Retour chez les Rapa Nui

Parfois, les journées sont longues, les fichiers Excel sont pleins de lignes bleues et rouges qui se mélangent et on a le regard perdu dans son fond d’écran Windows… Il est alors bon de se souvenir qu’il y a des endroits où tout ça n’existe pas…

Et Moai ! Et Moai ! Et Moai !

Après ces 2 premiers jours au Chili, j’ai déjà repris le chemin de l’aéroport, direction l’île de Pâques. Comme le vol est à 8h et qu’à cette heure-là, le métro de Santiago n’est pas ouvert, j’ai donc commandé un taxi. Alors déjà, tu ne descends pas dans la rue attendre ton taxi. Non, non. Tu attends sagement dans l’hôtel que la compagnie appelle pour donner le numéro de la plaque d’immatriculation de la voiture au malheureux veilleur de nuit que tu as tiré de son sommeil et quand il a bien tout noté, il te dit de descendre. Evidemment, tu as commandé ton taxi à 6h et il n’arrive qu’à 6h20 mais il te dit : « Tinquiète, à cette heure-ci, y a personne, je vais rouler comme un malade et tu seras à l’heure ! » et toi, tu réponds : « Euh… si ! No problemo ! » parce que de toute façon, ton espagnol ne te permet pas de dire autre chose…

Bref, 5 heures de vol plus tard, en collant mon nez au hublot, j’ai enfin aperçu mon confetti au beau milieu de l’océan. Et je me suis dit : « Bah dis donc, c’est pas le moment de se faire une appendicite… ». Quelques minutes plus tard, je posais les pieds sur l’île la plus isolée du monde et j’étais accueillie avec un collier de fleurs par Mauricio. Après avoir récupéré tous ses nouveaux clients, chargé tous les sacs à l’arrière de son pick-up brinquebalant et réparti tout le monde dans les 2 autres voitures, Mauricio nous a emmené jusqu’au camping Mihinoa, où j’ai décidé de prendre mes quartiers pour la semaine. Car oui, je suis là pour la semaine. Non pas qu’il y ait vraiment de quoi s’occuper toute une semaine mais j’ai décidé de faire une pause. Des vacances dans les vacances en quelque sorte.

(NDLR : le camping Mihinoa est l’hébergement le moins cher de l’île et de loin. Pas obligé d’y « camper », ils ont aussi des lots en dortoir et des chambres. Marta, Roger et Mauricio sont très sympas et peuvent louer des voitures pour 30 000 pesos la journée, un prix imbattable sur l’île. Les salles de bain et la cuisine sont propres, les lits faits tous les jours et ils proposent même un service de laverie. Mis à part la présence de bons gros cafards bien dodus, rien à dire, c’est parfait. Mais pour les cafards, ils n’y peuvent rien, l’île en est infestée, faut prendre sur soi.)

1er jour : Mon estomac criant famine, ma première mission a été de partir faire les courses. On est sur une île donc à la base, tout est cher. Mais quand on est sur l’île la plus isolée du monde, tout y est encore plus cher. Pas question donc de passer son temps dans les petits restos du bord de mer. 1/ J’ai pas les moyens, et 2/ de toute façon, y a pas non plus pléthore desdits restos. D’après mon ami le Lonely, il devait y avoir 2 supermarchés dans la rue principale d’Hanga Roa. Soyons francs, je n’ai jamais réussi à définir ce que le Lonely considérait comme un supermarché sur cette île. Par contre, j’ai bien trouvé 5 ou 6 épiceries dont les rayons évoquaient clairement l’Allemagne de l’est dans les années 50 et à force de persévérance, j’ai fini par mettre la main sur un paquet de pâtes et une boîte de sauce tomate. A peine le temps de rentrer à la maison que la pluie se mettait à tomber me coinçant là pour le reste de l’après-midi. Heureusement, le camping est face à la mer, le spectacle des vagues venant se fracasser sur les rochers était donc encore bien plus beau bien au chaud avec une tasse de thé.

2ème jour : Après une grasse matinée bien méritée (quoi ? je suis crevée moi, je me déplace tous les jours depuis bientôt 8 mois, je me lève avec les poules, je crapahute, je crapahute… j’ai bien le droit à une grasse mat’, non ? et puis, de toute façon, je vous demande pas votre avis, je fais que ce que je veux, d’abord…) et comme le soleil est revenu, je décide d’aller visiter le Museo Antropologico, histoire de ne pas aller voir les Moai complètement inculte. Le musée est tout petit mais très bien fait et expose les différentes théories qui expliquent le pourquoi du comment de toutes ces statuettes. Une fois que tu as bien tout lu, selon ton degré de fantaisie, tu peux décider de croire celle que tu veux. Je profite aussi de mon petit tour en ville pour passer au Information Center où la fille m’explique où il faut aller pour le coucher du soleil, où il faut aller pour le lever du soleil, où sont les sentiers de randonnée et quel spectacle de danses traditionnelles il faut aller voir. Bref, la tête pleine d’infos et les mains pleines de brochures, je suis rentrée faire la sieste (quoi ? non, je n’ai pas à me justifier). Entre temps, la cargaison du jour des explorateurs de l’île de Pâques est arrivée et je retrouve donc Carmen et Miki qui ont décidé eux aussi de venir s’installer au camping. En fin de journée, j’arrive quand même à me traîner jusqu’à l’Ahu Tahai où je regarde patiemment le soleil se noyer dans l’océan juste derrière les Moai (comme les 50 autres touristes dont 70% de Français qui sont là). C’est bôôôôô… C’est un de ces moments qui me rappellent pourquoi je suis partie. Pour en prendre plein la tête. Et là, assise sur un caillou devant mes nouveaux copains Moai, le bruit des vagues, les ombres qui s’allongent, le ciel qui prend des teintes de cartes postales… c’est que du bonheur.

3ème jour : L’île de Pâques et sa piste d’atterrissage pour navettes spatiales se prêtent à une activité rigolote : le plane spotting. Keskecéssa le plane spotting ? Et bah, c’est quand t’es un peu geek et que tu répertories le nombre, le genre et les spécificités des avions qui atterrissent et qui décollent d’un aéroport. Bon, là, c’est pas bien difficile, y a qu’un vol par jour, c’est toujours la même compagnie et elle envoie toujours le même avion. Non, le véritable intérêt, c’est que la piste d’atterrissage démarre juste au bout de l’île et que si tu te trouves au bon endroit au bon moment, l’avion te passe tellement au ras des cheveux que tu peux faire coucou au pilote. J’ai donc décidé d’aller jouer à ça. Et j’ai convaincu Carmen, Miki et Marie (une autre Française arrivée la veille) de venir avec moi. Sauf que. Aujourd’hui, ce stupide avion a décidé d’atterrir une heure trop tôt et c’est au moment où on part pour l’aéroport qu’on le voit arriver… Tant pis, qu’on se dit, on le verra demain ! Du coup, on part visiter le village cérémoniel d’Orongo, perché sur le bord du cratère du Rano Kau, un des 3 volcans qui forment l’île. La grimpette au sommet du volcan est un peu laborieuse (rappelez-moi pourquoi on a décidé d’y aller à midi déjà ?) mais de là, la vue sur l’île est imprenable et quand on arrive enfin au sommet et qu’on passe la tête par-dessus le bord du cratère… wow ! on reste bouche bée. Le cratère est immense et le fond est rempli d’eau et partiellement couvert de roseaux. Im-pre-ssio-nnant ! Perché sur le rebord du cratère et au-dessus d’un falaise qui fait pas moins de 300 mètres de haut, se trouve donc le village cérémoniel d’Orongo. Après que les Rapa Nui ont décidé d’arrêter de sculpter des Moai (cette religion leur coûtait beaucoup trop cher en arbres et en cailloux et les Rapa Nui sont des gens pragmatiques), ils ont changé de religion pour adopter le culte de l’homme-oiseau. Chaque année, chaque tribu envoyait son champion à Orongo. De là, les types plongeaient dans l’océan et nageaient jusqu’au Motu Nui (un petit îlot juste devant) où il fallait chercher le premier œuf d’un pauvre petit piaf qui passait par là. Celui qui rapportait l’œuf devenait sacré (et comme à tous les gens sacrés, il lui arrivait des trucs bizarres, genre il ne pouvait pas se laver les cheveux jusqu’à l’année suivante) et le chef de sa tribu devenait le chef de toutes les tribus. Jusqu’à l’année suivante où on remettait le couvert. Bref, la visite du village est surtout impressionnante parce qu’on se demande comment les types plongeaient dans l’océan sans se tuer et la vue est simplement fantastique.

Du coup, après tant d’efforts, j’ai redégringolé la colline et j’ai profité de la fin d’après-midi et du bruit des vagues depuis la terrasse.

4ème jour : Aujourd’hui, on a décidé de louer une voiture pour faire le tour de l’île. Carmen, Miki, Marie, Christophe (un autre de nos colocataires) et moi montons donc à 6h30 dans notre bolide pour aller assister au lever de soleil à l’Ahu Tongariki. Alors, certains ont fait la fine bouche mais moi, je le dis, c’est juste ma-gni-fi-que ! Le soleil n’est pas exactement dans l’axe des Moai à cette période de l’année mais n’empêche, ça vaut vraiment le coup. On avait ensuite décidé d’aller prendre le petit déj à la plage. LA plage. Anakena, ça s’appelle. De toute façon, c’est pas compliqué, y a qu’une plage sur cette île. Et il y a bien quelques cabanes qui vendent de quoi se restaurer un peu mais apparemment, on est hors-saison et quand on arrive, l’endroit semble abandonné. Du coup, on décide d’aller juste chatouiller les moustaches des Moai qui se trouvent là puis de vérifier par nous-mêmes que le sable de la crique d’à côté, Ovahe, est bien rose comme le dit la légende. Et puis, on retourne à Hanga Roa pour se mettre quelque chose sous la dent. Sauf que c’est dimanche. Et comme partout en dehors des grandes mégalopoles de ce monde, le dimanche… tout est fermé. On arrive quand même à se dégoter quelques sandwiches bien tristounets et on se dit que puisqu’on est là, on va aller les manger au bout de la piste de l’aéroport pour assister à l’atterrissage du vol du jour. Sauf que. Aujourd’hui, y a du vent. Et au bout d’une heure d’attente, on en vient à la conclusion que l’avion a bien atterri, mais de l’autre côté de la piste et nous, bah…, on l’a loupé.

Du coup, on reprend la voiture et on part explorer la côte sud-est de l’île. Tout le long de la côte s’égrènent les Moai, les pétroglyphes et les sites sacrés. On finit en beauté avec le Rano Raraku, le volcan dans lequel les Rapa Nui taillaient les Moai. Un genre de carrière en quelque sorte. On ne sait pas bien pourquoi mais il semblerait que du jour au lendemain, les Rapa Nui aient arrêté de tailler leurs statuettes et ils ont tout laissé en plan. Du coup, le site est plein de Moai à moitié finis qui émergent du flan du volcan. C’est assez surréaliste et… wow ! f***ing awesome ! comme dirait quelqu’un que je connais.

Après tout ce paquet de Moai assis, debout, couchés, on est rentrés à la maison juste à temps pour le coucher du soleil et on a fini la soirée à papoter autour d’une petite bouteille de vin.

5ème jour : Comme la journée d’hier a été particulièrement intense (quoi ? j’ai vu le lever ET le coucher du soleil et j’ai pas fait la sieste, si ça, c’est pas du programme chargé, je vous demande bien ce que c’est !), je décide qu’aujourd’hui, je vais faire… rien ! Je pars quand même me poster au bout de l’aéroport 1h30 avant l’heure prévue et j’attends sagement, les yeux rivés vers le ciel. Deux heures plus tard, Carmen me rejoint et m’annonce que l’avion a bien atterri mais de l’autre côté… Encore raté ! Du coup, on part déjeuner dans un petit resto qui surplombe le port (enfin le port… j’me comprends…) où après tous ces repas de pâtes, je m’offre un festin de ceviche avec même un peu de coriandre fraîche sur le dessus. Mmmmh ! Et puis histoire de ne pas gagner le titre de feignasse internationale, je pars faire un tour en ville où j’en profite pour réserver une balade à cheval pour le lendemain, faire poser sur mon passeport le fameux tampon Isla de Pascua et manger une glace (quoi ? non, je n’ai toujours pas besoin de me justifier) avant de revenir, exténuée, faire la sieste. Hé ! quoi ? on a dit que c’étaient les vacances, non ?

6ème jour : Pantu doit passer me chercher ce matin à 9h30 pour aller faire une balade à cheval. Pantu, c’est le propriétaire des chevaux. Sauf qu’à 9h, le ciel déjà bien gris devient noir et des trombes d’eau se mettent à tomber. Du coup, je demande à Mauricio d’appeler Pantu et de voir s’il est possible de reporter notre rendez-vous au lendemain. Pantu doit se dire lui aussi que passer 3 heures sous la pluie battante, c’est pas bien fun parce qu’en 2 minutes, l’affaire est réglée, on remet au lendemain.

La pluie ne s’arrête quasiment pas de la journée. Juste quelques minutes pour nous laisser le temps d’aller acheter des œufs et de la farine. On décide donc de s’occuper comme tout le monde lors d’un samedi pluvieux de novembre (parce que ça ressemble vraiment à ça), Carmen fait des gâteaux et on installe un ordinateur dans le salon pour regarder un film. On décide quand même de braver la pluie après le dîner pour aller voir un spectacle de danses traditionnelles. Moi, ça me fait penser un peu aux danses maories. En tout cas, les costumes des danseurs sont très chouettes. On manque juste se faire dévorer par le chien des Baskerville sur le chemin du retour. Mais à part ça, c’était vraiment sympa.

7ème jour : Ce matin, de gros nuages bouchent encore l’horizon mais comme c’est mon dernier jour sur l’île (bah oui, les vacances sont bientôt terminées !), je prends mon courage à 2 mains et je grimpe dans la Jeep de Pantu qui est passé me chercher. Pantu parle espagnol, rapa nui, 3 mots d’anglais et 2 mots de français mais avec de grands gestes et une bonne dose de sourires, on arrive à peu près à se comprendre. Il me présente mon fidèle destrier du jour, Pinaro, un petit cheval qui a l’air de préférer brouter des fleurs que filer au triple galop. Moi, ça me va parfaitement. Alors on part tous les 2, direction le sommet de l’île. Pinaro se révèle être une vraie feignasse et je passe mon temps à lui botter les fesses pour le faire avancer. Mais visiblement, moi, j’ai pas la technique. Parce que dès que Pantu prononce son nom, le cheval dresse les oreilles et part au petit trot. La vue depuis le sommet du Maunga Terevaka (attention, 511m, ça rigole pas) est fantastique. A 360 degrés, c’est l’océan, l’océan, rien que l’océan. Par contre, le vent souffle hyper fort et même les chevaux ont du mal à avancer. Alors après une petite pause photo syndicale, on repart dans l’autre sens, traversant de grandes étendues d’herbes où broutent des vaches et des chevaux sauvages. En passant, je me demande même s’il n’y a pas plus de chevaux que d’hommes sur mon confetti… Après 3 heures passées à se tanner le cuir sur le dos de Pinaro, Pantu me redépose à la maison et dès l’instant où j’essaye de m’asseoir sur une chaise, je réalise que la vie de cow-boy n’est clairement pas faite pour moi… J’ai maaaaaaaal… Alors comme c’est encore couchée que ça passe le mieux, j’opte pour une dernière sieste avant d’assister à mon dernier coucher de soleil pascuan.

8ème jour : Ce matin, après une semaine à éparpiller mes affaires un peu partout, il faut à nouveau reboucler mon sac. On apprend alors que mon vol, initialement prévu à 13h, est retardé à 15h30. Mais comme ici, rien ne se passe comme ailleurs, l’aéroport fonctionne tout de même selon les horaires prévus et on doit aller enregistrer nos bagages à 11h… va comprendre ! Du coup, à midi, je me retrouve devant l’aéroport sans savoir trop comment occuper mon temps quand tout à coup, je me dis que si j’ai encore une chance de voir atterrir ce stupide avion, c’est maintenant. Alors après m’être empiffrée de pulpo al olivo, je vais me poster au bout de la piste, je sors mon appareil photo et fébrilement, j’attends. Et à 14h pétantes, je le vois enfin, passer au-dessus de l’île, décrire un grand demi-tour, revenir vers moi en piquant du nez et dans un vacarme assourdissant, me frôler le dessus du crâne… wow ! décoiffant !

Comme c’est dans cet avion que je dois repartir, je reprends donc le chemin de l’aéroport et à l’heure dite, je quitte mon confetti, et dans un dernier salut aux Moai, je reprends la direction de Santiago.

Photos ici.

Ola Isla de Pascua !

Au moment de tracer l’itinéraire de ce voyage, je ne sais pas pourquoi, je n’ai pas choisi d’aller à Tahiti, aux Fidji, ou sur un de ses petits archipels paradisiaques qui parsèment l’Océanie. En fait si, je sais pourquoi. Les plages de sable blanc qui coule entre vos orteils bordées d’une rangée de cocotiers et le long desquelles déroulent des vaguelettes turquoise dans lesquelles frétillent des raies manta, c’est joli mais faut dire ce qui est, au bout de 48 heures, on s’y emm… Si. C’est vrai. OK, peut-être au bout d’une semaine seulement. Alors je me suis dit, puisque tu vas au bout du monde, va donc faire un tour à l’île de Pâques ! Ah… l’île de Pâques, l’endroit le plus isolé de la terre, dont l’île la plus proche est à 2 000kms et la ville la plus proche à près de 4 000kms… et où il y a plus de Moai que d’habitants ! Et puis soyons honnêtes, si j’y allais pas maintenant, il est clair que je n’y serais jamais allée. Alors j’ai dit « Banco ! » (non, je crois que je l’ai pas dit) et j’ai rajouté un saut à l’île de Pâques dans les billets d’avion.

Je sais pas pour vous mais pour moi, l’île de Pâques, c’était juste un micro confetti posé quelque part dans le Pacifique qu’on voit à la télé dans les documentaires du commandant Cousteau avec des statuettes aux longs nez posées dessus et personne capable d’expliquer ce qu’elles font là. La vérité… c’est tout à fait ça. Mais laissez-moi quand même vous raconter ce qu’on sait, for sure, à propos de l’île de Pâques.

D’abord ça s’appelle l’île de Pâques parce que le petit futé de néerlandais, un amiral du nom de Roggeveen, qui a découvert l’île en 1722 s’est pointé le matin du dimanche de Pâques. 1/ Il avait pas beaucoup d’imagination, et 2/si vous voulez mon avis, il n’a absolument pas tenu compte de la ligne de changement de date et y a fort à parier qu’en fait, on était déjà lundi ou encore samedi…  Il a eu un sacré coup de chance notre ami l’amiral parce que l’île, elle ne fait pas plus de 117km², c’est vraiment un confetti, tellement que quand tu es à un bout et que tu te retournes, tu vois l’autre. Bref, quand il est arrivé sur l’île, il a découvert que quelques tribus vivaient là, que ces gens avaient eu l’idée exotique d’élever des plateformes face à la mer sur lesquelles ils avaient élevé des statues qu’ils appelaient Moai, de tailles variées mais avec toutes le même sourire figé (on peut carrément dire qu’ils tirent la tronche). La population de l’île était alors estimée à 15 000 personnes et tout le monde vivait plutôt en bon voisin. Le rapport de Roggeveen indiquait qu’il n’y avait aucune installation moderne (pour l’époque, hein, on se comprend) sur l’île et qu’a priori, c’était la première fois que les insulaires avait un contact avec le reste du monde.

Ce n’est qu’en 1774, soit 52 ans plus tard, autant dire que pas grand-monde se souvenait du Néerlandais, que notre ami James Cook, qui décidément n’en rate pas une, est allé lui aussi faire un petit tour à Pâques. Il avait dû se passer des trucs entre temps parce que beaucoup de Moai gisaient face contre terre ou avaient été endommagés. Ce coup-ci, on a soupçonné des guerres tribales.

Enfin, en 1788, c’est La Pérouse (qui ne possédait pas encore d’usine à sucre en poudre) qui est venu faire son inspection et lui, il a trouvé que la population était plutôt prospère et sereine ce qui laisse supposer qu’à leur manière, ils avaient fumé le calumet de la paix.

Pas de bol pour les Rapa Nui (oui, parce qu’en fait, l’île, elle avait déjà un nom, Rapa Nui mais le Néerlandais n’avait pas pris la peine de demander), c’était la fin de la récré. Finies les petites guerres tribales tranquilles dans son coin, l’heure de la mondialisation avait sonné.

D’abord, en 1862, des négriers vinrent embarquer un bon millier d’habitants pour les réduire au travail forcé dans les mines de guano de Chincha, au Pérou. Je m’imagine bien, moi, je suis une Rapa Nui en train de danser tranquillou devant mes Moai et hop ! 3 types m’embarquent pour me forcer à mettre les mains dans du caca d’oiseau dans un trou à des milliers de kilomètres de chez moi. Je crois que j’aurais pas aimé… Bon, l’Eglise catholique trouve ça moyen-moyen. Alors elle met la pression et elle demande qu’on ramène les gens chez eux. Les négriers (qui doivent avoir 2 ou 3 trucs pas nets sur la conscience et qui ont peur de finir en enfer) capitulent et ramènent les survivants sur un petit bateau, normal, ils sont 15. En plus, ceux qui sont revenus ont propagé une épidémie de variole manquant exterminer ceux qui étaient restés. Tout contents de leur succès, des missionnaires viennent évangéliser ce qui reste de la population dans la foulée. Et puis en 1870, l’aventurier Jean-Baptiste Dutroux-Bornier (c’est quand même moins cool que Bob Morane comme nom pour un aventurier) décide de coller tout ce petit monde au commerce de la laine parce que les moutons se plaisent bien sur l’île. Mais comme un mouton, ça n’a pas tellement besoin qu’on le surveille, il envoie plein de Rapa Nui filer un coup de main dans les plantations de Tahiti (en même temps, c’est quasiment l’archipel le plus proche). Du coup, les missionnaires ne sont pas contents. Parce que eux, ils préfèrent envoyer les gens aux îles Gambier. Bref, ça se chamaille et Bob Morane finit assassiné.

En 1888, le Chili décide que Pâques, c’est chez lui (rappelez-vous, on en a parlé ici). Mais bon, c’est quand même pas la porte à côté (Santiago est à 3 700kms) et puis des Rapa Nui, il n’en reste que 111 (oui, beau boulot messieurs les mondialisateurs !) alors l’île est cédée à une compagnie anglaise spécialisée dans la laine qui fait office de gouvernement et qui parque les habitants dans le seul village, Hanga Roa, avec interdiction de mettre les pieds dans le reste de l’île. Sympa. Evidemment, les Rapa Nui n’ont pas la citoyenneté chilienne, pas le droit de vote, pas le droit de quitter l’île, bref, très sympa. Et cette situation dure jusqu’en 1964. Là, quand même, on finit par leur attribuer au moins la citoyenneté chilienne. Et puis 3 ans plus tard, quand le premier vol commercial atterrit en provenance de Santiago, c’est le début de l’ère touristique. Détail amusant, dans les années 1970, la NASA a subventionné l’agrandissement de la piste de l’aéroport Mataveri pour créer un terrain d’atterrissage d’urgence pour les navettes spatiales. La piste est aujourd’hui une des plus longues du monde. Aujourd’hui, il y a un vol par semaine qui relie Santiago à Tahiti en faisant escale sur l’île et un vol quotidien entre Santiago et l’île, transbahutant environ 65 000 touristes par an. C’est pas le Pérou mais ça permet aux habitants de rester vivre sur l’île et aujourd’hui, Hanga Roa abrite environ 5 000 Rapa Nui. L’île a également acquis le statut de territorio especial depuis 2008. Ça veut dire qu’elle bénéficie d’une plus grande autonomie que les autres départements chiliens mais l’indépendance n’est pas encore à l’ordre du jour.

Voilà. Maintenant qu’on est incollable sur l’île de Pâques, allons donc chatouiller les moustaches des Moai !