Samedi à Lubum

Au petit matin, je suis réveillée par la télé qui crache déjà à plein tube le prêche d’un prédicateur quelconque. Ici, il y a une église différente à chaque coin de rue : baptiste, évangéliste, pentecôtiste, … y en a pour tous les goûts ! Mais au cas où vraiment, t’aurais trop la flemme de sortir de chez toi pour te traîner jusque là, tu peux toujours allumer la télé. Et comme y a pas d’heure pour les braves, ça commence à « gueuler » dès 6h du matin…

En temps normal, ça pourrait me mettre de vilaine humeur (Dieu sait si pourtant, j’ai un caractère facile…) mais là, je sais pas si c’est le soleil qui joue dans les rideaux ou le fait d’avoir fait une nuit complète dans un vrai lit ou encore l’idée d’être en Afrique, je sautillerais presque hors de mon lit ! Presque. Parce qu’avant de poser le pied sur mes tongs, je vérifie scrupuleusement qu’aucun intrus ne s’y est endormi. Cafards géants, araignées monstrueuses, le coin ne manque pas de bestioles délicieuses…

C’est un grand et beau week-end qui s’annonce. Au programme, « glandouille », essayer de trouver une carte SIM pour mon téléphone et… se laisser vivre. E. et O. partent pour Malemba ce matin mais moi, je n’ai rien à faire. Je suis seule à la maison. F. est partie au bureau finir de préparer les 400kg de fret qui doivent monter dans l’avion pour Malemba et E. et O. l’ont rejoint peu après. Je commence donc par une séance lecture à l’ombre sur la terrasse en sirotant une grande tasse de thé. Ça faisait un million d’années que je n’avais pas fait ça ! Et je savoure…

Vers 11h, je demande une voiture pour m’emmener en ville acheter une carte de téléphone. La voiture arrive, je monte dedans mais en bouclant ma ceinture je m’aperçois que la voiture est pleine à craquer. En fait, on ne va pas du tout en ville, on va au bureau. E. et O. sont encore là. En fait, c’est l’heure du départ et tout le monde s’affaire autour des jeeps, des cartons sont entassés partout… du coup, les voitures ne sont pas dispo. Tant pis pour ma carte, ça attendra. J’arrive quand même à me connecter au wifi du bureau pour informer le monde que je n’ai pas encore disparue dans la brousse et je rentre à la maison à pieds avec F. après avoir souhaité un bon voyage à mes 2 nouveaux copains que je ne reverrai que dans quelques jours. Il n’est pas encore midi et le soleil tape.

On traîne un peu à la maison, on mange un morceau, on papote puis on décide d’aller faire un tour à la Halle de l’Etoile où sont installés des marchands de babioles kenyanes. N., le coordinateur logistique qu’on a aperçu le matin, nous a conseillé d’aller y jeter un coup d’œil. Mais un coup d’œil, c’est vraiment tout ce qu’il y a à y faire. En fait, il y  a une douzaine de vendeuses entassées dans une toute petite salle au milieu d’un fatras de robes, bijoux, savons et poudres de perlimpimpin diverses… Rien qui vaille de faire chauffer sa carte bleue pour autant. Du coup, on décide d’aller faire du shopping chez Carrefour. Mais c’est pas Carrefour comme chez nous. C’est bien un supermarché, ça s’appelle bien Carrefour mais on se croirait plutôt dans un Lidl en ex-URSS… Les rayons offrent un échantillonnage de produits français, allemands, arabes, … rarement plus de 2 ou 3 choix par produit. Et certains à des prix exorbitants : la plaquette de beurre est à plus de 17 000 francs congolais soit près de 19 dollars ! Malgré tout, une fois par mois, F. s’achète quelques « produits de luxe »… faut dire qu’elle est censée rester à Lubumbashi pendant presqu’un an alors y a une limite au camping. Pour cette fois ce sera un petit flacon de sels de bain, 3 barres chocolatées et de l’extrait de fleur d’oranger… youhou ! Au moment de passer à la caisse, c’est tout un poème : il y a le gars qui scanne les articles (dont pas un ne passe au prix indiqué dans les rayons, c’est à se demander pourquoi on se fatigue à afficher les prix…), celui qui les met dans les sacs plastiques (qu’il faut systématiquement doubler parce qu’ils sont faits en peau de fesse de singe) et celui qui vérifie ensuite que tout ce qui est sur ton ticket de caisse est bien présent dans ton sac (lui, j’ai toujours pas compris à quoi il servait…).

Une fois notre virée shopping terminée, F. m’emmène boire un café glacé avec une de ses amies, A., espagnole, qui travaille pour l’Unicef. Chaque restaurant, chaque bar est dissimulé derrière de hauts murs. Tu as beau être en terrasse, tu ne vois pas ce qu’il se passe dans la rue. Pourtant, il n’y a aucune consigne particulière de sécurité à Lubumbashi. La ville est calme, plutôt sûre, ce déploiement de barbelés, de portails en tôle et de gardiens me laisse perplexe…

On discute de tout et de rien, des gens qui arrivent et qui partent de Lubum, d’untel qui est parti en mission à tel endroit, d’un autre qui revient de plusieurs jours en brousse ou encore d’un autre qui fête son départ le samedi suivant. Et à propos de sortie du samedi soir, A. nous dit qu’elle se rend ce soir à l’Assemblée Provinciale car elle a reçu une invitation pour aller écouter un opéra organisé par le consulat de Bulgarie fraîchement installé dans le coin. Elle nous montre l’invitation et F. se rend compte qu’elle aussi a reçu la même. On décide donc d’y aller ensemble. Il y a juste un tout petit détail à régler auparavant. En tout petit au dos du carton d’invitation il y a écrit « tenue de ville exigée ». Pour vous et moi, « tenue de ville » ça veut dire pas de short, pas de tongs, pas de haut de bikini. Et donc je n’aurais eu aucun problème à trouver une « tenue de ville ». Mais ici, « tenue de ville » ça veut dire « tenue de soirée »… et là, clairement, y a un problème. Dans mon sac il n’y a ni robe, ni chaussures à talons (un comble quand on sait combien de paires j’ai réussi à caser dans mon armoire), ni veste, ni rien du tout qui fasse un tant soit peu habillé… Mais pour F., pas de problème ! Elle pense qu’elle peut me prêter quelques affaires et que le tour sera joué. Ça pourrait. Sauf qu’elle fait 20cm de moins et probablement pas loin de 20kg de moins que moi… et que la seule robe dans laquelle je n’ai pas l’air d’un saucisson géant est une longue robe de plage toute molle. Jolie mais de là à dire que c’est une « tenue de ville » au sens congolais du terme… On complète mon déguisement avec une paire de ballerines 3 pointures en dessous de la mienne et je finis officiellement par ne plus ressembler à rien du tout… Le contraste est encore plus saisissant avec F. qui elle, est toute jolie et toute pomponnée. Mais la cerise sur la cupcake c’est à notre descente de jeep devant l’Assemblée Provinciale. Déjà, essaye de sauter élégamment d’une jeep avec une robe de plage dont tu es obligée de tenir remonté le bustier toutes les 12 secondes et des chaussures trop petites… Au mieux, tu ressembles à un crapaud ! Mais va ensuite essayer de remonter le tapis rouge avec le sourire sous les flashs des photographes officiels ambiance Festival de Cannes quand chaque pas t’arrache une larme et que tu penses que ton petit orteil ne te pardonnera jamais cette séance de torture, d’ailleurs, il t’a abandonné depuis déjà 6 mètres… L’expérience aura au moins prouvé une chose : le ridicule ne tue définitivement pas.

Une fois assises dans la salle, nous retrouvons A. et R., qui travaille pour les UN, puis nous voyons arriver des messieurs en costumes 3 pièces qui s’épongent le front, de grandes dames surmontées de chapeaux encore plus grands, tout un tas de Bulgares qui eux, sont en tenue de ville au sens européen du terme et qui n’ont pas l’air de s’en porter plus mal (c’est le moment où mes pieds rejettent de façon violente et définitive de rester comprimés plus longtemps et où je dégaine de mon sac à mains la paire de tongs que j’y avais habilement dissimulée…) et tout un tas de gens qui ont l’air très important.

Nous sommes venues écouter « les plus célèbres airs d’opéra ». Tout un programme… Mais avant de rentrer dans le vif du sujet, nous avons le droit à plusieurs discours pompeux et fort longs, récités dans des micros réglés bien trop fort et sous les feux de projecteurs bien trop multicolores. Puis la chorale entre enfin en scène. On nous demande de rester debout pendant qu’ils entonnent l’Hymne à la Joie. Le son est très fort, le vibrato démesurément exagéré, les airs s’enchaînent parfois accompagnés de mises en scène théâtrales et délirantes, les micros fonctionnent de façon aléatoire, un fumigène est subitement actionné, les techniciens montent sur scène pendant que les chanteurs s’égosillent, la régie son et lumière parle à voix haute dans mon dos, les compositeurs doivent se retourner dans leurs tombes, le Toreador est massacré mais l’enthousiasme est réellement perceptible et touchant. Après une heure d’acrobaties vocales, les choristes font encore le show devant la salle juste pour le plaisir pendant qu’on grignote 2 morceaux de pain à l’ail et 3 samossas froids. Une soirée mémorable…

Pour finir en beauté, nous décidons d’aller boire un verre. Choisir où aller est aussi compliqué ici que dans tous les pays du monde et on finit par se retrouver sur les banquettes du même café que celui où nous étions plus tôt dans la journée. L’heure pour moi de goûter à la Simba, la bière du Katanga. Et de découvrir que la Simba, c’est pas pour les fillettes. Certes, ça n’est pas à plus de 5° mais la bouteille fait 73cl… Et du coup, les langues se délient. Et visiblement la vie sentimentale des expatriés de Lubumbashi n’a rien à envier aux Feux de l’Amour !!

Finalement, la vie ici ressemble à la vie d’ « expat » ailleurs : pas tellement de contact avec les locaux en dehors du boulot, chauffeurs à disposition 24h/24, restos de cuisine toujours étrangère… j’ai hâte de me retrouver dans la brousse !

Mon voisin Totoronto

Pour ne rien changer à notre méthode qui gagne, Flipper et moi, on a décidé d’établir notre camp de base autour d’une station de métro. Un peu éloignée du centre-ville, certes, mais avec une connexion internet gratuite un Starbucks, un nail spa et des trottoirs pour se garer partout. Seulement, ici, faut être drôlement vigilant. Parce que tu peux te garer partout mais pas tout le temps. Pour t’expliquer ça, y a des petits panneaux comme ça.

Ah ouais… quand même ! Petite explication de texte : ici, à gauche du poteau, si tu fais une livraison, tu ne peux pas te garer entre 7h et 14h et de 14h à 7h, tu peux mais seulement 5 minutes. Si tu es un conducteur lambda, tu n’as pas le droit de te garer de 2h à 7h (typiquement, si tu penses passer la nuit là, c’est mort). Et à droite du poteau, t’as pas le droit de te garer du tout. Jamais. Et croyez-moi, y en a qui sont encore plus compliqués. Soyons honnêtes, ça nécessite un certain temps de réflexion avant que t’enclenches ta marche arrière pour faire ton créneau.

Malgré tout, je finis par nous dégoter une petite place d’où l’on ne risque pas de me faire dégager en plein milieu de la nuit et je m’endors.

Le lendemain matin, je me réveille en sursaut. Les freins d’un bus viennent de hurler à 30cms de mes oreilles. Tout va bien, tout est normal, le bus s’arrête juste au feu rouge à côté. Après avoir avalé un grande chai latte (ma nouvelle drogue), je laisse Flipper le long d’un autre trottoir où il ne risque rien et je pars à l’assaut de la ville.

Pourtant, il fait pas un temps à se balader le nez en l’air : il fait gris, il fait froid, y a du vent et la pluie ne tarde pas être de la partie. Et pas un petit crachin breton… non, non, une bonne grosse pluie de mousson, de celles qui t’obligent à rester sous un hall d’immeuble pendant que la gardienne te jette des regards en coin. Du coup, je fais ce que je sais faire de mieux : je me réfugie au marché et je teste les spécialités locales.

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Une fois la mousson passée (bah oui, comme toute mousson, ça ne dure pas toute la journée), j’ai repris ma balade et j’ai déambulé dans les ruelles du Distillerie District, une immeeeeense brasserie reconvertie en boutiques bobos et restos branchés et comme les nuages ont même laissé passer un petit rayon de soleil, j’ai grimpé en haut de la CN Tower pour aller voir à quoi tout ça ressemblait vu d’en haut.

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Et après la vue d’en haut, j’ai pris le ferry pour les Toronto Islands. Oui, y a des petites îles sur le lac Ontario, ça s’appelle les Toronto Islands. En été, c’est sympa, tu peux louer un vélo et en plus, c’est tout plat. En hiver, ou en automne plutôt, bah… y a franchement pas grand-chose à y faire. Mais peu importe puisque moi, je ne suis pas même descendue du ferry (je ne suis même pas sûre d’avoir tourné la tête côté Islands), je n’étais là que pour la vue. Celle-là.

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Après un beau coucher de soleil comme seuls les ciels nuageux savent en donner, j’ai fini cette journée en beauté et en musique en allant à l’opéra. Avec ma veste bleu fluo et mes gros godillots, j’avais un style certain au milieu des robes de soirée et souliers vernis…

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Le lendemain matin, j’ai commencé par me rendre au centre administratif. Parce qu’avec tous ces panneaux, j’ai bien fini par me faire avoir et j’avais une amende à payer…

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Et puis les contrariétés, ça donne faim alors je suis allée avaler une assiette entière de raviolis chinois puis un plateau de fromages… Parce que c’est ça qui est bien quand on est dans un pays à moitié francophone, on peut manger de la fourme d’Ambert sans passer pour la dernière des barbares. Et juste avant que mon estomac n’explose, j’ai encore réussi à y caser un petit cannelé…

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A petits pas (c’était ça ou rouler d’un trottoir à l’autre), je suis ensuite allée visiter le Parlement de l’Ontario (puisque Toronto est la capitale de l’Ontario) où tout fonctionne à peu près comme aux Etats-Unis et où quand tu veux aller au bureau 187, on te dit d’aller demander au bureau 186…

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Et puis, ça ne pouvait pas durer éternellement alors la mousson est revenue. J’en ai profité pour me réfugier au Bata Shoe Museum (oui, du nom de la marque de chaussures, c’est on ne peut plus approprié). J’y ai admiré des paires de pompes de tous âges et de tous styles et même des que je pensais même pas que ça pouvait exister.

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Oui madame ! Des chaussons pour vaches ! Parce que les vaches, c’est bien connu, ça n’aime pas avoir les pieds mouillés…

Et comme décidément la mousson ne voulait pas s’arrêter, j’ai fini par aller retrouver Flipper.

Et le lendemain matin, je me suis encore réveillée en sursaut. A cause d’un chasse-neige. Enfin plutôt à cause du bip-bip que fait le chasse-neige. Et puis, j’ai réalisé que vu qu’il n’y avait pas de neige, ça ne pouvait pas être un chasse-neige. Non, non, c’était… la remorqueuse qui était en train d’enlever Flipper !! Pas le temps de réfléchir, je saute dans mes chaussures et je descends sur le trottoir.

– Euh… bonjour Monsieur. Qu’est-ce que vous faites là exactement ?
– Ah bah là ma p’tite dame, j’enlève ce van qui est garé là où il ne devrait pas.
– Non mais c’est mon van, je vais le déplacer, pas la peine de vous donner tout ce mal.
– Bah allez voir avec la dame là-bas, c’est elle qui décide.

La dame là-bas, c’est la police…

– Euh… bonjour Madame. C’est mon van là. Je vais le déplacer, pas de problème vous savez.
– Ah bon ? Ah, bah… OK alors. Mais vous gardez quand même l’amende parce que vous ne deviez pas être garée là.
– Oui, oui. Pas de problème. Désolée…

Et là, je lève le nez et dans la foultitude de panneaux où on ne comprend rien, y en a un qui dit que le vendredi matin, faut pas se garer entre 7h et 9h. On est vendredi et il est 7h23…

Le remorqueur enlève les fers de Flipper et on s’enfuit. Pfiou ! On n’est pas passés loin ! Pour un peu, je me réveillais en train de rouler à l’arrière de la remorqueuse. T’imagines la tête du gars à la fourrière quand il m’aurait vu sortir du van…

En attendant, je suis fort contrariée, je dois retourner payer mon amende et ce coup-ci, je suis bonne pour 60 dollars… Mais bon, c’est toujours moins pire que de se retrouver à la fourrière ! Alors à l’ouverture du centre administratif, je suis déjà devant la porte. Et là, le miracle se produit. Madame la policière n’a pas encore transmis l’amende que je dois payer alors elle est purement et simplement annulée… Hourrah !

Du coup, c’est de fort bonne humeur que je reprends la route. Et oui, Toronto, c’est fini, direction Ottawa maintenant.

Photos ici.

Sydney, « comme à la maison »

(Oui, je sais, c’est n’importe quoi ce blog, depuis 1 mois j’ai pris un retard pas croyable, promis, ça va s’arranger… je sais pas quand, mais ça va s’arranger…)

Naaaan, je rigole, c’est pas vraiment « comme à la maison ».

D’abord, y a des vieux qui dorment dans ma chambre et puis les gens sont sympas. Tout le contraire des Parisiens, c’est bien connu.

Mais pour autant, Sydney, ça a quand même un petit côté « comme à la maison ».

Bon alors pas en ce qui concerne l’hôtel, hein, bien sûr… J’ai passé 6 mois à déjouer les arnaques des plus vicieux chauffeurs de tuk-tuk et là, je me fais avoir au premier nom d’hôtel pas assez copyrighté… Du coup, je me retrouve dans une espèce de pension pour retraités désargentés et déprimés. Bonjour l’ambiance…

Mais de toute façon, je suis pas là pour étudier la décoration du papier-peint, je suis là pour me remplir les yeux. On pourrait dire aussi pour me vider le portefeuille mais ça, c’est une autre histoire…Non, d’ailleurs à ce sujet, crevons l’abcès tout de suite.

Après un vol de nuit pendant lequel j’ai eu la bonne idée de ne pas dormir (quoi ? y avait James Bond à la télé !), j’ai donc poireauté à la douane, fait mettre un millième tampon sur mon passeport et récupéré mon barda. Comme d’habitude, je suis hyper bien organisée, je sais exactement quelle ligne de métro je dois prendre pour arriver jusqu’à ma douche salvatrice, c’est donc d’un pas franc et assuré que je me dirige vers le ticket office pour prendre mon billet. « Hi ! How are you today ? » (aaaah ! qu’est-ce qu’ils sont sympas ces Australiens…) « 17 dollars s’il vous plaît ! » (euh… je retire ce que je viens de dire) IIIIIIIIIRK ! WHAT ? Nan-mé-ô, ça va pas la tête ou quoi ? 17 dollars ? Tu sais combien de familles on peut nourrir avec 17 dollars au Laos ? Tu sais depuis combien de temps j’ai pas sorti 17 dollars en une seule fois de ma poche ? Alors je m’exécute… péniblement… Je me dis qu’à ce prix-là, le métro australien, il doit y avoir des masseuses thaïes dedans. Mais non ! Bon, c’est sûr, c’est pas le RER B (tu sais ? le premier truc que tous nos touristes voient quand ils arrivent à Paris… Paris ! So romantic city…). Mais ça casse pas 3 pattes à un canard non plus… Et comble du comble, j’ai que 5 stations à faire, j’ai même pas l’impression d’en avoir pour mon argent ! Pfff…

Bref, j’arrive dans le centre de Sydney. Je vous passe le moment d’incompréhension totale quand je me suis pointée à la réception de l’hôtel et que la fille ne trouvait pas ma réservation ce qui était bien normal vu que j’avais en fait réservé dans un hôtel qui avait le même nom mais qui se trouvait à 300m de là. Le moment d’agacement total quand la réceptionniste de l’autre hôtel m’annonce du bout des lèvres (oui, elle, c’est l’exception qui confirme la règle, c’est la seule Australienne pas sympa du pays) que le check-in, c’est à partir de midi, que là, il est 9h et que donc, je peux laisser mon sac là mais je dois revenir plus tard… Et le moment de consternation parfait quand je finis par atterrir dans un café les yeux au milieu des joues, que je commande un café (justement) et que la serveuse m’annonce « 4 dollars ! ». Scrogneugneu ! 4 dollars ! C’est de l’Or de Maison du Café, celui-là ou quoi ? Qu’est-ce qu’ils ont tous ce matin ?

Et puis, lentement, je réalise qu’en fait, tout n’est pas extrêmement cher, tout est simplement « comme à la maison »… Sauf que moi, je suis un peu déconnectée, j’ai des repères tout chamboulés et j’ai du mal à me dire que dans ce nouveau monde, le prix du jus de fruits frais est indexé sur le cours de l’or…

Voilà, vous l’aurez compris, on va pas passer la journée là-dessus mais ça fait tout drôle au début.

Reprenons. Après un vrai petit déj comme il ne m’avait pas été permis d’en déguster (oui, c’est le mot) depuis des lustres (œufs délicatement brouillés et toasts parfaitement grillés) et en attendant de pouvoir me noyer sous une douche, je me mets à errer comme une âme en peine déambuler dans les rues de Sydney. Et c’est plutôt joli. De grandes avenues, des bâtiments en pierre, une cathédrale monumentale, des parcs, des promenades et partout, la mer… ou plutôt, l’océan. Et du coup, l’air est… léger. Facile à respirer. Pas noir. D’ailleurs, l’océan est d’un beau bleu profond et le ciel d’un joli bleu ciel. Et le soleil fait briller les bateaux qui se balancent dans les marinas. On s’enflamme pas sur le soleil non plus. Il fait beau mais mon dieu ! qu’est-ce qu’il fait froid ! Et qu’est-ce qu’ils font en t-shirt et en tongs les Australiens ? Ah non, hein. Là, faut mettre un pull. Et une écharpe. C’est qu’il fait 25°C ma bonne dame ! Et ça aussi, j’ai perdu l’habitude… D’ailleurs, ça ne fait pas un pli, je finis la journée avec un rhume… Aaaatcha !

Bon, j’ai quand même fini par prendre une douche puis la fatigue m’a rattrapée sur la pelouse des Royal Botanical Gardens, face à l’opéra. J’ai donc dormi 2 bonnes heures au soleil, à peine dérangée par les milliers de joggeurs qui passaient en petites foulées.

Parce que, dites donc, qu’est-ce qu’il y a comme nouvelles choses à observer ici… Des gens qui courent (beaucoup de gens qui courent, j’en n’ai jamais vu autant ailleurs dans le monde), des gens qui promènent des chiens (non, ici, les chiens n’ont pas la gale, ils ont le poil brillant, bien peigné et des fois, ils ont un petit nœud dedans), des gens tout court. Bah oui. Parce que des gens comme ça, j’en n’ai pas vu depuis longtemps (enfin, pas autant en même temps). D’abord, y a des grands. Je ne mange plus la soupe sur la tête de mes voisins dans le métro. Y a des gros. Des très gros même parfois. Ça, ça n’existait purement et simplement pas en Asie, dans les magasins de fringues, j’avais l’impression d’être un hippopotame. Y a des blonds. Des roux. Des châtains. Des avec des cheveux bouclés. Bref, une diversité capillaire captivante. Des mecs qui vont un peu trop à la gym. Avec des biceps plus gros que les cuisses. Pas toujours très fins et élégants. Et y a des vieux. Je veux dire, des vieux avec des cheveux blancs, les joues qui tombent et des dentiers branlants. Bah je vais vous avouer un truc. L’ethnie à laquelle j’appartiens, les « Blancs », on a les plus moches vieux de la terre… Les vieux Noirs ou les vieux Asiatiques, ils ont beau être tout rabougris, tout fripés, ils gardent une certaine classe. Les nôtres, parfois, ils font peur aux petits enfants.

Mais heureusement, en Australie, il y a une espèce qu’on ne trouve nulle part ailleurs. En Australie, il y a les surfeurs… Tâchons de vous expliquer de quoi il s’agit. Le surfeur a la classe. D’abord parce qu’il sait se tenir debout sur une planche en polystyrène au milieu des vagues et ensuite parce qu’il peut marcher pieds nus dans la rue en combinaison de plongée et ne pas avoir l’air ridicule. Le surfeur a le cheveu plus long que la moyenne (étude menée hier sur un panel testeur de 50 personnes, statistique imparable). Légèrement plus clair aux pointes parce que le surfeur passe beaucoup de temps dans l’eau de mer et sous le soleil, assis sur sa planche à scruter anxieusement l’horizon au cas où se pointerait LA vague de sa vie. Le surfeur est plutôt fin. Parce que hisser son propre poids sur une planche en polystyrène et en mouvement au milieu de l’océan, c’est plus facile quand tu pèses pas 110kgs (et croyez-moi, je sais de quoi je parle…). Et bien sûr, le surfeur est beau. De toute façon, toi t’es sur la plage, de là où t’es, tu ne vois pas son visage, tu peux donc tout à fait te dire qu’il est beau, ça ne gêne personne. Evidemment, tout ceci pour se décliner au féminin si besoin.

Mais le truc rigolo, c’est que des surfeurs, t’en croises pas qu’à la plage. T’en croises dans le métro, leur planche sous le bras, sur le ferry, au supermarché… partout ! Faut dire que c’est un peu le sport national ici. Alors je suis obligée de réviser mes conseils boursiers, adieu Cartier et bienvenue Billabong !

Enfin voilà, je viens donc de passer 4 jours à me balader le nez au vent à travers la jolie Sydney et ses environs. L’opéra bien sûr, le Harbour Bridge évidemment, Bondi et ses surfeurs (Bondaaaaaïï !! En fait, je crois que le type qui a décidé du nom de cette plage était un surfeur japonais qui a hurlé « Bonzaaaaïï ! ». Sauf qu’il était enrhumé. Parfois, l’Histoire se joue à pas grand-chose.), Manly et ses résidences plus que cossues cachées au fond de criques paradisiaques, les Blue Mountains et leur atmosphère imprégnée d’huile d’eucalyptus (c’est ce qui les rend « blue »). J’ai joué avec les mouettes qui essayaient de me voler mon fish & chips à Circular Quay, failli poser le pied sur un dragon à Manly (vous auriez vu le regard qu’il m’a lancé…), caressé des kangourous, des koalas et une espèce de chouette très chouette, pleuré comme une madeleine en écoutant Carmina Burana par le Sydney Symphonic Orchestra (une vraie claque, un moment de toute beauté, des fois, ça fait du bien) et conclu un accord avec un serpent qui pensait qu’on pouvait se trouver lui et moi au même endroit au même moment. Bref, Sydney vient d’entrer en fanfare dans mon top 3 des villes dans lesquelles je pourrais vivre (naaaan, pas de panique, New York est encore devant mais pour une fois, la question s’est vraiment posée). A bon entendeur…

Photos ici (mais je vous préviens, mettez vos lunettes de soleil).