PCT Day 102 : Washington is kicking my ass…

du Mile 2147 au Mile 2174

Le réveil sonne à 5h. Le soleil commence à peine à se lever. Mais on doit rattraper le retard pris hier et battre la chaleur. En route !

Très vite, on se rend compte que le Washington n’a rien à voir avec l’Oregon. Les dénivelés sont totalement différents avec de grandes montées et de grandes descentes dans la forêt. Pas de jolis points de vue, rien que des arbres à perte de vue. Pourtant, tous les gens qu’on croise (notre première grosse vague de Sobos) nous promettent que le Washington va être extraordinaire, épique, incroyable, you’re gunna love it ! Pour l’instant, y a rien à signaler : il fait une chaleur à crever, on transpire comme jamais, on fait de longues pauses, on boit des litres et on fait jamais pipi… La dernière descente est interminable et je compte les dixièmes de miles jusqu’à la rivière où l’on est censés camper.

On arrive sur les rotules au campsite  qui est déjà plein à craquer. 27 miles aujourd’hui, pas question de faire un pas de plus ! Il faut jouer aux legos pour mettre sa tente mais on se trouve un petit bout de sable où on arrive à caser nos 3 tentes. On se prépare à dîner rapidement et on se roule en boule dans nos sacs de couchage. Cre-vés. Washington is maybe beautiful but it’s kicking my ass right now..

 

Publicités

PCT Day 101 : Sayonara Oregon!

de Cascade Locks (mile 2144) au Mile 2147

Ce matin on profite du lit de la Hobbit House jusqu’à la dernière minute. Il fait déjà super chaud et notre motivation est aux abonnés absents. On remplit nos foodbags lentement, bouclent nos sacs encore plus lentement et après avoir étendu une dernière lessive de serviettes de toilette pour le bien de la communauté, on quitte Shreck à un rythme de tortues.

Il n’est que 11h et il fait déjà beaucoup trop chaud. Avant de retourner sur le trail, on fait un arrêt au dinner. J’ai franchement pas faim mais il y a la clim’. On traîne plus que nécessaire et Spider écrit dans le trail register : « We’re gunna death march out of town. 105°F not sure about Celsius but prolly like 60°C. Or 40°C. Hell is rising up and will take over the mortal world. Happy trails ! Good luck. »

Vers 13h on finit par traverser le Bridge of the Gods. Il y a du vent et on peut sentir la  structure trembler. Et ça y est : on est en Washington !!

On a grosse montée à venir mais il n’y a pas beaucoup d’eau et la chaleur est écrasante. On s’arrête près d’un petit ruisseau au bout de 3 miles et on se couche par terre à l’ombre pendant près d’une heure. On discute avec Sausage et Chanelle, 2 autres hikers qu’on a rencontrés la veille chez Shreck et qui préfèrent eux aussi rester à l’ombre plutôt que d’aller mourir de heat exhaustion sur les crêtes.

Il y a quelques campsites autour de nous et après une autre heure, on finit par décider de camper là. On se lèvera plus tôt demain matin mais là c’est insupportable. Je transpire alors que je suis juste couchée par terre. On profite de ce petit break pour discuter de comment on veut retourner dans la Sierra une fois arrivés au Canada et de ce qu’on veut faire pour nos vacances post-trail.

Notre prochain resupply est à Trout Lake et petite performance du jour va rajouter une journée de marche. Ce soir, on rationne un peu le dîner pour pouvoir tenir jusqu’à Trout Lake.

Il fait toujours très chaud alors qu’on se couche. Le réveil sonnera à 5h demain. Espérons qu’il fera un peu plus frais…

PCT Day 99&100 : Double zéro à Cascade Locks

Urs n’est jamais venu pour le petit dej. Vers 10h, on en conclut qu’il a repris la route de bonne heure et on finit d’engloutir le bacon, les oeufs et les toasts qu’on avait laissé de côté pour lui.

On a décidé de prendre un zéro à Cascade Locks et de se reposer. Pour économiser un peu, on ira dormir chez Shreck ce soir. Mais en attendant, on refait une lessive : mon t-shirt est plein de taches de gras à cause de la pizza que j’ai avalée dans le noir et allongée dans le canapé hier soir. Spider va à la Poste et récupère 3 colis que sa mère a envoyé avec des tas de trucs géniaux comme un livre de coloriage, des magazines et plein de fromages pour les petites Françaises… Thank you Mary Ferry !!

En fin de matinée, on déménage. En arrivant chez Shreck, y a presque personne et on s’installe sur les meilleurs spots : la Hobbit House (une petite cabane à moitié sous terre) et le Rooftop (sur le toit de l’abri au milieu du jardin). Il fait super chaud. Il va y avoir une heat wave les prochains jours et on sait d’avance que ça va franchement pas être rigolo. Cascade Locks est le point le plus bas en altitude de tout le PCT et on a 27 miles de montée devant nous…

En attendant, on va à la Poste où pour la première fois, ma bounce box n’est pas là. Elle n’a en fait jamais quitté Sisters où j’avais demandé par téléphone à la postière de la transférer à Cascade Locks (la Poste était fermée à Sisters le jour où on y était). Je rappelle donc Sisters et la postière se confond en excuses. Elle a bien envoyé la box de Lucie mais pas la mienne. Elle propose de renvoyer la box dès le lendemain à Cascade Locks mais ce sera déjà trop tard. Je lui donne donc l’adresse de Stehekin. Ça semble être la meilleure option.

Spider a rendez-vous pour le déjeuner avec son cousin Dennis qui n’habite pas très loin de Cascade Locks. C’est d’ailleurs chez lui que Spider a passé la semaine du 4 juillet pendant que j’étais en France. Cousin Dennis a 70 ans bien tassés et roule en tricycle Harley Davidson. Il se vante de ses conquêtes en ligne et me fait bien rire avec son accent à couper au couteau et ses commentaires réac. Comme il a décidé qu’il m’aimait bien, il me fait même faire un tour sur son tricycle ! Un tour en Harley Davidson ! Ça ne se refuse pas !

Une fois la balade terminée, on rentre chez Shreck et on passe l’après-midi à glandouiller, colorier et se plaindre de la chaleur… En fin d’après-midi, on va boire un verre à la brasserie au bord de la rivière avec Masshole qui n’arrête pas de nous dire qu’il va faire beaucoup trop chaud dans les prochains jours, qu’on ne devrait pas randonner, question de sécurité et propose de nous emmener à la plage le lendemain car il ne travaille pas. On se regarde et… on décide de doubler notre zéro ! Pour fêter ça, on reprend une tournée !

A la nuit tombée on rentre chez Shreck et on discute avec les autres hikers autour du feu. Alan est là, encore, mais on arrive à éviter la conversation avec lui. Il commence à vraiment nous agacer.

Le lendemain, on se lève à 9h30. Bien à l’abri dans la Hobbit House, on n’a pas été réveillés par les premiers rayons du soleil et on a réussi à faire une vraie grasse mat. On va prendre le petit dej au dinner sur la rue principale et on papote avec la serveuse qui nous raconte sa vie (elle raconte sa vie à tout le dinner en fait…). Son fils a fait le PCT il y a quelques années et il y a rencontré son mari. Elle est donc extrêmement enthousiaste quand elle apprend qu’on fait le PCT aussi…

On décide d’être un peu efficaces et de s’envoyer notre prochain resupply à White Pass. On est donc bons pour un énième passage à la Poste avant de retourner traîner chez Shreck, continuer à colorier et se sentir tellement chez nous qu’on accueille les hikers qui viennent juste d’arriver. Certains commencent même à penser qu’on travaille là… il va être temps de repartir !!

On n’a pas vu Masshole aujourd’hui et l’idée d’aller à la plage semble tomber à l’eau. Du coup, on retourne à la brasserie au bord de l’eau en espérant qu’il y fasse un peu moins chaud. On y retrouve d’autres hikers, on grignote, on boit, on regarde les bateaux passer… Puis on rentre « à la maison » traîner encore, partager le surplus de nos resupply avec les autres hikers et regarder le soleil se coucher.

Avant d’aller dormir, je prends une douche froide. Les prochains jours vont vraiment être insupportables…

PCT Day 98 : Jello knees

du Mile 2133 à Cascade Locks (mile 2144)

Lever à 6h comme d’hab ce matin mais c’est difficile de lever le camp rapidement tellement j’ai mal aux jambes… Merci les 29 miles de la veille ! J’ai même des ampoules que je perce alors qu’on prend le petit dej. Bon appétit et bonne journée…

Evidemment, on est les derniers à décoller du campsite. Faut dire qu’on n’est pas plus pressés que ça. Aujourd’hui on va juste à Cascade Locks et il n’y a que 11 miles. Ea-sy. En plus ce n’est qu’une gigantesque descente. D’ailleurs plus on descend, plus on sent la température monter. Et l’humidité aussi. Sensation moyennement agréable de se retrouver dans la forêt amazonienne…

Vers 10h, on sent qu’on s’approche de la fin : on croise de plus en plus de day hikers. On croise même des cavaliers à cheval et j’ai à peine le temps de m’écarter avant qu’ils ne passent en trottant.

On crève de chaud quand on arrive enfin à Cascade Locks vers 11h30. Du coup, direction la brasserie sans tarder. Alors qu’on dévore un burger, on y fait la connaissance de Jules, trail angel, qui nous offre une bière et on est rejoint par Emily, Urs et Eike qui sont arrivés à Cascade Locks 2 jours plus tôt. Ils veulent repartir dans l’après-midi mais Urs a très mal aux jambes depuis plusieurs jours et hésite à prendre un jour de repos supplémentaire. On essaye de la convaincre de se reposer plutôt que d’insister sur une éventuelle blessure et de vraiment se faire mal.

On va ensuite chez Shreck, un autre célèbre trail angel de Cascade Locks qui ouvre sa maison et plus précisément son jardin aux PCT hikers mais il fait vraiment super chaud et j’ai vraiment besoin d’une bonne nuit de sommeil donc on opte pour une chambre dans un motel avec un vrai lit et la clim. On se retrouve donc au Bridge of the Gods motel, juste devant le fameux pont. Là, c’est l’arnaque : la gérante m’avait donné un prix au téléphone auquel elle rajoute 30 dollars sous prétexte que je n’ai pas compris ce qu’elle m’a dit à cause de son accent… Yeah, right… Mais on a une kitchenette alors on se dit qu’on économisera sur le petit dej…

 On prend une bonne douche (il était plus que temps…) et on fait une lessive puis on retourne chez Shreck. Emily et Eike sont parties mais Urs est encore là et un ex-hiker, Masshole, nous embraque avec une poignée d’autres dans son van pour nous emmener à Hood River où on va voir un film dans un View & Brew. En chemin on dépose un type à l’hôpital : son coude a triplé de volume sans raison ces derniers jours et il s’inquiète un peu… On a également retrouvé Alan. Il profite du ride pour aller en ville mais veut aller faire des courses. Il faut donc qu’il donne son numéro de téléphone à Masshole pour qu’on se retrouve après le ciné. C’est un sketch pendant plus de 10 minutes, Alan faisant sonner sans cesse le téléphone de Masshole et expliquant qu’il ne veut pas décrocher car ça lui coûterait 7 dollars… Personne n’y comprend rien mais on finit par le laisser en ville et aller voir notre film.

On est un peu en retard mais on prend quand même le temps de commander nos bières et nos pizzas avant d’aller s’installer confortablement dans les grands canapés en cuir. Notre commande nous sera apportée directement à nos places… Je sais pas pourquoi le concept de View & Brew n’existe pas en France mais c’est purement fantastique. On se fout pas mal de savoir ce qu’on est venus voir d’ailleurs. Atomic Blonde. Un bon film d’action américain comme on les aime. Peu de dialogues, beaucoup de castagne. Par-fait.

Quand on ressort du ciné, c’est à nouveau un sketch pour récupérer Alan. Masshole nous propose de profiter de l’occasion pour faire notre resupply au Walmart, ça sera toujours moins cher qu’au petit grocery store de Cascade Locks. On est un peu pris au dépourvu et on sait pas trop quoi acheter (c’est pas comme si on faisait ça depuis plus de 3 mois, hein…) alors on se contente de prendre de quoi faire le petit dej du lendemain. Même si on ne passe que 20 minutes dans le magasin, se retrouver dans un supermarché est assez déroutant. On est perdus, over stimulés.

Alan n’en a pas fini : après Walmart, il veut encore aller au Safeway car il veut acheter des steaks surgelés. Personne ne comprend pourquoi il ne les a pas achetés au Walmart… On est tous crevés (il est 21h) mais Masshole a une patience d’ange et fait un stop supplémentaire. Sur le trajet du retour, Alan nous explique comment il a traversé toute la Sierra (« TOUTE ??? » « Oui, oui… ») et comment il ne boit pas d’eau mais ne s’hydrate qu’avec des fruits frais… On échange des regards en fronçant les sourcils. Bullshit.

Masshole redépose tout le monde chez Shreck et on laisse Urs là alors qu’on rentre se coucher au motel. Il décide de partir le lendemain après avoir pris le petit dej chez nous.

PCT Day 97 : Fire again…

du Mile 2104 au Mile 2133

Il fait frais quand on se réveille ce matin. On a prévu 24 miles aujourd’hui et on avance vite en Oregon car le dénivelé est plutôt facile. On ne se dépêche donc pas plus que ça.

On commence par prendre l’alternate pour Ramona Falls, une chute d’eau cachée dans la forêt. C’est joli mais sans plus. En plus, le soleil est encore derrière les nuages et il fait presque froid sous le brumisateur de la chute d’eau. On en reste donc pas très longtemps et on poursuit notre chemin.

Un peu plus loin, on a une rivière à traverser sur un énorme tronc plusieurs mètres au-dessus de l’eau. Un peu impressionnant mais il y a une corde le long du tronc qui aide à garder l’équilibre. On enchaîne ensuite avec une grande montée bien raide dans la forêt. Les dénivelés s’accentuent, le Washington approche…

En fin d’après-midi, on arrive a un très beau point de vue sur les Mt St Helens, Mt Rainier et Mt Adams. On les distingue plus qu’on ne les voit vraiment car le ciel est brumeux. En contrebas, il y a un incendie et l’alternate Eagle Creek est fermée. Les hélicoptères font des allers retours et larguent de l’eau. On passe un bon moment là à regarder le ballet des hélicoptères et profiter de la vue. Il ne reste que 2 miles avant le lac où on a prévu de camper.

Or au moment de repartir, on apprend par un ranger que les campsites autour du lac sont fermés à cause de l’incendie. On va devoir faire 5 miles de plus jusqu’au prochain campsite. Et il est 19h. Autant dire qu’on est ravis… On dîne quand même au lac et on constate que pas mal de gens bravent l’interdiction de camper. Y a notamment un groupe d’une quarantaine de Chinois qui sont éparpillés tout autour du lac. Visiblement, ils n’ont pas l’intention de bouger de là et on en voit même certains jeter leurs allumettes à même le sol. C’est à croire que le feu qu’on peut voir à moins de 5 miles et la menace des lourdes amendes ne leur font pas peur…

Nous, on se force à avancer. On se dit que dès qu’on voit un endroit un peu plat, on s’arrête. Malheureusement, du plat, y en a pas. Les jambes sont lourdes mais on a le droit à un superbe coucher de soleil à travers les arbres dans la forêt avec une lumière de fous et on arrive enfin à à la nuit tombante sur un petit campsite prévu pour 3 tentes où il y a déjà une dizaine de personnes. Peu importe, on se tasse, on monte les tentes à la frontale et on se jette dans nos sacs de couchage. Je sens déjà que je vais passer toute la nuit à glisser dans un coin de ma tente qui est en pente…

29 miles !!! Non mais n’importe quoi… Enfin demain… c’est town day !!

PCT Day 96 : Timberline Lodge

du Timberline Lodge (mile 2094) au Mile 2104

Ce matin, pas de réveil. On fait la grasse mat’ jusqu’à 7h30. Youhou !!

On profite d’être au Timberline Lodge pour se jeter sur le world famous buffet du petit dej. Pendant plus d’une heure, on engloutit tout ce qu’on peut. On dépareille un peu au milieu des autres clients tout propres et qui sentent la lessive à 12 kilomètres. Mais personne n’est capable d’avaler une assiette de gaufres couvertes de crème fouettée aussi vite que nous… (OMG cette crème fouettée…). A la sortie, on est légèrement inconfortables tant nos estomacs sont pleins. On s’offre donc une petite sieste sur les canapés du lobby devant la grande cheminée vue en profitant de la vue sur le Mount Hood.

Le Timberline Lodge a beau être plutôt chic (plus de 300 dollars la nuit…), ils sont super hiker friendly et on en profite autant qu’on peut. La rumeur dit qu’il y aurait même des douches qu’ils nous laisseraient utiliser. Je me mets donc à la recherche de ces fameuses douches… et c’est un fiasco. En fait de douches, ce n’est qu’une petite cabine posée tout au bout du parking, alimentée en eau glacée et tellement dégueu que je préfère passer mon tour bien que mon dernier décrassage date d’il y a déjà plus de 4 jours…

Vers midi, on s’installe au bar avec quelques hikers qui traînent comme nous et on se fait offrir une pizza par d’autres clients qui nous prennent en pitié. On ne peut pas dire qu’on meurt de faim vu ce qu’on a déjà avalé ce matin mais on ne peut pas refuser une free pizza…

A reculons, on quitte finalement le bar et on va démonter nos tentes et faire nos sacs. On aurait bien passé la journée là à glandouiller jusqu’à l’ouverture du buffet du dîner… Alors qu’on range nos affaires, on fait la connaissance de Alan. Alan a la cinquantaine, un sac énorme avec de grandes jarres de pastèque dedans et il nous dit qu’il veut faire 25 miles aujourd’hui. Quand on lui souhaite bonne chance (il est déjà 13h…), il répond : « Hey ! It’s Oregon ! There is daylight until 9.30pm ! I can do 35 miles a day ! » Ouais ouais… See you Alan…

Nous, on a prévu 10 miles aujourd’hui et vers 14h, on finit par se mettre en route. Le trail est joli, pas très difficile et tant qu’on est à proximité du lodge, il y a un nombre incroyable de day hikers. On passe son temps à se pousser sur le côté pour laisser passer les gens. Ça finirait presque par nous agacer de ne pas avoir le trail pour nous tout seuls comme d’habitude… Puis après avoir passé une petite rivière, la foule disparaît. Il faut dire que maintenant, il y a des troncs d’arbres énormes qui barrent le trail et il faut ramper dessous ou les escalader pour continuer à avancer. Chaque obstacle est accueilli par une bordée d’injures…

Le campsite qu’on a repéré est juste après une grosse rivière et alors qu’on s’apprête à traverser, on tombe sur… Alan !! Il est 19h et apparemment, il a laissé tomber l’idée de faire 25 miles parce qu’il va camper juste à côté de nous… On monte les tentes, prépare à dîner et allume un feu pour faire sécher nos chaussettes et nos chaussures trempées avoir traversé la rivière. Alors que la nuit tombe et que je me pelotonne dans mon sac de couchage, j’essaye de garder les yeux ouverts le plus longtemps possible : c’est censé être la nuit des étoiles filantes cette nuit.

PCT Day 95 : Cheap drunk

du Mile 2062 au Timberline Lodge (mile 2094)

Aujourd’hui on veut rejoindre Government Camp, une petite station de ski à 22 miles de là. C’est là qu’on veut faire notre prochain resupply.

Les 9 premiers miles vont assez vite : c’est plutôt plat et on arrive à faire du 3,5 miles per hour. J’ai jamais marché aussi vite et pourtant j’ai pas l’impression de tellement forcer.

La première personne que je rencontre ce matin est une mère qui cherche sa fille. Il y a beaucoup de trails qui se croisent ici et elles se sont perdues de vue. Je lui dis que je vais faire attention et passer le message aux gens que je croiserai.

On s’approche de Little Crater Lake et il y a pas mal de day hikers. On finit par croiser l’adolescente perdue. Elle, elle semble pas du tout inquiète. Elle comprend d’ailleurs pas pourquoi on la cherche. Après tout, elle n’est qu’à 5 miles de ses parents…

On atteint enfin Little Crater Lake. C’est un petit trou plein d’eau, très bleu et très profond. C’est très joli. Y a même des arbres pétrifiés dedans. On a prévu de déjeuner là sauf qu’en regardant attentivement la carte, on s’aperçoit que de l’autre côté du trou bleu, y a une route. Et qu’au bout de la route… y a Government Camp.

Ni une, ni deux, on décide de faire du stop. La deuxième voiture qui passe nous prend et 30 minutes plus tard, on est assis dans un bar devant des burgers et des bières. Une fois rassasiés, on reprend une bière. Puis une margarita. Puis 2 margaritas. J’essaye de retélécharger Guthook qui ne marche plus sur mon téléphone depuis quelques jours et malgré plusieurs tentatives, ça ne marche toujours pas. Je me fends d’un petit mail bien senti au service support argumentant qu’ayant payé 25 dollars pour avoir une appli qui fonctionne, je suis assez désappointée par le fait qu’après 3 essais, ça ne marche toujours pas…

Une fois qu’on est bien hydratés, on traverse la rue jusqu’au grocery store pour faire notre resupply pour les 2 prochains jours jusqu’à Cascade Locks. On trouve pas tout ce qu’on veut et comme d’habitude, on ressort du magasin frustrés de ne toujours pas réussir à faire un resupply correctement même après plus de 3 mois…

On veut maintenant aller jusqu’au Timberline Lodge quelques kilomètres plus loin pour rejoindre le trail. Vu l’heure tardive, il y a peu de gens qui vont monter au lodge alors on décide d’attendre le bus qui passe dans 1 heure. Alors que je fais une énième tentative… miracle !! Guthook fonctionne !! Je vais enfin savoir où je vais !!

Le trajet en bus dure 15 minutes et on arrive au lodge alors que le soleil se couche. On trouve le campsite réservé aux PCT hikers (cachés des regards par une rangée de sapins) où on retrouve une petite dizaine de tentes déjà installées. On monte nos tentes rapidement en regardant le soleil se coucher. Tout à coup, un peu en contrebas, on voit arriver des gens bizarres habillés tout en blanc et qui semblent marcher pieds nus. On imagine qu’ils font partie d’une secte et qu’ils viennent de pratiquer quelques rites occultes dans la montagne…

 

PCT Day 94 : Trail Magic !

du Mile 2038 au Mile 2062

Aujourd’hui on a 24 miles prévus au menu. On traîne donc pas trop pour lever le camp.

On est qu’à 2 miles de Ollalie Lake et quand on arrive à la jonction, il y a un panneau qui indique « Trail Magic » ! Les empreintes des chaussures de Spider vont droit vers le campground alors je les suis et je tombe sur des pancakes, des œufs, des fruits frais et des chaises !!

On profite donc de ce second breakfast inattendu face au lac, on fait sécher nos tentes et on joue avec Baby Girl, le petit chien de notre trail angel qui finit par tomber de sommeil.

Malheureusement, on ne peut pas rester là toute la journée et on se remet en route. On avance à un bon rythme et on arrive à faire 10 miles de plus avant le déjeuner. Cette death march m’a mise d’une humeur de chien et ça ne s’arrange pas quand une mouche me pique sur le pied alors que j’avais enlevé mes chaussures pour les laisser s’aérer un peu…

Cet après-midi, il fait encore très chaud mais le trail est facile et les miles s’enchaînent. En fin de journée, la forêt est si dense qu’on dirait qu’il fait presque nuit. Juste avant d’arriver au camp, je me fait doubler par un section hiker qui, d’après l’odeur incroyable de lessive qui le suit, vient juste de commencer à marcher.

Après avoir monté nos tentes, Lucie et moi allons nous rincer dans l’eau glacée de la rivière. Depuis que j’ai changé de pantalon, la poussière colle à mes jambes jusqu’en haut de mes cuisses et faire un brin de toilette en fin de journée ne semble pas du luxe… L’eau est pourtant si froide que j’hésite à faire la deuxième jambe.

On prépare à dîner assis sur un gros tronc d’arbre puis on va squatter quelques minutes le feu que le voisin a allumé. Ce soir encore, on traîne pas pour aller se coucher. La journée a été longue.

 

PCT Day 93 : Sexy mountains

du Mile 2012 au Mile 2038

Je suis réveillée au milieu de la nuit par des bruits de pas autour de ma tente et ça ne ressemble pas à un animal à 4 pattes… Quand les bruits de pas se rapprochent, je me tourne sur mon matelas en faisant autant de bruit que possible. L’intrus s’éloigne rapidement. Je jette un œil au dehors mais ne voit rien, je me convaincs que c’est bien à animal et je me rendors… pendant quelques minutes : l’intrus est en train de se rapprocher à nouveau. On va jouer à cache cache une bonne partie de la nuit. Au petit matin, on est encerclés par des biches et leurs petits. Ce n’était donc pas un yéti…

On a encore de très beaux points de vue sur le Mount Jefferson toute la matinée et il fait déjà très chaud. On a 2 rivières à traverser aujourd’hui et on fait une pause déjeuner juste avant la première, à l’ombre sous des buissons. On essaye bien de traverser à pieds secs mais c’est peine perdue, la rivière est trop large. On ne tergiverse pas trop longtemps et on traverse prudemment. L’eau glacée est plutôt agréable.

De l’autre côté de la rivière, on recommence à grimper. Entre les arbres, on aperçoit beaucoup de fumée là où la veille, on voyait l’incendie. On voit même des flammes et 2 hélicoptères qui viennent larguer de l’eau à tour de rôle. La fumée nous pique la gorge et la montée est très abrupte. C’est loin d’être la section la plus agréable… Une fois passés de l’autre côté de la montagne, la montée ne s’arrête pas. Il faut continuer à grimper. On croise 3 cow-boys à cheval qui ne savent même pas qu’ils sont sur le PCT puis on passe près d’un lac où viennent s’approvisionner les hélicoptères qui travaillent de l’autre côté.

On finit par arriver à un point de vue assez spectaculaire sur le Mount Hood mais il nous fait encore redescendre jusqu’au campsite, 4 miles plus loin. Et ce côté de la montagne est couvert de neige… Quand on s’arrête enfin, on est crevés. Les 25 miles de la journée et les moustiques agressifs nous font rentrer dans nos tentes sans tarder.

PCT Day 92 : 911, what’s your emergency ?

du Big Lake Youth Camp (mile 1993) au Mile 2012

J’ai mal dormi. J’ai pas arrêté de tourner et me retourner toute la nuit. Heureusement, la journée ne devrait pas être trop difficile.

La matinée est plutôt tranquille. Y a pas beaucoup d’eau et il fait assez chaud mais on fait de longues pauses. Alors qu’on est assis au bord du chemin, on se fait même doubler par toute une troupe de lamas. On les repasse quelques miles plus loin.

Toute la journée, on a des vues magnifiques sur le Mount Jefferson qu’on va contourner dans les prochains jours. Alors qu’on fait notre pause déjeuner assis au bord du trail, on remarque une colonne de fumée un peu à l’ouest du Mount Jefferson. Est-ce que ça serait un incendie ? On sait qu’il y a déjà plusieurs feu de forêt qui font rage en Oregon et qui menacent le trail. Après 10 minutes à tergiverser, Spider appelle 911.

 – 911, what’s your emergency ?

– Hey ! Hi ! I think I see a forest fire…

– Sir ! Where are you ??

Long story short, Alice (qui a répondu à notre appel) nous apprend que le feu est déjà signalé et pris en charge par les pompiers. Elle confirme qu’on ne craint rien et qu’on peut continuer à marcher. Alors… on continue.

On reprend un peu d’altitude et on rencontre quelques plaques de neige mais ça ne dure pas longtemps. Cet après-midi, il fait très chaud et y a presque pas d’ombre. On s’arrête au bord d’une mare et on fait une petite sieste à l’ombre d’un tronc d’arbre calciné, se déplaçant au fur et à mesure que le soleil tourne.

La dernière partie de la journée est vraiment difficile : on grimpe dans une section complètement brûlée et le trail n’est qu’un amas de caillasses de toutes les tailles. Les miles passent lentement…

On finit par arriver au bord d’un joli lac plein de salamandres et on décide de camper là. On monte nos tentes et on profite de l’eau claire pour faire un brin de toilette. Alors qu’on commence à préparer le dîner, Spider repère quelque chose qui bouge à la surface du lac. Un serpent ! On tape des pieds et des mains et il s’éloigne en nageant tranquillement.

Alors qu’on finit notre dîner, d’autres hikers viennent s’installer autour de nous. On se couche de bonne heure, on est crevés.