T’es cap ou Tekapo ?

(Oui, je sais, c’est nul, mais j’ai les neurones englués dans le sucre, c’est pas ma faute…)

Une fois que j’ai englouti mon quintal de chocolat, j’ai roulé (c’est le cas de le dire) avec Ben jusqu’à Moeraki, un petit village de pêcheurs sur la côte quelques kilomètres plus loin. Sur la plage de Moeraki se trouvent des formations rocheuses étonnantes. Enfin, ça, c’est à marée basse. Parce qu’à marée haute, la plage, elle n’est plus là, restent les dunes. Comme le timing ne peut pas toujours être parfait, j’ai bien failli sauter à pieds joints dans la vase. Et puis, comme quelqu’un quelque part avait dû décider que j’avais eu mon quota de bonnes choses pour la journée, il s’est remis à pleuvoir…

Le lendemain matin, après avoir vérifié les horaires des marées et accompagnée par un soleil radieux et un ciel (presque) sans nuage, je suis donc retournée sur la plage. Et là, j’ai compris pourquoi tout le monde se précipite ici. Il s’agit de contempler les restes d’une partie de pétanque dinosauresque. « Alors ? Tu tires ou tu pointes ? » Visiblement, y en a un ou deux qui ont pointé, sauf que la pierre, ça ne rebondit pas, ça se brise. Mais c’est rigolo. On se demande bien pourquoi ces pierres sont toutes rondes, toutes lisses, toutes bizarres à l’intérieur et surtout comment elles sont arrivées ici.

J’ai décidé ensuite d’aller dire au revoir au Mount Cook. Les nuages semblaient loin, j’avais été obligée d’enlever ma polaire sur la plage tellement il faisait chaud, je me suis dit que pour une fois, je verrai les sommets de ces foutues montagnes. Alors j’ai quitté la péninsule d’Otago et après un petit arrêt à Oamaru, capitale du Steampunk (un art étrange qui consiste à fabriquer des machines à remonter le temps ou à autre chose à vapeur) dont le centre-ville abrite les plus beaux bâtiments victoriens de Nouvelle-Zélande (et les plus mauvais croissants), j’ai pris la route des lacs.

La Nouvelle-Zélande, c’est pas si large. Alors dès qu’on tourne le dos à la mer, les montagnes apparaissent. Mais avant de se retrouver le nez dans les virages en épingle, on traverse de grandes plaines, grandes et vides. Apparemment, y a quand même quelques Maoris qui sont passés par là quelques centaines d’années avant et qui ont laissé quelques peintures rupestres mais honnêtement, faut avoir des rayons X à la place des yeux pour apercevoir la moindre trace de quoi que ce soit.

Et puis, soudain, on y est. Après une large courbe, il apparaît. Bleu fluo, immense, encerclé par les montagnes, beau à couper le souffle (comme d’hab), le lac Pukaki. D’ailleurs, ils ont bien prévu le truc. Juste après le virage, y a le Information Center et un parking grand comme 2 terrains de football parce que tout le monde s’arrête pour prendre LA photo. Faut dire qu’après 2 heures de route dans la cambrousse déserte uniquement parsemée de moutons, ça fait un sacré contraste. Et en plus, comme si ça ne suffisait pas, juste en toile de fond, comme si tout ça avait été prévu pour leur servir d’écrin, les neiges du Mount CookPfff… qu’est-ce que c’est bôôôôôô…

Mais moi, tout ça, ça ne me suffit pas. Alors je roule encore quelques kilomètres pour me retrouver devant la seconde merveille du jour, le lac Tekapo. Bon, bah, c’est tout pareil sauf qu’en plus, des arbres jaunes, orange et rouges bordent le lac et que le camping s’étend jusqu’à la rive. Je peux donc contempler le spectacle couchée à l’arrière de Ben. Et quand la nuit tombe, c’est encore plus fantastique. Comme le lac est un des endroits du monde les plus éloignés de toute ville aux alentours, l’endroit est assez réputé pour l’observation des étoiles. Faut dire qu’il en est plein, le ciel, d’étoiles. Plein, plein, plein, archi-plein. Et rien n’est à la bonne place, foutu hémisphère sud ! Bon et puis de toute façon, au bout d’un moment, il fait bien trop froid dehors et bien trop meilleur sous ma couette, alors rideau !

Le lendemain matin, je grimpe sur le Mount John qui surplombe le lac histoire de m’offrir un petit panorama des alentours : le lac Tekapo, toujours de ce bleu qui pique les yeux, la plaine, jaune d’or, et les montagnes dans le fond avec les sommets saupoudrés… pfff… qu’est-ce que c’est bôôôôô…Et je vous parle même pas de la toute petite église du Bon Berger (qui n’a rien à voir avec le Bâton), toute en pierre, posée sur la rive avec une immense baie vitrée pour que tu regardes le paysage pendant que tu fais semblant d’écouter le sermont du dimanche matin (quoi ? tout le monde sait que tu fais semblant d’écouter !)…

Malheureusement, c’est bientôt la fin de toute cette beauté. Il est grand temps de se retrouver la civilisation et de se diriger vers Christchurch parce que dans 48 heures, je fais le grand saut… Est-ce que l’avion tombe dans le vide quand il arrive au bout du planisphère ?

Photos ici.

Chausser les crampons

Evidemment qu’il ne s’agit pas de football. Vous m’imaginez, moi, courant derrière une ba-balle avec 21 autres types en short ? Beckham a beau avoir quelques arguments, faudrait vraiment que ce voyage m’ait retourné le cerveau…

Malheureusement, il ne s’agit pas non plus de rugby. Ça serait pourtant de bon ton et je ne désespère pas d’assister fortuitement à une partie de jeu de massacre mais pour l’heure, il n’en est point question.

Non… c’est tout aussi sportif et ça peut aussi être fort dangereux, aujourd’hui, je pars à l’assaut du Fox Glacier et pour ça, je me greffe une paire de crampons parce que la glace… ça glisse.

Je dois vous avouer que ce matin, quand le réveil a sonné et que ça faisait déjà plus d’une heure que j’étais réveillée à cause du plic-ploc incessant au-dessus de ma tête, j’étais pas hyper motivée à l’idée d’aller passer la journée dans le froid et la pluie à crapahuter sur des glaçons géants en prenant le risque de tomber dans une crevasse. Non, j’étais pas emballée.

Mais Internet est un outil fantastique. Non seulement tu peux réserver ton excursion à l’avance mais en plus, tu la payes à l’avance donc tu te dis que y a pas moyen de pas y aller, t’as quand même donné 165NZ$ à un guide, va falloir sortir de Ben pour aller faire sa connaissance. Et puis la vie n’est pas si injuste, il arrête de pleuvoir. Juste le temps de s’habiller, de prendre son petit-déj et de se brosser les dents. Mais bon, maintenant que t’es prête, tu vas pas te recoucher.

Chez Fox Guiding, ils ont tout prévu. Tu peux arriver en short et en tongs, ils te filent le pantalon anti-pluie, la polaire, les gants, les chaussettes, les chaussures de rando, la veste et les crampons. Moi, je ne suis pas une assistée, j’avais juste besoin du pantalon anti-pluie et des crampons. On est une petite vingtaine à s’infliger l’ascension du glacier ce matin (enfin l’ascension… une partie de l’ascension, hein, ne vous méprenez pas, Frison-Roche n’est pas de la partie non plus…). Alors le temps d’équiper tout le monde et de nous expliquer comment va se dérouler la journée, la pluie s’arrête à nouveau. Vous voyez que ça va bien se passer !

Tout le monde grimpe donc dans le bus qui nous dépose 2kms plus loin au parking d’accès au glacier. Après une « marche d’approche » de 30 minutes dans la vallée glaciaire (en « U », c’est comme ça qu’on sait que c’est une vallée glaciaire et pas une vallée creusée par une rivière qui serait en « V », elle), on aperçoit enfin la langue du glacier. Et là, c’est autre chose que le Franz Josef ! C’est grand, c’est haut, c’est plein de crevasses et les gens qui sont dessus ont l’air tout petits dis donc… Alors certes, le ciel est gris, le vent rafraîchit bien l’atmosphère mais hauts-les-cœurs ! on enfile ses crampons et on s’élance sur le monstre…

Au début, on n’est pas très confiants, on dirait une couvée de pingouins qui batifole sur la banquise. Mais au bout d’un moment, ça s’organise et même si les guides passent leur temps à nous hurler dessus « Marchez DERRIERE moi ! », on s’en sort pas trop mal. Le problème, à partir du moment où tu es en groupe, c’est que les premiers doivent toujours attendre les derniers. Et pendant que tu attends, tu ne grimpes pas sur ce foutu glacier et surtout, tu te refroidis. Mais quand même, ça reste impressionnant de gambader sur toute cette glace en mouvement (on entendra un ou deux craquements suspects et quelques éboulis de pierres sur les falaises autour mais rien de sérieux). Et quand on passe à côté de ceux qui ont pris l’option « piolets et escalade », on se laisserait bien tenter… Une prochaine fois ! En attendant, on redescend en prenant bien soin de ne pas s’emmêler les crampons.

Et là, parce que le monde est finalement ridiculement petit, je tombe sur… Tête de Chat ! Himself ! Tête de Chat, c’est un de ceux qui m’ont fait dire « Mais au fait… et si je faisais le tour du monde ? ». Alors se croiser là, au détour d’un petit sentier, c’est une drôle de surprise. Sauf que moi, le bus qui nous ramène en ville m’attend et eux, ils vont voir le glacier. Alors on se donne rendez-vous dans 2 jours à Queenstown et on se dit « A+ ». J’en reviens toujours pas d’être tombée sur eux…

C’est la fin de l’après-midi et le ciel semble s’éclaircir. Avant qu’il fasse nuit, je décide donc d’aller faire un tour au Lake Matheson, à quelques kilomètres de là, fameux pour son effet miroir et le panorama fabuleux sur les deux sommets les plus haut perchés du pays : le Mount Tasman (3498m) et le Mount Cook (3755m). Et là… j’ai droit à 10 minutes montre en main de ciel bleu et les nuages s’écartent juste assez pour me laisser le temps de faire 3 photos de ce paysage grandiose et pof ! toute cette beauté disparaît à nouveau dans la purée de pois. J’ai même droit à quelques gouttes de pluie sur le chemin du retour. Bah… j’avais failli oublier comment ça faisait quand le soleil brille et que le ciel est bleu ! Parce que c’est vrai que le décor est assez fantastique mais quand en plus, on a les sommets enneigés derrière et le ciel bleu, c’est juste… wow ! fabuleux…

Alors même si encore une fois, j’ai été obligée de me calfeutrer dans le ventre de Ben après le dîner (parce que regarder les étoiles, ça, non, il n’en n’est pas question), c’était une belle journée. Vraiment.

Photos ici.