Morro Bay

Ce matin, c’est le grand départ. Je quitte définitivement l’agglomération de Los Angeles et je file le long de la côte. Enfin, je file… L’étape du jour n’est pas bien loin. Ce soir, je dors à Lompoc. Enfin ça, c’est le plan. Parce que l’histoire montre qu’il n’en va pas toujours dans la vie comme dans les plans.

Je quitte donc Santa Barbara par la route 154, celle qui passe dans l’arrière-pays et est super jolie. Ça, c’est l’avis de la fille du Visitor Center. Moi, mon avis c’est que c’est pas mal mais c’était pas la peine de me le vendre comme si c’était la 8ème merveille du monde… Passons ! Cette petite route me mène tout droit au Lake Cachuma. Et comme j’ai la vie devant moi, je fais donc une petite balade autour du lac. 3 heures de marche en plein cagnard… Quand je retrouve Flipper, je ne suis plus qu’une flaque géante… Pour me remettre de mes émotions, j’avale une bonne livre de fraises à l’ombre en admirant le barrage tout en guettant du coin de l’œil les oiseaux qui tournent en cercle au-dessus de ma tête… c’est encore pas cette fois que je vous servirai de déjeuner !!

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La suite du programme est simple, je dois passer par Solvang pour déguster des cookies, spécialité du coin. Et Solvang, c’est vraiment choupinou. On se croirait en Alsace cette fois. Les petites maisons à colombages s’alignent les unes à côté des autres, les murs peints de couleurs plus éclatantes les unes que les autres et y a même un moulin à vent !

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Les pâtisseries se font une rude concurrence mais les cookies… j’en vois pas l’ombre d’un. Par contre, du fudge… je finis par craquer pour un demi-morceau chocolat-framboise qui me regardait d’un air un peu trop insistant.

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Après un petit tour dans Solvang, bondée de touristes profitant de leur week-end de 3 jours, je me remets en route direction Lompoc. Je m’attends à trouver un petit village kromeugnon (c’est un peu le thème depuis 2 jours) mais c’est juste un petit village tout court. Des grandes rues perpendiculaires avec rien à voir. J’en profite pour faire une lessive et comme il est encore tôt, je décide de ne pas passer la nuit ici mais de continuer la route un peu plus loin. Il y a tout un tas de parcs et de campings, ça va être un jeu d’enfants de trouver où s’arrêter pour dormir. Enfin, ça, c’est le plan et comme on a déjà dit… entre la vie et le plan… En fait, je passe les 4 heures suivantes à enchainer les demi-tours devant des panneaux « Campground full »… Je finis par arriver à Morro Bay. Le soleil est en train de se coucher et y a un visiblement une grande fête sur le port. Il y a un groupe qui joue de la musique sur une scène et plein de gens qui dansent, qui font griller des saucisses et qui boivent des bières. Sympa, je me dis, je vais aller voir ça d’un peu plus près. Je trouve un très joli coin pour me garer et je me joins à la foule. Je commence même à me dire que je vais peut-être rester là cette nuit puisque je voulais explorer le Morro Bay State Park le lendemain. Sauf qu’en fait, vers 21h, la fête est finie et toutes les voitures disparaissent. Ne reste que Flipper planté devant la baie. Pas très discret… Me voilà donc à nouveau en quête d’une couchette pour Flipper. Je finis par repérer un camping-car le long d’un champ. Vue l’heure et comme je commence à en avoir un peu marre de tourner, je me gare donc un peu plus loin. Si y a d’la place pour un, y a d’la place pour 2…

Le lendemain matin, j’ouvre mes rideaux sur un magnifique soleil qui fait briller les hautes herbes. Oh ! J’y pense, j’ai oublié de vous faire visiter Flipper ! Alors voilà Flipper…

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Il est beau, hein ?

Voilà, sa chambre-salon-salle à manger…

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… sa cuisine-salle de bain…

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… et son bureau !

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Voilà ! C’est ma nouvelle maison jusqu’à fin octobre !

Après le petit-déj, je me dirige vers le Morro Bay State Park. On est lundi et comme on pouvait le prévoir, tout le monde est en train de plier bagage. Bah oui ! Fini le week-end, faut rentrer à la maison ! Et faire de la place pour Flipper ! Les sentiers de balade ne sont pas légion et en 3 heures, j’en ai fait le tour. Comme tout le monde est parti, j’ai même la vue de la baie pour moi toute seule !

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Mais un peu de repos quelque part où je peux laisser les portières ouvertes sans craindre de me faire remarquer ne fait pas de mal. J’en profite pour prendre une douche… ah ! de longues minutes sous l’eau brûlante…, faire un peu de rangement dans Flipper, un peu de ménage, un peu de blog… Et je m’offre même le luxe d’un délicieux « Mac & cheese » cuisiné à l’arrière de Flipper et dégusté devant la télé… Elle est pas belle, la vie ?

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Bon, certes, le luxe a un prix : à 35 dollars l’emplacement de camping (sans électricité), on va pas pouvoir se permettre ça tous les soirs. Alors en attendant, on profite…

Photos ici.

Robert, Ernest, Thomas, Tom et les alligators

Nous voici donc prêts pour le grand départ ! Enfin, le grand départ… appelons plutôt ça un galop d’essai. 3 jours pour faire le tour du sud de la Floride avant de revenir à Pompano.

Notre première étape est Key West. The southernmost point of continental USA. Evidemment, y a plein de choses intéressantes à faire sur la route des Keys. D’abord, y a Robert. Et il est où, Robert ? Et bah… Robert is here ! Here, pour être plus précis, c’est Florida City. A Florida City, soyons honnêtes, y a rien à voir. Mais y a Robert. Et ça doit franchement valoir son pesant de cacahuètes parce que des cars entiers de scouts s’arrêtent devant chez lui. Alors nous aussi.

Bon, en fait, Robert, il vend des fruits. Entiers, en morceaux, en confiture… t’as l’embarras du choix. Et puis, surtout, il fait des smoothies. Dont la réputation n’est plus à faire vu la longueur de la file devant le comptoir ! Ça tombe bien, on est morts de soif (il fait pas loin de 95°…) alors on opte pour un fraise-passion et un key lime. Parce que le key lime, c’est un peu la spécialité de la région. C’est un citron qui est tout petit, vert dehors, blanc dedans et avec un goût qu’on va avoir du mal à définir : « Non, c’est pas comme du citron vert mais c’est pas comme du jaune non plus… ah ! je sais pas ! y a trop de sucre, j’me rends pas compte ! ». Bref, 2 smoothies, 1 mangue et une photo avec Robert plus tard, nous voilà repartis. Direction la ferme d’alligators.

Bah oui, on est quand même dans la région des Everglades ! Je sais pas pour vous mais moi, quand on dit Everglades, mon cerveau se met à jouer le générique des Experts – Miami et je vois des air boats qui fendent les marais à 100 à l’heure en évitant les alligators et Horacio qui enlève ses lunettes en penchant sa tête sur le côté avant de dire… ouais, on sait pas bien ce qu’il va dire mais ce qui est certain, c’est qu’il va coffrer les méchants. Bref, autant dire qu’on est pas là pour cueillir des marguerites mais bien pour se frotter aux longues et sournoises dents (si, des dents aussi ça peut être sournois) de ces jolies bêbêtes… Mais comme on est en saison des pluies (encore ?? oui, encore…) les marais sont hauts et ces messieurs-dames les alligators se planquent assez facilement derrière les hautes herbes. Afin donc de se familiariser avec les bestioles pour mieux les repérer en milieu naturel, on va d’abord voir de quoi il retourne dans une ferme. Là, y en de toutes les tailles, de toutes les sortes (oui, y a plusieurs sortes) mais ils ont tous un point commun… on laisserait pas négligemment traîner sa main de l’autre côté de la clôture. C’est que ça n’a pas l’air bien vif posé là, au soleil, en pleine digestion, sans même battre des paupières. Mais suffit d’un pet de mouche mal placé et hop hop hop ! un grand coup de queue et un claquement de mâchoire plus tard, l’importun a disparu laissant place à un grand sourire plein de dents… A propos de bouches et d’alligators, vous connaissez l’histoire de la grenouille à grande bouche ? Je ne vais pas vous la raconter là mais à l’occasion, pensez à me la demander, je la fais super bien.

Bref, après s’être extasié devant les petits, les moyens et les gros et s’être fait bien peur devant la dépouille de près de 4 mètres d’un vieil alligator de près de 70 ans (c’est que ça vit longtemps ces p’tites bêtes si c’est bien nourri, hein !), passons à l’action. Et nous voilà à embarquer sur un des fameux air boats pour un petit tour sur le marais… Un peu attrape-couillon mais pour un peu, j’aurais cru que c’était Horacio himself qui conduisait le bateau. Et la chasse fut bonne : pas moins de 6 paires d’yeux qui émergent de l’eau suivies de leurs incomparables sourires et une démonstration de glissade sur hautes herbes accompagnée de rinçage complet à l’eau marécageuse… que demander de plus ?

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Mais c’est pas tout, on a de la route à faire et quelle route ! Près de 165kms de route et 42 ponts sur la mer reliant entre elles les îles des Keys… Le paysage est fabuleux et on se dit que ça a dû être un sacré chantier de construire ce ruban d’asphalte… et qu’avant ça, ça devait être une sacrée expédition de se rendre à Key West !

En tout cas, nous, on arrive just on time pour le coucher de soleil. Soi-disant un des must en terme de coucher de soleil. Mouais… certes, c’est pas mal, mais à cette époque de l’année, le soleil se cache juste derrière une petite île plutôt que de s’abîmer dans l’océan alors ça frustre un peu. Une fois le soleil disparu, la foule s’éparpille dans les rues le long du port où s’alignent les bars et les restos qui servent tous les meilleurs fruits de mer du coin : comment faire son choix ? On finit par trancher : ce soir, ce sera dégustation de key lime pie, LA spécialité de Key West.  On se rend donc chez Kermit’s (non, pas la grenouille), réputé faire la meilleure key lime pie du monde. Mais là, même la bouche pleine, toujours aussi difficile de savoir exactement quel est le goût du fameux key lime… trop de sucre, trop de crème fouettée, on reste sur notre faim. Enfin, pas vraiment, on n’en peut plus mais pour le key lime, ça reste un mystère.

Le lendemain matin, place à la culture. Parce qu’à Key West, y a pas que des vieux plein aux as, des kékés qui se la pètent et des gens bizarres qui veulent te tirer les tarots. Non, non, non. Fut un temps, y avait du beau monde… Ernest Hemingway y a passé une bonne dizaine d’années avec sa deuxième femme et ses 60 chats. Non, c’est pas une blague. 60. Et en plus, ces chats ont la particularité d’avoir 6 griffes à chaque patte. « Ont » parce que des chats, y en a toujours plein la baraque. Et pour ceux qui l’ignoreraient, un chat, normalement, ça a 4 griffes à chaque patte. Autant dire que quand il en a 6, il est un peu encombré. Enfin ceux-là, ils ont pas l’air malheureux à se vautrer sur tous les fauteuils et les lits de la maison alors qu’il y a plein de panneaux interdisant aux touristes épuisés de ne serait-ce que penser à poser une fesse sur une chaise…

Enfin pour nous, pas trop le temps de traîner. Il faut refaire toute la route dans l’autre sens puis traverser tous les marais jusqu’à Fort Myers. En route, on s’arrête quand même dans la Shark Valley qui fait partie du parc national des Everglades. Comme son nom l’indique, ici, y a pas l’ombre d’un requin mais plutôt un bon paquet de nos amis les alligators… Cette fois, c’est à bord d’un petit bus qu’on longe le marais. L’eau est à moins de 30cms, frisson garanti quand les hautes herbes se mettent à trembler  à notre approche ! Mais aujourd’hui, la chasse est moins fructueuse : on n’aperçoit « que » 3 bébés d’à peine 50cms de long. Par contre, on est gâtés côté oiseaux. De très grands hérons et des tas d’aigrettes de toutes les couleurs chassent en cette fin d’après-midi et surveillent le marais depuis le sommet des bosquets. Et pas l’ombre d’un moustique à l’horizon alors qu’on nous avait promis un massacre dans les règles !

En quittant la Shark Valley, notre œil affûté repère une masse sombre le long de la route. Un alligator a du essayer de faire du stop. Ça a foiré.

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Au matin du 3ème jour de notre périple, on continue notre tournée des grands hommes. Aujourd’hui au programme, les résidences d’hiver des Messieurs Edison et Ford qui étaient non seulement amis mais voisins. Ces 2 grands inventeurs avaient établi leurs quartiers d’hiver à Fort Myers parce qu’au début du siècle dernier déjà, on savait qu’il valait mieux passer l’hiver en Floride que dans le Montana (quoique je doute qu’ils aient jamais mis les pieds dans le Montana mais bon…). Du coup, ils se sont fait bâtir de charmants bungalows le long de la rivière et Edison, entre l’invention de l’ampoule et du phonographe, a mené tout un tas de recherches sur le caoutchouc pour que son pote Ford puisse fabriquer à grande échelle des pneus pour ses bagnoles. Il est pas trop sympa, cet Edison ?

Tant qu’on est dans le coin, on va ensuite faire un petit tour à la Six Mile Cypress Slough Reserve. On se dit qu’il est temps qu’on chasse l’alligator par nous-mêmes. Mais visiblement, on n’est pas encore suffisamment entraînés. On a beau fixer les marais à s’en crever les yeux en essayant de ne pas se liquéfier sous le cagnard, on n’y trouve que des tortues. Et un petit lézard tout rouge. Mais on ne se laisse pas abattre pour autant ! On file à Naples (oui, Naples) où on s’empiffre de frites de patate douce accompagnées, bien sûr, de nos premiers burgers. Et pas n’importe quels burgers ! Les burgers de chez Brooks Gourmet Burgers. Sur la carte, y a même un doughnut burger, un burger entre 2 doughnuts… mais on n’ose pas. C’est tout juste s’il ne faut pas nous rouler pour ressortir. Pourtant, on trouve encore le courage (si, c’est du courage !) d’avaler une petite (toute petite !) glace après avoir bavé sur la vitrine pleine de pommes au sucre et de fudge de chez Kilwin’s. Ah, le fudge… je sais pas avec quoi c’est fait mais à la 4ème bouchée, je pense qu’on est bon pour un triple pontage !

Avant de reprendre la route, on fait tout de même un petit tour sur la plage. Des kilomètres de sable blanc que viennent lécher les vagues du Golfe du Mexique… L’air est brûlant, le sable est brûlant, l’eau est plus que chaude, on se demande bien comment font les gens étalés sur leurs serviettes pour ne pas tirer la langue… Le temps de remonter en voiture et un énorme orage éclate faisant s’abattre des trombes d’eau jute derrière nous ! Des éclairs zèbrent le ciel, le tonnerre roule au-dessus de nos têtes… impressionnant ! Mais on est déjà loin. On file vers Pompano où nous attendent la piscine et un bon dîner entre amis. Demain, on repart pour de nouvelles aventures…

Photos ici.