vient lécher nos pieds et y a même des kangourous qui me raccompagnent après que je sois allée prendre une douche. Décidément, c’est pas farouche ces bêtes-là ! Pendant que je me prépare un festin (soupe Maggie et tartines de cream cheese… hummm ! j’ai toujours été un vrai cordon bleu…), je vois passer un dingo et 2 autres petites bestioles qui courent bien trop vite pour être identifées. Mouais… vais pas rester trop longtemps dehors moi, c’est bien trop habité cette nature !

Le lendemain matin, réveillée par le soleil qui est entré dans l’angle de mon hublot, je me mets en quête de faire du thé. Et là… c’est le drame. Je m’aperçois que certes, j’ai bien raccordé Ben à la borne électrique mais oups ! j’ai oublié d’appuyer sur « ON » et donc Ben n’a absolument pas rechargé ses batteries pendant la nuit… C’était bien la peine de demander exprès un « powered site », pfff !

Après un lavage de bol acrobatique (T’as déjà essayé de faire la vaisselle dans un évier à hauteur de tes épaules avec un robinet qui marche comme une pompe, c’est-à-dire que d’une main, tu laves le bol et de l’autre, tu pompes, le tout avec les coudes au niveau des oreilles ? Non ? Et bah, n’essaye pas…), Ben et moi, on reprend la route. Aujourd’hui, on va à Port Macquarie. En route, on s’arrête au Booti-booti National Park, sur une de ces petites plages comme il y en a des tas le long de cette côte australienne, un immense banc de sable blanc tout fin qui crisse sous les pieds, des rouleaux turquoises qui déferlent sans arrêt et une grappe de surfeurs qui tentent de dompter l’océan. Nan, vraiment, c’est pas facile…

Il est impressionnant cet océan d’ailleurs… On sait qu’il est dangereux, qu’il y a des courants qui peuvent t’emporter à tout jamais, qu’il y a des requins, des méduses, des crocodiles… bon, moi, quand je vois une grappe de surfeurs tranquillement en train de barboter, je me dis que je peux m’y risquer aussi, faudrait vraiment que j’ai la poisse pour que ce soit mes orteils que le requin ait décidé de venir chatouiller (hum, hum… certes, la poisse n’est jamais bien loin, ne l’oublions pas). Et puis l’eau est suuuuper froide ! Au moins 25°C ! Ou peut-être 20, aucune idée. De toute façon, t’as pas le temps de te dire « Ouh mon dieu, qu’elle est froide ! », t’as déjà été submergé par 3 vagues. Vivifiant.

Mais qu’est-ce que c’est beau… Ouais, on peut se dire, ces Australiens, vraiment, ils en font des caisses, tous les noms dans le coin c’est genre Gold Coast, Sunshine Coast, Surfer’s Paradise, Palm Beach… Sauf qu’en fait, c’est vraiment super beau. Des kilomètres de sable blanc, des dunes parsemées de petits brins d’herbes (comme c’est bucolique…), des milliers de mouettes qui tournoient (ce qui peut vite devenir un problème quand t’as décidé de manger un sandwich) et l’océan à perte de vue… L’océan bleu, bleu roi, bleu turquoise, bleu lagon, bleu océan… une vraie carte postale. Ma-gni-fique !

Et ça tombe bien parce que grosso modo, c’est à peu près l’essentiel du programme pour les 2 semaines à venir. Alors en attendant, Ben et moi, on profite. On compare les vagues d’une plage à l’autre, on s’octroie de longues pauses déjeuner, on se fait griller des saucisses sur les barbecues électriques présents un peu partout, on roule un peu (pas mal à vrai dire) la fenêtre grande ouverte et la radio à fond, on va 2 fois jusqu’au phare de Byron Bay (une fois sous la pluie et une fois au soleil, juste pour être sûrs de n’avoir rien loupé) et ainsi défile la route jusqu’à Brisbane.

Au moment d’atteindre Brisbane, on hésite. La première idée c’était d’y passer la nuit et de visiter un peu la ville. Sauf que. Entrer dans une grosse ville comme ça qu’on ne connait pas au volant de Ben, c’est un peu angoissant. Et puis, dans la ville même, y a pas de camping. Et se retrouver parquer dans une lointaine banlieue ne présente pas grand intérêt. Alors finalement, on n’entre pas, on contourne. Brisbane, ce sera pour la prochaine fois.

En attendant, on tente le camping sauvage. Oui, parce que tout ça c’est bien joli mais à 32$ en moyenne l’emplacement en caravan park, faut trouver des solutions. Pour cette première expérience, je choisis Redcliffe, une petite ville qui s’étire le long de la plage à quelques kilomètres au nord de Brisbane. Comme partout, il y a bien 2 ou 3 caravan parks qui ne demandent qu’à nous accueillir mais ce soir, on a décidé de se la jouer solo. Alors, après avoir arpenté le front de mer, on choisit un endroit sympa (j’ai bien vérifié avant qu’il n’y avait pas marqué « No camping »), face à l’océan, avec barbecues et sanitaires (eau chaude dans les douches, si ça c’est pas la grande classe) et après un petit bain de mer, c’est toute fière de moi que je m’apprête à faire cuire mes pâtes sur le réchaud au gaz de Ben. Sauf que. Y a des jours où je serai bien contente de fumer. Bah oui. Parce que là, j’ai tout ce qu’il faut (l’eau, les pâtes, la sauce tomate, les restes de saucisses à mettre dedans) sauf que je n’ai rien pour allumer mon réchaud. Pas la moindre allumette à l’horizon. Et les Australiens ne fument pas non plus (le paquet de cigarettes à 20$ a l’air d’être dissuasif…) ou alors le pays est en rupture de briquet mais rien à faire, pas moyen d’allumer ce foutu réchaud, je remballe donc mes pâtes. Grumpf !

Mais heureusement, pour me consoler, le soleil qui se couche enflamme le ciel et j’ai droit à un sacré spectacle pour moi toute seule. Et Ben. Et les quelques joggeurs qui trouvent eux aussi que l’endroit est sympa. Et qui me lancent des « Hello ! » quand ils m’aperçoivent à l’arrière du van. Puis qui engagent carrément la conversation quand ils me voient peler mes carottes. Décidément, qu’est-ce qu’ils sont sympas ces Australiens…

Photos ici.