Je n’ai besoin de perrrrrsonne…

… en Harley Daviiiiidson !

Faut le savoir, le Vietnam est le pays des Easy Riders.

Keskecéssa les Easy Riders ? Ce sont des guides à motos (les étrangers n’ont officiellement pas le droit de louer une moto) qui vous emmènent sur des circuits de un à plusieurs jours hors des sentiers battus dans la campagne et les montagnes vietnamiennes. Comme on est quand même au royaume du fake, il existe une assez grande variété d’Easy Riders, Free Riders, etc… Ce qui ne veut pas dire qu’ils ne sont pas bons, ni que les « vrais » Easy Riders sont tous exceptionnels : faut faire le tri.

Moi, j’ai pas eu besoin. Truong, un Easy Rider (un « vrai » en plus), m’est littéralement tombé dessus à la sortie de l’hôtel à Danang. J’avais pas tout à fait prévu de passer les 2 jours suivants avec lui mais son sens aigu du marketing a perturbé mes plans pour mon plus grand plaisir. Sur la route de Hoi An, il n’a pas cessé de me vanter les mérites d’une petite virée dans les montagnes pour aller voir des villages paumés habités par quelques minorités ethniques diverses et découvrir des paysages que je n’aurais pas pu voir depuis la fenêtre d’un bus. On se met bien d’accord sur l’itinéraire et en arrivant, je signais. Rendez-vous donc le lendemain matin à 9h pour 2 jours de balade dans un coin où Google Map ne sait même pas qu’il y a des routes (enfin des routes… des chemins… enfin… quand c’est pas inondé, ça ressemble à des chemins). Bref, en attendant, j’ai passé l’après-midi à flâner dans les rues de la petite Hoi An.

Hoi An, c’est assez différent des autres villes vietnamiennes que j’ai eu l’occasion de traverser jusque là. C’est une petite ville historique pleine de charme et donc de touristes.

Du IIème au Xème siècle, ce fut un important port maritime du royaume du Champa et les archéologues ont découvert aux alentours les ruines de nombreux monuments de cette époque. Du XVème au XIXème siècle, Hoi An, connue alors sous le nom de Faifo, devint un des principaux ports de commerce internationaux de l’Asie du sud-est. Chinois, Japonais, Néerlandais, Portugais, Espagnols, Indiens, Philippins, Indonésiens, Thaïlandais, Français, Britanniques et Américains vinrent tous s’y approvisionner en soie, étoffes, papier, porcelaine, thé, sucre, mélasse, noix d’arec, poivre, plantes médicinales chinoises, ivoire, cire d’abeille, nacre, laque, soufre et plomb. Au printemps, les navires étaient poussés au sud par les vents de mousson. Les marchands séjournaient alors à Hoi An jusqu’à l’été, reprenant la mer avec les vents du sud. Au cours de leurs quatre mois en ville, ils louaient sur le front de mer des maisons qui servaient à la fois d’entrepôt et de résidence. Certains d’entre eux y installèrent par la suite des représentants habilités à gérer leurs affaires sur place le reste de l’année : c’est ainsi que s’implantèrent les premières colonies étrangères.

Ce fut également par Hoi An que le christianisme pénétra au Vietnam. De tous les missionnaires du XVIIème siècle, le plus célèbre fut le père Alexandre de Rhodes, inventeur de l’écriture quoc ngu qui a romanisé la calligraphie de la langue vietnamienne (qui s’écrivait auparavant avec des signes chinois).

A la fin du XIXème siècle, l’ensablement du fleuve Thu Bon qui relie la ville à la mer commença à gêner la navigation et Danang éclipsa donc peu à peu Hoi An en tant que port et centre du commerce. Cependant, cet ensablement lui a permis d’échapper aux destructions de guerre américaine car les navires de guerre ne pouvaient pas s’y aventurer. La vieille ville a donc gardé son visage d’il y a 200 ans et a été classée au Patrimoine Mondial de l’Unesco depuis 1999. Depuis, l’Unesco s’efforce de préserver près de 800 bâtiments historiques dans Hoi An.

Donc voilà, ici, les maisons sont basses, peintes en jaune moutarde (une couleur qu’affectionnaient particulièrement les colons… les goûts et les couleurs…), les fils électriques sont relativement démêlés et des tas de lampions sont suspendus aux balcons, dans les arbres, sur les ponts… partout !

La ville a toujours été réputée pour la confection de vêtements mais aujourd’hui, la demande des touristes a fait surgir un nombre de boutiques de tailleurs fabuleux pour une si petite province (probablement plus de 500 juste dans la vieille ville). Du coup, on ne sait plus bien si les gens viennent à Hoi An pour admirer le patrimoine architectural ou se faire refaire une nouvelle garde-robe. La présence massive des touristes a également apporté tout un lot de restos et de bars branchés et tout ceci a donc un petit air de Disneyland mais l’ambiance est plutôt sympathique. En tout cas, après Danang, c’est plutôt agréable !

Je me suis donc baladée le nez en l’air (y a pas de motos et de voitures dans la vieille ville, tu ne risques pas de mourir à chaque changement de trottoir), entre les temples, les pagodes et les vieilles maisons dont certaines ont presque 200 ans et sont toujours habitées par la même famille.

Et bien sûr, j’ai testé pour vous les spécialités du coin : les white roses (des petites crevettes cuites à la vapeur dans une pâte de riz genre ravioli pas fermé) et le cao lau (des nouilles avec du porc, du soja, des herbes, des croûtons et un fond de bouillon qu’on ne sait pas ce qu’il y a dedans mais que c’est bon).

Le lendemain, c’est donc l’heure de retrouver Truong et ses câbles en caoutchouc pour fixer mon sac à l’arrière du bolide. On part d’abord pour MySon, considéré comme l’Angkor Wat du Vietnam (en 100 fois plus petit), un site sacré pour les Chams entre le IIème et le XIème siècle, où on peut déambuler à travers les ruines des temples et autres tours qui ont été découvertes par l’archéologue français Henri Parmentier à la fin du XIXème siècle. Rico avait réussi à convaincre suffisamment de gens qu’il fallait restaurer et préserver ces monuments quand les bombes américaines rasèrent les trois quarts de ce qui restait debout. Et pourquoi donc les Américains bombardèrent-ils intensément un tas de vieilles briques ? Parce que les Viêt-Congs avaient eu la bonne idée d’établir un quartier général à MySon… D’ailleurs, sur le site, on peut observer quelques beaux cratères et on se dit que les dernières reliques ont eu chaud aux fesses. Oh ! Quand je parle de reliques, je parle pas des cars de vieux croûlants qui se déversent à intervalles réguliers entre les ruines ! Ça tient d’ailleurs du miracle que je vous ai fait des photos avec à peu près personne dessus…

En tout cas, je confirme, j’aime bien les Chams. C’est sympa leurs petites constructions. Ca manque un peu de fenêtres à mon goût mais c’est joliment sculpté, les briques sont ingénieusement imbriquées et la jungle environnante donne un petit côté mystérieux à tout ça, c’est sympa.

Bon évidemment, dans cette forêt bien humide je suis tombée sur une de mes petites copines à 8 pattes préférées… Mais elle est restée sagement dans sa toile, et on s’est quittées en bon terme.

Après cet intermède culturel, j’ai sauté en selle derrière Truong et on a roulé, roulé, roulé en direction de Prao, à quelques kilomètres de la frontière laotienne. En chemin, j’ai vu des poules qui géraient un atelier de tissage, des maisons comme au musée ethnologique d’Hanoi (comme quoi, dans les musées, ils ne racontent pas n’importe quoi), des rizières vertes fluo, des mamies sans dent, tous les hommes du village au bar en train de picoler pendant que les femmes font tout le boulot (c’est la tradition, il paraît…), des enfants qui crient « Hello, hello ! » et moi, j’ai fini par me prendre pour la reine d’Angleterre à agiter la main et à sourire à tout ce petit monde le long de la route. C’était rigolo.

Le soir, on a dormi à Prao, où y a rien à faire à part manger des banh xeo (des crêpes de riz croustillantes avec du soja et de la crevette) et boire des bières… et c’est donc frais et dispos qu’on a repris la route le lendemain pour retourner vers la côte et revenir à Hoi An, non sans faire quelques stops en chemin pour visiter encore un ou deux villages et une école où comme tous les enfants du monde, les petites filles sautent à l’élastique pendant que les garçons jouent au foot.

Je soupçonne Truong d’avoir pris exprès les pires routes qui existent pour m’impressionner mais si vous connaissez des gens qui travaillent dans le goudron, j’ai découvert un marché d’avenir… Incroyable d’imaginer que les gens n’ont que ces petits chemins boueux et plein d’ornières (et encore, on n’est pas à la pire saison) pour se déplacer dans cette région ! Par chance, on n’a pas vu une goutte de pluie en 2 jours. Sinon, il paraît que les bains de boue, c’est très bon pour la peau…

Et puis, voilà, je suis descendue de mon cheval (oui, parce qu’après 2 jours sur une moto, tu marches comme un cow-boy…), j’ai dit au revoir à Truong et j’ai fait comme tout le monde : j’ai succombé à la folie du « sur-mesure » et je me suis fait faire un beau manteau en laine pour l’hiver prochain… En avais-je besoin ? Non. Cela m’encombre-t-il furieusement ? Oui. Vais-je devoir expédier un nouveau colis as soon as possible ? Oui. Pfff…

Mais peu importe. Si vous passez dans le coin, n’hésitez pas, contactez un Easy Rider, ça vaut vraiment le coup. Et si vous voulez traverser tout le pays à moto, c’est possible aussi. Mais là, il aurait fallu plusieurs jours à mon auguste postérieur pour s’en remettre alors j’ai opté pour la solution confortable de facilité : ce soir, je prends le bus de nuit pour Nha Trang, 550kms encore plus au sud (mais où cela s’arrêtera-t-il ?) où je vais passer quelques jours à profiter du micro climat de « la plus belle plage du Vietnam »…

Photos ici.

Ninh Binh

Quand on veut se rendre à Ninh Binh, il y a plusieurs options. Soit on peut prendre un taxi mais faut négocier fermement le tarif parce que y a quand même 93kms, soit on peut prendre le train mais y en a 3 par jour, soit on peut prendre un bus d’une compagnie privée qui ne part que le soir, soit on peut prendre le bus à la gare routière et en plus c’est moins cher. Je vous laisse deviner ce qu’on a choisi.

Non, je vous laisse pas deviner : on a pris le bus à la gare routière. Après avoir acheté les billets (30 000 dongs each, soit à peine plus d’1 euro… amis de la RATP si vous me lisez…), la petite dame du guichet me fait signe de suivre un petit gars qui a l’air d’avoir 17 ans (quoi ? c’est pas de ma faute s’ils sont tous petits !). Le petit gars nous fait traverser la gare, passe allégrement devant le bus avec un gros panneau Ninh Binh et nous fait grimper dans un minibus vide après avoir tassé nos sacs dans le coffre. Première réaction : « Wouah ! Génial ! On est toutes seules et le bus part direct ! On pouvait pas faire mieux question timing ! ». Trente minutes plus tard, on a ratissé toutes les rues autour de la gare, racolé tous les piétons qui font mine de poireauter le long du trottoir, le minibus est plein à craquer, y a même des gens assis sur des tabourets en plastique dans l’allée, les sacs en plastique s’entassent partout où il y a de l’espace et on s’éloigne enfin d’Hanoi. Le chauffeur allume alors son autoradio et les haut-parleurs se mettent à cracher alternativement des remix techno vietnamiens et des chansons traditionnelles. Y a comme un petit air indien dans ce bus… Ils font même une pause au bout d’une heure pour que les gens puissent se ravitailler ! Une petite mamie se plaque un mouchoir sur le nez. Je l’observe avec méfiance (maintenant que je sais que les gens peuvent se vomir sur les genoux sans signe précurseur, je suis vigilante), et puis soudain je réalise. Mais c’est pas du tout un mouchoir ! C’est du pain ! Genre un quart de baguette tout malaxé et tout étalé sur son nez ! Incrédulité puis incompréhension mais si, c’est bien ça, elle en mange même des petits morceaux par moment. Une coutume locale ? Je crois que je ne saurai jamais…

Bref, on arrive à Ninh Binh. C’est moche, y a rien à voir, c’est juste la ville la plus proche des sites de la « Baie d’Halong terrestre ». Après s’être installé dans notre hôtel (le Thanh Thuy Hotel), on réserve donc notre tour pour le lendemain et on va faire un petit tour au marché local. Sur le trottoir s’étalent tout un tas de légumes, de fruits, d’herbes, de poissons dont les ouïes baillent et qui sursautent encore un peu et quelques tranches de viande sanguinolentes. Et tout à coup, oui ! on tombe sur un stock de pattes… de chiens ! Pas moyen de confondre, y a plus les poils et elles sont grillées mais c’est bien du chien. Et pour bien nous écœurer, on trouve les têtes un peu plus loin. Apparemment, ça n’a pas beaucoup de succès les têtes… Bon, ça ne nous coupe tout de même pas l’appétit alors pour le dîner, on teste la spécialité de la ville, le pho ngan, une soupe de nouilles au canard. Mais le canard bouilli, ça casse pas 3 pattes à un canard justement et on est plutôt déçues.

Le lendemain, après le petit déj, on ajuste nos casques et on grimpe sur nos motos (avec chauffeurs hein, on n’est pas complètement cinglées), direction la grotte de Mua. Bon, la grotte est ridicule avec une statue de tigre en plastique toute moche mais le challenge c’est de grimper les 500 marches jusqu’au sommet de la colline pour admirer les alentours. Et ça vaut le coup ! Et des marches, y en a que 464 (à 2 près, j’ai compté). Du sommet, on voit les rizières et les villages jusqu’à Ninh Binh, la rivière et les dizaines de barques qui promènent les touristes à travers les pics karstiques (les fameux, d’où le nom de « Baie d’Halong terrestre ») et on peut en profiter pour faire des offrandes à la statue d’une déesse de la miséricorde qu’on se demande bien ce qu’elle fait là.

On redescend, on ré-enfourche nos bolides et on se rend aux grottes de Trang An. En chemin, ma mère casse sa moto (qui se met soudain à faire un bruit très très bizarre) mais ni une ni deux, on se retrouve à 3 sur la mienne et on poursuit la route. Trang An, c’est censé être encore plus beau et beaucoup moins touristique Tam Coc. Super, mais c’est quoi Tam Coc ? Ben c’est un endroit où la rivière serpente à travers les pics karstiques et rentre parfois dans des grottes sous les pics, ressort de l’autre côté et c’est très joli. Le problème à Tam Coc c’est que c’est devenu tellement touristique qu’il y a presque plus de vendeuses de nappes brodées que de touristes (c’est dire !) et toutes les barques se suivent à la queue leu leu. D’ailleurs, depuis le site de Mua, on avait bien vu qu’effectivement, y avait un paquet de barques sur la rivière. Donc, on a décidé d’aller à Trang An, un peu plus loin et réputé moins bondé. Réputé seulement. Parce que, quand on arrive sur place, il y a des dizaines de barques le long de l’embarcadère, les gens font la queue et ça ressemble furieusement à Disneyland. Manque juste la musique. Mais bon, on n’est pas là pour faire les snobinardes, on grimpe dans une barquette en bambou avec 2 autres Français et nous voilà à glisser sur la rivière au milieu des autres couillons. Si ça, c’est moins bondé que Tam Coc, je veux juste même pas savoir à quoi ça ressemble Tam Coc ! Mais au moins, ici, pas la moindre trace d’une nappe brodée ! Notre rameuse (ce sont majoritairement des femmes) nous met au boulot au bout de 15 minutes (ben ouais, t’as quand même pas cru qu’elle allait ramer toute seule pendant 2h ?) et malgré la foule et les quelques pagodes en carton (Disneyland je vous dis) disséminées le long du parcours, le paysage vaut vraiment le détour. Pour le coup, je m’y croirais presque dans Indochine !

Après cette balade bucolique, la dernière escale de la journée est le site de Hoa Lu, ancienne capitale impériale des années 1000 (ça date pas d’hier). Il ne reste quasiment rien à part 2 petits temples et une tombe perchée au sommet d’un pic karstique. Là, j’ai pas compté les marches mais elles étaient bien plus raides que le matin et la vue était moins belle. Bon, j’ai quand même eu droit à mon quart d’heure de gloire au milieu de tous les Vietnamiens (et surtout Vietnamiennes… bizarre) qui voulaient me prendre en photo.

Bref, Ninh Binh, ça vaut le coup mais c’est pas la peine d’y passer plus d’une journée. Ce qui tombe bien puisque le soir même, on grimpe dans le train le nuit direction Hué, 500kms plus au sud.

Photos ici.