AL & the city

NDLR : Comme chacun sait, j’écris maintenant un près de 2 mois de retard… Non, je n’en suis pas fière et non, je n’ai aucune excuse. La faute au temps qui passe et qui ne revient pas sans doute…

Je suis donc New Yorkaise. Je veux dire, pour une fois, je peux dire « J’habite ici ». Pour de vrai. My current address est à Manhattan. Et rien que ça, ça suffit à me plaquer un sourire sur les lèvres quand j’ouvre les yeux. Même quand c’est à 2h du mat alors qu’une ambulance vient de passer devant ma fenêtre, en trombe et toutes sirènes dehors.

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Je ne prends plus de plan quand je sors, je sais maintenant repérer au premier coup d’œil où est le nord, le sud, l’est et l’ouest (le minimum vital quand vous voulez un tant soit peu vous orienter dans cette ville) et j’ai ce qu’on pourrait appeler une relation suivie avec le marchand de bagels au coin de ma rue. Et rien ne saurait me rendre plus heureuse.

Ca fait donc 5 semaines que j’arpente les trottoirs du paradis. Oui, pas la peine de faire semblant. Ici, c’est le paradis. There’s no place like New York City. Et sur mon échelle des villes qui déchirent leurs races (non Maman, ce n’est qu’une façon de parler, mon niveau de langage n’a rien de scandaleux, la langue française est riche et il faut en explorer les infinies possibilités), celle-ci est de loin celle pour laquelle je vendrais ma mère justement (… non Maman, c’est toujours une façon de parler, j’ai pas mis d’annonce sur Le Bon Coin…).

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Alors qu’est-ce que j’y fais ? Parce que c’est pas comme si c’était la première fois que s’étalaient sous mes yeux ces files ininterrompues de taxis jaunes qui font jaillir des gerbes d’eau à chaque virage, ces buildings qui lancent vers le ciel leurs pointes conquérantes, ces néons clignotants qui illuminent si fort Times Square qu’on ne sait plus s’il fait jour ou s’il fait nuit, ces trottoirs gris où des milliers de gens se croisent en se frôlant à peine de jour comme de nuit également et ce ciel au bleu si particulier comme si ici, tout était légèrement plus intense qu’ailleurs.

Et bah… pas grand-chose en fait.

Déjà, pour la première fois depuis 14 mois, je n’ai plus à penser à « la prochaine étape ». La prochaine étape, ça fait un moment qu’elle est définie et sincèrement, mieux vaut ne pas trop y penser.

Pour la première fois depuis 14 mois, j’ai MA salle de bain. Où je peux laisser ma brosse à dents sur le rebord du lavabo, mon shampoing dans la douche et mon pyjama traîner par terre sans craindre ni disparition ni rapatriement sanitaire.

Pour la première fois depuis 14 mois, j’ai une boîte aux lettres. Et j’y reçois du courrier.

Pour la première fois depuis 14 mois, je suis en terre connue. Et ça change tout.

D’abord je retrouve mes petites adresses. Le meilleur bagel, le meilleur cookie, le meilleur burger, la meilleure pizza, la meilleure crack pie… Si, je crois qu’ils mettent vraiment du crack dedans vu le niveau addictif de cette petite cochonnerie…

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Que celui qui dit qu’on ne mange pas bien dans cette ville déguerpisse loin de ces pages ! Rien ne vaut un festin de canard laqué pékinois mais quand même ! C’est bien simple, je pourrai passer la journée à manger en flânant d’un bout à l’autre de Manhattan. Il n’y a qu’ici qu’on trouve du dhal aussi épicé qu’à Delhi, des xiao-long-bao aussi savoureux qu’à Shanghai, des tempuras aussi légers qu’à Tokyo, des laksas aussi parfumés qu’à Kuala Lumpur, des chicharrones aussi croustillants qu’à Lima et des croissants au beurre. En cherchant bien, je suis même sûre qu’on peut trouver des petites brochettes d’hippocampe. Osez me dire que votre estomac a jamais été plus à la fête ailleurs…

Une fois que j’ai englouti 6000 calories, faut bien se bouger un peu. Et j’ai beau avoir acheté une Metrocard et connaître les gros rats qui peuplent les couloirs du métro par leurs prénoms, c’est bien en usant mes semelles sur les trottoirs et en sautillant élégamment par-dessus les flaques que je me sens encore plus from the city.

Alors je marche. Au nord, au sud, à Brooklyn, à Williamsburg, à Staten Island, le nez en l’air, les mains enfoncées dans les poches et un bonnet vissé sur la tête. Ah oui. Parce qu’il fait froid hein, quand même… Mais loin de moi l’idée de me plaindre ! (Et puis, c’est franchement pas le genre de la maison, hein ? Tout le monde en conviendra…) Honnêtement, qu’y a-t-il de mieux qu’une belle journée d’hiver avec le froid qui vous mord les joues, le ciel bleu perçant, le soleil qui vous fait plisser les yeux et les écureuils de Central Park qui se courent après dans les feuilles mortes ? Je vous le dis, rien.

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Alors bien sûr, le temps de quelques jours, j’ai rejoué à la touriste avec mon père qui est venu découvrir la Grosse Pomme et son trognon pourri. Oui, parfois, la ville est moche. Mais d’un moche joli. Touchant. C’est difficile à expliquer. Et chacun perçoit la ville à sa manière, chacun y voit des choses différentes, certains en tombent amoureux, certains y sont déçus mais personne n’y reste indifférent.

Et puis le reste du temps, j’ai juste respiré, j’ai essayé de me fondre dans ces avenues interminables, ces groupes d’étudiants autour de Columbia, ces épiceries à chaque coin de rue, ces Upper East Siders qui promènent leurs chihuahuas dans des poussettes, ces enfants qui courent à perdre haleine sur les pelouses de Central Park, ces innombrables immigrés qui font résonner autant de langues dans le capharnaum urbain, ces touristes qui hésitent sur la direction à prendre, un guide à la main, ces types grimpés sur des échelles en train de rendre la ville encore plus jolie, les annonces incompréhensibles des conducteurs de métro, cet art et cette manière de boire son café en marchant sans se brûler, ces bavardages avec la fille qui vous fait une manucure, ces ballons qui flottent dans les airs pour Thanksgiving, ces écureuils qui viennent quémander des miettes de cookies à Madison Square, ces parfums, ces odeurs qui vous transportent ou vous prennent à la gorge quand on s’y attend le moins, ces sirènes qui hurlent à tout bout de champ, ces flics dans leurs grosses voitures qui se garent en double file pour aller chercher des donuts, ces marchés de Noël où on vous fait goûter du chocolat « à ne surtout pas croquer », ces homeless qui ont le regard aussi triste qu’ailleurs et qu’on évite soigneusement de regarder dans les yeux justement, la musique, les rires, les pleurs, les cris, les klaxons, le Christmas Tree qui scintille, les feuilles mortes dans lesquelles je danse et le thé que je bois à petites gorgées en regardant le monde depuis ma fenêtre…

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Bref, j’ai marché, je me suis perdue, retrouvée, J’ai absorbé la ville par tous les pores de ma peau et j’ai réalisé que non, je n’avais pas une chance extraordinaire. J’ai fait des choix. Des choix qui me rendent heureuse, vivante, légère, enthousiaste, confiante, optimiste, déterminée.

Je ne sais pas de quoi demain sera fait (alors là… pas la moindre idée !) ni où mon chemin continue mais une chose est sûre, New York… c’est chez moi.

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Photos ici.

J’suis reviendue à Montréal !

… dans un grand boeing bleu de mer…

(j’ai jamais bien compris cette histoire du boieng bleu de mer…)

Il a donc fallu que je fasse mes adieux à Flipper. Et avant même de m’en rendre compte, je me suis retrouvée sur le bord d’un trottoir de Brooklyn, tous mes sacs à mes pieds alignés en rang d’oignon, à regarder mon fidèle compagnon s’éloigner dans le hustle bustle des taxis jaunes…

Et j’y suis. New York. La dernière étape. Le temps de héler un taxi justement et de slalomer à mon tour entre les voitures, les joggeurs et le Brooklyn Bridge et me voilà « à la maison ». La maison, pour les 6 prochaines semaines, c’est un très joli studio dans le Lower East Side. Avec une vraie salle de bain rien que pour moi où tu peux te laver tous les jours et même 2 fois si ça te fait plaisir, une vraie cuisine où tu peux faire cuire des pâtes ET des saucisses en même temps (c’est dingue…) et 40m² pour laisser traîner l’intégralité du contenu de mon sac. Avec en prime un petit shop qui vend de délicieux bagels au bout de la rue et un café où tu trouves des eggs benedict qui tuent un peu plus loin… je suis à 2 doigts de me croire au paradis !

Mais avant de pouvoir s’installer vraiment et retrouver les joies simples de la vie sédentaire, il reste à régler le problème de mon visa. C’est que je n’ai plus que 2 jours avant de devenir officiellement une sans-papiers. Et bien que mon sens de l’amusement me dit que ça doit bien être le fun de se frotter aux agents de l’immigration américaine pour se faire jeter dans le premier avion direction Paris, je ne suis pas encore prête à retrouver l’odeur du camembert… Me revoilà donc à me traîner dans les rues de Manhattan avec mes sacs sur le dos. Cette fois, c’est direction la gare routière et un aller-retour express au Canada pour obtenir mon précieux sésame. Bien obligée d’emporter tout mon barda au cas où le retour ne se passerait pas exactement comme prévu. Quand je disais que je reviendrais à Montréal, je pensais pas que ça serait si rapidement…

C’est donc parti pour 7 heures de bus aller, 8 heures sur place et 7 heures de bus retour… Et clairement, une bonne petite dose d’angoisse parce que franchement, y a aucune raison que cette fois, j’obtienne le visa que je me suis déjà vue refuser 2 fois. Et d’ailleurs, ça loupe pas. Quand j’arrive devant le douanier avec mon grand sourire et mon petit passeport, il commence à froncer le sourcil. Et quand il me demande quand est-ce que j’étais aux Etats-Unis pour la dernière fois et que je réponds hier… là, j’ai carrément droit à une belle grimace. Et vas-y que j’appelle le chef et que je commence à tournicoter le passeport dans tous les sens et que ça fait des messes basses en me pointant du doigt… Bon, finalement, le chef vient me voir, m’explique que oui, bah, je suis bien gentille mais le visa de tourisme c’est 90 jours, je suis arrivée au bout et maintenant, faut que je retourne en France. Alors là, je commence à faire monter les larmes, je dis que je comprends pas, qu’un autre douanier m’a dit qu’il y aurait pas de problème, je jure de monter dans l’avion pour Paris mi-décembre et je leur agite frénétiquement le billet sous le nez pour me donner un peu de contenance. Et vas-y que ça re-chuchote en me regardant en coin, ça prend un air d’abord circonspect puis indulgent et finalement… alléluia ! d’un bon coup de tampon bien sonore, je suis à nouveau autorisée à entrer sur le territoire américain. Avec un long et gros sermon sur le fait que puisque je savais que j’allais rester plus de 3 mois, j’aurais dû demander un autre visa et même un avertissement pour pas que j’oublie de monter dans l’avion comme juré précédemment mais c’est bon ! Je vais pouvoir aller faire mon jogging dans Central Park et le long de l’East River, m’empiffrer de cookies chez Bouchon Bakery, faire des pirouettes sur la patinoire du Rockefeller Center, enchaîner les aller-retours sur le ferry de Staten Island, savourer mon Chai Latte dans mon gobelet Starbucks, essayer de surprendre les écureuils à Union Square, lécher les vitrines le long de la 5ème avenue et saluer l’Empire State comme si on était de vieux potes. Et tout ça pendant 6 semaines. En-fin !

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Photos ici.

Start spreading the news…

Ce matin, je me réveille une dernière fois au son matinal des promeneurs de chiens qui passent sur le trottoir à quelques centimètres de ma tête. Mais ce matin, c’est un peu spécial : dans quelques heures, ce sera le moment de faire mes adieux à Flipper. Après plus de 2 mois de bons et loyaux services, de longues journées dans des régions les plus variées et de nuits dans des endroits les plus insolites, notre aventure commune s’achève. Je sais pas pour lui, mais moi, ça me fait des papillons dans le ventre…

Mais avant de laisser Flipper nager vers de nouveaux horizons, je lui offre un grand ménage et surtout, je remballe tout mon barda. C’est qu’en 2 mois, on s’étale ! Et une fois tout empaqueté, je réalise qu’il y a un problème : je suis montée dans Flipper avec 3 sacs et je vais en redescendre avec 5… Mais bon, dans la vie, c’est bien connu, y a que des solutions et puis j’ai pas vraiment le temps de m’appesantir sur la multiplication des p’tits pains. Il nous reste quelques kilomètres à parcourir avant d’atteindre notre dernière étape… Manhattan.

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Et d’ailleurs, la voilà. Au détour d’un virage, alors que je n’avais pas la moindre idée de l’endroit où on était, tout à coup, à l’horizon se dessine ma skyline. Oui, c’est la mienne. Et cette vision annonce subitement quelque chose que je voyais se profiler depuis un moment déjà sans vraiment en prendre conscience : c’est la fin. La fin de ce road-trip de dingue et de ces milliers de miles de bitume avalés jour après jour mais aussi la fin de ce voyage. De tout ce voyage. Parce que New York, même si je vais y rester un petit moment, c’est la dernière étape. Le point final. De là, il ne me restera plus qu’à rentrer à Paris et la boucle sera bouclée. Et ça aussi, ça me rend tout chose… Mais comme on est pas du genre à se laisser abattre Flipper et moi, on tourne le son de l’auto-radio à fond, on se prend pour Franck Sinatra et on se met à hurler à tue-tête (enfin moi surtout)…

Start spreading the news…

I’m leaving today…

I want to be a part of it…

New York, New Yooooooork !

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