Sa Pa ou bien ?

Mouais… Sa Pa pas mal, merci ! (… ouais, je sais, c’est l’oxygène, en altitude, ça rend euphorique…)

Reprenons.

Le lendemain matin, je fais la connaissance de mon guide pour les 3 jours, Chong, Vietnamien (je veux dire par là, pas d’une ethnie du coin). Il était prof d’anglais mais finalement guide, ça paye bien mieux et puis il préfère vivre à la campagne, dont acte. Il est assez rigolo, très bavard et n’est pas avare d’informations sur la région et ses coutumes. Après avoir traversé le marché de Sa Pa (qui effectivement, est ridicule par rapport à celui de la veille), la balade commence à travers les chemins caillouteux et surtout bien bouillasseux grâce à la pluie des derniers jours… Il faut d’abord réussir à semer les vendeuses ambulantes qui sont prêtes à se farcir 4 heures de marche pour te vendre une housse de coussin faite main mais quelques glissades et pas de danse incontrôlés plus tard, on arrive au sommet d’une colline et la vallée de Muong Hoa se déroule sous nos yeux : des rizières en terrasse à perte de vue, quelques petits villages avec des maisons en bambou et en bois où de grands morceaux de tissus teintés d’indigo sèchent au soleil et des tripotées de canards qui se dandinent et pataugent dans les rizières. A cette saison, la récolte est finie, on attend le nouvel an pour planter le riz. Les quelques pousses qui émergent ne servent qu’à nourrir les animaux. En fin de matinée, on retrouve 2 autres guides et 4 autres touristes français (dont ceux que j’avais croisés à la gare d’Hanoi). Comme nous sommes tous passés par la même agence, nous allons tous dormir au même endroit et du coup, nous décidons de repartir ensemble pour l’après-midi. La balade est plutôt agréable, avec même parfois un rayon de soleil. De temps en temps, les hurlements d’un petit cochon qu’on égorge nous parviennent tandis qu’on essaye d’éviter les bouses de buffle, les innombrables poussins et les mamans cochons traînant derrière elles leurs portées. Oui, nous sommes à la campagne… En passant, on visitera une grotte où seuls les plus courageux s’aventureront (votre serviteuse en tête, évidemment): on a une seule lampe frontale. Au moment où on se disait qu’on allait faire demi-tour, la lumière s’allume et un groupe de Russes nous doublent (il suffisait de payer pour que la lumière fût). Du coup, on les suivra encore en peu plus loin avant de se dire que finalement, passer Noël coincer à 10 mètres sous terre à escalader des rochers suintants d’humidité, c’est pas si rigolo.

En milieu d’après-midi, on arrive dans notre « palais » pour la nuit (4 murs et un toit faits en bambou et en planches mal jointives mais quel charme !), la maison d’une famille Dao. Après avoir machouillé un peu de canne à sucre, on va prendre un bain aux herbes médicinales (une spécialité locale) dans le « spa » du village. On se retrouve donc chacun dans un tonneau, accroupi pour avoir de l’eau au-dessus des épaules, à barboter comme dans une tasse de thé géante. Je ne sais pas si l’effet médical de ces plantes est prouvé mais ça aura au moins eu le mérite de nous réchauffer parce qu’en attendant, nos guides n’ont pas installé le chauffage central. On se met ensuite tous à la cuisine (enfin, autour du feu) pour préparer un vrai festin qu’on arrose à grands coups d’alcool de riz. Sauf que les Vietnamiens, c’est pas rigolo, après 3 verres, ils sont couchés et à 22h, la maîtresse de maison nous fait comprendre qu’on est gentils mais qu’on consomme beaucoup de bois là maintenant, et que ça serait bien qu’on aille se coucher. Bon, de toute façon, y avait plus d’alcool de riz. Merry Christmas !

Le lendemain, après un petit déjeuner de champions (banana pancakes au miel), on nous a promis LE passage difficile de la balade : une grimpette avec 500 mètres de dénivelé. On se met en route doucement, la motivation en sourdine à cause de la bruine et du brouillard qui nous promettent une belle journée. Personne n’avait d’altimètre mais si ça, c’était 500 mètres, je veux bien le refaire à cloche-pied ! On finit par passer enfin au-dessus des nuages et on aperçoit les sommets environnants dont le Fansipan, le plus haut sommet d’Asie du sud-est à un peu plus de 3100 mètres. Enfin, on croit que c’était le Fansipan parce que nos 3 guides n’étaient pas d’accord sur le sommet à admirer…

Ils nous assurent ensuite une pause déjeuner avec une amazing view… On ne demande pas mieux ! On se retrouve assis sur une colline, les nappes de brouillard nous recouvrant les unes après les autres… Pour la vue, on repassera… Mais pour le sandwich ! McDo n’a qu’à bien se tenir ! De l’œuf, de la viande, de la Vache Qui Rit (oui, c’est tout ce qu’on trouve comme fromage ici), des tomates, du concombre et même une poudre de perlimpimpin qui assaisonne le tout : de la haute gastronomie !

Bref, l’estomac plein on entame la descente et là, c’est un festival de glissades et de rattrapages sur les mains dans la boue (il paraît que c’est très bon pour la peau…). On finit par arriver dans un petit village où un bus attend mes co-trekkeurs pour les ramener à la civilisation tandis que je prolonge mon immersion au milieu de nulle part. Mes hôtes pour la nuit sont une famille Dzai verte (la dame porte un foulard multicolore mais avec beaucoup de vert). On prend le thé, Chong me flanque une raclée aux échecs et on se met à la popotte (toujours autour du feu, hein !). Je suis donc officiellement la rouleuse de nems la moins rapide de tout l’Ouest le Vietnam… Après le dîner, on s’assoit tous devant la télé (y a pas le chauffage mais y a une antenne parabolique) et on regarde un film chinois traduit en vietnamien. C’est-à-dire que c’est pas doublé. C’est juste une dame qui parle par-dessus les acteurs chinois et qui décrit ce qui se passe en vietnamien. Le film a déjà l’air particulièrement mauvais mais alors avec la petite dame qui commente, ça doit vraiment pas être triste. La cerise sur le cupcake ce sont les coupures pub tous les quarts d’heure… Mais tout le monde est scotché et rigole, c’est donc que ça doit être bien ! Ou alors, c’est l’alcool de riz qu’on s’est encore envoyé à grandes lampées pour pas avoir froid…

Le lendemain matin (oui, ça fait 2 jours que je dors en manteau et que j’ai pas vu la couleur d’une douche, je sais…), on fait réchauffer les restes de la veille pour le petit déj et pendant que je suis chargée de surveiller le feu (c’est la meilleure place !), je vois soudain un gros cafard bien gras qui, devant trouver que ça commence à sentir le sapin, s’échappe d’une bûche et tente de fuir sous mon pied. Malheureux ! Il finira plat comme une galette et son cadavre ira se tordre au milieu des braises… Comme je commence à trouver que le pays est bien pourvu en bestioles de ce genre, je demande à Chong si les cafards c’est pas plutôt censés vivre dans les zones chaudes et humides (et là, certes, c’est humide, mais je vous jure que c’est pas chaud). Et avec un grand sourire, Chong répond : « Noooon. Au Vietnam, les cafards, y en a partout ! » Gé-nial…

Une fois le petit déj avalé, on se remet en route. Le soleil n’est toujours pas au rendez-vous mais Chong s’amuse à nous faire passer sur le bord des rizières et mon sens de l’équilibre étant ce qu’il est, je me concentre pour ne pas me remplir les chaussures de bouillasse… On traverse encore quelques villages où des enfants jouent à saute-buffle (y a pas de mouton), pieds nus, et nous courent après en chantant « Hello, hello ! », et on finit par retrouver la civilisation pour le déjeuner où on s’offre un grand bol de nouilles fumantes.

Le temps de rentrer à Sa Pa, dire au revoir à Chong (qui promet de m’inviter à son mariage), prendre une douche (oui, parce que là, comme qui dirait, y avait nécessité), refaire le sac et hop ! encore un minibus, direction la gare de Lao Cai. Comme je suis une petite chanceuse, dans le minibus, je me retrouve coincée entre la vitre et une très grosse dame, française, qui voyage avec son mari et son fils et tous les 3 passent l’heure suivante à se plaindre du temps, du froid, du guide qui ne parlait pas assez bien français, des motos qui n’avaient pas assez d’amortisseurs (en même temps, excusez-moi madame mais…), des montagnards qui essayaient de leur vendre 2 ou 3 babioles, de la route qui est pleine de trous (y a pas de route…), bref, c’est le genre de moment où je fais semblant que je ne comprends pas le français et je camoufle tant bien que mal tous les sigles Quechua qui apparaissent sur mes affaires…

Bref, retour dans le train (ce coup-ci, un peu moins luxueux qu’à l’aller) en compagnie de 3 autres Vietnamiens dont une dame charmante mais qui parle très très fort et surtout tout le temps (au point que les gens de la cabine d’à côté viendront lui demander de la mettre en sourdine !). Le train a de très mauvais amortisseurs (lui) et je manque plusieurs fois de tomber de ma couchette. Bien sûr, au milieu de la nuit, j’écrase encore un cafard qui pensait que se balader à moins de 30cms de ma tête ne me posait pas de problème (mais pourquoi c’est toujours sur moi que ça tombe ???) et au petit matin, me revoilà à Hanoi, à me battre avec un chauffeur de taxi qui a trafiqué son compteur qui tourne plus vite qu’une pompe à essence…

De retour dans la jungle !

Photos ici.

Le marché de Bac Ha

Alors…

J’ai donc pris le train de nuit samedi dernier depuis Hanoi pour rejoindre la région de Sa Pa dans les montagnes du nord-ouest. Et peut-on savoir ce qu’il y a de si intéressant à voir là-bas ?

« Sa Pa est une charmante station climatique fondée par les Français en 1922 et la ville est orientée de façon à profiter du cadre splendide par temps clair (… nous y reviendrons). Juchée sur un versant escarpé et entourée de hauts sommets, elle surplombe une vallée jalonnée de rizières en terrasses (… ah… des rizières en terrasses, ça me rappelle quelque chose…). Souvent noyée dans le brouillard (… ah non ! ça va pas recommencer !), Sa Pa offre plus fréquemment des aperçus de ce paysage magnifique qu’une vue panoramique. Cependant, même par temps couvert et humide (… hum, hum !), la cité conserve beaucoup d’atouts, notamment son grand marché, fréquenté par les ethnies montagnardes de la région. »

Bon… bah, on peut pas dire qu’on n’a pas été prévenus…

« L’Histoire n’a pas épargné Sa Pa qui a souffert des guerres successives contre la France, les Etats-Unis et la Chine au cours du siècle dernier (NDLR : vous faire un petit rappel sur l’histoire du Vietnam un peu plus tard…). Mais l’essor du tourisme a marqué la renaissance de la ville et hôtels, boutiques et restaurants ont surgi comme des champignons. Autre conséquence de cet essor, la culture des ethnies montagnardes, dont les revenus dépendent désormais du tourisme, a fondamentalement changé. Les Hmongs et les Dzao rouges sont présents à Sa Pa. Les Hmongs, auparavant la minorité la plus pauvre de la région, sont désormais vendeurs d’artisanat ou guides de randonnée. »

Merci Lonely !

Donc en fait, je viens dans le coin pour aller au marché de Bac Ha (un peu plus loin, parce que celui de Sa Pa est devenu un marché de souvenirs pour touristes) et pour faire un trek de 3 jours dans les rizières et les villages de la région. Pour organiser tout ça, je suis passée par l’agence VietnamNomadtrails, chère mais comme j’aime, c’est-à-dire sympa et surtout hyper flexible.

L’aventure commence dès la gare d’Hanoi ou je dois faire appeler un certain Mr Tan qui doit venir me donner mon billet de train. Je trouve un guichet où un petit monsieur qui ne parle pas anglais me prête son téléphone gentiment. Je découvre par la même occasion que je ne suis pas seule à chercher Mr Tan : un couple de Français, M. et F., qui sont allés passer un an en Australie, attendent également. Bon, eux, ils ont pas réussi à convaincre le type de téléphoner à Tan mais bon…

Bref, Tan me répond «  OK, pas de problème, je suis là dans 15 minutes ! ». Une heure plus tard, (d’où l’intérêt de se pointer avec 2h d’avance…), toujours pas de Tan en vue… On se débrouille pour le faire rappeler, on nous dit d’attendre, on le fait rappeler encore une fois et finalement, c’est une agence de voyage qui finira par nous donner nos billets. Je soupçonne Tan d’avoir été pris d’une flemmite mythomaniaque aigüe…

Bref, je monte dans le train et là… WOW !! l’Orient Express !! (tout du moins comme je l’imagine) Déjà, à l’entrée du wagon, y a un gars en uniforme qui déroule un petit tapis et qui t’aide à porter ton sac jusqu’à ta cabine… Ah c’est sûr, ça change des conditions dans lesquelles je voyage d’habitude !! La méga classe… Des vrais matelas avec des petits chaussons, un kit de toilette, des petites lampes de chevet, des petites bouteilles d’eau, un gros cafard…. aaaAAAAH !! Comment ça un gros cafard ? Bah ouais, faut croire que les cafards aussi, ça aime le luxe. Un bon frisson et un gros coup de bouteille d’eau sur la tête dudit cafard plus tard, je me glisse dans mon « lit » et le train se met à cahoter doucement.

C’est à peine si je vois passer la nuit. Y a rien à dire, les trains vietnamiens, ça déchire. Je sais pas comment seront les suivants mais celui-là, il claque. A l’arrivée à Lao Cai, un petit gars m’attend avec une pancarte à mon nom, m’emmène dans un resto pour un petit déj « baguette-beurre-confiture » (héritage colonial oblige) et me dit que quelqu’un viendra me chercher un peu plus tard pour m’emmener à Bac Ha. Im-pec (deux-pec, trois-pec, …) ! De temps en temps, se laisser conduire, c’est bien aussi…

Je grimpe donc à bord d’un minibus cosmopolite (Canadiens, Chinois, Allemands, Français, Singapourienne) direction Bac Ha, 2 heures de route plus loin.

J’ai choisi une place près de la fenêtre pour admirer le paysage… Je passerai donc les 2 heures suivantes à papoter avec mes voisins français parce que le paysage… bah… il est sûrement très beau mais là, il est très très très timide… Tellement timide que même la route a tendance à se cacher. Jamais vu une purée de pois pareille.

Heureusement en arrivant sur Bac Ha, le brouillard se lève un peu et après un premier tour du fameux marché mené au pas de course par Cha, notre guide Black Hmong en tenue traditionnelle s’il vous plaît, le feu vert est donné et on se disperse parmi les allées colorées. Le marché de Bac Ha est en fait un des plus importants marchés de la région et de nombreux montagnards descendent à cette occasion faire leurs emplettes mais aussi acheter un buffle, des oiseaux, un poney, mais surtout discuter et boire des coups. Malgré le ciel gris, les tenues des femmes de toutes les ethnies différentes réchauffent sacrément l’ambiance et je profite de l’occasion pour goûter quelques spécialités locales (beignets au gingembre, à la patate douce, riz gluant frit dans une feuille de bananier, …) et pour m’asseoir à 20cms du sol entre 2 Vietnamiens pour déguster un bon petit pho bien cuit et recuit (soupe de nouilles avec un peu de bœuf et surtout un chouette bouquet d’herbes qui parfume le tout). J’irai ensuite m’apitoyer sur le sort des chatons qui grelottent sur des bâches plastiques et attendent de finir en ragout (oui, cette fois, c’est confirmé, les Vietnamiens mangent les chats, les chiens, les oiseaux et parfois des chenilles).

A 14h, le marché remballe et les touristes aussi. La suite du programme c’est « découverte d’un village Hmong fleurs »… Bon, on voit 3 bicoques en bois, 3 Hmongs fleurs et surtout 200 touristes à la queue leu leu qui mitraillent le moindre épi de maïs… tout ce que j’aime… Quinze minutes plus tard, on remonte dans le minibus, direction Sa Pa et c’est reparti pour 3 heures… Sauf que. Certains (ou plutôt certaine) n’ont pas été raisonnables. Ils se sont empiffrés de tout un tas de trucs différents et 3 heures de route de montagne dans la purée de pois, ça finit par mettre leur estomac à rude épreuve. Ce qui devait arriver arriva : ma voisine singapourienne finira par se dégobiller sur les genoux à 10 minutes de l’arrivée. J’ai été héroïque : j’ai pas bronché, je lui ai tendu un paquet de mouchoirs, j’ai dressé une barrière de lingettes entre nous (Dieu soit loué l’inventeur de la lingette !) et je me demande encore comment j’ai évité le cataclysme.

Le temps de passer à l’agence faire le point pour le trek des 3 prochains jours, il fait nuit, et je m’installe dans un petit hôtel où je m’offre le « luxe » d’un petit chauffage d’appoint (parce qu’il fait 5°C dehors et que je suis une chochotte…). Evidemment, on est en toute fin de saison et Sa Pa qui est entièrement tournée vers le tourisme ressemble un peu à une ville fantôme en ce dimanche soir. Une ville fantôme mais avec le wifi partout, des salons de massage et des magasins qui vendent des vêtements de montagne à tous les coins de rue. On se croirait à Chamonix !

Photos ici.