La Baie d’Halong

C’est donc le moment où je vous avoue mon petit secret inavouable… Si je suis particulièrement attirée par le Vietnam, c’est pas parce que je me sens liée d’une quelconque manière à ce pays mais parce que je suis tombée amoureuse de Vincent Perez dans Indochine quand j’avais 14 ans… et j’ai failli étrangler mes frères quand ils ont enregistré Street Fighter par dessus ma cassette VHS fétiche… (ça les a fait rigoler, ces imbéciles…) Oui, bon, bah tout le monde a traversé cette période un peu difficile où tu te maquilles dans les toilettes du collège et où tu effaces le tout avant de rentrer à la maison, où tu es fan des 3T et où tu achètes Star Club en cachette (Non ? Pas tout le monde ? Ah bon, je croyais…).

Bon bref, depuis cette belle époque, je me suis dit « Un jour, j’irai voir la Baie d’Halong, en vrai ! ». Et bah voilà, c’est aujourd’hui. Et histoire d’en profiter comme il faut, grâce à mes gentils collègues qui aiment que je leur envoie des cartes postales, je m’offre même une croisière sur une jonque « deluxe » !

Mais reprenons parce que pour l’instant, on n’est pas encore sur la jonque, il est 4h du matin, on vient de débarquer à Hanoi et le minibus qui nous emmène à Halong ne part qu’à 7h30 donc on est condamnées à se congeler traîner sur les bancs de la gare et à éconduire régulièrement les chauffeurs de taxi qui ne comprennent pas pourquoi on a élu domicile là.

La bonne et improbable surprise c’est qu’à la gare d’Hanoi, y a le wifi. J’en profite donc pour réserver un billet d’avion pour Danang parce que c’est le même prix qu’un billet de train mais ça dure 20 fois moins longtemps (une grosse heure d’avion contre 20 bonnes heures de train pour 35 euros… Vietnam Airlines a gagné !). C’est là que la Poisse refait une apparition éclair… Avant de partir j’ai désactivé le numéro de téléphone lié à ma carte bancaire parce que j’avais l’intention de suspendre mon forfait. Quand tu payes un truc sur internet, parfois, on te demande un code de vérification qu’on t’envoie sur ton téléphone. Si tu as suspendu ton forfait, tu ne reçois pas le code et donc, t’es coincé. Sauf que. Le site internet où tu fais ton achat, il s’en fout, il veut un code de confirmation. Mais heureusement, là, Vietnam Airlines me proposait de payer « plus tard » (dans les 12 heures), en allant à un distributeur Vietcombank. Je fais donc ma réservation et je me mets en quête d’un ATM Vietcombank. Sauf que. On est à la gare, il est 4h du matin, tout est fermé, les rues ne sont même pas éclairées. Je me dis, c’est pas grave, je vais avoir le temps d’en trouver tout à l’heure avant de partir pour Halong. Sauf que. En fait, non. J’en trouve pas. Je me dis, c’est pas grave, je vais perdre ma réservation et j’en referai une quand on reviendra à Hanoi samedi soir (oui, parce qu’elle a beau être « deluxe » la jonque, elle a pas le wifi).

En attendant, on part donc pour Halong où on embarque à bord du Victoria Star, où y a plus de personnel de bord que de touristes, où on mange des palourdes avec des baguettes, on boit des cocktails, on rêvasse devant les milliers de cailloux qui sortent de l’eau dans l’eau turquoise (oui, c’est bizarre, même sous les nuages, l’eau est turquoise…), on fait plein de photos, on reboit des cocktails, on s’endort en écoutant le clapotis de l’eau, on fait du tai-chi sur le sun deck (y a pas de sun de toute façon), on ré admire les cailloux et on finit par un brunch gargantuesque avant de retrouver la civilisation. Deux jours de luxe, calme et volupté. Fantastique. Non c’est vrai, j’ai l’air de passer vite, là, comme ça. Mais c’était vraiment ma-gni-fique. Moi, je pourrais y passer une semaine. Bon, ça deviendrait peut-être un peu lassant mais c’est une des plus jolies choses, si ce n’est LA plus jolie, que j’ai vues depuis que je suis partie. La prochaine fois, j’y vais au printemps, quand il fait suffisamment chaud pour se baigner dans la baie. Et la fois d’après, j’y vais quand il pleut pour faire des photos mélancoliques. Et la fois d’après…

Vraiment, ça vaut le coup, c’est bien plus beau que la carte postale.

Et puis finalement, j’arrive même à refaire une réservation pour mon vol pour Danang le samedi midi en attendant le minibus qui nous ramène à Hanoi. Bon, le billet a pris 500 000 dongs dans la vue mais de toute façon, j’ai refait tout mon planning des 15 prochains jours et je veux pas prendre le train donc…

Evidemment, à peine 20 minutes après être parties d’Halong, le minibus s’arrête sur le bord de la route, le chauffeur descend avec l’air soucieux… on a crevé, tout va bien. Il va mettre plus d’une heure à changer la roue qui est coincée et ça se finira avec un petit gars qui se glissera sous la voiture pour taper comme un sourd au marteau sur l’essieu. En arrivant à Hanoi, on se met donc en quête d’une Vietcombank. Qu’on trouve. J’insère donc ma carte bleue et là, la Poisse, je peux retirer de l’argent mais sûrement pas payer une quelconque réservation… Retour à l’hôtel, je reprends le mail de confirmation de la réservation et là, je découvre que… faut avoir une carte bleue vietnamienne pour pouvoir utiliser l’option « plus tard »… (je vous jure que c’était pas marqué sur la page Purchase). Donc, je fais une troisième réservation (le billet a encore pris 400 000 dongs supplémentaires, ça devient du délire), et là, je réactive mon numéro de téléphone parce qu’en fait, j’ai pas suspendu mon forfait (oui, bon, ça c’est débile aussi mais c’est une autre histoire) et je peux enfin payer ce fichu billet. Vous savez le pire ? J’aurais très bien pu faire ça la veille à la gare d’Hanoi… Bref, je suis un peu agacée.

Mais c’est la dernière soirée au Vietnam de ma mère, on n’est pas là pour ronchonner, on va donc fêter ça avec un délicieux Bun bo Nam Bo et une bière avant de prendre le taxi pour l’aéroport. Taxi honnête au premier abord puisqu’il me dit qu’il faut payer au compteur. Au premier abord… parce que le compteur défile, défile, défile et dépasse allégrement le tarif normal pour ce trajet (que j’ai déjà fait 2 fois donc je ne vais pas me laisser faire !). Je commence donc à lui dire que le prix n’est pas normal et là, il s’insurge. Il s’arrête sur le côté de la route (en fait, on est à 500 mètres de l’aéroport mais ça, je ne le découvrirai qu’après), coupe le moteur et appelle sa compagnie de taxi. S’ensuit un dialogue fort animé en vietnamien puis il me passe le téléphone. Là, une gentille madame m’explique que selon les compagnies de taxi les tarifs sont différents (du simple au double ? tiens, tiens, comme c’est intéressant…) et que je dois payer ce qui est indiqué au compteur. Je refuse, j’explique mais en fait, la petite dame ne connait que 3 phrases en anglais donc elle ne comprend rien de ce que je lui dis, donc je répète, plusieurs fois, puis ça finit par m’agacer donc le ton monte et elle finit par me dire de payer 350 000 dongs (ce qui est à peu de chose près un tarif correct bien qu’un peu élevé). Je lui repasse le chauffeur, on redémarre, on s’arrête 1 minute après (bah oui, on était à côté de l’aéroport en fait…), et là, le chauffeur va encore m’extorquer 30 000 de plus pour payer le péage qui est censé être inclus dans le prix de la course mais bon, là, je vais pas lui hurler dessus, on a un avion à prendre et j’ai déjà perdu assez de temps avec cet abruti. Je vais juste mettre un commentaire pourri sur sa compagnie de taxi sur Tripadvisor

Bref, je mets ma maman dans l’avion, je reprends le taxi dans l’autre sens (très gentil le chauffeur ce coup-ci mais ça tombe bien, j’étais pas d’humeur…) et je rentre me coucher parce que c’est pas tout mais demain, je retourne au boulot (mouahahahaha ! c’est toujours aussi drôle !) reprends ma routine, direction Danang, dans le centre du pays où j’espère bien que les températures vont recommencer à être supportables (au-dessus de 20°C j’entends).

Photos ici.

Chez Tonton Ho

Depuis vendredi dernier, je ne suis plus toute seule à crapahuter sur les chemins vietnamiens : ma mère est venue me rejoindre pour une petite dizaine de jours.

Après l’avoir laissée se remettre un peu du décalage horaire, nous avons donc arpenté la vieille ville d’Hanoi et le quartier des 36 corporations en essayant de se frayer un chemin entre les cyclos, les motos et les cages à oiseaux qui envahissent les trottoirs. Keskecéssa le quartier des 36 corporations ? Au XVème siècle, chaque rue de cette partie de la ville prit une spécialité professionnelle, représentant un seul métier ou corporation, souvent celle d’un village entier du delta (du Mékong). Les choses ont relativement peu évolué depuis et on peut déambuler dans la rue des peignes, celle des bols en bois ou encore celle de la soie. Plutôt intense autant sur les trottoirs que sur le bitume ! Nous avons aussi vu un spectacle de marionnettes sur l’eau (un art tout spécifiquement local, rigolo) et nous avons fini par déguster un des meilleurs bun bo nam bo du quartier (d’ailleurs si vous passez dans le coin, n’hésitez pas à aller dans la gargote du même nom dans Hang Ga, la rue juste en face du marché Hang Da). En rentrant doucement jusqu’à notre hôtel (le Especen Hotel, à 2 pas de la cathédrale Saint Joseph, catégorie légèrement au-dessus de mon standard habituel mais très bonne adresse), nous avons fait du tour du lac Hoan Kiem où nous avons pu admirer les qualités artistiques insoupçonnées des Hanoiens : danse, fitness… les Chinois n’ont qu’à bien se tenir, ici aussi on sait s’amuser !

Le lendemain, nous avons sauté sur 2 motos taxis (le meilleur moyen de se déplacer en ville et puis c’est rigolo) pour aller visiter le Temple de la Littérature, la première université du Vietnam fondée en 1070 en et un must-see de Hanoi. Apparemment c’était un jour particulier pour les étudiants hanoiens parce qu’on en a vu une tripotée qui venaient se faire prendre en photos en toge de graduate dans le temple et on a même assisté à un discours devant un parterre de lycéens (enfin, un début de discours parce que sans les sous-titres, c’est vite devenu compliqué…). Du coup, pour nous joindre aux célébrations (du moins en pensée), nous sommes allées déjeuner chez KOTO, un resto plutôt chic créé par une association caritative, dont la vocation est de former des jeunes démunis aux métiers de la restauration. Canard aux épices délicieux et toilettes originales (je ne vous en dis pas plus, allez-y pour voir). Après cette petite pause gastronomique, nous avions la ferme intention d’aller claquer la bise à Tonton Ho dans son cercueil de cristal. Mais l’après-midi, Tonton Ho fait la sieste (encore plus profondément que le matin) alors on s’est contenté d’aller admirer sa maison (à la déco et au confort spartiate, le petit bonhomme aimait la sobriété), ses voitures de fonction (dont une Peugeot 404 offerte par les Vietnamiens de Nouvelle Calédonie) et son bassin à poissons (où les carpes ont un appétit féroce). Puis on a fait un peu de shopping souvenir (oui, ma mère voyage « normalement », elle) et on est rentré préparer nos sacs pour le lendemain parce qu’on quitte Hanoi pour Ninh Binh, le camp de base de la « Baie d’Halong terrestre ».

Mais quand même. Il n’était pas question de partir sans s’être recueilli solennellement devant Tonton Ho. Alors avant d’aller prendre le bus, on est revenu faire la queue de 300 mètres (non, vraiment, 300 mètres !) devant le mausolée, tout ça pour voir pendant 35 secondes montre en main le visage cireux et la barbichette d’un petit bonhomme qui voulait que ses cendres soient divisées en 3 et enterrées au nord, au centre et au sud du pays. Mais ici, pas question de faire des blagues. Un contingent de soldats tout de blanc vêtus vous fait sortir les mains de vos poches et vous réprimande sévèrement si vous n’avez pas l’air assez ému. Mais pas le droit non plus d’être trop ému et de s’arrêter devant la dépouille. On avance en file indienne et dans le calme et à peine de temps de se demander mais pourquoi donc dans notre civilisation qui se dit moderne et évoluée, on conserve les corps momifiées des dirigeants communistes dans des bâtiments aux dimensions gigantesques, on est déjà dehors.

L’émotion, ça creuse. Alors après ça, on s’est offert un vrai brunch (avec des eggs benedict, oui, oui) et on a pris le taxi pour la gare routière. En route pour l’aventure !

Photos ici.