PCT Training 2 – la Rota Vicentina

Reprenons cette histoire d’entraînement.

Je venais de passer 15 jours à gambader dans les montagnes. Et à ma plus grande surprise, ça n’avait pas été si horrible que ça. Ça avait même été carrément chouette. Mais pour être honnête, je n’avais aucune idée ni des dénivelés, ni des distances parcourues. Tout ce que je savais c’est que j’en avais encore sous la semelle mais pas non plus de quoi courir un ultratrail.

Alors je me suis dit que ça serait bien de savoir si j’étais capable de marcher 25 kilomètres avec un sac sur le dos. La dernière fois que j’avais marché sur une vraiment longue distance, c’était par une nuit froide de janvier. 39 kilomètres au pas de charge entre Beynes et Mantes-la-Jolie. De nuit. Oui. Non, c’était pas une lubie. C’était un morceau du Paris – Mantes à la marche. Et le lendemain, ou plutôt le surlendemain, avait été catastrophique. C’était plus des jambes que j’avais, c’était des poteaux. Je ne marchais plus, je glissais. Douloureusement. Les escaliers ? Même pas en rêve. Alors certes, on peut dire que l’absence totale d’étirements après l’épreuve était sûrement pour quelque chose dans mon état misérable mais pas que. Marcher 39 kilomètres comme ça, de but en blanc, je peux le faire. Y survivre, c’est moins sûr. Et recommencer le lendemain, ça, c’est carrément à exclure. Or dans l’idée de finir le PCT avant que la neige ne recouvre les montagnes du nord-ouest américain, il va falloir enchaîner les marches de plus de 25 kilomètres. Et non pas une ou deux fois comme ça en passant mais tous les jours. Plusieurs semaines durant. Mais soyons réalistes, si je commence dès le premier jour avec 35 kilomètres, je vais jamais tenir la distance. Je compte donc me la jouer diesel. Tranquille au début pour me chauffer puis augmenter le mileage (bah oui, puisqu’on compte en miles là-bas, on dit mileage, pas kilométrage) doucement mais sûrement.

Mais même comme ça, dès le départ, va pas falloir se laisser aller. C’est pas exactement une promenade du dimanche non plus… Et clairement, si je parcours moins de 25 kilomètres (15 miles) par jour, je vais prendre du retard. J’avais donc besoin de savoir si je pouvais marcher 25 kilomètres par jour, plusieurs jours d’affilée. Et bien mesdames et messieurs, la réponse est… OUI !!! Mais laissez-moi vous raconter comment je sais ça.

Il y a un petit moment déjà, je m’étais dit que j’irais bien voir à quoi ressemble le Portugal. C’est vrai, le Portugal, c’est pas très grand, c’est juste à côté et on en entend jamais parler. Et puis j’avais lu le récit de voyage d’Adeline et elle parlait de Rota Vicentina, de petits sentiers, de falaises, de soleil qui se couche dans la mer… ça avait l’air vraiment sympa. Alors ni une ni deux, j’ai googlé « Rota Vicentina », lancé une recherche pour un vol Paris – Lisbonne et une demi-heure plus tard, j’avais un billet d’avion et un itinéraire parfait pour 15 jours de marche le long de la côte portugaise.

N’ayant jamais mis les pieds au Portugal, j’ai tout de même pris le temps de visiter Lisbonne. J’avais toujours entendu dire que c’était hyper sympa, mais c’était bien plus que ça. C’était carrément… wow… Les vieilles ruelles tellement jolies, le tram tellement grinçant et brinquebalant, la lumière tellement douce et chaude, la mer tellement scintillante qui surgit entre 2 rangées d’immeubles tellement colorés… c’était tellement chouette !! La gastronomie portugaise n’a rien gâché à la fête non plus : pasteis de nata, morue sous toutes ses formes, petit verre de vin cuit en terrasse… j’en venais presque à regretter de devoir quitter Lisbonne pour aller gambader dans la campagne.

Mais je n’étais pas là juste pour flâner le nez en l’air et me perdre dans les ruelles de l’Alfama au son du fado même si tout ça avait un charme indéniable. J’avais un programme sportif de haut niveau. Alors par une belle fin d’après-midi, j’ai grimpé dans un bus direction Porto Covo. Je suis arrivée à la nuit tombée. Le vent s’était levé. J’ai mis mon sac sur mon dos et j’ai avancé dans une jolie rue pavée façon station balnéaire avec ses boutiques pas très hautes et ses restos aux murs blanchis à la chaux. Y avait pas grand monde dehors, c’était la fin de soirée, les stores étaient déjà baissés. J’ai rapidement trouvé le Ahoy Porto Covo Hostel et Nicolas, son propriétaire. Nicolas est ultra gentil et une vraie mine d’info sur la Rota Vincentina. Il m’a briefé pendant près d’une heure devant la carte du parcours de mes 10 prochains jours : les plages où il faut absolument aller piquer une tête, les restos où il faut aller manger les meilleurs fruits de mer de la planète, les spots à pique-nique parfaits… bref, il était déjà 23h, je tombais de sommeil et je me suis donc écroulée sur mon matelas après avoir soigneusement préparé mes affaires afin de quitter mon dortoir au petit jour sans réveiller toute la maison.

Le lendemain matin, le vent était tombé et j’ai refermé doucement la porte de la maison au moment où les premiers rayons du soleil réchauffaient le chat de la voisine perché sur le muret. Un petit gratouillis sous le menton mais pas le temps de s’attarder. C’est qu’il y a 20kms à faire jusqu’à Vila Nova de Milfontes  et que je ne sais pas si ça va me prendre 5 heures ou 6 jours. J’ai des provisions dans mon sac pour les 4 jours qui viennent, ça devrait jouer. J’ai ajusté mes guêtres sur mes baskets, j’ai posé mes lunettes de soleil sur mon nez et en avant Guingamp ! Le sentier suivait la côte en grimpant sur la falaise sur en redescendant sur la plage. Rapidement, je me suis mise à marcher dans le sable. Parfait pour tester les guêtres. Le ciel était bleu, l’océan était bleu, le sable était presque blanc, il y avait des petites vaguelettes et le vent soufflait doucement juste comme il fallait et je déroulais les kilomètres. Je n’ai croisé quasiment personne jusqu’à arriver à l’entrée de Vila Nova. J’avais mis 5 heures. J’étais tellement fière de moi que j’avais envie de dire à tout le monde : « Hey ! Vous savez quoi ? Je viens de faire 20kms en 5 heures avec mon gros sac sur le dos et j’ai même pas mal aux pieds !! ». Y avait que des mouettes. Pour fêter ça je me suis assise sur un banc face à l’océan. Je me suis coupée de belles tranches de pain entre lesquelles j’ai plié de belles tranches de jambon fumé et de fromage au poivre. J’étais heureuse. Sale, mal peignée, avec des coulées de crème solaire dans le cou mais heureuse. J’ai un peu erré en ville avant de trouver le Hike & Surf Lodge où je devais passer la nuit puis j’ai passé l’après-midi à la plage. A Vila Nova de Milfontes, la plage se situe juste à l’embouchure de la rivière. L’eau est donc calme et paisible sur la plage et les surfeurs jouent avec les vagues un peu plus loin. Là encore, le vent rendait la chaleur parfaitement supportable et j’ai conclu cette belle première journée par un petit verre de porto en terrasse.

Le deuxième jour a commencé par la traversée de la rivière dans un petit bateau. Certes, j’aurais pu faire le tour et marcher quelques kilomètres de plus, mais franchement, c’était pas les kilomètres qui allaient manquer au cours de la semaine, j’ai donc estimé que traverser en bateau n’était pas tricher. La destination du jour c’était Almograve à quelques 15 kilomètres de là. 15 kilomètres ? Du gâteau après la journée de la veille !! Même genre de paysages, du sable, des dunes, du sable, des dunes… oh ! une petite échelle en bois pourri pour descendre une falaise de 12 mètres de haut… des vues de dingue depuis le haut de la falaise d’en face, du sable, des dunes, du sable, des dunes et puis Almograve. Il était à peine 11h quand je suis arrivée. Tellement tôt que la petite dame de la Pousada de Juventude voulait même pas me laisser accéder à mon dortoir… J’ai donc patienté, sagement assise dans le hall jusqu’à ce qu’il soit midi pétantes et j’ai enfin pu aller poser mon sac et prendre une douche. Je me suis ensuite fait à manger et je suis allée faire un petit tour dans le village. Pas grand-chose à voir à part quelques chats qui se chauffaient la couenne au soleil. A la Pousada de Juventude, y avait personne.  J’ai passé le reste de l’après-midi à l’ombre de la terrasse à lire et à sentir le vent sur mon visage. Le soir, je me suis cuisiné des pâtes sauce tomate dignes d’une cantine scolaire des années 80. J’avais hâte d’être au lendemain.

Au troisième matin, j’ai quitté Almograve dans la purée de pois. Ça donnait un petit côté mystique à la balade. Le soleil essayait bien de percer l’épaisse couche de nuages mais j’ai rarement pu apercevoir mon ombre. J’ai enfoncé un écouteur dans mon oreille gauche et j’ai écouté d’une oreille mon audiobook. Je marchais sur les falaises portugaises tout en pourchassant les criminels dans le Massachussetts. J’ai profité d’une mini éclaircie, pour pique-niquer assise au bord de la falaise, observant les nids de cormorans en contrebas. Mais j’ai pas vu passer les 22 kilomètres de la journée absorbée que j’étais dans mon livre. Je suis arrivée de bonne heure à Zambujeira do Mar. Je me suis assise sur un banc sur la petite place pavée qui surplombait la falaise et j’ai regardé les gens vaquer à leurs occupations. Un peu plus tard, je me suis installée à l’hostel Hakuna Matata. Y avait eu un orage la veille et l’eau était coupée. C’était bien dommage vu le besoin urgent que mes cheveux avaient de voir une douche. En fin d’après-midi, l’eau est revenue. Et j’ai repris forme humaine. Je suis ensuite allée faire quelques courses dans le village et j’ai passé la soirée à regarder des vidéos sur mon téléphone. L’hostel était quasi vide, pas un ronfleur à l’horizon, j’ai pu laver mes fringues et les étaler sur tous les lits du dortoir pour les faire sécher. Le lendemain, je me suis offert un jour off. Bah c’est vrai quoi. J’étais là pour marcher mais j’étais aussi un peu là pour profiter. Alors je suis allée à la plage où je me suis presqu’endormie en écoutant mon audiobook. J’ai préparé mon sac de bouffe pour les prochains jours, mangé une gigantesque salade et vidé mes chaussures de tout le sable accumulé dans les doublures. J’étais prête à repartir.

C’est tout juste si j’ai eu besoin de mettre le réveil le lendemain. J’ai remis mon sac sur mon dos, bouclé ma ceinture, ajusté mes guêtres et je suis repartie. A la fraiche. L’étape du jour me menait à Odeceixe à « seulement » 18kms de là. Alors j’ai pas forcé. J’ai pris mon temps. J’ai fait des pauses, j’ai admiré le paysage assise au bord de la falaise à ne penser à rien. Malgré tout, je suis arrivée de bonne heure à Odeceixe. Y avait personne à l’hostel. En fouinant un peu, j’ai trouvé une clé. Je suis donc entrée, j’ai posé mes affaires, pris une douche, fait un peu de lessive. Un peu plus tard, d’autres gens sont arrivés. Eux aussi, ils se baladaient le long de la Rota Vicentina. Ils se sont installés dans l’autre chambre, me laissant étaler toutes mes affaires tranquillement et brancher mes chargeurs sur toutes les prises. Un peu plus tard, je suis allée faire un petit tour dans le village. Très joli avec ses ruelles pavées en pente et ses maisons blanchies à la chaux. Y avait tout un tas de chats qui se doraient au soleil et qui ouvraient à peine à œil quand je tendais la main pour les caresser. Tout en haut du village, il y avait un ancien moulin à vent. Impossible de rentrer dedans mais la vue de là-haut était imprenable.

L’étape du sixième jour m’a amené à Aljezur, 18kms plus loin. Pour changer du sable et des dunes, le chemin suivait cette fois le canal d’irrigation de la Mira, la rivière du coin. La balade était facile, à plat, à peine besoin de repérer les petites marques rouges et blanches qui jalonnaient le sentier. Au bout d’un moment, j’ai même rejoint une forêt d’eucalyptus dont le parfum m’a ramenée plusieurs années en arrière sur la côte corse. Et puis j’ai fini par retrouver les dunes, le sable et la falaise. Et perché sur la falaise, Aljezur. Aljezur-le-vieux sur la falaise et Aljezur-la-nouvelle avec sa nationale et son supermarché en contrebas. L’Amazigh Design Hostel où j’ai posé mon sac était vraiment sympa. Creusé dans la paroi rocheuse avec une vue imprenable sur la vallée depuis le toit-terrasse. Encore une fois, j’étais seule dans ma chambre. Septembre dans ce petit coin de Portugal semblait être déjà hors saison.

Le lendemain c’était presqu’une journée de vacances : 12kms jusqu’à Arrifana. Le long de la falaise avec quelques passages par les plages. Du coup, j’en ai profité. J’ai traîîîîîîné. Je me suis baigné, j’ai fait une sieste. Et je suis arrivée à Arrifana en milieu d’après-midi. Probablement ma plus longue journée malgré le peu de kilomètres parcourus. Arrifana est très connu pour sa plage complètement encastrée entre 2 falaises ce qui en fait apparemment un spot de surf réputé. Je suis donc allée y faire un tour, regarder les enfants jouer au cerf-volant et compter tous les petits points noirs dans les vagues qui essayaient de se mettre debout sur leurs planches. Le Arrifana Destination Hostel est une usine à surfers. J’ai essayé de me fondre dans la masse mais avec mon bronzage de randonneuse et mes baskets de trail, j’ai eu le droit à quelques questions. L’occasion de rencontrer (enfin !) quelques Portugais en vacances. Bizarrement, peu de gens connaissaient la Rota Vicentina. Et l’idée de faire ça toute seule… totalement délirant apparemment…

Le lendemain, j’ai quitté Arrifana de bonne heure. C’était LA grosse étape de la semaine : direction Carrapateira à 24kms de là. J’avais eu des journées plutôt faciles les jours précédents, j’ai donc pris mon temps et je suis arrivée tranquillement à Carrapateira dans l’après-midi. Je me suis installée à la Pensao das Dunas. J’y suis restée 3 jours. Et comme l’avait si bien raconté Adeline, c’est vraiment un petit coin de paradis. Les propriétaires de la Pensao das Dunas sont uuuuultra gentils (et ils font un petit déj de dingue ce qui ne gâche rien), la plage est maaaaagnifique, y a des petits oiseaux qui chantent et j’ai même croisé un tout petit serpent qui m’a filé entre les doigts de pieds (que j’ai fort joli par ailleurs…). Bref, j’ai bien failli m’installer pour de bon à Carrapateira. Mais je n’étais pas encore arrivée au bout du bout du chemin. Il restait 2 étapes.

D’abord, il y a eu Vila do Bispo. Encore 22kms sous le soleil et le ciel bleu, à gambader joyeusement entre les champs en essayant d’approcher la faune locale. Pas d’océan pour une fois. Au GoodFeeling Hostel de Vila do Bispo, j’ai rencontré G., une Allemande. Elle voulait aller se balader. On s’est mis d’accord pour décoller à 7h le lendemain.

En ce dernier jour, on est donc parties de bon matin et très vite, on s’est retrouvé au bord des falaises à contempler l’océan 100 mètres plus bas. Cette dernière étape, malgré ses « petits » 14kms, c’était un peu l’apothéose de la balade. De la falaise encore plus découpée que d’habitude, des petits oiseaux partout, de la bruyère qui sent bon… A un moment, pendant qu’on papotait, on a voulu prendre un petit raccourci. Je me suis retrouvée suspendue par le bout des doigts à un morceau de caillou bien friable qui menaçait de dégringoler 50 mètres plus bas. Je suis remontée en rampant sur la falaise. Adieu raccourci. Mourir si près du but, ça aurait bien ballot. J’en ai été quitte pour une belle frayeur et une belle balafre sur le tibia gauche. On a donc sagement suivi le chemin et puis on a fini par arriver au Cabo de San Vicente. Tout au bout du bout du sud du Portugal. Et après presque 2 semaines à me croire seule au monde au paradis, j’ai retrouvé les cars de touristes et les stands de saucisses-frites qui vont avec. Drôle de sensation. J’ai quitté là G. qui est rentrée à Vila do Bispo et moi j’ai continué ma route en bus jusqu’à Sagres où j’ai ensuite sauté dans un train pour Faro.

Je n’ai passé qu’une petite journée à Faro où je prenais l’avion le soir même pour rentrer à Paris. C’est pas très grand, Faro, on peut l’explorer à pieds sans problème. J’ai eu le temps d’y manger une glace en regardant les petits poissons dans les eaux vertes du port et de traîner dans les vieilles ruelles pavées à la recherche d’un peu de fraîcheur. Et en fin d’après-midi, j’ai remis mon sac sur mon dos et j’ai pris la direction de l’aéroport. Les vacances étaient finies.

S’il n’y a qu’une chose à retenir de ce joli voyage au Portugal, c’est que cette partie de la côte portugaise est splendide. Tellement que je compte bien y revenir. Et aussi que Carrapateira est une excellente destination pour des vacances au calme, dans un paysage de carte postale. Et qu’en plus, c’est vraiment pas très cher. Surtout au mois de septembre. Bref, il n’y a pas qu’une seule chose à retenir de ce joli voyage au Portugal. Mais la plus importante c’est que j’arrive parfaitement à marcher plus de 20kms avec un sac sur le dos plusieurs jours d’affilée. Et je suis un peu rassurée.

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PCT Training 1 – de Allos à Menton

Parfois, je me lance des défis à la noix. Souvent, les gens me disent que je suis folle. Des fois, je crois qu’ils ont raison… Prenons un exemple.

Moi : « Hey ! Et si j’allais faire une rando de plus de 4000 kilomètres en 5 ou 6 mois, soit une moyenne de presque 30 bornes par jour ? »

Les gens : « Mais ma pauv’fille ! T’es complètement folle ! Pis comment tu vas faire pour t’entraîner ? »

Moi : « Ah ? Faut s’entraîner… ? »

Bref, je me suis dit que bien que la réussite d’un projet dépend à 90% du fait que tu y crois, il ne fallait peut-être pas complètement négliger le côté physique de l’affaire. Evidemment, je trouverai toujours des gens qui ont réussi le PCT sans avoir fait aucun entraînement particulier mais les experts sont tout de même relativement d’accord pour dire que s’entraîner un peu ne fait pas de mal…

Alors je me suis laissée convaincre. Bon. Sauf que pour s’entraîner à courir un marathon, on ne sort pas direct, courir un marathon. On fait de plus petites distances, on fait du fractionné (beurk !), on alterne les sorties courtes, les sorties longues, bref, on fait ça rationnellement, intelligemment, selon un planning bien établi. OK, mais concrètement, c’est quoi le plan pour s’entraîner pour le PCT ? Comment on fait pour s’entraîner à marcher 35 bornes par jour avec plus de 1000 mètres de dénivelé, en particulier quand on n’habite pas à la montagne et qu’avec un peu de chance, on n’a même pas le droit de mettre un pied à l’extérieur ? Bah voilà. En fait, on peut pas vraiment s’entraîner pour ça. Mais j’ai quand même essayé. D’abord parce que mon cerveau m’a dit que rester vautrée dans mon canapé, c’était quand même pas la meilleure idée et ensuite parce que je voulais tester mon matériel. Ou tout du moins une partie de mon matériel.

Cet été donc, comme tous les étés, je suis partie en rando avec les copains. Mais d’habitude, même si on fait pas de la rando de papis, on n’est jamais en autonomie complète à porter les tentes, les sacs de couchage, les réchauds et nos 3 repas par jour. D’habitude, on dort en refuge et on y prend nos dîners et petit-déjs. Ouais, peut-être qu’on fait un peu de la rando de papi en fait. Donc dans nos sacs, d’habitude, il n’y a que quelques fringues, des barres de céréales et les pique-niques de la semaine (et oui, on mange les melons en premier, on n’est pas complètement teubé). Et d’habitude, j’ai déjà parfois tendance à trouver mon sac lourd. Autant dire qu’à l’idée de porter ma tente et tout le reste pour jouer au parfait petit homme perdu dans la montagne, je me demandais si j’avais pas eu les yeux un peu plus gros que le ventre… Il a donc fallu élever le niveau.

D’abord, on a fait une boucle tous ensemble dans le Mercantour au départ d’Allos. On a fini la semaine en apothéose avec une nuit en bivouac au lac de Lignin à 2270m. D’abord, on a monté la tente. 5 minutes chrono ; un vrai succès. Ensuite on a fait chauffé de l’eau pour les nouilles chinoises. Le réchaud a fonctionné à merveille. Pas aussi rapide qu’un réchaud à gaz mais le pare-vent intégré est juste génial. Et puis la nuit a été bien froide mais roulée en boule dans mon Panyam 450, j’étais juste toasted comme on dit. Au petit matin, on a mis un peu de temps à faire sécher le double toit de la tente qui était tout mouillé à cause de la condensation. Mais malgré ça, l’expérience a été plus que réussie.

Du coup, une fois qu’on est redescendu de cette montagne-ci et qu’on a abandonné une partie des copains, on a pris un petit train, fait un peu de stop (toi aussi, fais du stop à 3 avec des gros sacs de rando…) et on est remonté sur cette montagne-là. Cette montagne-là, c’était Isola 2000 et le plan c’était d’aller mettre les pieds dans la Méditerrannée, sur la plage de Menton 8 jours plus tard. Sauf que cette fois, plus question de repas pantagruéliques et de la chaleur des dortoirs de refuge. Cette fois, c’était 8 jours tout seuls dans la montagne loin de la civilisation ou presque. Et ouais, sur le papier, ça me foutait les jetons…

On avait un peu préparé notre coup. J’avais été faire un tour à Auchan où j’avais rempli un caddie de sachets de semoule, de boîtes de thon, de soupes déshydratées, de muesli, de lait en poudre, de pâtes de fruits et de pom’potes. Vous auriez dû voir la tête de la caissière quand j’ai aligné tout ça sur son tapis. Elle a levé un sourcil et m’a jeté un regard perplexe genre : « mais tu vas nourrir un camp de vacances de gamins de moins de 5 ans ou quoi ? ». Ensuite, j’ai jeté tous les cartons, j’ai tout mis dans des sacs congélation (ah le sac congélation… le meilleur ami du randonneur… tu y mets ta bouffe, tes chaussettes sales, ton téléphone… pas tout dans le même sac, hein, évidemment…) et j’ai laissé ça mûrir une semaine dans un coffre de voiture pendant qu’on se promenait dans le Mercantour.

Quand on a quitté Isola 2000 après avoir fait un petit tour par le supermarché pour ajouter quelques produits frais (saucisson, jambon, pâté) à nos menus des prochains jours, j’avais un peu plus de 20kg sur le dos. C’était lourd. Tellement lourd que j’arrivais pas à soulever mon sac toute seule pour me le jeter sur le dos. Là, on était plus sur le papier et ça me foutait toujours les jetons. Mais c’était plus le moment de se poser trop de questions. Et la rando, c’est pas compliqué : tu mets ton pied droit devant ton pied gauche, puis ton pied gauche devant ton pied droit et tu recommences jusqu’à ce que mort s’ensuive… Alors lentement, j’ai soulevé mon pied droit, péniblement j’ai ensuite soulevé le pied gauche et puis j’ai recommencé. Et je suis pas morte. Je peux même dire que cette petite semaine, je l’ai grave kiffée.

Alors oui, on a vite réalisé qu’on aurait pu trouver une meilleure idée que la boîte de thon qui une fois vide prend autant de place que pleine ; oui, la pom’pote c’est lourd, super lourd ; oui, on a pris qu’une douche en 8 jours ; oui, y a un sac de muesli qui a explosé dans un sac et oui, récupérer du flocon de muesli dans un sac, c’est chiant ; oui, on a eu une chance de malade question météo puisqu’on a réussi à squatter un refuge la seule nuit où il y a eu de l’orage et oui, quand on est arrivé sur la plage de Menton, y a une petite fille qui s’est enfui en courant en criant : « Mais Mamaaannnnn, ils puent des pieds les gens !!! »

Et la morale de l’histoire c’est que je ne crois pas du tout que ces deux jolies semaines ont ressemblé de près ou de loin à ce qui m’attend sur le PCT. Mais je sais maintenant comment choisir un spot pour monter la tente, doser l’alcool à mettre dans le réchaud, vivre avec 2 t-shirts et 3 paires de chaussettes et surtout, j’ai plus les jetons. Je sais que je m’adapterai, que je trouverai ma routine et que je vais adorer ça. Et maintenant, j’ai hâte…

Complètement à l’Est…

Dans cette nouvelle vie que j’ai adoptée, je ne suis jamais « à la maison ». Enfin, si, chaque fois que je change d’endroit, c’est comme si j’avais une nouvelle maison. J’ai une capacité d’adaptation qui frôle le caméléonisme.. Mais du coup, je ne passe plus beaucoup de temps en France. On est fin juillet et depuis le début de l’année j’ai dû passer à peine un mois au pays du camembert de Molière…

Alors c’est super parce que je découvre tous ces nouveaux pays, ces nouvelles cultures, ces nouvelles personnes qui deviennent parfois des amis mais clairement, quand on me dit : « Ah c’est génial ! Tu connais le Congo ! », je rigole doucement. Je connais le Congo comme je connais Bordeaux. J’y suis passée quelques fois, j’y ai une flopée de souvenirs mais je ne connais pas Bordeaux. Ni le Congo. Parce que, breaking news, aller dans un pays pour y travailler c’est loin mais alors vraiment très loin d’être la même chose que d’y aller pour voyager. Oui on tisse de vrais liens avec des gens qui vivent là. Oui on s’y crée une routine, on y apprend plus de choses qu’on ne ferait si on était simple touriste et oui on se sent « à la maison ». Mais on n’est pas libre de ses mouvements (reminder : je travaille pour Médecins Sans Frontières, je vais donc dans des endroits où la sécurité est parfois une préoccupation bien réelle et où je suis tenue de suivre certaines règles. Ce n’est évidemment pas le cas de tous les expatriés du monde, heureusement…) et l’air de rien… on y bosse ! On n’a donc pas tout le temps du monde pour flâner le nez en l’air sur les marchés, aller visiter les musées et les sites archéologiques et profiter des plages de sable blanc… Alors, quand je suis en vacances (enfin… quand je ne travaille pas), bah… j’ai toujours envie de voyager !

Mais c’est vrai que les destinations exotiques sont un peu redescendues dans le classement de ma bucket-list. A la prochaine Jordanie, Argentine, Myanmar ! Welcome Norvège, Pays Baltes, Bulgarie ! Oui c’est-à-dire que j’ai eu ma dose de soleil et chaleur pour 2016. Là, j’ai envie de forêts, écharpes et roulés à la cannelle… Du coup, pour ce premier voyage de l’été (oups, j’ai vendu la mèche, il y en aura évidemment plusieurs…), j’ai choisi… l’Estonie !!

Alors d’abord l’Estonie, c’est où ? Très facile, l’Estonie, c’est là.

Et pourquoi ça l’Estonie ? Tout simplement parce que personne n’y va. Je passe ma vie à voir des gens, à parler à des gens, à vivre avec des gens. Quand c’est les vacances, j’ai envie de calme luxe et volupté et de solitude. Et puis aussi parce qu’en Estonie, y a des grands espaces. Des forêts, des plages, des centaines de kilomètres de paysage où tu peux laisser ton regard se perdre à l’horizon. Quand tu passes ta vie derrière 4 murs, de temps en temps, t’as besoin que tes yeux se souviennent comment faire pour regarder « au loin ». Mais bon, je me suis quand même un peu renseignée avant. En Estonie, y a plein de choses à voir, à faire et à manger.

J’ai donc acheté un billet d’avion pour Tallinn (encore un bon point pour l’Estonie, pas besoin d’être milliardaire pour aller y faire un tour), j’ai calé ma mère sous mon bras et en avant Guingamp !

On a commencé par explorer l’aéroport d’Helsinki. Oui parce que pour aller à Tallinn, globalement, faut passer par Helsinki. Paris-Tallinn en direct, ça n’existe pas. En tout cas, ça n’existait pas cet été. Helsinki c’est sympa mais faut pas rester trop longtemps sous peine d’en ressortir ruiné. Du coup, on grimpe dans un petit coucou d’à peine 20 places qui traverse le bras de mer qui sépare les 2 pays en pas plus de 25 minutes et nous ici voici !

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Arrivées à destination, on récupère la voiture qu’on avait louée pour 10 jours. Oui parce que l’Estonie, c’est bien y a personne mais du coup, c’est pas blindé en transport en commun non plus. Et comme je n’avais pas l’intention de rester à Tallinn mais bien d’arpenter les sentiers perdus, il nous fallait un moyen de locomotion. On a donc jeté notre sac dans le coffre, allumé le GPS et 20 minutes plus tard, on s’est garé par une belle fin d’après-midi aux pieds des remparts de la vieille ville. On y a donc fait un petit tour au hasard des ruelles pavées et Tallinn s’est montrée sous son meilleur soleil couchant.

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Ne sachant pas trop à quoi s’attendre gastronomiquement parlant, on a demandé son avis à notre ami le Lonely Planet. Et bingo ! On a atterri dans un petit resto à moitié bio, vegan ou je-sais-pas-quoi où on a pu goûter à la bière de la maison et à tout un tas de petits trucs très très sympas et très très délicieux.

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Autant dire que pour une première impression, Tallinn a mis le paquet !

Le lendemain matin, on a taillé la route. Déjà ? Oui, déjà. On a bien prévu de passer un peu plus de temps dans la capitale estonienne plus tard mais j’avais bien trop soif de grands paysages pour m’attarder en ville. On a donc pris la route de Saaremaa, une jolie petite île à l’Ouest du pays. Sur la route, on ouvrait grand nos yeux, on nous avait dit qu’on pouvait voir des cigognes. La circulation n’est pas dense (on est seules…), on peut se démancher le cou pour regarder le ciel. Et tout à coup, au sommet d’un poteau électrique, les voilà ! Perchées sur leur nid-plateforme, deux cigognes surveillent leur territoire… Elles sont énormes ! Enfin… elles doivent avoir une taille de cigogne moyenne mais moi, c’était la première fois que j’en voyais et je les ai trouvées énormes. Soudain, l’une d’elles s’envole. Deux battements d’aile et elle se laisse planer jusqu’au champ voisin. Avec son long bec orange, elle fouille le sol. J’en aurais presque oublié de garder les mains sur le volant. Mais le long de cette route, on s’est vite aperçu que c’était la fête à la cigogne. Presque tous les poteaux électriques étaient coiffés d’un nid et les grosses bestioles ne semblaient pas du tout effrayées par les voitures qui passaient dessous. On a fini par arriver au bout de la route. Après, c’était la mer. Et pour atteindre Saaremaa, il fallait prendre le ferry. Il y avait un vent à décorner les bœufs mais c’était tellement bon de laisser ses yeux courir sur les vaguelettes jusqu’à l’horizon…

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Et enfin, on est arrivé à Kuressaare. C’était l’après-midi, c’était calme. On a repéré notre abri pour la nuit (une petite guesthouse en dehors de la ville) puis on est parti se balader. Ah Kuressaare… son château épiscopal, ses moulins à vent… et c’est tout ! C’est pas bien grand mais c’est joli. Y a des géraniums aux fenêtres, des chats qui se dorent au soleil et des gens qui se promènent doucement. Cerise sur le gâteau, on peut dîner dans un des moulins. Une soupe, une goulash (un goulash ?) emmitouflées dans des gros plaids sur la terrasse puis au lit !

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Le lendemain matin, le ciel était gris. La pluie du matin n’arrêtant pas le pèlerin, on retourne faire un petit tour en ville avant d’aller d’explorer les forêts alentours. Au beau milieu de la forêt, il paraît qu’il y a une tour d’observation. On s’était dit que ça se serait chouette de prendre un peu de hauteur et d’avoir un joli point de vue. Alors ni une, ni deux, on a suivi le petit sentier qui menait à la fameuse tour. Et là…

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… voilà voilà… Bon, on n’est pas des mauviettes puis ça faisait jamais que XX mètres de haut… Certes, on aurait dit que toute la structure allait s’envoler au premier coup de vent mais y avait pas de vent alors c’était pas grave… Enfin ça, c’est ce qu’on croyait quand on était au pied de la tour, à l’abri des arbres. Une fois là-haut, on avait un peu les genoux qui s’entrechoquaient. Parce qu’il faisait froid, évidemment. Eventuellement parce qu’il y avait du vent et qu’on sentait la tour bouger. Et que tout ça n’avait quand même l’air que d’un gigantesque château d’allumettes. Alors on a pris deux ou trois photos et on est redescendu fissa. On s’est baladé encore un peu et puis on a repris la route. Direction Parnü.

Parnü, c’est LA station balnéaire estonienne. Quand je préparais l’itinéraire, j’hésitais un peu parce que je me disais qu’il y aurait peut-être trop de monde… Mouahahahaha !! On y est arrivé en fin d’après-midi sous un ciel gris foncé. Alors certes, c’est une grosse ville par rapport à toute la campagne qu’on avait traversée jusqu’à maintenant mais pour la foule, faudra repasser. J’avais réservé un petit bungalow dans une auberge un peu en dehors du centre-ville. Sur le site internet, y avait marqué « Biker Friendly ». Je confirme. D’abord y avait plein de grosses motos rutilantes garées devant. Et dedans c’était plein de gros bikers norvégiens. Tendance vikings. Cheveux longs, moustaches et barbes incluses. Avec en extra, les bandanas, les gros tatouages et les gilets en cuir… Comme les bungalows étaient organisés un peu comme au camping, y avait des douches communes. Et fallait passer avec sa petite serviette devant les gros vikings qui boivent des bières sur leurs terrasses… rigolo.

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Dans le centre-ville, on s’est trouvé un petit resto de spécialités presque locales : blinis et saumon. Faut dire qu’on n’était pas très loin de la Russie. Et d’ailleurs, on sent bien qu’en dehors des centre-villes plutôt mignons, les amis russes ont eu une influence certaine dans le coin. Les banlieues architecturées soviétique sont légions. Mais pour le moment, on profitait de l’air du soir en sirotant une bière locale. Il faisait assez froid mais les restos ont la bonne idée de mettre des couvertures à disposition des clients qui souhaitent rester en terrasse. C’est qu’on est tout de même très au nord, le soleil ne se couche pas de bonne heure et c’est plutôt agréable de pouvoir profiter de la soirée dehors. Et puis, je le confesse, ça me faisait plaisir d’avoir froid…

Le lendemain matin, il faisait encore bien gris. Ça mettait assez bien en valeur l’architecture soviétique mentionnée plus haut… Mais la ville de Parnü regorge de choses à voir et comme on n’était quand même pas venues dans la première station balnéaire du pays pour rien, on est allé jusqu’à la plage. Le sable était magnifique. Blanc, fin, il s’étendait à perte de vue et glissait entre mes orteils à moitié frigorifiés. Mais ne faisant jamais les choses à moitié, je suis allée les mettre carrément dans la Baltique. Je crois d’ailleurs qu’ils y sont restés…

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Puis on a repris la route. Cette fois, direction Viljandi. En route, on a fait une petite balade dans les tourbières du coin. Les sentiers sont bien aménagés et c’est agréable de marcher sur les palettes de bois en entendant floc-floc sous ses pas.  Encore une fois, on est arrivé à Viljandi en fin d’après-midi. On a posé nos affaires dans notre petit bungalow (avec sauna intégré… mais on a jamais compris comment le mettre en route…) puis on est allé au supermarché du coin pour faire des courses. Aller au supermarché à l’étranger, c’est un peu comme ouvrir le frigo de quelqu’un. Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es. Ou si je peux éventuellement habiter chez toi. Là en l’occurrence, ça n’a pas été simple. De la lentille en veux-tu en voilà, de la mayonnaise à toutes les sauces (ou dans toutes les sauces) et pas un chat qui parle un mot d’anglais pour nous aider à comprendre ce qu’on était en train d’acheter pour le dîner… On s’est retrouvé avec des graines non identifiées (comestibles mais pas terribles) et du salami de provenance inconnue. Par contre, j’ai carrément fait la découverte du siècle : des barres de crème aromatisée et gélifiée enrobées de chocolat. Le tout emballé de façon individuelle et conservé au rayon frais. L’expérience prouvera effectivement que les garder plus de 3 heures dans la voiture n’était pas l’idée du siècle. Mais en attendant… une tuerie !

Au petit matin, on s’était mis en tête de trouver une laverie. Plus facile à dire qu’à faire… Pas de laverie à Viljandi. Y avait bien un pressing qui pouvait s’occuper de notre linge mais la dame ne voulait nous le rendre qu’à 14h et nous, à 14h, on comptait bien être loin d’ici. L’histoire dira qu’on aurait dû laisser notre baluchon au pressing mais prenons les choses dans l’ordre. Dans notre quête effrénée de la laverie parfaite (ou juste existante), nous étions passées à l’office de tourisme. Et nous y avions trouvé un petit itinéraire découverte de la ville qui avait l’air sympa et pas trop long. Comme on ne rappelait plus trop pourquoi on avait atterri à Viljandi, on s’est dit que ça serait une bonne idée. Et c’en était une ! Sauf qu’on n’avait pas super bien évalué ni les distances ni le temps passé dans les petits musées et autres boutiques d’artisanat mis sur notre chemin.

Moralité, à 14h, on revenait tout juste au centre-ville et on mourait de faim. Alors on s’est installé en terrasse (toujours) en face de la mairie pour déguster des petits plats avec de la citrouille, de la rhubarbe et tout un tas de graines magiques. Dé-li-cieux. Et pour ne rien gâcher, comme on était samedi, c’était jour de mariage et toutes les demi-heures sortait de la mairie un cortège festif avec mariée meringuée à souhait et moult tenues qui nous réjouissaient au plus haut point.

Lorsque le spectacle a eu l’air d’être terminé, on est remonté en voiture et on a quitté Viljandi pour aller découvrir le couvent de Kuremae. Sur la route, on a longé le lac Peipus. Le lac Peipus est le 5ème plus grand lac d’Europe et se déverse dans la rivière Narva qui sert de frontière entre l’Estonie et la Russie. Autant dire qu’on était maintenant complètement à l’Est. D’ailleurs, les gens ne parlaient même plus estonien ici mais russe. Le long du lac, il y avait plein de petits stands de SUITSUKALA (poisson fumé). Et quel meilleur souvenir à rapporter dans nos bagages qu’un petit morceau de poisson fumé à moitié russe… ?

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Une fois qu’on a quitté le lac, la route s’est mise à tournicoter dans la campagne. Et puis soudain, au sommet d’une colline, on l’a vu.

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Le couvent de Pühtitsa. Un des derniers couvents de l’Eglise Orthodoxe estonienne dans lequel vivent aujourd’hui 161 nonnes. Russes. Ne demandez pas pourquoi. Merci. Bien qu’on n’ait pas très bien compris le pourquoi du comment de ce couvent (y a une histoire de source sacrée quelque part), le couvent en lui-même est très impressionnant. Les nonnes sont toutes de noir vêtues. Y en a des jeunes, des vieilles, des très très vieilles. Beaucoup de femmes entraient dans l’église de laquelle s’échappaient des volutes d’encens et des chants religieux. Alors on a mis un foulard sur notre tête pour essayer de passer inaperçues et on est entrées. Il nous avait échappé un micro détail. Toutes les femmes étaient en jupe longue. Nous, en jean. Mais dans le tas, on a réussi à se faire oublier un moment. On a rien compris à l’office qui était en train de se dérouler (c’est pas qu’on soit des grandes adeptes des offices religieux de façon plus générale) mais le spectacle était amusant. Les gens se déplaçaient dans un grand ballet savamment orchestré pour aller embrasser les idoles, les livres et les mains des prêtres à barbes (qui doivent sûrement avoir un nom bien plus savant que « prêtres à barbes»). En consultant notre ami le Lonely, on a appris que le couvent était bien connu pour ses petits gâteaux et son miel. Il était un peu tard, il n’y avait plus rien. Alors on s’est promis de revenir le lendemain. En attendant, on a essayé de faire sécher nos chaussettes et nos petites culottes qu’on avait enfin réussi à jeter dans une machine à laver en les suspendant du mieux qu’on pouvait un peu partout dans notre chambre d’hôtel.

Le lendemain matin, on est donc retourné au couvent. Et on a acheté tout ce qu’il était possible d’acheter : du pain, des petits gâteaux bizarres avec une croix dessus et du miel. On aurait pu croire qu’il était possible d’acheter des cartes postales aussi puisqu’il y en avait plein derrière la nonne qui semblait les surveiller mais quand je me suis adressée à elle avec ce que je croyais être mon plus aimable sourire, elle m’a regardé par-dessous son gros sourcil broussailleux et elle m’a aboyé : « Niet !!! ». J’ai pas insisté…

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Après un dernier petit tour autour du couvent, on est donc reparti de Kuremae. Cette fois, on allait à Viitna. Mais avant d’aller à Viitna, on voulait aller voir une petite ville qui promettait de chouettes découvertes. Sillamae ça s’appelle. Sillamae fait partie de ces endroits qui depuis des milliers d’années ont subi les invasions successives de tous leurs voisins. Ici, on parle des Vikings dans les temps fort anciens, puis des Allemands et des Russes dans les temps plus récents. Pendant la période soviétique, Sillamae produisait 40% de l’uranium russe. Alors pour des raisons évidentes de sécurité, les Russes ont rayé Sillamae de la carte. Littéralement. Ils ont prétendu que ça n’existait plus. La ville n’apparaissait plus sur les cartes. Si tu habitais à Sillamae et que tu voulais aller voir ta Babouchka dans un village un peu plus loin, fallait un permis. Et t’avais intérêt à pas raconter ce que tu fabriquais à Sillamae. Sinon… bah ceux qui en ont parlé ne sont plus là pour dire ce qu’il leur est arrivé… Bref, Sillamae aujourd’hui c’est une ville fantôme. Avec des immenses avenues bordées de palmiers (incongruité certes, mais c’est joli) et des balançoires vides. Et quelques Babouchkas qui papotent sur les bancs en bas de leurs immeubles qui ont été désertés depuis longtemps…

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Une fois qu’on a été bien déprimées par l’ambiance de Sillamae, on est allée se remonter le moral en allant se balader le long de la mer en regardant les oiseaux.

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Notre destination du jour était le parc de Lahemaa à l’entrée duquel se trouve la petite ville de Viitna. Qui existe bien, elle. Et dans laquelle se trouve une taverne fort réputée à des kilomètres à la ronde et où on a pu se réconforter à coup de grandes cuillères de gruau et de viande grillée avant de rentrer se pelotonner sous nos couettes dans une datcha tout confort.

Au petit matin, on est donc allé se promener dans le parc de Lahemaa. Bon, on s’y est peu perdu pour être honnête… Mais c’était joli. Y avait plein de champignons, des petites fleurs, des petites baies multicolores… et on était pas dérangé par les voisins (y avait personne). Un peu plus tard dans la journée, on s’est mis en tête de faire une petite balade facile au bord de l’eau. Et puis encore un peu plus tard, une autre balade dans les tourbières. On a fini la journée avec près de 25 kilomètres dans les pattes. Il était temps de retrouver la civilisation et de rentrer à Tallinn.

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A Tallinn, cette fois, on avait loué un petit appartement pour les quelques jours qu’il nous restait. Au 8ème étage d’une tour Popovienne de première classe, on se fondait parfaitement dans le paysage. Au pied de l’immeuble se tenait tous les matins un marché où on allait acheter des kilos de fruits rouges qu’on avalait au petit-déjeuner. Et puis on allait se balader. Comme souvent, on a suivi un Free Tour. C’est sympa les Free Tour. On n’y apprend pas toujours plein de trucs intéressants sur la ville mais on se balade tout de même pas mal et en général, le guide est un gentil cinglé qui raconte des histoires rigolotes. Et puis en plus, ce jour-là, miraculeusement, il faisait grand beau.

Bref, on a mangé des glaces, on est allé voir la mer, on a fait le tour des remparts, des églises et des palais et on est même retourné dans le petit resto vegan du premier jour qui nous avait tant plu.

Alors, l’Estonie ? Ça valait le coup /coût ?
Et bah oui ! Carrément même ! Y a de très jolis villages, de très affreuses banlieues (mais il n’y a rien à y voir donc à priori c’est pas là que tu vas passer la majorité de ton temps), de très chouettes balades (faut aimer marcher seul dans la nature mais les sentiers sont très bien balisés), de très très belles plages (tu peux pas trop te baigner… à moins d’être breton de naissance… la mer doit être à 10°C) et plein d’extrêmement bonnes choses à manger (et quelques surprises déroutantes aussi parfois mais c’est bien ça qui fait le charme du voyage, non ?). Le coût de la vie n’est vraiment pas très cher et les hébergements tournent autour de 30€ par nuit pour 2 personnes. Et last but not least, les gens sont vraiment très gentils et ont envie de faire découvrir leur pays.

Alors ? Vous y allez quand en Estonie ?

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