PCT Day 106 : Did you see her?!?!

du Mile 2251 au Mile 2274

Ce matin mon sac de couchage est tout trempé par l’humidité de la nuit. Pas la peine d’attendre qu’il sèche maintenant, je le ferai sécher plus tard.

J’ai de plus en plus mal au dos le matin et plier le camp et ranger son sac alors que mes lombaires sont toutes coincées commence à être un sacré challenge. Heureusement, une fois qu’on commence à marcher, ça se décoince et je gambade comme un cabri.

Justement, aujourd’hui on arrive dans Goat Rock Wilderness qui est censé être une de plus belles sections du Washington. Je suis un peu à la traîne et tout à coup, alors que je suis en train de grommeler sous mon headnet, je croise 2 filles. Le seconde a une casquette vissée sur la tête et son visage me rappelle quelque chose… et soudain, je réalise : c’est Carrot Quinn !! Depuis plusieurs jours, on parle de croiser Carrot Quinn qui section hike le Washington sobo cette année. Lucie et moi sommes super fans de son blog et Spider se moque de nous en l’appelant notre girlfriend. Je lui dis bonjour et lui demande si c’est bien elle.

– Yes !

– Hey ! I’m a huge fan of your blog !

– Oh cool ! Thanks !

Et on poursuit notre chemin chacune de notre côté.

Alors que je retrouve Spider et Lucie en train de faire une pause assis sur un tronc d’arbre, ils me crient : « Did you see her?? Did you see her?? » Même Spider l’a reconnue et lui a juste dit : « Hey… Great tattoos… »

Goat Rock Wilderness est effectivement magnifique : on grimpe au milieu de très beaux paysages jusqu’à Cispus Pass. Dans la montée, on se fait doubler par des chevaux. La vue est spectaculaire malgré la fumée. Dans la descente, on aperçoit des mountains goats. On pourrait presque les confondre avec la neige autour.

Alors qu’on se prépare pour notre dernière ascension de la journée, on fait le plein d’eau. Le campsite qu’on vise est censé être loin de toute source d’eau. Les sacs sont lourds et la pente est raide. Très raide. Et évidemment, on croise plein de ruisseaux qui n’étaient pas indiqués sur la carte. En partie parce qu’il y a encore de la neige en train de fondre. On grimpe donc avec nos litres d’eau en râlant. Mais ça en valait vraiment la peine. L’emplacement est incroyable et si seulement la fumée se dissipait un peu, ça serait carrément magique. On décide de faire du cowboy camping ce soir : y a pas beaucoup de place pour monter les tentes et les emplacements sont bien abrités. En plus, y a pas de moustiques.

On a retrouvé Quetzal qui dîne avec nous et on assiste à un coucher de soleil magnifique. On est maintenant à plus de 2000 mètres et dès que le soleil disparaît , il fait franchement froid. On se roule en boule dans nos sacs de couchage et on compte les étoiles qui apparaissent lentement au dessus de nous.

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PCT Day 105 : Gorgeous Washington 

du Mile 2226 au Mile 2251

Il fait froid ce matin par rapport aux jours précédents. C’est plutôt agréable de ne pas transpirer dès le réveil…

Aujourd’hui c’est une journée facile : y a pas de très gros dénivelés, c’est plein de très jolies fleurs sauvages de toutes les couleurs et de petits ruisseaux partout et de temps en temps, de belles vues sur le Mount Rainier, un peu brumeux mais très impressionnant quand même. Malgré tout, y a encore beaucoup trop de fumée pour voir au loin. Y a aussi beaucoup de mouches et autres insectes volants pas franchement ennuyeux quand on marche mais super pénibles quand on s’arrête et qu’ils essayent de vous rentrer dans le nez ou les oreilles.

On croise beaucoup de Sobos maintenant. C’est la période qui veut ça : ils ont commencé à la frontière canadienne il y a 1 mois et sont en train de finir le Washington. On croise aussi un lama et un cheval (y a des centaines d’empreintes de chevaux au sol et des tas de crottin plus ou moins frais qu’on évite en sautillant).

Bref, c’est une belle journée. Et arrivés au campsite, on peut même faire un brin de toilette dans un ruisseau glacé. La vie est belle et on ne voudrait être nulle part ailleurs pour tout l’or du monde. Washington is georgous. 

PCT Day 104 : Why do you always pick up losers in bars?

du Mile 2195 au Mile 2226

La nuit a été agitée. Un coyote esseulé hurlait à la lune pour rejoindre sa meute qu’on entendait au loin. Mais lui était juste à côté de nos tentes et se rapprochait jusqu’à ce que Spider lui crie : « Hey! Fuck off! ». Après ça, plus rien. J’ai rabattu mon duvet sur ma tête et je me suis rendormie. 10 minutes. Les 2 types bizarres de la veille, sûrement réveillés par le coyote, se sont mis à faire des rondes en voiture pendant plus d’une heure avant de finir par s’en aller pour de bon.

On se réveille assez tard (7h…) et on prend notre temps : ce matin, on va faire du stop pour aller à Trout Lake. Quetzal est déjà repartie. Cooper nous a rejoint. Elle est arrivée au campsite au milieu de la nuit et faisait du cowboy camping quand le coyote est passé. Nature wants to kill you. All the time. Elle va venir avec nous jusqu’à Trout Lake où elle a une resupply box à récupérer.

On trouve rapidement un ride. Un couple assez rigolo avec une fille qui parle tout le temps et fait plein de trucs tout en conduisant : manger un yaourt, nous montrer des photos de toute sa famille sur son téléphone, se retourner pour nous regarder dans les yeux quand elle nous parle… Son copain a l’air gentil mais il n’ouvre pas la bouche. En même temps, elle ne lui laisse pas en placer une. Elle nous raconte comment ils se sont connus sur un site de rencontres. Elle en avait marre de traîner dans des bars et d’être toujours déçue. « Why do you always pick up losers in bars ? »

Lorsqu’on arrive à Trout Lake, tout le village est en train de se préparer pour assister à la parade. En l’honneur de quoi ? Aucune idée… Assis sous le porche du General Store, il y a tout un tas de hikers mais on ne connait personne. Le village est minuscule : sur 4 pâtés de maison, il y a 1 camping, le General Store et la station service. That’s it. On va prendre un petit dej à la station service qui fait aussi dinner. Les meilleurs biscuits & gravy de tout le trail, sans hésiter !

On ressort juste au moment où la parade passe : jets de bonbons et camion de pompiers qui arrose tout le monde. On ne sait toujours pas pourquoi il y a cette parade mais on ramasse une grosse poignée de bonbons. Ça ne se refuse pas.

Le plan est de passer la nuit au camping à Trout Lake mais on ne se sent pas à notre place : beaucoup de gens, le camping n’est pas particulièrement agréable et on décide de retourner sur le trail en fin de journée. En attendant, on a quelques courses à faire pour notre resupply et Lucie et Spider retournent au General Store pendant que je reste au camping avec nos sacs. J’en profite pour faire une sieste puis je vais à mon tour faire mon resupply. Devant le General Store, je discute avec Gary, un trail angel qui accepte de nous ramener sur le trail en fin de journée.

Je retourne au camping pour prendre une douche puis on refait nos sacs. On retourne encore une fois au General Store avant d’opter pour une pizza à la station service. Le service est extraordinairement lent et on attend plus d’une heure pour notre pizza. Gary est extrêmement patient et nous attend sur le parking avec d’autres hikers qui retournent aussi sur le trail.

Je m’endors presque dans la voiture alors que le soleil se couche et qu’on a la chance d’apercevoir le Mount Adams qui pour une fois, n’est pas caché par la fumée.

Arrivés au trailhead, on fait moins d’1 mile dans le noir avant de décider de monter nos tentes. Les moustiques sont de la partie et on ne traîne pas avant de se réfugier dans nos moustiquaires.

Ce soir, la lune brille fort et il fait presque froid. Ça faisait longtemps.

PCT Day 103 : Fire in Canada?!?!

du Mile 2174 au Mile 2195

Après les 27 miles de la veille, le réveil est un peu douloureux au bord de la rivière…

J’ai déjà rangé ma tente et alors que je vais préparer mon petit dej, je découvre un trou dans mon foodbag et un sachet de oatmeal visiblement machouillé… Il y a plein de chipmunks partout et je me dis que l’un d’entre eux a du profiter des 3 minutes où je suis allée faire pipi pour me voler mon petit dej. Dépitée, je me rabats sur un Snickers. Je n’ai pas vraiment fait attention quand j’ai replié ma tente mais je me dis que vu la taille du trou dans le foodbag, si il y avait eu le même dans la tente, je l’aurais vu.

Le début de la journée est plutôt facile jusqu’à ce qu’on arrive au pied d’une grande montée de 9 miles avec un dénivelé de plus de 8%. La chaleur est toujours très pénible même si c’est un peu mieux qu’hier. On s’arrête pour déjeuner alors qu’on n’est même pas encore au sommet et on fait la sieste au beau milieu du trail. Je suis tellement fatiguée que je suis à peine réveillée par le hiker qui m’enjambe pour continuer son chemin.

L’après-midi est lent et on fait à nouveau une grosse pause au sommet car pour une fois, on a du réseau. Pourtant la vue est bouchée, le ciel est hazy, comme une brume de chaleur mais plus dense. On apprend que ce n’est pas du tout une brume de chaleur mais c’est en fait la fumée des gros incendies qui ravagent le Canada en ce moment. Et on est encore très loin de la frontière ! Qu’est-ce que ça va être quand on sera encore plus au Nord ?

On arrive au campsite à 18h30. On est juste au bord d’une dirt road déserte. C’est encore tôt mais on est crevés. On fait la connaissance de Quetzal, une petite hikeuse mexicaine qui a fait toute la Sierra et qui est une vraie warrior. Elle fait 30 miles par jour et a un sac énorme. Elle veut aller jusqu’au Canada puis refaire la Sierra pour voir comment c’est, sans la neige…

On prépare à dîner puis on monte les tentes. C’est là que je découvre… le gros trou sur le côté de ma tente. Goddam chipmunks !! Je fais une réparation de fortune à l’élastoplaste. Ça devrait faire l’affaire. Mais plus question de laisser mon foodbag dans la tente ! Je le mets dans mon sac à bonne distance de la tente.

On est sur le point de se coucher quand 2 types qui semblent under influence arrivent en voiture, font beaucoup de bruit et finissent par aller camper un peu à l’écart. Alors que la nuit tombe, plusieurs voitures passent sur la route. Ça nous remonte le moral et on se dit que ça ne devrait pas être trop difficile de faire du stop demain pour rejoindre Trout Lake.

PCT Day 102 : Washington is kicking my ass…

du Mile 2147 au Mile 2174

Le réveil sonne à 5h. Le soleil commence à peine à se lever. Mais on doit rattraper le retard pris hier et battre la chaleur. En route !

Très vite, on se rend compte que le Washington n’a rien à voir avec l’Oregon. Les dénivelés sont totalement différents avec de grandes montées et de grandes descentes dans la forêt. Pas de jolis points de vue, rien que des arbres à perte de vue. Pourtant, tous les gens qu’on croise (notre première grosse vague de Sobos) nous promettent que le Washington va être extraordinaire, épique, incroyable, you’re gunna love it ! Pour l’instant, y a rien à signaler : il fait une chaleur à crever, on transpire comme jamais, on fait de longues pauses, on boit des litres et on fait jamais pipi… La dernière descente est interminable et je compte les dixièmes de miles jusqu’à la rivière où l’on est censés camper.

On arrive sur les rotules au campsite  qui est déjà plein à craquer. 27 miles aujourd’hui, pas question de faire un pas de plus ! Il faut jouer aux legos pour mettre sa tente mais on se trouve un petit bout de sable où on arrive à caser nos 3 tentes. On se prépare à dîner rapidement et on se roule en boule dans nos sacs de couchage. Cre-vés. Washington is maybe beautiful but it’s kicking my ass right now..

 

PCT Day 101 : Sayonara Oregon!

de Cascade Locks (mile 2144) au Mile 2147

Ce matin on profite du lit de la Hobbit House jusqu’à la dernière minute. Il fait déjà super chaud et notre motivation est aux abonnés absents. On remplit nos foodbags lentement, bouclent nos sacs encore plus lentement et après avoir étendu une dernière lessive de serviettes de toilette pour le bien de la communauté, on quitte Shreck à un rythme de tortues.

Il n’est que 11h et il fait déjà beaucoup trop chaud. Avant de retourner sur le trail, on fait un arrêt au dinner. J’ai franchement pas faim mais il y a la clim’. On traîne plus que nécessaire et Spider écrit dans le trail register : « We’re gunna death march out of town. 105°F not sure about Celsius but prolly like 60°C. Or 40°C. Hell is rising up and will take over the mortal world. Happy trails ! Good luck. »

Vers 13h on finit par traverser le Bridge of the Gods. Il y a du vent et on peut sentir la  structure trembler. Et ça y est : on est en Washington !!

On a grosse montée à venir mais il n’y a pas beaucoup d’eau et la chaleur est écrasante. On s’arrête près d’un petit ruisseau au bout de 3 miles et on se couche par terre à l’ombre pendant près d’une heure. On discute avec Sausage et Chanelle, 2 autres hikers qu’on a rencontrés la veille chez Shreck et qui préfèrent eux aussi rester à l’ombre plutôt que d’aller mourir de heat exhaustion sur les crêtes.

Il y a quelques campsites autour de nous et après une autre heure, on finit par décider de camper là. On se lèvera plus tôt demain matin mais là c’est insupportable. Je transpire alors que je suis juste couchée par terre. On profite de ce petit break pour discuter de comment on veut retourner dans la Sierra une fois arrivés au Canada et de ce qu’on veut faire pour nos vacances post-trail.

Notre prochain resupply est à Trout Lake et petite performance du jour va rajouter une journée de marche. Ce soir, on rationne un peu le dîner pour pouvoir tenir jusqu’à Trout Lake.

Il fait toujours très chaud alors qu’on se couche. Le réveil sonnera à 5h demain. Espérons qu’il fera un peu plus frais…

PCT Day 99&100 : Double zéro à Cascade Locks

Urs n’est jamais venu pour le petit dej. Vers 10h, on en conclut qu’il a repris la route de bonne heure et on finit d’engloutir le bacon, les oeufs et les toasts qu’on avait laissé de côté pour lui.

On a décidé de prendre un zéro à Cascade Locks et de se reposer. Pour économiser un peu, on ira dormir chez Shreck ce soir. Mais en attendant, on refait une lessive : mon t-shirt est plein de taches de gras à cause de la pizza que j’ai avalée dans le noir et allongée dans le canapé hier soir. Spider va à la Poste et récupère 3 colis que sa mère a envoyé avec des tas de trucs géniaux comme un livre de coloriage, des magazines et plein de fromages pour les petites Françaises… Thank you Mary Ferry !!

En fin de matinée, on déménage. En arrivant chez Shreck, y a presque personne et on s’installe sur les meilleurs spots : la Hobbit House (une petite cabane à moitié sous terre) et le Rooftop (sur le toit de l’abri au milieu du jardin). Il fait super chaud. Il va y avoir une heat wave les prochains jours et on sait d’avance que ça va franchement pas être rigolo. Cascade Locks est le point le plus bas en altitude de tout le PCT et on a 27 miles de montée devant nous…

En attendant, on va à la Poste où pour la première fois, ma bounce box n’est pas là. Elle n’a en fait jamais quitté Sisters où j’avais demandé par téléphone à la postière de la transférer à Cascade Locks (la Poste était fermée à Sisters le jour où on y était). Je rappelle donc Sisters et la postière se confond en excuses. Elle a bien envoyé la box de Lucie mais pas la mienne. Elle propose de renvoyer la box dès le lendemain à Cascade Locks mais ce sera déjà trop tard. Je lui donne donc l’adresse de Stehekin. Ça semble être la meilleure option.

Spider a rendez-vous pour le déjeuner avec son cousin Dennis qui n’habite pas très loin de Cascade Locks. C’est d’ailleurs chez lui que Spider a passé la semaine du 4 juillet pendant que j’étais en France. Cousin Dennis a 70 ans bien tassés et roule en tricycle Harley Davidson. Il se vante de ses conquêtes en ligne et me fait bien rire avec son accent à couper au couteau et ses commentaires réac. Comme il a décidé qu’il m’aimait bien, il me fait même faire un tour sur son tricycle ! Un tour en Harley Davidson ! Ça ne se refuse pas !

Une fois la balade terminée, on rentre chez Shreck et on passe l’après-midi à glandouiller, colorier et se plaindre de la chaleur… En fin d’après-midi, on va boire un verre à la brasserie au bord de la rivière avec Masshole qui n’arrête pas de nous dire qu’il va faire beaucoup trop chaud dans les prochains jours, qu’on ne devrait pas randonner, question de sécurité et propose de nous emmener à la plage le lendemain car il ne travaille pas. On se regarde et… on décide de doubler notre zéro ! Pour fêter ça, on reprend une tournée !

A la nuit tombée on rentre chez Shreck et on discute avec les autres hikers autour du feu. Alan est là, encore, mais on arrive à éviter la conversation avec lui. Il commence à vraiment nous agacer.

Le lendemain, on se lève à 9h30. Bien à l’abri dans la Hobbit House, on n’a pas été réveillés par les premiers rayons du soleil et on a réussi à faire une vraie grasse mat. On va prendre le petit dej au dinner sur la rue principale et on papote avec la serveuse qui nous raconte sa vie (elle raconte sa vie à tout le dinner en fait…). Son fils a fait le PCT il y a quelques années et il y a rencontré son mari. Elle est donc extrêmement enthousiaste quand elle apprend qu’on fait le PCT aussi…

On décide d’être un peu efficaces et de s’envoyer notre prochain resupply à White Pass. On est donc bons pour un énième passage à la Poste avant de retourner traîner chez Shreck, continuer à colorier et se sentir tellement chez nous qu’on accueille les hikers qui viennent juste d’arriver. Certains commencent même à penser qu’on travaille là… il va être temps de repartir !!

On n’a pas vu Masshole aujourd’hui et l’idée d’aller à la plage semble tomber à l’eau. Du coup, on retourne à la brasserie au bord de l’eau en espérant qu’il y fasse un peu moins chaud. On y retrouve d’autres hikers, on grignote, on boit, on regarde les bateaux passer… Puis on rentre « à la maison » traîner encore, partager le surplus de nos resupply avec les autres hikers et regarder le soleil se coucher.

Avant d’aller dormir, je prends une douche froide. Les prochains jours vont vraiment être insupportables…

PCT Day 98 : Jello knees

du Mile 2133 à Cascade Locks (mile 2144)

Lever à 6h comme d’hab ce matin mais c’est difficile de lever le camp rapidement tellement j’ai mal aux jambes… Merci les 29 miles de la veille ! J’ai même des ampoules que je perce alors qu’on prend le petit dej. Bon appétit et bonne journée…

Evidemment, on est les derniers à décoller du campsite. Faut dire qu’on n’est pas plus pressés que ça. Aujourd’hui on va juste à Cascade Locks et il n’y a que 11 miles. Ea-sy. En plus ce n’est qu’une gigantesque descente. D’ailleurs plus on descend, plus on sent la température monter. Et l’humidité aussi. Sensation moyennement agréable de se retrouver dans la forêt amazonienne…

Vers 10h, on sent qu’on s’approche de la fin : on croise de plus en plus de day hikers. On croise même des cavaliers à cheval et j’ai à peine le temps de m’écarter avant qu’ils ne passent en trottant.

On crève de chaud quand on arrive enfin à Cascade Locks vers 11h30. Du coup, direction la brasserie sans tarder. Alors qu’on dévore un burger, on y fait la connaissance de Jules, trail angel, qui nous offre une bière et on est rejoint par Emily, Urs et Eike qui sont arrivés à Cascade Locks 2 jours plus tôt. Ils veulent repartir dans l’après-midi mais Urs a très mal aux jambes depuis plusieurs jours et hésite à prendre un jour de repos supplémentaire. On essaye de la convaincre de se reposer plutôt que d’insister sur une éventuelle blessure et de vraiment se faire mal.

On va ensuite chez Shreck, un autre célèbre trail angel de Cascade Locks qui ouvre sa maison et plus précisément son jardin aux PCT hikers mais il fait vraiment super chaud et j’ai vraiment besoin d’une bonne nuit de sommeil donc on opte pour une chambre dans un motel avec un vrai lit et la clim. On se retrouve donc au Bridge of the Gods motel, juste devant le fameux pont. Là, c’est l’arnaque : la gérante m’avait donné un prix au téléphone auquel elle rajoute 30 dollars sous prétexte que je n’ai pas compris ce qu’elle m’a dit à cause de son accent… Yeah, right… Mais on a une kitchenette alors on se dit qu’on économisera sur le petit dej…

 On prend une bonne douche (il était plus que temps…) et on fait une lessive puis on retourne chez Shreck. Emily et Eike sont parties mais Urs est encore là et un ex-hiker, Masshole, nous embraque avec une poignée d’autres dans son van pour nous emmener à Hood River où on va voir un film dans un View & Brew. En chemin on dépose un type à l’hôpital : son coude a triplé de volume sans raison ces derniers jours et il s’inquiète un peu… On a également retrouvé Alan. Il profite du ride pour aller en ville mais veut aller faire des courses. Il faut donc qu’il donne son numéro de téléphone à Masshole pour qu’on se retrouve après le ciné. C’est un sketch pendant plus de 10 minutes, Alan faisant sonner sans cesse le téléphone de Masshole et expliquant qu’il ne veut pas décrocher car ça lui coûterait 7 dollars… Personne n’y comprend rien mais on finit par le laisser en ville et aller voir notre film.

On est un peu en retard mais on prend quand même le temps de commander nos bières et nos pizzas avant d’aller s’installer confortablement dans les grands canapés en cuir. Notre commande nous sera apportée directement à nos places… Je sais pas pourquoi le concept de View & Brew n’existe pas en France mais c’est purement fantastique. On se fout pas mal de savoir ce qu’on est venus voir d’ailleurs. Atomic Blonde. Un bon film d’action américain comme on les aime. Peu de dialogues, beaucoup de castagne. Par-fait.

Quand on ressort du ciné, c’est à nouveau un sketch pour récupérer Alan. Masshole nous propose de profiter de l’occasion pour faire notre resupply au Walmart, ça sera toujours moins cher qu’au petit grocery store de Cascade Locks. On est un peu pris au dépourvu et on sait pas trop quoi acheter (c’est pas comme si on faisait ça depuis plus de 3 mois, hein…) alors on se contente de prendre de quoi faire le petit dej du lendemain. Même si on ne passe que 20 minutes dans le magasin, se retrouver dans un supermarché est assez déroutant. On est perdus, over stimulés.

Alan n’en a pas fini : après Walmart, il veut encore aller au Safeway car il veut acheter des steaks surgelés. Personne ne comprend pourquoi il ne les a pas achetés au Walmart… On est tous crevés (il est 21h) mais Masshole a une patience d’ange et fait un stop supplémentaire. Sur le trajet du retour, Alan nous explique comment il a traversé toute la Sierra (« TOUTE ??? » « Oui, oui… ») et comment il ne boit pas d’eau mais ne s’hydrate qu’avec des fruits frais… On échange des regards en fronçant les sourcils. Bullshit.

Masshole redépose tout le monde chez Shreck et on laisse Urs là alors qu’on rentre se coucher au motel. Il décide de partir le lendemain après avoir pris le petit dej chez nous.

PCT Day 97 : Fire again…

du Mile 2104 au Mile 2133

Il fait frais quand on se réveille ce matin. On a prévu 24 miles aujourd’hui et on avance vite en Oregon car le dénivelé est plutôt facile. On ne se dépêche donc pas plus que ça.

On commence par prendre l’alternate pour Ramona Falls, une chute d’eau cachée dans la forêt. C’est joli mais sans plus. En plus, le soleil est encore derrière les nuages et il fait presque froid sous le brumisateur de la chute d’eau. On en reste donc pas très longtemps et on poursuit notre chemin.

Un peu plus loin, on a une rivière à traverser sur un énorme tronc plusieurs mètres au-dessus de l’eau. Un peu impressionnant mais il y a une corde le long du tronc qui aide à garder l’équilibre. On enchaîne ensuite avec une grande montée bien raide dans la forêt. Les dénivelés s’accentuent, le Washington approche…

En fin d’après-midi, on arrive a un très beau point de vue sur les Mt St Helens, Mt Rainier et Mt Adams. On les distingue plus qu’on ne les voit vraiment car le ciel est brumeux. En contrebas, il y a un incendie et l’alternate Eagle Creek est fermée. Les hélicoptères font des allers retours et larguent de l’eau. On passe un bon moment là à regarder le ballet des hélicoptères et profiter de la vue. Il ne reste que 2 miles avant le lac où on a prévu de camper.

Or au moment de repartir, on apprend par un ranger que les campsites autour du lac sont fermés à cause de l’incendie. On va devoir faire 5 miles de plus jusqu’au prochain campsite. Et il est 19h. Autant dire qu’on est ravis… On dîne quand même au lac et on constate que pas mal de gens bravent l’interdiction de camper. Y a notamment un groupe d’une quarantaine de Chinois qui sont éparpillés tout autour du lac. Visiblement, ils n’ont pas l’intention de bouger de là et on en voit même certains jeter leurs allumettes à même le sol. C’est à croire que le feu qu’on peut voir à moins de 5 miles et la menace des lourdes amendes ne leur font pas peur…

Nous, on se force à avancer. On se dit que dès qu’on voit un endroit un peu plat, on s’arrête. Malheureusement, du plat, y en a pas. Les jambes sont lourdes mais on a le droit à un superbe coucher de soleil à travers les arbres dans la forêt avec une lumière de fous et on arrive enfin à à la nuit tombante sur un petit campsite prévu pour 3 tentes où il y a déjà une dizaine de personnes. Peu importe, on se tasse, on monte les tentes à la frontale et on se jette dans nos sacs de couchage. Je sens déjà que je vais passer toute la nuit à glisser dans un coin de ma tente qui est en pente…

29 miles !!! Non mais n’importe quoi… Enfin demain… c’est town day !!

PCT Day 96 : Timberline Lodge

du Timberline Lodge (mile 2094) au Mile 2104

Ce matin, pas de réveil. On fait la grasse mat’ jusqu’à 7h30. Youhou !!

On profite d’être au Timberline Lodge pour se jeter sur le world famous buffet du petit dej. Pendant plus d’une heure, on engloutit tout ce qu’on peut. On dépareille un peu au milieu des autres clients tout propres et qui sentent la lessive à 12 kilomètres. Mais personne n’est capable d’avaler une assiette de gaufres couvertes de crème fouettée aussi vite que nous… (OMG cette crème fouettée…). A la sortie, on est légèrement inconfortables tant nos estomacs sont pleins. On s’offre donc une petite sieste sur les canapés du lobby devant la grande cheminée vue en profitant de la vue sur le Mount Hood.

Le Timberline Lodge a beau être plutôt chic (plus de 300 dollars la nuit…), ils sont super hiker friendly et on en profite autant qu’on peut. La rumeur dit qu’il y aurait même des douches qu’ils nous laisseraient utiliser. Je me mets donc à la recherche de ces fameuses douches… et c’est un fiasco. En fait de douches, ce n’est qu’une petite cabine posée tout au bout du parking, alimentée en eau glacée et tellement dégueu que je préfère passer mon tour bien que mon dernier décrassage date d’il y a déjà plus de 4 jours…

Vers midi, on s’installe au bar avec quelques hikers qui traînent comme nous et on se fait offrir une pizza par d’autres clients qui nous prennent en pitié. On ne peut pas dire qu’on meurt de faim vu ce qu’on a déjà avalé ce matin mais on ne peut pas refuser une free pizza…

A reculons, on quitte finalement le bar et on va démonter nos tentes et faire nos sacs. On aurait bien passé la journée là à glandouiller jusqu’à l’ouverture du buffet du dîner… Alors qu’on range nos affaires, on fait la connaissance de Alan. Alan a la cinquantaine, un sac énorme avec de grandes jarres de pastèque dedans et il nous dit qu’il veut faire 25 miles aujourd’hui. Quand on lui souhaite bonne chance (il est déjà 13h…), il répond : « Hey ! It’s Oregon ! There is daylight until 9.30pm ! I can do 35 miles a day ! » Ouais ouais… See you Alan…

Nous, on a prévu 10 miles aujourd’hui et vers 14h, on finit par se mettre en route. Le trail est joli, pas très difficile et tant qu’on est à proximité du lodge, il y a un nombre incroyable de day hikers. On passe son temps à se pousser sur le côté pour laisser passer les gens. Ça finirait presque par nous agacer de ne pas avoir le trail pour nous tout seuls comme d’habitude… Puis après avoir passé une petite rivière, la foule disparaît. Il faut dire que maintenant, il y a des troncs d’arbres énormes qui barrent le trail et il faut ramper dessous ou les escalader pour continuer à avancer. Chaque obstacle est accueilli par une bordée d’injures…

Le campsite qu’on a repéré est juste après une grosse rivière et alors qu’on s’apprête à traverser, on tombe sur… Alan !! Il est 19h et apparemment, il a laissé tomber l’idée de faire 25 miles parce qu’il va camper juste à côté de nous… On monte les tentes, prépare à dîner et allume un feu pour faire sécher nos chaussettes et nos chaussures trempées avoir traversé la rivière. Alors que la nuit tombe et que je me pelotonne dans mon sac de couchage, j’essaye de garder les yeux ouverts le plus longtemps possible : c’est censé être la nuit des étoiles filantes cette nuit.