Du gumbo, du zydeco et des gens qui parlent… français !!???

Aujourd’hui, on quitte Pensacola et la Floride et dans la même journée, on va passer en Alabama (non, pas dans le comté de Grimbow…), dans le Mississippi (Tom Saw-yer ! C’est l’Amériqu-euh !) pour enfin arriver en Louisiane.

Juste avant de dire adieu à la Floride et pour continuer sur notre lancée US Army, on se rend au National Museum of Naval Aviation. En gros, c’est un peu leur Musée du Bourget à eux. Il faut savoir que Pensacola abrite elle aussi une base militaire et que tous les pilotes américains de la Seconde Guerre Mondiale sont venus s’entraîner ici. Aujourd’hui, la base est toujours en activité (et est gigantissime) et elle abrite notamment les Blue Angels, la crème de la crème des pilotes de l’aéronavale, ceux qui font des cabrioles en l’air pendant que tout le monde fait : « Wow… !! ». Et pour celles qui seraient nostalgiques de l’époque où être fan de Tom Cruise ne voulait pas forcément dire être has been, c’est évidemment là que se déroule le film Top Gun. Ah… Top Gun…

Mais reprenons nos esprits. Ce musée-là aussi est immense et même après 3 bonnes heures à déambuler entre les différents avions, planeurs, ballons et autres simulateurs de vols, on est loin d’en avoir fait le tour. Et puis, au bout de 2 jours, clairement, mon intérêt pour tous ces trucs qui volent commence à s’émousser. Nous revoilà donc sur la route, toujours sous des trombes d’eau (mais qui a dit qu’on allait crever de chaud en Floride au mois d’août ???).

De toute façon, on s’en fiche, aujourd’hui la route est longue. Après avoir suivi la A1A pendant près de 10 jours, nous voici maintenant sur la I10. La I10 traverse le pays d’est en ouest (ou dans l’autre sens, tout dépend toujours du sens dans lequel vous roulez…) de Tallahassee à Los Angeles. Moi, ça m’impressionne toujours de me dire que ce ruban d’asphalte se déroule sans discontinuer sur des milliers de kilomètres tout en traversant les marais de Floride, le pays cajun, les ranchs du Texas et le désert de Mojave pour arriver à Hollywood…

Heureusement, nous, on s’arrête bien avant. A Lafayette en Louisiane plus précisément. Il paraît que la vie nocturne de Lafayette n’a rien à envier à celle de la Nouvelle-Orléans alors comme on est clairement ce qu’on appelle des oiseaux de nuit (je rigole, bien sûr…), on ne pouvait pas laisser passer ça ! Et puis ça serait quand même dommage de se limiter justement à la Nouvelle-Orléans quand la Louisiane est loin de se résumer à ça. Ce soir, on va donc dîner chez Randol’s. En plus de pouvoir goûter à la spécialité du coin, le gumbo, et découvrir que le crawfish n’est pas un poisson mais de l’écrevisse, on a le droit à un orchestre de zydeco, la musique locale, qui fait danser les petits et les grands jusqu’à pas d’heure. Enfin, pas d’heure… à 22h, tout le monde fait une dernière révérence et se dit bonne nuit !

Le lendemain, nous voici donc à la découverte de la Louisiane. On commence par une immersion dans la Louisiane d’avant sa cession aux Etats-Unis quand c’était encore un territoire peuplé par les Acadiens qui s’étaient fait virer d’Acadie justement par les Canadiens. Et ces gens parlaient… français ! Au Vermillion Village, un village entier a été reconstitué afin de conserver le patrimoine cajun et on est accueillis par des gens qui parlent donc français. Enfin français… pas tout à fait le même que nous quand même. On passera un bon moment avec un vieux papi violoniste qui, à presque 90 ans, déplore que ses petits-enfants ne veuillent pas apprendre la langue de Molière… Cela étant dit, nous, on le comprend mieux quand il parle anglais que français !

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Après cette plongée dans l’Histoire, on continue notre exploration des curiosités locales. Et devinez donc ce qu’on trouve ici et nulle part ailleurs dans le monde ? L’usine Tabasco® ! Aussi dingue que ça puisse paraître, il n’y a qu’une seule usine Tabasco® dans le monde et elle est ici, à Avery Island. Alors oui, les piments viennent pour la plupart d’Amérique Centrale (de Colombie notamment) mais les petites bouteilles qu’on trouve partout dans le reste du monde sont remplies ici. Il en sort de la chaîne 700 000 par jour, 4 jours par semaine ! Malheureusement, aujourd’hui on est dimanche et l’usine ne tourne pas. Mais la boutique souvenir oui ! Et on découvre qu’il n’existe non pas 2 saveurs de Tabasco® (le rouge et le vert qu’on trouve chez nous) mais 7 ! Ils font aussi du soda au Tabasco®, de la crème glacée au Tabasco®, de la mayonnaise au Tabasco®, des sucettes au Tabasco®… bref, tout ce qui est humainement possible de faire avec du Tabasco® ! Et bien sûr, on peut goûter à tout. On repartira donc de là avec de sévères brûlures d’estomac…

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Et après la culture et la confiture (si, si, ils font aussi de la confiture au Tabasco®), un peu de nature ! Pour terminer notre journée en beauté, nous nous arrêtons au Lake Fausse Point State Park. Au moment d’emprunter le sentier de notre petite balade, on croise un alligator qui pense s’être bien camouflé entre les nénuphars et une famille qui revient vers le parking. Ils sont littéralement dévorés par les moustiques. On se vide donc sur la tête la moitié de notre spray anti-moustiques avant de s’engager d’un pas plus que sportif. Il fait chaud, très humide et dès qu’on ralentit le pas, on entend les nuées vrombir près de nos oreilles. Autant dire qu’on ne profite pas vraiment du paysage… Après une bonne heure à ce train d’enfer, c’est donc particulièrement poisseux qu’on revient au parking. Et là, à quelques mètres de la voiture, on aperçoit… un tatou !

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Mais on ne s’attarde pas : ce soir, on s’arrête à Baton Rouge, la capitale de la Louisiane. On y goûte d’ailleurs aux po’boys, les sandwiches typiques de la région. Ce sont des sandwiches faits dans un semblant de baguette et garnis de trucs frits. Le meilleur serait paraît-il aux huîtres… Nous, on se contente de crevettes et bien sûr, de frites de patate douce…

Le lendemain matin, on visite le capitole. Dans un style assez différent de celui de Floride, on retrouve pourtant les mêmes chambres du Congrès et celle des Représentants et un Observation Deck au dernier étage d’où on peut contempler le Mississippi et où on aperçoit notre premier bateau avec une roue à aubes. Et comme à Tallahassee, on se demande bien où sont tous les gens censés travailler ici…

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On prend ensuite la direction de Vacherie (oui, pas mal de villes ont des noms français dans le coin, témoignage du passé francophone de la région) pour aller visiter la Laura Plantation. En effet, l’attraction du coin, tout le long du Mississippi, c’est de visiter les anciennes plantations de canne à sucre. Pour la plupart d’entre elles, ce sont de grandes maisons très Autant En Emporte Le Vent. Pour un peu, on s’attendrait à voir Scarlett descendre l’allée de chênes en courant et en secouant ses bouclettes. Le seul problème, c’est que toutes ces visites sont payantes et à 20 dollars l’entrée en moyenne, faut faire un choix.

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Nous, on a donc choisi d’aller visiter la Laura Plantation qui est un peu différente de ces voisines. D’abord parce qu’elle était possédée par des Créoles. Les Créoles de Louisiane n’ont rien à voir avec les Créoles des Antilles. Ici, pour être créole, il faut être né en Louisiane, être catholique et parler français. Et des Créoles, y en avait des Blancs et des Noirs. Tout ça n’était pas un problème jusqu’à ce que, comme en Floride, les Etats-Unis récupèrent la Louisiane. La deuxième particularité de cette plantation c’est qu’elle a été dirigée uniquement par des femmes. Ça non plus, avant l’arrivée des Américains, ça n’était pas un problème. Heureusement pour nous, le déluge qui s’abattait encore ce matin s’arrête juste au moment où commence notre visite. On passe donc presque 2 heures sur le domaine à imaginer la vie de ces familles et de leurs esclaves, quand tout tournait autour des récoltes et du Mississippi. Une drôle de vie… On apprend entre autre qu’en dollars d’aujourd’hui, le prix moyen d’un esclave était de 25 000 dollars. Fallait donc pas trop en tuer, ça revenait cher… Et d’ailleurs, savez-vous comment on faisait pour avoir plein d’esclaves pour pas cher ? On achetait quelques hommes et le double de femmes et il suffisait d’être patient… quelques années plus tard, on avait une ribambelle de petits esclaves tout frais… Oui, fallait pas avoir trop besoin de se regarder dans la glace…

Et après la vie à la campagne, nous arrivons enfin à la Nouvelle-Orléans, dernière étape de notre voyage dans le sud-est du pays. Pour être au plus près de l’action, nous avons choisi un hôtel en plein dans le French Quarter. Et ça ne ressemble à rien de ce qu’on a pu voir jusque là : ce n’est qu’une succession de jolies maisons avec de magnifiques balcons en fer forgé dégoulinant de lierres et de plantes en tout genre et les rues ont de vrais noms (pas juste des numéros) inscrits en petits carreaux dans le trottoir. On est bien loin des images qu’on avait pu voir après le passage de l’ouragan Katrina. Même si on se doute que toute la ville n’a pas été si bien reconstruite : on est dans LE quartier touristique.

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On passe notre première soirée à se balader donc dans le quartier et dans la fameuse Bourbon Street où les bars à strip-tease côtoient les clubs de jazz et les boutiques de souvenirs kitschouilles avant d’aller manger un bon gumbo chez ACME, un resto réputé pour… ses huîtres (oui, on en a fait une petite cure…) !

Photos ici.

Dans la poignée de la crêpière…

La Panhandle. C’est comme ça que les Américains appellent le petit bout de la Floride qui longe le Golfe du Mexique. Enfin, petit, petit, pas tant que ça !

Mais reprenons. Après un solide petit déjeuner à l’américaine comme on les aime (œufs, bacon, buttermilk biscuit, grits (un gruau de maïs… ), céréales, toasts, bagels…), on se roule jusqu’à la voiture. Aujourd’hui, on file toujours plus à l’ouest, direction Pensacola, notre dernière étape floridienne.

Mais avant ça, on commence par le Grayton Beach State Park. Le long du Golfe du Mexique s’élève une barrière de dunes d’un sable plus blanc que blanc, et derrière ces dunes se trouve un lac d’eau douce. Il n’y a que 2 lacs d’eau douce pris au piège dans des barrières de dunes au monde : un en Afrique du Sud et l’autre ici. Nous voilà donc partis pour une petite promenade qui, sur le papier, semble plus que facile. Dans la vraie vie, il en va tout autrement. Déjà, ça fait 2 jours qu’il pleut des hallebardes : par endroits, le chemin n’est plus qu’une gigantesque flaque d’eau et Dieu sait si, pour certains d’entre nous, marcher dans les flaques est loin d’être une chose aisée… Et ensuite, ce même sentier est censé nous conduire jusqu’à la plage. Or, on a beau chercher, aucun embranchement ne nous fait passer de l’autre côté des dunes. On finira donc par suivre des empreintes « hors sentier » (oui, y avait un panneau « Ne pas marcher sur les dunes » mais bon, on va pas rester coincés à tourner en rond pendant des heures alors qu’il y a clairement d’autres gens qui l’ont fait avant nous !) et rallier discrètement la plage. Pour nous remettre de nos émotions (ouh la la… marcher pieds nus dans des flaques… je sais pas si toute le monde va s’en remettre…), on pique-nique devant le lac et on partage même nos miettes avec un énorme rat une grosse musaraigne toute mignonne…

Encore quelques kilomètres plus à l’ouest, nous arrivons à la base militaire d’Eglin. C’est une base de l’Air Force. Ici, clairement, ça rigole pas. La base s’étend sur des kilomètres carrés : bien plus grand qu’une ville. Nous, on est venus visiter le musée de l’armement. Non pas qu’on raffole des armes mais c’est assez impressionnant d’être sur cette base et en plus, c’est gratuit. Quand on arrive à proximité du hangar qui sert de musée, on est accueilli par des dizaines d’avions. Des grands, des petits, des avec le nez pointu, des habillés en tenue de camouflage… Ce qui est certain, c’est qu’aucun d’eux n’a jamais servi à transporter des touristes. Que de l’avion de combat. Ou de reconnaissance. Remarquez bien que je ne suis pas tout à fait une experte dans le domaine de l’aviation militaire alors les petits détails m’échappent. Il semblerait que quand tu joues à des jeux vidéos, tu sois bien mieux renseigné. En tout cas, y en a un qu’on repère tout de suite. C’est un grand avion tout noir, tout plat, très allongé qu’on dirait tout droit sorti d’un Star Wars. Un Blackbird, ça s’appelle. C’est un avion de reconnaissance indétectable par les écrans radar. Moi, ça m’impressionne, ça m’a l’air d’être un truc ultra haute technologie supra moderne que tu dois être trop fier de piloter ça quand t’es dans l’Air Force. Mais en fait, pas du tout. Ce truc n’a plus volé depuis 1998 et depuis, on fait bien mieux, tenez le vous pour dit !

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En tout cas, même si le musée n’est pas franchement passionnant (à moins d’être un fan de bombinette en tout genre…), il se trouve qu’aujourd’hui, il s’y déroule une cérémonie de départ à la retraite d’un officier de la base. D’UNE officier plus précisément. Bon, on n’a pas tout compris à qui elle était vraiment et ce qu’elle faisait exactement sur cette base mais on a eu le droit à l’hymne américain la main sur le cœur et le discours super émouvant entrecoupé de sanglots qui disait combien ces 14 années au service de son pays avaient été les plus belles de sa vie. On n’a pas osé s’incruster au buffet après mais y avait un gâteau avec un glaçage dans les tons pastels du plus bel effet…

En repartant d’Eglin, à nouveau, le ciel nous est tombé sur la tête. Et comme d’habitude, pas à moitié. On ne voit plus à 4 mètres, les essuie-glaces à fond balayent le pare-brise mais rien n’y fait : on est obligé de rouler à 30. On finira quand même par arriver à Pensacola. Comme il n’est pas très tard, on en profite pour faire une petite lessive. Et au moment de ranger tout notre linge propre dans la valise, v’là-ti-pas que sort justement de la valise… un monstrueux cafard !! Une prise de karaté-cafard plus tard, le voilà qui disparaît dans la cuvette des toilettes non sans avoir traumatisé certains au passage (ce qui nous vaudra un « Ça sent bizarre, non ? Ça sent pas le cafard ? »). Et pour finir en beauté cette belle journée, on ira engloutir successivement, un burger, des frites de patate douce (notre nouveau péché mignon) et des donuts de chez Krispy Kreme… ah, la gastronomie américaine… y a qu’ça d’vrai !

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Photos ici.