T’as des tongs, tu rentres pas…

 

C’est un fait, j’ai les pieds plats. Déjà qu’avant, ma voûte plantaire n’était pas exactement le trait le plus marqué de mon caractère mais maintenant que ça fait près de 8 mois que je marche en tongs tous les jours que Dieu fait, ça ne s’arrange pas. On pourrait disserter à propos de mes pieds pendant des heures, les connaisseurs savent que le sujet est inépuisable. Heureusement, ça n’est pas le sujet de notre histoire. Non. Le sujet de notre histoire, c’est plutôt ce qu’on met dessous. Des tongs donc. Ou des gougounes si vous vous brossez les dents au sirop d’érable.

Resituons le contexte. Vous vivez depuis plusieurs mois maintenant dans une mégapole africaine. La population y est métissée : Noirs, Blancs, Jaunes, et toutes les couleurs de l’arc en ciel en découlant. La population y est très pauvre. Ou très riche. Ou très entre les deux. Tout le monde a des smartphones mais l’asphalte ne couvre pas les axes secondaires. Tout le monde mange au resto : un steak à 60 dollars ou une boule de manioc à 20 centimes. Y a des chiens, des vaches, des chèvres et des gens qui font les poubelles. Y a des voitures de sport garées devant le Karavia Hotel. Y a de tout, tout le temps, partout. Mais s’il y a une chose qui est constante, c’est la météo. En tout cas, depuis 8 mois, ça ne change pas. Tu te lèves, le ciel est bleu. Tu vas au boulot, le ciel est bleu. Tu rentres déjeuner, le ciel est bleu. Le soleil se couche, le ciel est… flamboyant. J’exagère à peine. Le nombre d’averses se compte sur les doigts d’une main de lépreux. Et puisque la température moyenne flirte avec les 30 degrés, tu te poses pas trop de questions quant à ce que tu vas enfiler avant de sortir de la maison le matin. Ta bonne vieille paire de gougounes bien sûr !!! (NDLR : On va arrêter d’utiliser le mot « gougounes ». J’adore nos amis québécois mais tout de même, c’est ridicule…)

Bon, la conséquence de tout ça, c’est que t’as les pieds plats. Mais tu t’en fous, c’est quand même monstre confortable… Du coup, tes tatanes, tu te les traînes du moment où tu poses un pied hors de ton lit de bon matin jusqu’au moment où, ivre de fatigue ou ivre tout court et normalement une fois que le soleil est couché, tu te crashes sur ton matelas. Tu vis dans ta paire de tongs et tu es un homme heureux.

Du coup, quand le samedi soir on te dit : « Tu viens ? On va traîner à Kamalondo… », tu réponds : « Ouais ! Bien sûr ! », tu sautes dans la voiture et tu repasses pas par chez toi mettre des escarpins (t’façon, tu sais plus marcher en escarpins, ça sert à rien).

Mais la question n’est pas là. La question c’est… mais c’est quoi ça, Kamalondo ? Alors, là, la réponse est très simple : Kamalondo c’est LE quartier de Lubum où on sort. Je veux dire où tout le monde sort. Tout. Le. Monde. Les jeunes, les vieux, les riches, les pauvres… tout le monde. Bon. C’est pas exactement vrai. Tu verras jamais de Chinois à Kamalondo. Et puis, tu vois très très peu de Blancs aussi. Mais c’est bien ça qui fait que Kamalondo est Kamalondo. C’est un dédale de petites rues où s’alignent les petits bars et entre chaque bar, y a des vendeurs de michopos, ces petits morceaux de viande de chèvre marinée, grillée et bien épicée. Alors quand tu viens avec tes potes le samedi soir à Kamalondo, tu te dégotes une table devant un bar, tu ramasses quelques chaises, tu commandes ta bière et tu vas te chercher quelques michopos à grignoter. Puis toi et tes potes, vous passez la soirée à vous regarder dans le blanc des yeux parce que de toute façon, la musique est bien trop forte pour que tu n’entendes ne serait-ce que ton voisin… Une fois que vous avez bu une ou deux bières (je rappelle qu’ici, la bière standard fait 75cl alors 2, c’est déjà bien…), vous décidez généralement d’aller danser. Vous pourriez très bien danser autour voir sur votre table mais vous êtes déjà souls de bière et de rumba congolaise alors vous décidez d’aller dans un club. Et comme vous ne vous refusez rien, vous allez dans le plus classe de la ville. Ça tombe bien, il est dans la rue juste derrière. Ça s’appelle Ngwasuma VIP. Ouais. VIP. Et pour que tu comprennes bien que quand t’es là-dedans, t’es pas n’importe qui, c’est le seul endroit de la ville où on vend des bières de 33cl. Que tu payes 4 fois plus cher que celles que tu as bues une demi-heure plus tôt. Ça pourrait donc s’appeler le Pigeon VIP mais non. C’est Ngwasuma. Comme tu l’as compris, chez Ngwasuma, on ne laisse pas rentrer n’importe qui. Faut préserver la réputation de l’endroit, c’est normal. Et c’est là que se produit le drame… Tu le vois venir, non ? Bah ouais… t’as des tongs… Et chez Ngwasuma, t’as des tongs, tu rentres pas… Oh que non… La première fois, tu crois que c’est un peu une blague. La boîte est à moitié vide, tu vois les serveurs roupiller derrière le bar, tu te dis que si tu négocies avec les videurs (ils sont 2, on sait jamais…) et que tu te fends de ton plus joli sourire, tu vas bien réussir à les convaincre. Et pendant que t’es là à papillonner des cils comme pas permis en chouinant : « Allez… S’il vous plaît… », entre derrière toi un groupe de sapeurs.

Peut-être que tu n’as jamais entendu parler des sapeurs. Les sapeurs, ce sont les rois de la sape. Ceux qui s’habillent non pas pour ne pas déambuler nus comme des vers mais pour en mettre plein la vue. Ils sont clinquants, rutilants, brillants de la tête aux pieds. Et à leurs pieds, justement, tu remarques les chaussures les plus pointues, les plus cirées et les plus extravagantes que la mode ait créées. Toi, dans ton jean qui a maintenant près de 2 tailles de trop, ton t-shirt qui n’a plus de forme et tes tongs  en plastique, bah… t’as presque honte. Tu lèves une dernière fois ton regard implorant sur le videur qui, derrière ses bras croisés ostensiblement sur ses pectoraux démesurés et les yeux cachés derrière ses lunettes de soleil (oui, oui, il fait nuit noire mais un videur n’est pas un videur sans lunettes de soleil) t’assène un tonitruant : « No flip-flops !! » Alors, tes flip-flops et toi, vous tournez lamentablement les talons et vous partez à la recherche de la voiture.

Nan mais tu t’es cru à Cavalaire au Tropicana ou quoi ? Ici, t’as des tongs, tu rentres pas !!

Samedi à Lubum

Au petit matin, je suis réveillée par la télé qui crache déjà à plein tube le prêche d’un prédicateur quelconque. Ici, il y a une église différente à chaque coin de rue : baptiste, évangéliste, pentecôtiste, … y en a pour tous les goûts ! Mais au cas où vraiment, t’aurais trop la flemme de sortir de chez toi pour te traîner jusque là, tu peux toujours allumer la télé. Et comme y a pas d’heure pour les braves, ça commence à « gueuler » dès 6h du matin…

En temps normal, ça pourrait me mettre de vilaine humeur (Dieu sait si pourtant, j’ai un caractère facile…) mais là, je sais pas si c’est le soleil qui joue dans les rideaux ou le fait d’avoir fait une nuit complète dans un vrai lit ou encore l’idée d’être en Afrique, je sautillerais presque hors de mon lit ! Presque. Parce qu’avant de poser le pied sur mes tongs, je vérifie scrupuleusement qu’aucun intrus ne s’y est endormi. Cafards géants, araignées monstrueuses, le coin ne manque pas de bestioles délicieuses…

C’est un grand et beau week-end qui s’annonce. Au programme, « glandouille », essayer de trouver une carte SIM pour mon téléphone et… se laisser vivre. E. et O. partent pour Malemba ce matin mais moi, je n’ai rien à faire. Je suis seule à la maison. F. est partie au bureau finir de préparer les 400kg de fret qui doivent monter dans l’avion pour Malemba et E. et O. l’ont rejoint peu après. Je commence donc par une séance lecture à l’ombre sur la terrasse en sirotant une grande tasse de thé. Ça faisait un million d’années que je n’avais pas fait ça ! Et je savoure…

Vers 11h, je demande une voiture pour m’emmener en ville acheter une carte de téléphone. La voiture arrive, je monte dedans mais en bouclant ma ceinture je m’aperçois que la voiture est pleine à craquer. En fait, on ne va pas du tout en ville, on va au bureau. E. et O. sont encore là. En fait, c’est l’heure du départ et tout le monde s’affaire autour des jeeps, des cartons sont entassés partout… du coup, les voitures ne sont pas dispo. Tant pis pour ma carte, ça attendra. J’arrive quand même à me connecter au wifi du bureau pour informer le monde que je n’ai pas encore disparue dans la brousse et je rentre à la maison à pieds avec F. après avoir souhaité un bon voyage à mes 2 nouveaux copains que je ne reverrai que dans quelques jours. Il n’est pas encore midi et le soleil tape.

On traîne un peu à la maison, on mange un morceau, on papote puis on décide d’aller faire un tour à la Halle de l’Etoile où sont installés des marchands de babioles kenyanes. N., le coordinateur logistique qu’on a aperçu le matin, nous a conseillé d’aller y jeter un coup d’œil. Mais un coup d’œil, c’est vraiment tout ce qu’il y a à y faire. En fait, il y  a une douzaine de vendeuses entassées dans une toute petite salle au milieu d’un fatras de robes, bijoux, savons et poudres de perlimpimpin diverses… Rien qui vaille de faire chauffer sa carte bleue pour autant. Du coup, on décide d’aller faire du shopping chez Carrefour. Mais c’est pas Carrefour comme chez nous. C’est bien un supermarché, ça s’appelle bien Carrefour mais on se croirait plutôt dans un Lidl en ex-URSS… Les rayons offrent un échantillonnage de produits français, allemands, arabes, … rarement plus de 2 ou 3 choix par produit. Et certains à des prix exorbitants : la plaquette de beurre est à plus de 17 000 francs congolais soit près de 19 dollars ! Malgré tout, une fois par mois, F. s’achète quelques « produits de luxe »… faut dire qu’elle est censée rester à Lubumbashi pendant presqu’un an alors y a une limite au camping. Pour cette fois ce sera un petit flacon de sels de bain, 3 barres chocolatées et de l’extrait de fleur d’oranger… youhou ! Au moment de passer à la caisse, c’est tout un poème : il y a le gars qui scanne les articles (dont pas un ne passe au prix indiqué dans les rayons, c’est à se demander pourquoi on se fatigue à afficher les prix…), celui qui les met dans les sacs plastiques (qu’il faut systématiquement doubler parce qu’ils sont faits en peau de fesse de singe) et celui qui vérifie ensuite que tout ce qui est sur ton ticket de caisse est bien présent dans ton sac (lui, j’ai toujours pas compris à quoi il servait…).

Une fois notre virée shopping terminée, F. m’emmène boire un café glacé avec une de ses amies, A., espagnole, qui travaille pour l’Unicef. Chaque restaurant, chaque bar est dissimulé derrière de hauts murs. Tu as beau être en terrasse, tu ne vois pas ce qu’il se passe dans la rue. Pourtant, il n’y a aucune consigne particulière de sécurité à Lubumbashi. La ville est calme, plutôt sûre, ce déploiement de barbelés, de portails en tôle et de gardiens me laisse perplexe…

On discute de tout et de rien, des gens qui arrivent et qui partent de Lubum, d’untel qui est parti en mission à tel endroit, d’un autre qui revient de plusieurs jours en brousse ou encore d’un autre qui fête son départ le samedi suivant. Et à propos de sortie du samedi soir, A. nous dit qu’elle se rend ce soir à l’Assemblée Provinciale car elle a reçu une invitation pour aller écouter un opéra organisé par le consulat de Bulgarie fraîchement installé dans le coin. Elle nous montre l’invitation et F. se rend compte qu’elle aussi a reçu la même. On décide donc d’y aller ensemble. Il y a juste un tout petit détail à régler auparavant. En tout petit au dos du carton d’invitation il y a écrit « tenue de ville exigée ». Pour vous et moi, « tenue de ville » ça veut dire pas de short, pas de tongs, pas de haut de bikini. Et donc je n’aurais eu aucun problème à trouver une « tenue de ville ». Mais ici, « tenue de ville » ça veut dire « tenue de soirée »… et là, clairement, y a un problème. Dans mon sac il n’y a ni robe, ni chaussures à talons (un comble quand on sait combien de paires j’ai réussi à caser dans mon armoire), ni veste, ni rien du tout qui fasse un tant soit peu habillé… Mais pour F., pas de problème ! Elle pense qu’elle peut me prêter quelques affaires et que le tour sera joué. Ça pourrait. Sauf qu’elle fait 20cm de moins et probablement pas loin de 20kg de moins que moi… et que la seule robe dans laquelle je n’ai pas l’air d’un saucisson géant est une longue robe de plage toute molle. Jolie mais de là à dire que c’est une « tenue de ville » au sens congolais du terme… On complète mon déguisement avec une paire de ballerines 3 pointures en dessous de la mienne et je finis officiellement par ne plus ressembler à rien du tout… Le contraste est encore plus saisissant avec F. qui elle, est toute jolie et toute pomponnée. Mais la cerise sur la cupcake c’est à notre descente de jeep devant l’Assemblée Provinciale. Déjà, essaye de sauter élégamment d’une jeep avec une robe de plage dont tu es obligée de tenir remonté le bustier toutes les 12 secondes et des chaussures trop petites… Au mieux, tu ressembles à un crapaud ! Mais va ensuite essayer de remonter le tapis rouge avec le sourire sous les flashs des photographes officiels ambiance Festival de Cannes quand chaque pas t’arrache une larme et que tu penses que ton petit orteil ne te pardonnera jamais cette séance de torture, d’ailleurs, il t’a abandonné depuis déjà 6 mètres… L’expérience aura au moins prouvé une chose : le ridicule ne tue définitivement pas.

Une fois assises dans la salle, nous retrouvons A. et R., qui travaille pour les UN, puis nous voyons arriver des messieurs en costumes 3 pièces qui s’épongent le front, de grandes dames surmontées de chapeaux encore plus grands, tout un tas de Bulgares qui eux, sont en tenue de ville au sens européen du terme et qui n’ont pas l’air de s’en porter plus mal (c’est le moment où mes pieds rejettent de façon violente et définitive de rester comprimés plus longtemps et où je dégaine de mon sac à mains la paire de tongs que j’y avais habilement dissimulée…) et tout un tas de gens qui ont l’air très important.

Nous sommes venues écouter « les plus célèbres airs d’opéra ». Tout un programme… Mais avant de rentrer dans le vif du sujet, nous avons le droit à plusieurs discours pompeux et fort longs, récités dans des micros réglés bien trop fort et sous les feux de projecteurs bien trop multicolores. Puis la chorale entre enfin en scène. On nous demande de rester debout pendant qu’ils entonnent l’Hymne à la Joie. Le son est très fort, le vibrato démesurément exagéré, les airs s’enchaînent parfois accompagnés de mises en scène théâtrales et délirantes, les micros fonctionnent de façon aléatoire, un fumigène est subitement actionné, les techniciens montent sur scène pendant que les chanteurs s’égosillent, la régie son et lumière parle à voix haute dans mon dos, les compositeurs doivent se retourner dans leurs tombes, le Toreador est massacré mais l’enthousiasme est réellement perceptible et touchant. Après une heure d’acrobaties vocales, les choristes font encore le show devant la salle juste pour le plaisir pendant qu’on grignote 2 morceaux de pain à l’ail et 3 samossas froids. Une soirée mémorable…

Pour finir en beauté, nous décidons d’aller boire un verre. Choisir où aller est aussi compliqué ici que dans tous les pays du monde et on finit par se retrouver sur les banquettes du même café que celui où nous étions plus tôt dans la journée. L’heure pour moi de goûter à la Simba, la bière du Katanga. Et de découvrir que la Simba, c’est pas pour les fillettes. Certes, ça n’est pas à plus de 5° mais la bouteille fait 73cl… Et du coup, les langues se délient. Et visiblement la vie sentimentale des expatriés de Lubumbashi n’a rien à envier aux Feux de l’Amour !!

Finalement, la vie ici ressemble à la vie d’ « expat » ailleurs : pas tellement de contact avec les locaux en dehors du boulot, chauffeurs à disposition 24h/24, restos de cuisine toujours étrangère… j’ai hâte de me retrouver dans la brousse !

Santa Barbara

Ce matin, malgré un instant d’hésitation vu l’état de la salle de bains, je savoure ma douche… Dieu sait quand sera la prochaine ! Non pas que j’ai décidé de faire le concours du plus crado, tout le monde sait que je ne PEUX pas gagner… mais l’idée des 2 prochains mois c’est de dépenser le moins de sous possible dans les campings ce qui restreint donc assez drastiquement mon accès à une douche.

En attendant, c’est donc pleine d’entrain que je me rends chez Escape Campervans récupérer mon fidèle compagnon pour les 2 prochains mois. Et il est bien là. Encore plus gros que Ben I et Ben II réunis… En fait, c’est pas vraiment le modèle que j’avais réservé mais hasard du calendrier, pour le même prix, j’ai le droit au modèle supérieur… perchée devant le volant, je me sens comme un chauffeur de camion ! Le temps de faire le check-up complet, de signer encore un ou deux papiers et voilà ! Flipper et moi sommes lancés ! Oui, celui-là ne sera pas Ben III mais Flipper… pas le choix, c’est marqué sur ses clés.

Pour commencer en douceur, Flipper et moi, on se rend chez Walmart faire quelques courses. Et puis, comme décidément, Los Angeles n’est pas ma tasse de thé, je décide de prendre au plus vite la route de la côte. Direction donc Malibu. C’est un des quartiers que je n’étais pas allée voir il y a 2 ans et je me dis que quand même, avant de m’élancer pour ma longue traversée, je peux bien y faire un petit arrêt. Mais Malibu, c’est pas vraiment dans Los Angeles. A vrai dire, rien n’est dans Los Angeles. C’est même assez loin : près de 50kms ! Bon, très bien, de toute façon c’est sur la route alors, y a pas à hésiter. Y a un peu de monde sur l’autoroute en ce vendredi matin mais Flipper se débrouille très bien et moi aussi même si je dois m’habituer à bien rouler à droite pour que Flipper ne donne pas de coups d’épaule à ses petits voisins…

Arrivée à Malibu commence la galère pour se garer. C’est que Flipper n’est pas que large… il est également assez grand. Et apparemment, tout le monde s’est donné rendez-vous à la plage, les gens se battent pour rafler les places le long de la route ! Il semblerait que chacun profite de sa pause déjeuner pour venir surfer. Un peu de patience et nous voilà finalement garés. J’emprunte donc le sentier qui mène à la fameuse plage et… QUOI ??? c’est ça Malibu Beach ? c’est une blague ou quoi ? La plage est toute petite, pas très jolie, adossée à un marais à moitié asséché et couverte d’algues… on m’aurait menti ou quoi ?

En fait, la plage continue un peu plus loin mais elle est alors privée. Des maisons, littéralement les pieds dans l’eau, s’alignent tout du long. Des maisons qui certes, doivent valoir une fortune, mais pas vraiment si extraordinaires que ça. Et en plus l’eau est si froide que c’est à peine si on peut se tremper dedans. Bref, c’est la déception.

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Du coup, je ne reste que le temps de faire sécher mon maillot de bain et je décide de poursuivre la route. Oui mais. Dans l’euphorie du moment, j’ai oublié de passer dans un magasin de téléphonie pour acheter mon modem. Oui, je suis une voyageuse qui ne se douche pas mais il est hors de question de ne pas être connectée au reste du monde ! Sinon, comment pourrais-je partager toutes ces délicieuses aventures avec vous ? Sauf que toutes les adresses que j’avais soigneusement pris soin de noter sont à Los Angeles. Et que je n’ai aucune garantie de tomber par hasard sur le magasin qui aura exactement ce dont j’ai besoin (j’ai tenté l’expérience à la Nouvelle-Orléans, ça a raté. 2 fois.). Très bien, je me dis. Quand on n’a pas de tête, on a des jambes (enfin… des roues en l’occurrence). Retournons à Los Angeles, c’est l’histoire d’une heure et demie, de toute façon, y a rien de vraiment prévu cet après-midi, la prochaine fois, t’auras qu’à faire attention. Et nous voilà donc repartis dans l’autre sens. Sauf que. Visiblement, il se passe un truc en ce vendredi après-midi parce que l’autoroute est bou-chée. Dans les 2 sens. On se croirait sur le périph’ un lundi matin à 8h. Peu importe, je vais jusqu’au bout. Je finis donc par trouver le bon magasin qui a le bon appareil et qui me vend le moyen de me connecter à internet de presque partout. 15 minutes plus tard, me voilà repartie dans l’autre sens. Encore. Et les bouchons n’ont pas disparu… loin de là… Moralité, je vais passer près de 4 heures au pas à me demander comment c’est possible d’être bloquée sur une autoroute qui a 6 voies. Et quand enfin j’arrive à Santa Barbara, le Visitor Center a fermé ses portes depuis longtemps…

Je me mets donc en quête d’un endroit où passer la nuit. Sauf qu’à Santa Barbara, ils doivent pas avoir trop envie que tous les camping-cars et autres vans viennent squatter leurs parkings. Il y a des tas d’interdiction de se garer entre 2h et 6h du matin. Comme si j’allais me lever au beau milieu de la nuit pour déplacer Flipper… Je poursuis donc mes recherches mais la ville est décidément pleine de panneaux dissuasifs. La nuit commence à tomber et je n’ai toujours pas trouvé où coucher Flipper… Je me résous donc à chercher sur le GPS les campings autour de la ville. Sauf qu’au lieu de campings, cet imbécile m’indique tous les mobil-homes de la région ! En m’éloignant un peu et à force de tourner, je finis par trouver une petite rue où sont déjà garées d’autres voitures et où le seul riverain est une entreprise. Je peux donc enfin m’arrêter et préparer Flipper pour la nuit. Je m’aperçois alors que je n’ai pas de lumière. Rien, nada. Bon, va falloir acheter une lanterne. Et puis, au fur et à mesure, la liste des menus aménagements à apporter à Flipper s’allonge et je décide que demain, dès la première heure, je vais aller faire un tour dans un magasin de camping. 2 mois dans ma boite de conserve, faut au moins que je sois correctement équipée !

Le lendemain matin, grâce à mes gadgets haute technologie en tous genres, je me trouve un magasin genre Vieux Campeur puissance 1000. Ils ont tout ce que je veux et même bien plus… me voici donc l’heureuse propriétaire d’une jolie lanterne, d’une douche de camping (ouais, quand je vous dis que je vais pas gagner le concours du plus crado…), d’une gourde isotherme et d’un nouveau guide pour la suite du voyage. Non, tout ça n’était pas sur ma liste…

Je pars ensuite explorer un peu Santa Barbara. La ville est riche. Très riche. Et très jolie. Un petit côté espagnol avec tous les toits en tuile et les murs blanchis. Vraiment très jolis. Je visite la Court House et la Old Mission, les 2 spots recommandés par le Visitor Center. Et j’en profite pour assister à 2 mariages : il sera dit que tous les 31 août, j’assisterai à un mariage… Bon, là, j’ai pas vraiment pu m’incruster au vin d’honneur (ni même entrer dans l’église) mais les mariées étaient particulièrement choupinettes ! American style, quoi !

Je reviens ensuite en centre-ville faire du lèche-vitrine dans State Street, LA rue des commerçants. Les boutiques plus chics les unes que les autres s’alignent le long de cette artère où déambule la foule. Toutes les vitrines affichent des soldes. Labor Day Sales. Et je finis par comprendre que si y a tout ce monde c’est pas uniquement parce qu’on est samedi mais parce qu’on est samedi d’un week-end de 3 jours et que pour les Américains, c’est jour de fête ! D’où les campings pleins, les caravanes et les camping-cars qui ont envahi la ville et la foule des grands jours !

Après avoir donc fait chauffer ma carte bleue (quoi ? c’est les soldes et j’ai pas fait de shopping depuis près d’un an !), je décide d’aller griller tout court à la plage. Parce que c’est ça la côte Pacifique : il fait hyyyper beau, hyyyper chaud mais y a un vent à décorner les bœufs donc sur la plage… t’es limite frisquet. Pour un peu, on se croirait en Bretagne… y a même les tripotées de gamins qui font de l’optimiste dans le port… Et comme en Bretagne, tu peux pas mettre un doigt de pied dans l’eau : trop froid. D’où la grillade…

Je passe la soirée à admirer le coucher de soleil en grignotant des carottes (mon nouveau régime spécial van) et puis, quand il se met à faire vraiment trop nuit et que, de toute façon, l’heure de fin de tolérance des vans sur les bords de trottoir approche, je retourne me garer dans mon petit coin. Tranquille. Et cette fois, avec ma lanterne, j’ai même le temps de bouquiner un peu avant de sombrer dans le sommeil. Comme à la maison.

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Photos ici.