Et Moai ! Et Moai ! Et Moai !

Après ces 2 premiers jours au Chili, j’ai déjà repris le chemin de l’aéroport, direction l’île de Pâques. Comme le vol est à 8h et qu’à cette heure-là, le métro de Santiago n’est pas ouvert, j’ai donc commandé un taxi. Alors déjà, tu ne descends pas dans la rue attendre ton taxi. Non, non. Tu attends sagement dans l’hôtel que la compagnie appelle pour donner le numéro de la plaque d’immatriculation de la voiture au malheureux veilleur de nuit que tu as tiré de son sommeil et quand il a bien tout noté, il te dit de descendre. Evidemment, tu as commandé ton taxi à 6h et il n’arrive qu’à 6h20 mais il te dit : « Tinquiète, à cette heure-ci, y a personne, je vais rouler comme un malade et tu seras à l’heure ! » et toi, tu réponds : « Euh… si ! No problemo ! » parce que de toute façon, ton espagnol ne te permet pas de dire autre chose…

Bref, 5 heures de vol plus tard, en collant mon nez au hublot, j’ai enfin aperçu mon confetti au beau milieu de l’océan. Et je me suis dit : « Bah dis donc, c’est pas le moment de se faire une appendicite… ». Quelques minutes plus tard, je posais les pieds sur l’île la plus isolée du monde et j’étais accueillie avec un collier de fleurs par Mauricio. Après avoir récupéré tous ses nouveaux clients, chargé tous les sacs à l’arrière de son pick-up brinquebalant et réparti tout le monde dans les 2 autres voitures, Mauricio nous a emmené jusqu’au camping Mihinoa, où j’ai décidé de prendre mes quartiers pour la semaine. Car oui, je suis là pour la semaine. Non pas qu’il y ait vraiment de quoi s’occuper toute une semaine mais j’ai décidé de faire une pause. Des vacances dans les vacances en quelque sorte.

(NDLR : le camping Mihinoa est l’hébergement le moins cher de l’île et de loin. Pas obligé d’y « camper », ils ont aussi des lots en dortoir et des chambres. Marta, Roger et Mauricio sont très sympas et peuvent louer des voitures pour 30 000 pesos la journée, un prix imbattable sur l’île. Les salles de bain et la cuisine sont propres, les lits faits tous les jours et ils proposent même un service de laverie. Mis à part la présence de bons gros cafards bien dodus, rien à dire, c’est parfait. Mais pour les cafards, ils n’y peuvent rien, l’île en est infestée, faut prendre sur soi.)

1er jour : Mon estomac criant famine, ma première mission a été de partir faire les courses. On est sur une île donc à la base, tout est cher. Mais quand on est sur l’île la plus isolée du monde, tout y est encore plus cher. Pas question donc de passer son temps dans les petits restos du bord de mer. 1/ J’ai pas les moyens, et 2/ de toute façon, y a pas non plus pléthore desdits restos. D’après mon ami le Lonely, il devait y avoir 2 supermarchés dans la rue principale d’Hanga Roa. Soyons francs, je n’ai jamais réussi à définir ce que le Lonely considérait comme un supermarché sur cette île. Par contre, j’ai bien trouvé 5 ou 6 épiceries dont les rayons évoquaient clairement l’Allemagne de l’est dans les années 50 et à force de persévérance, j’ai fini par mettre la main sur un paquet de pâtes et une boîte de sauce tomate. A peine le temps de rentrer à la maison que la pluie se mettait à tomber me coinçant là pour le reste de l’après-midi. Heureusement, le camping est face à la mer, le spectacle des vagues venant se fracasser sur les rochers était donc encore bien plus beau bien au chaud avec une tasse de thé.

2ème jour : Après une grasse matinée bien méritée (quoi ? je suis crevée moi, je me déplace tous les jours depuis bientôt 8 mois, je me lève avec les poules, je crapahute, je crapahute… j’ai bien le droit à une grasse mat’, non ? et puis, de toute façon, je vous demande pas votre avis, je fais que ce que je veux, d’abord…) et comme le soleil est revenu, je décide d’aller visiter le Museo Antropologico, histoire de ne pas aller voir les Moai complètement inculte. Le musée est tout petit mais très bien fait et expose les différentes théories qui expliquent le pourquoi du comment de toutes ces statuettes. Une fois que tu as bien tout lu, selon ton degré de fantaisie, tu peux décider de croire celle que tu veux. Je profite aussi de mon petit tour en ville pour passer au Information Center où la fille m’explique où il faut aller pour le coucher du soleil, où il faut aller pour le lever du soleil, où sont les sentiers de randonnée et quel spectacle de danses traditionnelles il faut aller voir. Bref, la tête pleine d’infos et les mains pleines de brochures, je suis rentrée faire la sieste (quoi ? non, je n’ai pas à me justifier). Entre temps, la cargaison du jour des explorateurs de l’île de Pâques est arrivée et je retrouve donc Carmen et Miki qui ont décidé eux aussi de venir s’installer au camping. En fin de journée, j’arrive quand même à me traîner jusqu’à l’Ahu Tahai où je regarde patiemment le soleil se noyer dans l’océan juste derrière les Moai (comme les 50 autres touristes dont 70% de Français qui sont là). C’est bôôôôô… C’est un de ces moments qui me rappellent pourquoi je suis partie. Pour en prendre plein la tête. Et là, assise sur un caillou devant mes nouveaux copains Moai, le bruit des vagues, les ombres qui s’allongent, le ciel qui prend des teintes de cartes postales… c’est que du bonheur.

3ème jour : L’île de Pâques et sa piste d’atterrissage pour navettes spatiales se prêtent à une activité rigolote : le plane spotting. Keskecéssa le plane spotting ? Et bah, c’est quand t’es un peu geek et que tu répertories le nombre, le genre et les spécificités des avions qui atterrissent et qui décollent d’un aéroport. Bon, là, c’est pas bien difficile, y a qu’un vol par jour, c’est toujours la même compagnie et elle envoie toujours le même avion. Non, le véritable intérêt, c’est que la piste d’atterrissage démarre juste au bout de l’île et que si tu te trouves au bon endroit au bon moment, l’avion te passe tellement au ras des cheveux que tu peux faire coucou au pilote. J’ai donc décidé d’aller jouer à ça. Et j’ai convaincu Carmen, Miki et Marie (une autre Française arrivée la veille) de venir avec moi. Sauf que. Aujourd’hui, ce stupide avion a décidé d’atterrir une heure trop tôt et c’est au moment où on part pour l’aéroport qu’on le voit arriver… Tant pis, qu’on se dit, on le verra demain ! Du coup, on part visiter le village cérémoniel d’Orongo, perché sur le bord du cratère du Rano Kau, un des 3 volcans qui forment l’île. La grimpette au sommet du volcan est un peu laborieuse (rappelez-moi pourquoi on a décidé d’y aller à midi déjà ?) mais de là, la vue sur l’île est imprenable et quand on arrive enfin au sommet et qu’on passe la tête par-dessus le bord du cratère… wow ! on reste bouche bée. Le cratère est immense et le fond est rempli d’eau et partiellement couvert de roseaux. Im-pre-ssio-nnant ! Perché sur le rebord du cratère et au-dessus d’un falaise qui fait pas moins de 300 mètres de haut, se trouve donc le village cérémoniel d’Orongo. Après que les Rapa Nui ont décidé d’arrêter de sculpter des Moai (cette religion leur coûtait beaucoup trop cher en arbres et en cailloux et les Rapa Nui sont des gens pragmatiques), ils ont changé de religion pour adopter le culte de l’homme-oiseau. Chaque année, chaque tribu envoyait son champion à Orongo. De là, les types plongeaient dans l’océan et nageaient jusqu’au Motu Nui (un petit îlot juste devant) où il fallait chercher le premier œuf d’un pauvre petit piaf qui passait par là. Celui qui rapportait l’œuf devenait sacré (et comme à tous les gens sacrés, il lui arrivait des trucs bizarres, genre il ne pouvait pas se laver les cheveux jusqu’à l’année suivante) et le chef de sa tribu devenait le chef de toutes les tribus. Jusqu’à l’année suivante où on remettait le couvert. Bref, la visite du village est surtout impressionnante parce qu’on se demande comment les types plongeaient dans l’océan sans se tuer et la vue est simplement fantastique.

Du coup, après tant d’efforts, j’ai redégringolé la colline et j’ai profité de la fin d’après-midi et du bruit des vagues depuis la terrasse.

4ème jour : Aujourd’hui, on a décidé de louer une voiture pour faire le tour de l’île. Carmen, Miki, Marie, Christophe (un autre de nos colocataires) et moi montons donc à 6h30 dans notre bolide pour aller assister au lever de soleil à l’Ahu Tongariki. Alors, certains ont fait la fine bouche mais moi, je le dis, c’est juste ma-gni-fi-que ! Le soleil n’est pas exactement dans l’axe des Moai à cette période de l’année mais n’empêche, ça vaut vraiment le coup. On avait ensuite décidé d’aller prendre le petit déj à la plage. LA plage. Anakena, ça s’appelle. De toute façon, c’est pas compliqué, y a qu’une plage sur cette île. Et il y a bien quelques cabanes qui vendent de quoi se restaurer un peu mais apparemment, on est hors-saison et quand on arrive, l’endroit semble abandonné. Du coup, on décide d’aller juste chatouiller les moustaches des Moai qui se trouvent là puis de vérifier par nous-mêmes que le sable de la crique d’à côté, Ovahe, est bien rose comme le dit la légende. Et puis, on retourne à Hanga Roa pour se mettre quelque chose sous la dent. Sauf que c’est dimanche. Et comme partout en dehors des grandes mégalopoles de ce monde, le dimanche… tout est fermé. On arrive quand même à se dégoter quelques sandwiches bien tristounets et on se dit que puisqu’on est là, on va aller les manger au bout de la piste de l’aéroport pour assister à l’atterrissage du vol du jour. Sauf que. Aujourd’hui, y a du vent. Et au bout d’une heure d’attente, on en vient à la conclusion que l’avion a bien atterri, mais de l’autre côté de la piste et nous, bah…, on l’a loupé.

Du coup, on reprend la voiture et on part explorer la côte sud-est de l’île. Tout le long de la côte s’égrènent les Moai, les pétroglyphes et les sites sacrés. On finit en beauté avec le Rano Raraku, le volcan dans lequel les Rapa Nui taillaient les Moai. Un genre de carrière en quelque sorte. On ne sait pas bien pourquoi mais il semblerait que du jour au lendemain, les Rapa Nui aient arrêté de tailler leurs statuettes et ils ont tout laissé en plan. Du coup, le site est plein de Moai à moitié finis qui émergent du flan du volcan. C’est assez surréaliste et… wow ! f***ing awesome ! comme dirait quelqu’un que je connais.

Après tout ce paquet de Moai assis, debout, couchés, on est rentrés à la maison juste à temps pour le coucher du soleil et on a fini la soirée à papoter autour d’une petite bouteille de vin.

5ème jour : Comme la journée d’hier a été particulièrement intense (quoi ? j’ai vu le lever ET le coucher du soleil et j’ai pas fait la sieste, si ça, c’est pas du programme chargé, je vous demande bien ce que c’est !), je décide qu’aujourd’hui, je vais faire… rien ! Je pars quand même me poster au bout de l’aéroport 1h30 avant l’heure prévue et j’attends sagement, les yeux rivés vers le ciel. Deux heures plus tard, Carmen me rejoint et m’annonce que l’avion a bien atterri mais de l’autre côté… Encore raté ! Du coup, on part déjeuner dans un petit resto qui surplombe le port (enfin le port… j’me comprends…) où après tous ces repas de pâtes, je m’offre un festin de ceviche avec même un peu de coriandre fraîche sur le dessus. Mmmmh ! Et puis histoire de ne pas gagner le titre de feignasse internationale, je pars faire un tour en ville où j’en profite pour réserver une balade à cheval pour le lendemain, faire poser sur mon passeport le fameux tampon Isla de Pascua et manger une glace (quoi ? non, je n’ai toujours pas besoin de me justifier) avant de revenir, exténuée, faire la sieste. Hé ! quoi ? on a dit que c’étaient les vacances, non ?

6ème jour : Pantu doit passer me chercher ce matin à 9h30 pour aller faire une balade à cheval. Pantu, c’est le propriétaire des chevaux. Sauf qu’à 9h, le ciel déjà bien gris devient noir et des trombes d’eau se mettent à tomber. Du coup, je demande à Mauricio d’appeler Pantu et de voir s’il est possible de reporter notre rendez-vous au lendemain. Pantu doit se dire lui aussi que passer 3 heures sous la pluie battante, c’est pas bien fun parce qu’en 2 minutes, l’affaire est réglée, on remet au lendemain.

La pluie ne s’arrête quasiment pas de la journée. Juste quelques minutes pour nous laisser le temps d’aller acheter des œufs et de la farine. On décide donc de s’occuper comme tout le monde lors d’un samedi pluvieux de novembre (parce que ça ressemble vraiment à ça), Carmen fait des gâteaux et on installe un ordinateur dans le salon pour regarder un film. On décide quand même de braver la pluie après le dîner pour aller voir un spectacle de danses traditionnelles. Moi, ça me fait penser un peu aux danses maories. En tout cas, les costumes des danseurs sont très chouettes. On manque juste se faire dévorer par le chien des Baskerville sur le chemin du retour. Mais à part ça, c’était vraiment sympa.

7ème jour : Ce matin, de gros nuages bouchent encore l’horizon mais comme c’est mon dernier jour sur l’île (bah oui, les vacances sont bientôt terminées !), je prends mon courage à 2 mains et je grimpe dans la Jeep de Pantu qui est passé me chercher. Pantu parle espagnol, rapa nui, 3 mots d’anglais et 2 mots de français mais avec de grands gestes et une bonne dose de sourires, on arrive à peu près à se comprendre. Il me présente mon fidèle destrier du jour, Pinaro, un petit cheval qui a l’air de préférer brouter des fleurs que filer au triple galop. Moi, ça me va parfaitement. Alors on part tous les 2, direction le sommet de l’île. Pinaro se révèle être une vraie feignasse et je passe mon temps à lui botter les fesses pour le faire avancer. Mais visiblement, moi, j’ai pas la technique. Parce que dès que Pantu prononce son nom, le cheval dresse les oreilles et part au petit trot. La vue depuis le sommet du Maunga Terevaka (attention, 511m, ça rigole pas) est fantastique. A 360 degrés, c’est l’océan, l’océan, rien que l’océan. Par contre, le vent souffle hyper fort et même les chevaux ont du mal à avancer. Alors après une petite pause photo syndicale, on repart dans l’autre sens, traversant de grandes étendues d’herbes où broutent des vaches et des chevaux sauvages. En passant, je me demande même s’il n’y a pas plus de chevaux que d’hommes sur mon confetti… Après 3 heures passées à se tanner le cuir sur le dos de Pinaro, Pantu me redépose à la maison et dès l’instant où j’essaye de m’asseoir sur une chaise, je réalise que la vie de cow-boy n’est clairement pas faite pour moi… J’ai maaaaaaaal… Alors comme c’est encore couchée que ça passe le mieux, j’opte pour une dernière sieste avant d’assister à mon dernier coucher de soleil pascuan.

8ème jour : Ce matin, après une semaine à éparpiller mes affaires un peu partout, il faut à nouveau reboucler mon sac. On apprend alors que mon vol, initialement prévu à 13h, est retardé à 15h30. Mais comme ici, rien ne se passe comme ailleurs, l’aéroport fonctionne tout de même selon les horaires prévus et on doit aller enregistrer nos bagages à 11h… va comprendre ! Du coup, à midi, je me retrouve devant l’aéroport sans savoir trop comment occuper mon temps quand tout à coup, je me dis que si j’ai encore une chance de voir atterrir ce stupide avion, c’est maintenant. Alors après m’être empiffrée de pulpo al olivo, je vais me poster au bout de la piste, je sors mon appareil photo et fébrilement, j’attends. Et à 14h pétantes, je le vois enfin, passer au-dessus de l’île, décrire un grand demi-tour, revenir vers moi en piquant du nez et dans un vacarme assourdissant, me frôler le dessus du crâne… wow ! décoiffant !

Comme c’est dans cet avion que je dois repartir, je reprends donc le chemin de l’aéroport et à l’heure dite, je quitte mon confetti, et dans un dernier salut aux Moai, je reprends la direction de Santiago.

Photos ici.

Udaipur ou l’art de prendre son temps

Je quitte Pushkar de bon matin (et sans regret) et je grimpe dans un bus direction Udaipur. Enfin, dit comme ça, ça a l’air facile, mais en fait j’ai poireauté plus d’1h30 à la gare routière parce que le gras de l’hôtel ne savait pas lire l’heure et qu’au passage, je pense qu’il s’est octroyé une commission de 100 roupies sur mon ticket de bus… Bref, il était temps de quitter Pushkar

J’arrive donc à Udaipur en fin d’après-midi et installe mon camp de base au Minerwa Hotel, chaudement recommandé par Voyagesetc. L’emplacement est super (en plein milieu de la ville, à 2 pas de tout ce qu’il y a à voir et à faire) et la chambre est très bien. J’y découvre même une nouvelle espèce de cafard à rayures, très joli…

Bref, comme ça fait 2 semaines que j’ai pas mangé de viande et qu’on est tout de même des carnivores bordel ! il faut bien se faire plaisir de temps en temps, je m’offre un dîner à l’Ambrai, un resto plutôt chic au bord de l’eau avec vue sur le City Palace et surtout le fameux Lake Palace (qui ne se visite pas, c’est un hôtel pour gens qui ont une carte Gold…). Au menu : merveilleuses brochettes de poulet mariné et petit cocktail maison… Je suis une princesse !

Arrêtons-nous un instant sur Udaipur. Petite ville (à peine 400 000 habitants) occupant un des emplacements les plus romantiques du Rajasthan (voir même de l’Inde !!) sur les rives du lac Pichola (si pas pô mignon…), Udaipur abrite de fabuleux palais, temples et havelis, accessibles par une multitude de ruelles tortueuses. Fondée en 1568 par le maharaja Udai Singh II (d’où Udai-pur, la ville d’Udai…) sur un site beaucoup moins vulnérable que l’ancienne capitale Chittorgarh, la cité, devenue capitale du Mewar, a longtemps résisté aux envahisseurs avant de finir sous protection britannique au début du XIXème siècle et de devenir depuis une des principales destinations touristiques de l’Inde.

Le lac Pichola fut agrandi après la construction de la ville par l’inondation du village de Picholi (décidément, ils ont une imagination débordante ces Indiens…). Le lac est peu profond et s’assèche lorsque les pluies de la mousson sont trop faibles. Cependant, selon la légende urbaine, il hébergerait quelques crocodiles ce qui rend toute baignade impossible (mais impossible n’est pas un mot indien apparemment…).

L’ensemble du City Palace s’étend sur près d’1 km le long de la rive. Le maharaja Jagat Singh II (un descendant du susmentionné Udai) fit construire sur la totalité de l’île Jagniwas (1,5 ha tout de même…) une petite résidence d’été qui a fini par être transformée en palace dans les années 60. Le Lake Palace apparaît dans le film de James Bond, Octopussy, ainsi qu’une bonne partie d’autres édifices de la ville et toutes les bonnes guest-houses diffusent le film régulièrement sur leurs terrasses.

Le lendemain matin, je pars visiter le City Palace. Même genre que les Jaisalmer Fort et compagnie, avec un audio guide très bien fait mais là, c’est la foule (indienne et occidentale) des grands jours ! Un gentil Indien que je rencontre à l’entrée et qui parle français avec l’accent toulousain m’explique qu’on est dimanche et que tous les Indiens du coin viennent passer leur dimanche au bord du lac et visiter le palais. Je le recroise au pied de mon hôtel où, hasard ou coïncidence, il possède une boutique qui vend des vrais cachemires (aka pas ceux qu’on trouve partout ailleurs… lui seul vend les vrais cachemires que tu trouves chez Bompard… soi-disant). Du coup, il me raconte sa vie, qu’il a habité à Toulouse pendant 8 ans (ceci explique cela), qu’il a travaillé dans un restaurant d’abord comme plongeur puis comme sous-chef puis comme manager (ah la promotion interne… ça fait rêver !) mais que quand même, dans la restauration, on fait trop d’heures, c’est fatiguant, donc il a décidé de rentrer en Inde vendre des vrais cachemires, c’est mieux payé et comme c’est lui le patron, il décide quand il bosse ou pas. Il m’invite à boire le thé, à revenir plus tard, à aller dîner dans son resto (ah oui, il a ouvert un resto avec un ami aussi…), bref, j’arrive pas à m’en défaire ! Je suis obligée de prétexter un rendez-vous pour déjeuner pour qu’il me laisse partir mais en promettant de repasser pour discuter…

C’est malin, je me retrouve coincée parce que comme il est assis devant la porte de l’hôtel, je sais pas comment trouver le moyen de sortir sans me faire alpaguer…

Et puis, je me suis laissée prendre par la torpeur d’Udaipur… Rester des heures à paresser sur les coussins de la terrasse, lire un bouquin en sirotant un lassi… Comme j’ai décidé de jouer la princesse jusqu’au bout, je m’offre même un petit ayurvedic massage. Après avoir passé une bonne heure à me faire malaxer au point de penser que j’étais en train de passer sous un camion (d’ailleurs, j’ai beau être une princesse, il a failli m’arracher une larme ou deux ce bourrin de masseur !), je file jusqu’à la terrasse du Dream Heaven admirer le soleil couchant et surtout dîner avec B., que j’ai rencontré dans le Ladakh et qui passait dans le coin, et 2 de ses nouveaux amis.

Comme on est tous les 4 à Udaipur pour quelques jours, on décide de s’inscrire à un petit cours de cuisine 2 jours plus tard, histoire d’impressionner notre monde quand on rentrera à la maison.

En attendant, moi je me suis prévue un full day horse ride dans la campagne d’Udaipur. C’est l’occasion de rencontrer U. et V., un couple germano-indien très rigolo, installé à Udaipur depuis 10 ans et propriétaire de la ferme Princess Trails qui organise les horse rides. Ils élèvent des chevaux marwanis, une race spécifique du Rajasthan, qui ont de drôles d’oreilles biscornues qui se touchent et qui sont très jolis par ailleurs. U. m’expliquera d’ailleurs que c’est pas très difficile d’apprendre à conduire en Inde, il suffit de faire attention au informal traffic : vaches, chiens, poulets, enfants qui courent au milieu de la rue…

Comme je n’ai toujours pas compris la leçon concernant les chevaux, j’ai donc choisi de passer la journée entière au pas, au trot et au galop sur mon fidèle destrier Moumal (ma fidèle destrière en réalité) à arpenter les environs d’Udaipur qui sont extraordinairement verts et luxuriants par rapport à l’ouest du Rajasthan. C’est qu’ici, la mousson a été plutôt généreuse les 3 dernières années provoquant même des inondations, contrairement au reste du Rajasthan. Je rentre avec les dos, les genoux, les cuisses et les fesses en compote (je commençais tout juste à me remettre du chameau…) et en soupçonnant les poils de chevaux d’être responsables des 127 éternuements qui m’ont pris pendant la journée. Et puis entre vous et moi, j’ai toujours peur des chevaux en fait…

Bref, pour me remettre de mes émotions, je décide d’aller dîner dans le restaurant d’un hôtel très chic et de faire le plein de poulet (mange mon petit… tu sais pas quand les petits cochons te mangeront) avant de rentrer en me traînant et en marchant comme un cow-boy jusqu’à mon lit.

Pendant que je feuillette distraitement les pages de mes guides de voyage, je sens un petit chatouillis sur mon bras gauche. D’une main distraite, je chasse l’importun quand je m’aperçois que l’importun n’est autre qu’un… CAFARD !!!! Je bondis hors de mon lit, j’attrape une tong et je me mets à chasser l’imprudent qui a osé se risquer à grimper sur ma royale personne jusqu’à ce que je le coince contre un mur et abrège sa misérable existence. NON MAIS OH ! Il s’est cru où celui-là ? Ça va pas bien dans sa tête ou quoi ? Qu’il se promène dans la salle de bain autant qu’il veut si ça l’amuse mais sur MOU ? Ça, jamais !!

J’avoue que j’aurai un peu de mal à m’endormir, même après avoir inspecté ma chambre dans tous les recoins et que je serai réveillée en sursaut plusieurs fois dans la nuit par le bruissement du rideau soulevé par le ventilateur… Mais à part ça, tout va bien, je suis détendue…

Le lendemain matin, je traîne sur la terrasse de l’hôtel après le petit déjeuner et j’en profite pour commencer à préparer mon dossier de demande de visa chinois… Un chouette moment en perspective… Mais ça fera l’objet d’un prochain post, pas de panique ! En vérité, ça me prendra une bonne partie de la journée. Mais tout le monde vous le dira, Udaipur, c’est la ville où il fait bon prendre son temps en 2 verres de chaï.

Pour finir ce petit séjour au Rajasthan sur une note gastronomique, je me suis donc inscrite à un cours de cuisine. Je retrouve donc B. et M. au Sashi Cooking Class. Le rendez-vous est à 17H30 et c’est parti pour près de 5 heures de cuisine pour réaliser pas moins de 14 plats, et que du healthy et du végétarien s’il vous plaît !! Bon, on se retrouve parfois dans le noir (on est en Inde… l’électricité est… aléatoire !) mais malgré tout, on devient experts de la cuisson des naans et du pilonnage de graines de cumin et ça, c’est bien le plus important ! Sashi est un étonnant petit bout de bonne femme (qui connaît le nom de tous les légumes en 7 ou 8 langues) et elle nous mène à la baguette ! Elle ne donne des cours de cuisine qu’aux touristes étrangers parce que les Indiens seraient capables d’ouvrir un cooking class concurrent si elle leur apprenait ses secrets… On papote, elle nous demande ce qu’on fait dans la vie et elle éclate de rire quand je lui dis que je bosse dans la restauration… But I have nothing to do with cooking !!

On finira la soirée le ventre plein et les mains parfumées au garam masala, cardamome et autres épices. Je pense qu’il va se passer un peu de temps avant que je ne mette tout ça en application mais pour la prochaine animation « Inde », pas de problème, je vous fais le show !!

C’est donc à nouveau l’heure de boucler mon sac, de reprendre le bus et de quitter Udaipur et le Rajasthan. Direction le Gujarat et Ahmedabad, « mégacité » ultramoderne ayant à priori peu d’intérêt si ce n’est d’être sur la route de Mumbai et d’avoir abrité l’ashram du Mahatma Gandhi… Oui… un peu de méditation et de spiritualité ne nous feront pas de mal…

Photos ici.