C’est un fameux trois-mâts…

Quoi ? Me faites pas croire que vous n’avez jamais fait l’erreur ! Moi, je viens juste de découvrir que le bateau en question ne s’appelle pas du tout SantiaGo mais SantiaNo… Avouez que ça prête à confusion. En même temps, j’aurais dû m’en douter, y a pas la mer à Santiago.

Bref, reprenons. Une fois passée la douane (je pourrais avoir la photo de Mickey sur mon passeport, ça leur ferait même pas lever un sourcil), et un bus et 2 changements de métro plus tard, je sors de terre au beau milieu de la Plaza de Armas, au cœur de la ville. Mon hostal est juste là, au dernier étage d’un immeuble qui borde la place et depuis la terrasse, je découvre les environs.

Bon, bah, à première vue, c’est grand, c’est plein d’immeubles, ça grouille de gens et y a une bonne couche de pollution qui cache les montagnes autour mais ça n’empêche pas le soleil de passer à travers. La place est un immense carré bordé d’immeubles blancs et jaunes de 5 à 6 étages et de la grande cathédrale de la ville, la cathédrale de l’Assomption de la Très Sainte Vierge (parce qu’apparemment, des fois, elle est juste sainte et des fois, elle est très sainte, va comprendre pourquoi). Au milieu de tout ça, des enfants courent, des hommes orchestres dansent, des cercles se forment autour de passionarias qui haranguent la foule, les terrasses des cafés sont pleines, on entend les gens rire, crier, les pigeons volent… ça vit quoi !

Tout ce que j’ai entendu sur Santiago, c’est que c’est moche et que ça ne vaut pas le coup de s’y attarder. Moi j’ai 48 heures à y passer et je suis bien décidée à me faire ma propre opinion. Alors même si la vue est plaisante, je ne passe pas toute l’après-midi à lézarder sur ma terrasse. Non, non. Je saute dans la douche (après une journée de 41 heures, c’est pas du luxe) et je rejoins le Free Tour Santiago qui démarre juste au pied de la cathédrale. En voilà une idée qu’elle est bonne ! Deux fois par jour, des guides emmènent les touristes faire le tour de la ville en anglais. Gra-tui-te-ment. Bien sûr, on vous suggère de donner un pourboire mais curieusement, il semblerait qu’on soit bien plus enclin à rémunérer un guide quand on sait que ça n’a rien d’obligatoire… Moi, mon guide s’appelle Felipe, il a un accent formidable et surtout, plein d’adresses hyper intéressantes à recommander (comme ce glacier à l’angle de la Plaza Italia ou ce resto fréquenté par les locaux et où le patron n’essaye pas de vous arnaquer au Mercardo Central). Il nous raconte des tas de trucs rigolos comme ces cafés spécialisés dans le coffee with legs, où les serveuses ont des jupes extra courtes et où, il y a encore quelques années, existaient des happy minutes.  Pendant une minute, on baissait le rideau de fer, les serveuses offraient un strip-tease express aux cols blancs qui étaient en train de boire leur café puis on relevait le rideau et tout le monde faisait comme si de rien n’était. Intéressante tradition. A mi-parcours, il nous emmène boire un café à la terrasse d’un petit bar sympa. Un café ou un Pisco sour,  LA spécialité d’Amérique du sud. Keskecé le Pisco sour ? Et bien, c’est une bonne dose de pisco (de la liqueur de raisin), du sucre, un peu de blanc d’œuf pour rendre le tout un peu plus smooth et un trait de citron vert. Bref, ça se boit comme du p’tit lait et ça fait causer. Du coup, je discute avec Carmen et Miki, un couple suisse-allemand très sympa, qui commence un tour du monde d’un an. Pour l’instant, ils n’ont visité que l’Argentine et ils prennent l’avion dans 2 jours pour aller… à l’île de Pâques ! Après avoir dit au-revoir à Felipe, on va donc dîner tous les 3 dans un des restos de la rue Constitucion dans le barrio Bellavista, le quartier de Santiago réputé pour sa vie nocturne animée. L’occasion de goûter un Pastel de Choclo, une des spécialités nationales, une espèce de ragoût avec du poulet, du bœuf, plein de sauce, quelques olives, le tout recouvert de purée de maïs… Mouais, je sens déjà que je vais regretter mes soupes de nouilles dans pas longtemps. Puis, comme je compte bien profiter pleinement de cette journée fantastiquement longue, on va goûter quelques-unes des centaines de variations de mojitos et de caïpirinhas qui font la réputation du coin. Le petit détail qui nous ramène à la réalité c’est quand à peine assis en terrasse, le serveur du bar vient fixer nos sacs à nos chaises avec des lanières de façon à ce qu’ils ne s’envolent pas tout seuls… Ça met tout de suite dans l’ambiance.

Et puis, comme les Chiliens ne sont pas des gens qui se couchent tard, le métro s’arrête à 22h, ce qui nous oblige à prendre un taxi pour rentrer. Le chauffeur essaye de nous convaincre d’aller à la soirée organisée pour fêter on sait pas trop quoi dans une discothèque un peu plus loin mais toutes les bonnes choses ont une fin, même cette journée exceptionnelle.

Le lendemain matin, j’ai rendez-vous pour le petit-déj avec un copain que je n’ai pas vu depuis près de 6 ans et qui est de passage à Santiago pour le boulot. Bah oui, tout le monde ne vient pas à Santiago en touriste, il semblerait qu’il y ait encore des gens qui bossent. Sauf que ce matin, c’est le 1er mai. La journée internationale des feignasses. Encore plus vrai ici où le premier café n’ouvre laborieusement qu’à 10h (on est les premiers clients, affamés) et où les rues sont désertes de chez désertes. Au hasard des rues, on arrive jusqu’au palais de la Moneda où on assiste à la relève de la garde. Moi, ça me rappelle les evzones d’Athènes sauf qu’ici, ils ont remplacé les jupettes et les bas en laine par des belles bottes cirées et des costumes vert olive. Et puis, comme tout (vraiment tout) est fermé, on décide d’aller voir la ville d’en haut. D’abord au Cerro Santa Lucia puis au Cerro San Cristobal où se trouve le sanctuaire de la Vierge de l’Immaculée Conception. Pour grimper tout là-haut, on peut se la jouer warrior et y aller en courant, ou, faire comme tout le monde et prendre le funiculaire. Bon, il se trouve qu’il y a une queue pas possible au funiculaire parce qu’il mène aussi au zoo de la ville qui est visiblement la seule chose d’ouverte aujourd’hui. Mais arrivé au sommet, la vue sur la ville est… époustouflante. On voit bien la petite couche de brouillard qui recouvre l’ensemble mais au-dessus, on voit les montagnes. La Cordillère des Andes ! Et pas à 200kms ! Non, non. Juste là, aux portes de la ville. On en reste sans voix. Beaucoup de Chiliens viennent ici déposer des fleurs ou se recueillir et plein de gens ont à la main un verre avec un contenu étrange… Comme il faut vivre dangereusement, on tente le coup. Et on se retrouve avec une portion de blé recouverte de pêches au sirop… Curieux. Pas dégueu mais curieux. On finit par redescendre de notre colline (à pied cette fois parce qu’on est à moitié courageux) pour atterrir dans un resto de fruits de mer, toujours dans le barrio Bellavista, mais cette fois, j’opte pour un ceviche, du poisson cru mariné au citron. Bonne pioche, c’est délicieux. Et puis on papote, on papote, on laisse filer l’après-midi et on décide d’aller admirer le coucher de soleil depuis la terrasse du bar de l’hôtel W, un des grands hôtels de Santiago. Bonne idée mais quand on arrive… le bar est fermé pour travaux. Du coup, on se rabat sur le lounge de l’hôtel où après quelques Pisco sour (chilean style et peruan style), on finit par commander à dîner parce que ça faisait au moins 3 heures qu’on avait rien avalé… Pas mal. Pas mal du tout.

Et puis, cette fois, je ne laisse pas filer le dernier métro et je rentre boucler une fois de plus mon sac parce que demain, c’est lever à 5h30 pour filer au beau milieu de l’océan : direction Isla de Pascua !

Finalement, Santiago, c’était pas si mal. J’y aurais presque passé une journée de plus histoire de traînasser dans quelques musées et de boire quelques cafés hyper sucrés en terrasse. La prochaine fois !

Photo ici.

Lost in translation

Ce matin, quand le réveil sonne, je sais que j’ai une longue journée devant moi. Loooooongue. Ma journée à moi, aujourd’hui, elle va durer 41 heures. Notez bien ça : le 30 avril 2013 aura duré 41 heures…

En fait, depuis le début de ce voyage, je saute d’un fuseau horaire à l’autre sans trop m’affoler. J’en étais quand même arrivée à avoir 10 heures d’avance sur vous, là-bas, à la maison. Quand vous alliez vous coucher, j’étais en train de prendre mon petit-déj du lendemain. Et au Chili, c’est l’extrême inverse qui m’attend : 6 heures de retard sur vous, j’irai me coucher quand vos réveils vous tireront de vos couettes (à peu de choses près).

Bref, tout ça pour dire qu’aujourd’hui, pendant que vous vieillirez selon le cours normal du temps, je rajeunirai de 17 heures…

Voilà le programme : aujourd’hui, après un premier vol ChristchurchAuckland prévu à 10h30, je vais monter dans l’avion pour Santiago à 16h. Après 12 heures de vol, j’atterrirai à Santiago du Chili et il sera… 11h du matin mais toujours le 30 avril. Je vais monter dans la DeLorean, Philéas Fogg n’a qu’à bien se tenir !

Bien. Sauf que. Comme d’habitude, tout ne se passe pas exactement comme prévu. Quand j’arrive à l’aéroport de Christchurch, mon vol est retardé. De 3 heures !!! Ce qui ne va me laisser plus qu’une heure pour récupérer mon sac, changer de terminal, ré-enregistrer mon sac et grimper dans l’avion suivant. Jouable mais risqué. D’autant plus risqué que le vol AucklandSantiago fait partie du Round The World ticket et que si je le loupe, ça annule tous les suivants (et évidemment, il n’est pas question de remboursement). Alors, je prends mon air le plus aimable et détendu et je m’approche du guichet. Là, il y a une petite dame, très gentille, à qui je demande si elle sûre, SÛRE, SÛRE DE CHEZ SÛRE que le vol ne va pas être encore plus retardé. Evidemment, elle ne sait pas, elle ne peut pas me garantir que tout va se passer comme prévu vu que ça déconne déjà. Je lui explique que j’ai une connexion à faire, moi et qu’il faut absolument que je sois dans ce deuxième avion, no matter what. Alors comme elle est très gentille, elle me dit qu’il faut que je patiente un peu mais qu’elle peut peut-être me transférer sur un autre vol qui va partir dans 1 heure… T’inquiète que j’ai été sage comme une image ! Je me suis assise sur mon sac juste devant son guichet et j’ai même pas cligné des paupières pendant la demi-heure suivante. Et quand elle m’a fait signe de venir la voir, j’ai bondi et je lui aurais presque claqué 2 bises bien sonores si on n’avait pas été séparées par le comptoir.

Bon, mon nouveau vol prévu à 9h05 n’est parti qu’une heure plus tard mais peu importe. J’étais à Auckland, dans le bon terminal, les yeux fixés sur l’écran qui affichait le vol pour Santiago. Un seul vol pour l’Amérique du sud sur toute la journée, y avait donc vraiment pas moyen de ne pas monter dedans. Sauf que du coup, j’étais tellement en avance que l’enregistrement des bagages n’était même pas ouvert. J’ai donc encore poireauté par terre, assise sur mon sac pendant 2 bonnes heures avant de pouvoir me débarrasser de mon paquetage de 21kgs. 21kgs ! Parce que oui, on en est là maintenant ! Le plus étrange, c’est que je n’ai pas prévu de me séparer de grand-chose dans les semaines qui viennent…

Bref, il était temps d’accomplir mon rituel d’adieu et de dévorer un bon gros burger bien gras chez mon ami McDo avant d’aller faire la sieste patienter dans la salle d’embarquement. C’est là que ça a commencé. D’abord tout doucement. Juste une dame qui est venue me demander si… hablas español ? Ouh, mon dieu, non ! Pas un mot, ma bonne dame ! Et après, c’est devenu un festival. Les hôtesses qui font les annonces en espagnol, tous les passagers qui papotent en espagnol, les consignes de sécurité en espagnol, les films même pas sous-titrés en espagnol… j’ai pas encore quitté la Nouvelle-Zélande que je m’y crois déjà. Et je ne comprends rien. Je ne comprends même pas que l’hôtesse me propose des raviolis au fromage ou un poulet aux champignons… L’enfer… Allez, un vaso de vino blanco por favor ! Va bien me falloir ça !

12 heures plus tard, après avoir survolé rien de moins que la Cordillère des Andes (les Andes !!! non, mais sans blague, c’est pas le Massif Central, hein ! Les Andes !!!) et traversé le nuage de pollution qui recouvre la vallée, me voilà à Santiago. Une heure plus tard, je mets enfin le nez hors de l’aéroport et je me remplis les poumons de l’air de ce nouveau continent… et j’éternue ! Wow, fini l’air pur et le ciel bleu fluo, bonjour les gaz d’échappement et le ciel blanc (on voit même pas les montagnes autour et pourtant, elles sont vraiment pas loin). Biologiquement, pour moi, il est 4h du matin. En vrai, il est midi, pas question de dormir avant un bon moment. Alors, attaquons Santiago !

Photos ici.