Le Canyon del Colca

A 6h du matin et sous un grand soleil, Cruz del Sur nous dépose à Arequipa. Arequipa, c’est le début de notre acclimatation à l’altitude. La ville est située à 2335m d’altitude. C’est aussi le début de la partie sportive de notre programme. Parce qu’on n’est pas venu à Arequipa pour enfiler des perles. Non, non. On est venu là pour aller explorer le Canyon del Colca, le canyon le plus profond du monde, celui qui fait 3400m de profondeur et qui fait passer le Grand Canyon pour une vaste blague.

Après avoir posé nos paquetages au Home Sweet Home et avalé un petit déj de champions (tartines, pancakes, œufs et jus de fruits frais… ah ! enfin un petit déj digne de ce nom !), on part donc à la recherche de l’agence qui nous proposera la meilleure formule pour descendre dans le canyon. Finalement, on opte pour la formule proposée par l’hôtel qui est la formule la plus classique mais qu’on a réussi à négocier à un prix plutôt intéressant. On va donc partir pour 2 jours : le premier jour, descente dans le canyon, nuit tout au fond et le lendemain, aux aurores ou même avant, remontée jusqu’au point de départ. Ça sent le circuit bien touristique à plein nez mais on n’a pas vraiment le temps de galérer à trouver tous les transports par nous-même (y a quand même pas loin de 4 heures de route pour accéder au canyon) et au final, ça ne nous reviendrait pas beaucoup moins cher.

En attendant, on visite Arequipa, une jolie ville coloniale où on trouve une église ou un couvent à chaque coin de rue. Comparée à Lima, la ville nous semble ravissante. En arrivant sur la Plaza de Armas, des gens sont en train d’installer une estrade et des chaises devant la basilique. Tout autour de la place, des groupes scolaires sont en train d’étaler des bâches et de réaliser des dessins au sable coloré. Ce soir, c’est la fête de Corpus Christi. M-mmh ? Ce soir, y a messe géante célébrée par l’archevêque et défilé de toutes les écoles et aumôneries de la ville. Bah, on va pas louper ça ! Mais il nous reste un peu de temps avant la cérémonie, on va donc visiter le couvent le plus célèbre de la ville, le couvent de Santa Catalina. Le couvent est vieux de plus de 500 ans et au début, les sœurs qui s’enfermaient là-dedans avaient plutôt la belle vie. Elles appartenaient à la haute bourgeoisie, avaient 4 à 5 esclaves chacune et la possibilité de continuer à mener le train de vie auquel elles avaient été habituées. Et puis, à un moment, tout ça a changé et est devenu plus monacal mais le couvent est resté gigantesque et un vrai labyrinthe où chaque cellule possède sa propre cuisine. Les couleurs sont en tout cas magnifiques et même si seules quelques chapelles sont encore aujourd’hui en activité (quelques sœurs vivent encore là mais ne croisent pas les visiteurs), le lieu est chargé d’histoire et plutôt bien conservé.

Et puis comme on était dans le thème, on est donc retourné sur la Plaza de Armas faire coucou à l’archevêque.

Plaza de Armas - Arequipa

Plaza de Armas – Arequipa

Mais bon, la messe ça donne soif alors on a grimpé sur un balcon pour mieux apprécier le show tout en sirotant un pisco sour. Et puis la messe c’est sympa mais ça donne aussi faim alors on est allé finir la soirée dans une petite trattoria à manger du risotto de quinoa. De toute façon, il fallait qu’on rentre tôt, on devait préparer nos affaires pour partir dans le Canyon.

Le lendemain, à 5h, les yeux encore tout collés, on a grimpé dans un minibus qui a pris la route du Canyon. On a eu beau essayé de finir notre nuit, la route tortueuse et le froid (il a gelé à l’intérieur du minibus !!) ont eu raison de nous. Quand le soleil a fini par se lever, on a découvert d’abord la vallée de Colca. De grand champs de quinoa, de blé, de maïs et de petits villages qui parsèment le tout. La vallée se resserre peu à peu et le canyon s’enfonce d’un coup, si profond qu’on n’en voit pas le fond justement. C’est là qu’on peut voir des condors des Andes planer à la recherche d’une petite carcasse fraîche à suçoter. Mais on n’est pas les seuls à être venus admirer les condors ce matin ! Des dizaines de minibus se suivent le long de la route. Et à chaque arrêt, des vendeuses de bonnets-chaussettes-pulls en poil de chat alpaga sont là, harcelant les centaines de touristes qui déferlent toute la journée. Pas ma partie préférée mais comment reprocher aux locaux d’essayer de tirer leur épingle du jeu et de vouloir profiter de tous ces touristes plein aux as (tout est relatif) qui déboulent chaque matin dans leur vallée ?

Bref, Norma, notre mini-guide (quoi ? elle fait 1m30 les bras levés, j’y suis pour rien) nous explique que les condors, ça vole jusqu’à 10h pétantes. Après, la tour de contrôle ne doit plus leur donner l’autorisation de planer au-dessus du canyon… Elle nous raconte aussi que le condor est un animal particulièrement romantique. Comme un certain nombre d’oiseaux, le condor est monogame. Si Madame Condor meurt avant Monsieur, de désespoir, Monsieur s’envole haut, très haut, si haut qu’il finit par ne plus avoir assez d’oxygène et qu’il meurt à son tour… Par contre, si c’est Monsieur qui meurt en premier, Madame est assez pragmatique et se cherche un nouveau partenaire. Bah oui, c’est comme ça la vie, c’est pas juste. En tout cas, nous, des condors, on en voit plein et c’est vrai que c’est une sacrément grosse bestiole. Norma, elle nous demande juste de ne pas essayer de voler : « And you don’t want to be food for the condors… »

On finit par quitter la foule des grosses feignasses qui ne sont venus jusque-là que pour sortir leurs téléobjectifs. Nous, on est des vrais, des durs à cuire, rien ne nous fait peur alors on va descendre dans le canyon. C’est Norma qui nous y emmène. Elle est vraiment rigolote Norma, quand on fait 3 pas, elle en fait 10 (OK, ça, c’est pas de sa faute) et elle fait bien attention à ne laisser personne traîner derrière. Elle nous dit aussi de faire bien attention quand on croise des mules et de bien se coller à la paroi parce que la mule, d’un coup de hanche bien placé, elle pourrait nous expédier au fond du canyon plus rapidement que prévu. « And you don’t want to be food for the condors… » Et on descend. Encore et encore. Et encore. Ça semble ne jamais s’arrêter. Ça va d’ailleurs nous prendre la journée. Plus on descend, plus il fait chaud. Il y a quand même quelques villages perchés le long des falaises et dans ces oasis, on fait pousser des arbres fruitiers, pommiers, avocatiers, poiriers, … Ici, il ne fait jamais aussi froid qu’en haut, sur l’Altiplano. On est quand même bien contents d’arriver au fond, peu de temps avant qu’il ne fasse nuit. Et quand la nuit tombe, le ciel qu’on aperçoit juste au-dessus de nos têtes entre les falaises se couvre d’un bon million d’étoiles. C’est chouette.

Juste le temps d’avaler une bonne soupe et Norma nous envoie nous coucher. Demain, départ à 5h pour remonter tout ça. La mauvaise surprise c’est que le petit déj, c’est en haut. Plus de 1000 mètres à grimper dans la nuit avec le ventre vide… On râle mais bon, de toute façon, on n’a pas le choix !

Alors à 5h, la frontale vissée sur la tête, on entame l’ascension. Il fait froid, il fait faim alors on ne s’arrête pas et en un peu plus de 2 heures, on ressort la tête de ce foutu canyon. Comme par hasard, à l’arrivée, une petite dame vend quelques fruits. On se jette sur un régime de bananes que le soleil n’a pas encore eu le temps de faire décongeler. Ce sont les meilleures bananes qu’on n’a jamais mangées… La pauvre Norma, elle, ne sortira du canyon qu’une bonne heure et demie plus tard traînant derrière elle un couple de Brésiliens qui jure qu’on ne l’y reprendra plus.

Après avoir englouti le petit déj tant promis, on reprend le minibus direction Arequipa. Avant de quitter la vallée, on s’arrête dans 2 petits villages soi-disant typiques mais où on nous attend encore pour essayer de nous soutirer quelques billets…

Clairement, on est de mauvais clients… On refuse même de faire une donation à l’église où pourtant un petit monsieur insiste lourdement. La dernière arnaque concerne le déjeuner, non inclus dans notre forfait « Canyon ». On nous a dit qu’on s’arrêtait à Chivay, le village à l’entrée de la vallée. Nous, on s’était dit, OK, pas de problème, on achètera quelques empañadas, ça nous fera bien attendre le dîner. Sauf qu’en fait, on ne s’arrête pas exactement à Chivay mais dans une auberge un peu à l’écart où si on veut manger, y a pas le choix, faut prendre un menu à 15 soles… Ça, ça agace…

Sur la route qui nous ramène à Arequipa, on traverse une réserve naturelle où paissent quelques troupeaux de vigognes, guanacos, lamas et alpagas. Pas toujours facile de reconnaître qui est quoi. Norma, elle nous dit qu’on a vraiment beaucoup de chance de voir tout ça, c’est pas tous les jours.

En arrivant à Arequipa, on se jette sous la douche avant de se précipiter au resto. Ce soir, on tente les spécialités de la cuisine arequipeña : piment farci et cochon d’Inde grillé… Curieux et pas vraiment un succès…

Voilà, Arequipa, c’est déjà fini. Demain, on reprend le bus et on file plein est direction le lac Titicaca (encore ? oui, encore, les autres, ils n’y sont pas allés, eux !).

Photos ici.

C’est un fameux trois-mâts…

Quoi ? Me faites pas croire que vous n’avez jamais fait l’erreur ! Moi, je viens juste de découvrir que le bateau en question ne s’appelle pas du tout SantiaGo mais SantiaNo… Avouez que ça prête à confusion. En même temps, j’aurais dû m’en douter, y a pas la mer à Santiago.

Bref, reprenons. Une fois passée la douane (je pourrais avoir la photo de Mickey sur mon passeport, ça leur ferait même pas lever un sourcil), et un bus et 2 changements de métro plus tard, je sors de terre au beau milieu de la Plaza de Armas, au cœur de la ville. Mon hostal est juste là, au dernier étage d’un immeuble qui borde la place et depuis la terrasse, je découvre les environs.

Bon, bah, à première vue, c’est grand, c’est plein d’immeubles, ça grouille de gens et y a une bonne couche de pollution qui cache les montagnes autour mais ça n’empêche pas le soleil de passer à travers. La place est un immense carré bordé d’immeubles blancs et jaunes de 5 à 6 étages et de la grande cathédrale de la ville, la cathédrale de l’Assomption de la Très Sainte Vierge (parce qu’apparemment, des fois, elle est juste sainte et des fois, elle est très sainte, va comprendre pourquoi). Au milieu de tout ça, des enfants courent, des hommes orchestres dansent, des cercles se forment autour de passionarias qui haranguent la foule, les terrasses des cafés sont pleines, on entend les gens rire, crier, les pigeons volent… ça vit quoi !

Tout ce que j’ai entendu sur Santiago, c’est que c’est moche et que ça ne vaut pas le coup de s’y attarder. Moi j’ai 48 heures à y passer et je suis bien décidée à me faire ma propre opinion. Alors même si la vue est plaisante, je ne passe pas toute l’après-midi à lézarder sur ma terrasse. Non, non. Je saute dans la douche (après une journée de 41 heures, c’est pas du luxe) et je rejoins le Free Tour Santiago qui démarre juste au pied de la cathédrale. En voilà une idée qu’elle est bonne ! Deux fois par jour, des guides emmènent les touristes faire le tour de la ville en anglais. Gra-tui-te-ment. Bien sûr, on vous suggère de donner un pourboire mais curieusement, il semblerait qu’on soit bien plus enclin à rémunérer un guide quand on sait que ça n’a rien d’obligatoire… Moi, mon guide s’appelle Felipe, il a un accent formidable et surtout, plein d’adresses hyper intéressantes à recommander (comme ce glacier à l’angle de la Plaza Italia ou ce resto fréquenté par les locaux et où le patron n’essaye pas de vous arnaquer au Mercardo Central). Il nous raconte des tas de trucs rigolos comme ces cafés spécialisés dans le coffee with legs, où les serveuses ont des jupes extra courtes et où, il y a encore quelques années, existaient des happy minutes.  Pendant une minute, on baissait le rideau de fer, les serveuses offraient un strip-tease express aux cols blancs qui étaient en train de boire leur café puis on relevait le rideau et tout le monde faisait comme si de rien n’était. Intéressante tradition. A mi-parcours, il nous emmène boire un café à la terrasse d’un petit bar sympa. Un café ou un Pisco sour,  LA spécialité d’Amérique du sud. Keskecé le Pisco sour ? Et bien, c’est une bonne dose de pisco (de la liqueur de raisin), du sucre, un peu de blanc d’œuf pour rendre le tout un peu plus smooth et un trait de citron vert. Bref, ça se boit comme du p’tit lait et ça fait causer. Du coup, je discute avec Carmen et Miki, un couple suisse-allemand très sympa, qui commence un tour du monde d’un an. Pour l’instant, ils n’ont visité que l’Argentine et ils prennent l’avion dans 2 jours pour aller… à l’île de Pâques ! Après avoir dit au-revoir à Felipe, on va donc dîner tous les 3 dans un des restos de la rue Constitucion dans le barrio Bellavista, le quartier de Santiago réputé pour sa vie nocturne animée. L’occasion de goûter un Pastel de Choclo, une des spécialités nationales, une espèce de ragoût avec du poulet, du bœuf, plein de sauce, quelques olives, le tout recouvert de purée de maïs… Mouais, je sens déjà que je vais regretter mes soupes de nouilles dans pas longtemps. Puis, comme je compte bien profiter pleinement de cette journée fantastiquement longue, on va goûter quelques-unes des centaines de variations de mojitos et de caïpirinhas qui font la réputation du coin. Le petit détail qui nous ramène à la réalité c’est quand à peine assis en terrasse, le serveur du bar vient fixer nos sacs à nos chaises avec des lanières de façon à ce qu’ils ne s’envolent pas tout seuls… Ça met tout de suite dans l’ambiance.

Et puis, comme les Chiliens ne sont pas des gens qui se couchent tard, le métro s’arrête à 22h, ce qui nous oblige à prendre un taxi pour rentrer. Le chauffeur essaye de nous convaincre d’aller à la soirée organisée pour fêter on sait pas trop quoi dans une discothèque un peu plus loin mais toutes les bonnes choses ont une fin, même cette journée exceptionnelle.

Le lendemain matin, j’ai rendez-vous pour le petit-déj avec un copain que je n’ai pas vu depuis près de 6 ans et qui est de passage à Santiago pour le boulot. Bah oui, tout le monde ne vient pas à Santiago en touriste, il semblerait qu’il y ait encore des gens qui bossent. Sauf que ce matin, c’est le 1er mai. La journée internationale des feignasses. Encore plus vrai ici où le premier café n’ouvre laborieusement qu’à 10h (on est les premiers clients, affamés) et où les rues sont désertes de chez désertes. Au hasard des rues, on arrive jusqu’au palais de la Moneda où on assiste à la relève de la garde. Moi, ça me rappelle les evzones d’Athènes sauf qu’ici, ils ont remplacé les jupettes et les bas en laine par des belles bottes cirées et des costumes vert olive. Et puis, comme tout (vraiment tout) est fermé, on décide d’aller voir la ville d’en haut. D’abord au Cerro Santa Lucia puis au Cerro San Cristobal où se trouve le sanctuaire de la Vierge de l’Immaculée Conception. Pour grimper tout là-haut, on peut se la jouer warrior et y aller en courant, ou, faire comme tout le monde et prendre le funiculaire. Bon, il se trouve qu’il y a une queue pas possible au funiculaire parce qu’il mène aussi au zoo de la ville qui est visiblement la seule chose d’ouverte aujourd’hui. Mais arrivé au sommet, la vue sur la ville est… époustouflante. On voit bien la petite couche de brouillard qui recouvre l’ensemble mais au-dessus, on voit les montagnes. La Cordillère des Andes ! Et pas à 200kms ! Non, non. Juste là, aux portes de la ville. On en reste sans voix. Beaucoup de Chiliens viennent ici déposer des fleurs ou se recueillir et plein de gens ont à la main un verre avec un contenu étrange… Comme il faut vivre dangereusement, on tente le coup. Et on se retrouve avec une portion de blé recouverte de pêches au sirop… Curieux. Pas dégueu mais curieux. On finit par redescendre de notre colline (à pied cette fois parce qu’on est à moitié courageux) pour atterrir dans un resto de fruits de mer, toujours dans le barrio Bellavista, mais cette fois, j’opte pour un ceviche, du poisson cru mariné au citron. Bonne pioche, c’est délicieux. Et puis on papote, on papote, on laisse filer l’après-midi et on décide d’aller admirer le coucher de soleil depuis la terrasse du bar de l’hôtel W, un des grands hôtels de Santiago. Bonne idée mais quand on arrive… le bar est fermé pour travaux. Du coup, on se rabat sur le lounge de l’hôtel où après quelques Pisco sour (chilean style et peruan style), on finit par commander à dîner parce que ça faisait au moins 3 heures qu’on avait rien avalé… Pas mal. Pas mal du tout.

Et puis, cette fois, je ne laisse pas filer le dernier métro et je rentre boucler une fois de plus mon sac parce que demain, c’est lever à 5h30 pour filer au beau milieu de l’océan : direction Isla de Pascua !

Finalement, Santiago, c’était pas si mal. J’y aurais presque passé une journée de plus histoire de traînasser dans quelques musées et de boire quelques cafés hyper sucrés en terrasse. La prochaine fois !

Photo ici.