Welcome to Jahun Paradise

« Welcome to Jahun Paradise !! »

C’est comme ça que j’ai été accueillie à Jahun. Avec enthousiasme, grands sourires et chaleur (il faisait près de 40 degrés…).

Mais rembobinons un peu. Après avoir passé presque 3 mois à battre la campagne ou à larver sur mon canapé, il était temps de s’y remettre. A travailler je veux dire. Depuis le temps que j’essaye, j’ai malheureusement toujours pas réussi à vivre d’amour et d’eau fraîche. J’ai donc pris mon téléphone et j’ai passé ce foutu coup de fil : « Euh… voilà, c’est moi… je suis dispo pour une nouvelle mission si vous avez quelque chose… ». Deux semaines plus tard, j’étais dans un avion pour Abuja, Nigeria. Ça tombait bien, l’automne commençait à pointer le bout de son nez et qui aime les samedis après-midis gris, venteux et pluvieux d’octobre quand les jours raccourcissent et qu’il faut ressortir ses chaussettes en pilou ? Personne… et moi non plus !

J’ai donc refait mon sac. Again. Je deviens de plus en plus forte à ce petit jeu-là notez bien. Ça commence par un tour au supermarché pour faire mettre sous vide un bon kilo de tomme de Savoie, plusieurs saucissons et faire le plein de dentifrices. En 2 heures, l’affaire est bouclée. J’emporte de moins en moins de choses de toute façon. Faut dire que pour mettre 2 pantalons et 1 paire de tongs dans un sac, y a pas besoin d’y passer 8 jours non plus.

Me voici donc en route pour le Nigeria pour 2 mois. Oui, juste 2 mois. Pour commencer en tout cas. L’idée pour les 6 prochains mois c’est de travailler. Peu importe le pays ou la mission. Il faut renflouer les caisses. Etant donné que mes plans pour 2017, c’est plutôt dépenser qu’épargner, je vais pas trop faire la difficile. Alors quand on m’a dit « Nigeria ? », j’ai dit « OK, allons-y ! ». Après, j’ai googlé « Nigeria ». J’ai vu des chouettes infos sur des gens très sympathiques qui ont pour habitude de trancher des têtes et de kidnapper des petites filles… bienvenue chez Boko Haram. Mais bon, on a vu pire (enfin, pas vraiment ) alors allons voir à quoi ça ressemble le Nigeria. « Et qu’allait-elle donc faire dans cette galère… ? » allez-vous dire… Et bien je vais former des gens. Voilà. Juste une petite mission toute simple de formation. Pas de patron, pas de responsabilité, juste s’assoir à côté des nouveaux embauchés et leur montrer comment on joue dans les tableaux Excel et autres joyeusetés de ce genre afin de gérer pas trop n’importe comment les finances et les ressources humaines chez MSF. Honnêtement ? Je devrais m’en sortir.

Et sinon, qu’est-ce qu’il se passe à Jahun, Nigeria ? Et bah il y a une grande maternité (plus de 700 naissances par mois, ça fait une belle usine à bébés) et aussi un programme de traitement des fistules vésico-vaginales (oui, je te conseille d’aller googler ça si tu veux pas avoir l’air trop bête…) hyper réputé dans tout le Jigawa State. Ça fait donc un petit paquet de gens qui travaillent pour MSF (presque 250 pour être précis). Et pourquoi Jahun Paradise ? Ah bah ça, tout ce qui se passe à Jahun restant à Jahun, nul ne vous le dira. Mais moi, me voilà repartie pour un tour. A Jahun Paradise, Jigawa State, Nigeria.

Mais c’est où ça, Paoua ?

Le téléphone sonne. Je reconnais le numéro, ça vient de chez MSF. Déjà ??

– Allô oui ?

– Bonjour Anne Lise, c’est J. de MSF. Tu vas bien ?

– Oui, oui. Ça va merci.

– Bon alors voilà. On a un super projet pour toi. C’est un peu challengeant… comme tu aimes, mais c’est vraiment un super projet !!

– Oui ? C’est où ?

– C’est un gros hôpital, 200 staffs, ça fait 10 ans qu’on est là-bas, c’est…

– Oui, OK, mais c’est où ?

– C’est à Paoua.

Paoua ?? Mais c’est où ça, Paoua ? Avec un nom pareil, ça pourrait bien être en Asie du Sud-Est, non ? Oh… trop bien… retrouver l’Asie, manger des pad thaï tous les jours, la lumière du soleil couchant sur le Mékong…

– C’est en RCA.

– Ah. Euh… oui ? Bah, euh… faut que je donne une réponse quand ?

– C’est pas pressé ! Prend le temps de réfléchir ! Tu peux me dire ça la semaine prochaine !

– Euh… ouais. Attends ! C’est pour combien de temps ?

– 6 mois. Non mais prend ton temps, je vais t’envoyer des documents, tu lis ça tranquillement et tu me rappelles la semaine prochaine. Mais vraiment, c’est un super projet. Et puis toi qui aimes le management, tu vas voir, c’est un peu musclé mais ça vaut vraiment le coup !

– OK, ok… (n’en fais pas trop ma grande, je commence à trouver ça louche…) Bon, ben, je regarde ça et puis je te rappelle.

– OK, super Anne Lise. A la semaine prochaine !

Et voilà comment je ne vais pas aller passer les 6 prochains mois en Asie du Sud-Est à manger des pad thaï mais comment je vais me retrouver paumée au milieu de la brousse centrafricaine, coincée entre le Tchad et le Cameroun à continuer mon étude sur les 1001 façons de consommer le manioc… Et en plus, ce sera bien challengeant, comme j’aime…

Donc, Paoua, en fait, c’est là.