Le pays où le ciel est plus grand qu’ailleurs

Puisqu’il est désormais certain que le gouvernement américain m’en veut personnellement et ne réouvrira pas ses foutus parcs avant la Saint Glinglin, je reprends donc la route. Et cette fois, elle va être longue. Très longue. Globalement, je vais aller jusqu’à Chicago d’une traite. Enfin, d’une traite. En 6 jours. C’est qu’il y en a un certain paquet de miles à mettre au compteur de Flipper ! Mais quitte à avaler tout cet asphalte, autant le faire côté américain. Même s’il n’y a pas grand-chose à voir, ce sera toujours moins pire que côté canadien. Je quitte donc Banff, direction la frontière… que je passe comme une fleur. Un peu trop vite d’ailleurs. Le douanier ne met même pas de tampon sur mon passeport parce que soi-disant le visa que j’ai déjà est encore valide et y a pas besoin d’en mettre un nouveau. Bon. OK. Sauf que quelques kilomètres plus loin je réalise que mon visa est certes encore valide mais seulement jusqu’au 8 novembre… et moi, je ne repars que le 18 décembre. Petit souci administratif en vue… Heureusement, il est prévu que je repasse au Canada puis aux Etats-Unis avant le 8 novembre. Va falloir la jouer fine…

En attendant, je roule…

Et pendant 6 jours, j’ai parcouru près de 2300 miles et traversé 6 états.

D’abord le Montana. Moi, quand j’entends Montana, je pense à ça.

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Ou encore à ça.

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Bref, des paysages de malade, des chevaux, des cow-boys qui ressemblent à Brad Pitt (tous, oui, sans exception) et de la bonne musique country (oui, comme vous avez pu vous en rendre compte, c’est devenu ma spécialité). Et la vérité, c’est que le Montana, c’est presque ça. Des montagnes enneigées dans le fond, des plaines dorées devant, des chevaux la crinière au vent, des centaines et des centaines de vaches qui paissent paisiblement, un ciel 1000 fois plus bleu et plus grand que n’importe où ailleurs et un ruban d’asphalte qui s’étend à l’infini… C’est beau. De temps en temps, on tombe sur un hameau. Voire un village. Voire même une ville. Enfin pas trop grande la ville quand même. Et toujours ce ciel démentiel.

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Après le Montana, je suis passée au Wyoming. Là, les montagnes font progressivement place à des montagnettes puis à des collines et des collinettes. Les champs sont toujours aussi dorés et le ciel toujours aussi immense. Y a toujours des veaux, vaches, cochons, couvées et même quelques troupeaux d’antilopes. Si, dans le Wyoming, y a des antilopes.

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Y en a même un bon paquet. Et régulièrement couchées au bord de la route… Bon, y a aussi des ratons-laveurs sur le bord de la route. Et tout ça n’est pas en très bon état en général. Y a aussi des gens bizarres sur les aires de repos qui passent la nuit à veiller à côté de votre van et vous laissent au petit matin une lettre de 3 pages sur le pare-brise pour vous dire qu’il faut se méfier des inconnus… Mais le Wyoming, c’est aussi des couchers de soleil à tomber par terre et ce ciel qui s’enflamme et prend des teintes violacées comme on n’en voit que dans les photos de National Geographic.

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Et puis après le Wyoming, y a le South Dakota. Bon, celui-là, on savait à peine qu’il existait avant d’y mettre les pieds. Et pourtant ! Y en a des trucs dans le South Dakota ! D’abord y a ça.

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Ah ! C’est pas un peu connu ça ? Et non, ça n’est pas la vague réplique de l’étiquette d’une encore plus vague bouteille de whiskey… Et oui, ça aussi c’était censé être fermé (shutdown toussa-toussa…), mais comme tu peux le voir depuis la route, ça serait vraiment bête de vouloir payer les 11 dollars du parking (oui parce que c’est gratuit mais comme t’as pas le droit de te garer le long de la route, faut payer le parking…). En ce moment, les rangers sont plutôt sympas, ils te laissent t’arrêter quelques minutes devant l’entrée du mémorial et prendre tes photos. D’ailleurs, y a pas que des rangers qui traînent là-devant. Y a ça aussi.

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Et puis dans le South Dakota, tu trouves ça.

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Oui, c’est une espèce de château recouvert d’épis de maïs. Et à l’intérieur du château, y a… rien. Enfin si, une salle de sport. Et non, des fois, tu comprends pas tout chez les Américains.

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Mais dans le South Dakota, tu trouves aussi ça.

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Quoi ? Non, c’est pas juste une maison. C’est une maison située à l’angle de Ingalls Drive et Prairie Avenue !

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Parce que le South Dakota, c’est aussi la patrie de Laura Ingalls Wilder. Oui, LA Laura Ingalls. Celle qui habite dans une petite maison au beau milieu d’une prairie. Laaalalalaaaa laaalalaalalaaaa ! Et hop ! Vas-y que je me gamelle dans la prairie ! Oui, parce que moi, j’ai jamais lu les livres écrits par Mme Ingalls. Je connais que la série télé. Sauf qu’il y a un truc qui ne colle pas. Dans la série, les Ingalls habitent à Walnut Grove. Et ici, on est à De Smet. Jamais entendu parler de De Smet… c’est louche. C’est qu’en fait, avant de déménager à De Smet, les Ingalls vivaient bien à Walnut Grove mais ça, c’est dans le Minnesota. Alors le scénario de la série a un peu tout mélangé mais la petite maison dans la prairie, elle est bien ici. A De Smet.

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J’ai même pu aller me recueillir sur les tombes de Charles et Caroline.

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Et comme je ne voulais pas en rester là, j’ai poursuivi ma course folle dans le Minnesota. Où je suis évidemment passée par Walnut Grove. Mais là, curieusement, ils en font pas tout un foin des Ingalls. C’est tout juste s’ils mettent un petit drapeau sur les lampadaires.

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Et puis après le Minnesota, j’ai encore traversé le Wisconsin pour finir par arriver à Chicago, Illinois. Et après 6 jours à avoir contemplé l’horizon à perte de vue, d’un coup, retrouver des gratte-ciels et des autoroutes à 3 voies, ça a fait tout bizarre… Et d’un coup, le ciel a retrouvé une taille normale : juste un petit coin de bleu entre 2 buildings.

Photos ici.

Santa Barbara

Ce matin, malgré un instant d’hésitation vu l’état de la salle de bains, je savoure ma douche… Dieu sait quand sera la prochaine ! Non pas que j’ai décidé de faire le concours du plus crado, tout le monde sait que je ne PEUX pas gagner… mais l’idée des 2 prochains mois c’est de dépenser le moins de sous possible dans les campings ce qui restreint donc assez drastiquement mon accès à une douche.

En attendant, c’est donc pleine d’entrain que je me rends chez Escape Campervans récupérer mon fidèle compagnon pour les 2 prochains mois. Et il est bien là. Encore plus gros que Ben I et Ben II réunis… En fait, c’est pas vraiment le modèle que j’avais réservé mais hasard du calendrier, pour le même prix, j’ai le droit au modèle supérieur… perchée devant le volant, je me sens comme un chauffeur de camion ! Le temps de faire le check-up complet, de signer encore un ou deux papiers et voilà ! Flipper et moi sommes lancés ! Oui, celui-là ne sera pas Ben III mais Flipper… pas le choix, c’est marqué sur ses clés.

Pour commencer en douceur, Flipper et moi, on se rend chez Walmart faire quelques courses. Et puis, comme décidément, Los Angeles n’est pas ma tasse de thé, je décide de prendre au plus vite la route de la côte. Direction donc Malibu. C’est un des quartiers que je n’étais pas allée voir il y a 2 ans et je me dis que quand même, avant de m’élancer pour ma longue traversée, je peux bien y faire un petit arrêt. Mais Malibu, c’est pas vraiment dans Los Angeles. A vrai dire, rien n’est dans Los Angeles. C’est même assez loin : près de 50kms ! Bon, très bien, de toute façon c’est sur la route alors, y a pas à hésiter. Y a un peu de monde sur l’autoroute en ce vendredi matin mais Flipper se débrouille très bien et moi aussi même si je dois m’habituer à bien rouler à droite pour que Flipper ne donne pas de coups d’épaule à ses petits voisins…

Arrivée à Malibu commence la galère pour se garer. C’est que Flipper n’est pas que large… il est également assez grand. Et apparemment, tout le monde s’est donné rendez-vous à la plage, les gens se battent pour rafler les places le long de la route ! Il semblerait que chacun profite de sa pause déjeuner pour venir surfer. Un peu de patience et nous voilà finalement garés. J’emprunte donc le sentier qui mène à la fameuse plage et… QUOI ??? c’est ça Malibu Beach ? c’est une blague ou quoi ? La plage est toute petite, pas très jolie, adossée à un marais à moitié asséché et couverte d’algues… on m’aurait menti ou quoi ?

En fait, la plage continue un peu plus loin mais elle est alors privée. Des maisons, littéralement les pieds dans l’eau, s’alignent tout du long. Des maisons qui certes, doivent valoir une fortune, mais pas vraiment si extraordinaires que ça. Et en plus l’eau est si froide que c’est à peine si on peut se tremper dedans. Bref, c’est la déception.

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Du coup, je ne reste que le temps de faire sécher mon maillot de bain et je décide de poursuivre la route. Oui mais. Dans l’euphorie du moment, j’ai oublié de passer dans un magasin de téléphonie pour acheter mon modem. Oui, je suis une voyageuse qui ne se douche pas mais il est hors de question de ne pas être connectée au reste du monde ! Sinon, comment pourrais-je partager toutes ces délicieuses aventures avec vous ? Sauf que toutes les adresses que j’avais soigneusement pris soin de noter sont à Los Angeles. Et que je n’ai aucune garantie de tomber par hasard sur le magasin qui aura exactement ce dont j’ai besoin (j’ai tenté l’expérience à la Nouvelle-Orléans, ça a raté. 2 fois.). Très bien, je me dis. Quand on n’a pas de tête, on a des jambes (enfin… des roues en l’occurrence). Retournons à Los Angeles, c’est l’histoire d’une heure et demie, de toute façon, y a rien de vraiment prévu cet après-midi, la prochaine fois, t’auras qu’à faire attention. Et nous voilà donc repartis dans l’autre sens. Sauf que. Visiblement, il se passe un truc en ce vendredi après-midi parce que l’autoroute est bou-chée. Dans les 2 sens. On se croirait sur le périph’ un lundi matin à 8h. Peu importe, je vais jusqu’au bout. Je finis donc par trouver le bon magasin qui a le bon appareil et qui me vend le moyen de me connecter à internet de presque partout. 15 minutes plus tard, me voilà repartie dans l’autre sens. Encore. Et les bouchons n’ont pas disparu… loin de là… Moralité, je vais passer près de 4 heures au pas à me demander comment c’est possible d’être bloquée sur une autoroute qui a 6 voies. Et quand enfin j’arrive à Santa Barbara, le Visitor Center a fermé ses portes depuis longtemps…

Je me mets donc en quête d’un endroit où passer la nuit. Sauf qu’à Santa Barbara, ils doivent pas avoir trop envie que tous les camping-cars et autres vans viennent squatter leurs parkings. Il y a des tas d’interdiction de se garer entre 2h et 6h du matin. Comme si j’allais me lever au beau milieu de la nuit pour déplacer Flipper… Je poursuis donc mes recherches mais la ville est décidément pleine de panneaux dissuasifs. La nuit commence à tomber et je n’ai toujours pas trouvé où coucher Flipper… Je me résous donc à chercher sur le GPS les campings autour de la ville. Sauf qu’au lieu de campings, cet imbécile m’indique tous les mobil-homes de la région ! En m’éloignant un peu et à force de tourner, je finis par trouver une petite rue où sont déjà garées d’autres voitures et où le seul riverain est une entreprise. Je peux donc enfin m’arrêter et préparer Flipper pour la nuit. Je m’aperçois alors que je n’ai pas de lumière. Rien, nada. Bon, va falloir acheter une lanterne. Et puis, au fur et à mesure, la liste des menus aménagements à apporter à Flipper s’allonge et je décide que demain, dès la première heure, je vais aller faire un tour dans un magasin de camping. 2 mois dans ma boite de conserve, faut au moins que je sois correctement équipée !

Le lendemain matin, grâce à mes gadgets haute technologie en tous genres, je me trouve un magasin genre Vieux Campeur puissance 1000. Ils ont tout ce que je veux et même bien plus… me voici donc l’heureuse propriétaire d’une jolie lanterne, d’une douche de camping (ouais, quand je vous dis que je vais pas gagner le concours du plus crado…), d’une gourde isotherme et d’un nouveau guide pour la suite du voyage. Non, tout ça n’était pas sur ma liste…

Je pars ensuite explorer un peu Santa Barbara. La ville est riche. Très riche. Et très jolie. Un petit côté espagnol avec tous les toits en tuile et les murs blanchis. Vraiment très jolis. Je visite la Court House et la Old Mission, les 2 spots recommandés par le Visitor Center. Et j’en profite pour assister à 2 mariages : il sera dit que tous les 31 août, j’assisterai à un mariage… Bon, là, j’ai pas vraiment pu m’incruster au vin d’honneur (ni même entrer dans l’église) mais les mariées étaient particulièrement choupinettes ! American style, quoi !

Je reviens ensuite en centre-ville faire du lèche-vitrine dans State Street, LA rue des commerçants. Les boutiques plus chics les unes que les autres s’alignent le long de cette artère où déambule la foule. Toutes les vitrines affichent des soldes. Labor Day Sales. Et je finis par comprendre que si y a tout ce monde c’est pas uniquement parce qu’on est samedi mais parce qu’on est samedi d’un week-end de 3 jours et que pour les Américains, c’est jour de fête ! D’où les campings pleins, les caravanes et les camping-cars qui ont envahi la ville et la foule des grands jours !

Après avoir donc fait chauffer ma carte bleue (quoi ? c’est les soldes et j’ai pas fait de shopping depuis près d’un an !), je décide d’aller griller tout court à la plage. Parce que c’est ça la côte Pacifique : il fait hyyyper beau, hyyyper chaud mais y a un vent à décorner les bœufs donc sur la plage… t’es limite frisquet. Pour un peu, on se croirait en Bretagne… y a même les tripotées de gamins qui font de l’optimiste dans le port… Et comme en Bretagne, tu peux pas mettre un doigt de pied dans l’eau : trop froid. D’où la grillade…

Je passe la soirée à admirer le coucher de soleil en grignotant des carottes (mon nouveau régime spécial van) et puis, quand il se met à faire vraiment trop nuit et que, de toute façon, l’heure de fin de tolérance des vans sur les bords de trottoir approche, je retourne me garer dans mon petit coin. Tranquille. Et cette fois, avec ma lanterne, j’ai même le temps de bouquiner un peu avant de sombrer dans le sommeil. Comme à la maison.

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Photos ici.

Tallahassee

Après un dernier petit déjeuner made in Denis-le-pirate, on quitte St Augustine. Sans payer notre hôtel. Non pas qu’on n’ait pas voulu payer. Mais ce matin, à l’hôtel, y a que Denis, et lui, il peut pas utiliser la machine à carte bleue. J’essaye de passer quelques coups de fil au propriétaire mais il est malade, il peut rien faire. Moralité, on part sans payer. Mais rassurez-vous, grâce à la technologie moderne et internet, les pirates vont quand même finir par me rattraper…

Aujourd’hui, direction donc Tallahassee, capital city of Florida. Oui, pour ceux qui croyaient que Miami ou Orlando était la capitale de la Floride, vous vous êtes fourrés le doigt dans l’œil. C’est Tallahassee. Evidemment, personne n’a jamais entendu parler de Tallahassee. Bah… c’est normal : y a rien à y voir. Mais avant donc de plonger plein ouest, on s’offre quelques derniers kilomètres le long de la A1A, notre route préférée le long de la côte atlantique. La route court littéralement tout le long de la côte floridienne du nord au sud (ou du sud au nord, tout dépend dans quel sens vous conduisez) et passe par toutes les petites îles ou presqu’îles si jolies qu’on voudrait s’arrêter tous les 500 mètres. C’est comme ça qu’on passe par la Kingsley Plantation, une ancienne plantation de canne à sucre tenue par M. & Mme Kingsley, des Gens de Couleur Libres. Oui parce qu’en Floride, y avait pas que des Blancs qui possédaient des esclaves et qui les faisaient trimer dans leurs plantations. Enfin ça, c’était avant que la Floride ne devienne américaine bien sûr. Parce qu’après, ça a été un peu plus compliqué pour les Gens de Couleur Libres. La ségrégation s’appliquait à eux aussi alors les Kingsley, ils se sont enfuis à Haïti. De la grande époque, il ne reste que la maison des maîtres, en pleine restauration à cause de l’humidité, des termites et des catastrophes naturelles, et quelques cases d’esclaves, en ruines. Et pourtant, avec un peu d’imagination, on s’attendrait presqu’à voir l’Oncle Tom sortir de la grange… Mais en fait, ce sont plutôt des nuées de moustiques qui nous sautent dessus alors on se dépêche de remonter en voiture et on file toujours le long de la A1A.

Un plus plus loin, on arrive à Big Talbot Island. Rien de spécial, c’est juste très joli, y a plein d’arbres morts couchés sur la plage parce que la marée les fait tomber un à un de la dune et avec le ciel au loin qui noircit un peu plus chaque minute (doit y avoir un sacré orage un peu plus loin), les couleurs sont magnifiques.

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Et enfin, ça y est, virage à droite et adieu l’Atlantique ! Enfin… pour cette fois !

Quelques heures plus tard, nous arrivons à Tallahassee. Non seulement, y a rien à voir mais la ville n’est vraiment pas très belle : comme partout, des kilomètres d’avenues le long desquelles s’alignent les fast-foods (faudrait pas que quiconque soit à plus de 10 minutes à pieds d’un McDo ou d’un KFC), les vendeurs de meubles et les stations-services. Du coup, on préfère profiter de la piscine de notre motel avant d’aller dîner dans un petit resto de poisson et fruits de mer. Sur le papier, ça a l’air plutôt sain et diététique. Dans la vraie vie, tout ce que j’avalerai ce soir-là sera frit… le poisson, les frites de patate douce, les okras (un genre de poivron)… tout ! Et tout a beau être très bon, ça finit par être un peu écœurant…

Le lendemain matin, avant de reprendre la route, nous allons visiter le Civic District. Dans chaque capitale d’Etat se trouve le capitole. C’est là que le Gouverneur… gouverne. Et en Floride, on peut rentrer dans le capitole comme dans un moulin (après une bonne fouille à l’entrée quand même). Et on peut se balader là-dedans comme bon nous semble. A tel point qu’on arrive devant le bureau du Gouverneur himself, Rick Scott. Là, juste devant la porte, y a le bureau de son assistante, Christine. Et Christine, ce matin, elle a pas grand-chose à faire alors on papote. Evidemment, elle est venue en honeymoon à Paris et elle a adoooooré… elle pense d’ailleurs accrocher des photos que son mari a prises sur les murs de son bureau, qu’est-ce qu’on en pense ? Bon, pour ce matin, elle est désolée mais on ne peut pas voir l’intérieur du bureau de son patron, il bosse. D’ailleurs, on entend des voix derrière la grosse porte en bois. C’est pas grave, j’étais pas vraiment in the mood pour aller en réunion de toute façon.

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Pour gouverner, Ricky, il est pas tout seul. Quelques étages plus haut, y a la chambre du Congrès (House of Congress) et la chambre des Représentants (House of Representatives). Bon, c’est sûr, ça a moins de gueule que notre Assemblée Nationale mais ils ont de sacrés fauteuils ! Pour finir, on grimpe à l’Observation Deck au dernier étage. De là, on se rend compte que Tallahassee, finalement, c’est pas bien grand et en plus, c’est perdu dans la forêt.

On ressort de là en se demandant à quelle heure ils commencent à bosser les fonctionnaires américains. Parce qu’il est 10h et à part nous et Christine, y a pas grand-monde dans ce building…

Tant qu’on est dans le quartier, on fait également un saut au Old Capitol State, celui qui était utilisé avant de devenir trop petit pour toute cet armée de fonctionnaires fantômes… et puis enfin, au Florida Historical Museum. Là, on apprend qu’il y a très longtemps, y avait des mammouths en Floride (sûrement les retraités qui venaient se mettre au chaud…) et que c’est ici qu’a été inventée la clim. En même temps, ça se comprend…

Cela étant dit, au moment où on reprend la route, il se met à pleuvoir. Et pas un petit crachin breton genre pipi de chat. Oh non ! Plutôt un déluge genre pluie tropicale. Si fort que les essuie-glaces peinent à tout essuyer et que la voiture soulève des gerbes d’eau plus haute qu’elle… impressionnant.

Et c’est toujours sous la pluie qu’on arrive au Wakulla Springs State Park. Ici, on a une chance d’apercevoir outre nos alligators préférés, des tas de jolis oiseaux et même, des lamantins. Mais pour ça, il faut prendre un bateau et vu ce qui tombe, les départs sont pour l’instant suspendus. Alors pour faire passer le temps, on pique-nique à l’abri dans le lodge du parc tout en allant régulièrement demander aux rangers s’ils remettent les bateaux à l’eau. Et la patience finit par payer : on embarque finalement avec tout un groupe de… retraités (sans blague !) et un capitaine à l’accent à couper au couteau. Mais peu importe, les lamantins sont là ! Et ils sont énoooormes ! Et probablement sourds vu qu’ils ne bougent pas à l’approche du bateau… ils sortent juste leur nez pour respirer de temps en temps. Dans l’eau un peu trouble de la rivière, on dirait de grosses quenelles…

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En fin de journée, sur la route de Port St Joe, notre étape pour cette nuit, on s’arrête à l’Indian Pass Raw Bar, un resto dont la spécialité est les fruits de mer et plus particulièrement les huîtres, ulrta réputées dans la région. Crues, au four ou grillées avec du parmesan, y en a pour tous les goûts. Et vu le monde qu’il y a dans cette petite gargote du bout du monde, on se dit que ça doit valoir le détour. Bon, moi, je mange pas d’huîtres mais il paraît que c’était très bon. En repartant, on a droit à un superbe coucher de soleil sur la baie…

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Photos ici.

Arrivée à Goa

Goa, Goa, Goa… Je sais pas vous, mais moi, quand j’entends Goa je pense plage de sable fin, palmiers, mer turquoise et bons hippies coincés dans les années 70 qui fument des joints en faisant du yoga et en dissertant sur la paix dans le monde. Je peux aussi entendre groupes d’Israéliens fraîchement délivrés du service militaire qui viennent faire la fête et fumer des joints (à tel point que le gouvernement indien pose désormais des restrictions aux visas pour les Israéliens) ou gros Russes ivres morts qui picolent de la vodka dès le petit déj, qui sont tous rouges et qui beuglent jusqu’à 4 heures du mat. L’un n’empêche pas l’autre.

Evidemment, Goa, ce n’est pas que ça. Déjà, Goa, c’est un état, pas une ville. On ne peut donc pas dire : « je vais à Goa ». C’est grammaticalement incorrect (et Dieu sait si on est tatillon sur la grammaire sur ce blog…). C’est donc un tout petit état, certes, mais qui a été colonisé par les Portugais, une exception dans l’Inde britannique, ce qui saute aux yeux tant en terme architectural que culinaire ou musical et qui fait donc son charme et sa particularité.

Et pour ceux qui se posent la question : fumer, c’est mal et la drogue, c’est illégal. Même à Goa. Bon, c’est pas très difficile d’en trouver mais si t’as envie de visiter les cellules des prisons indiennes, ça te regarde, chacun sa vision du tourisme.

Bon, on n’arrive pas comme ça à Goa, genre « youhou !  je débarque, je vais me la couler douce pendant une semaine ». Non. On se tape d’abord 16 heures de bus… Oui madame. 16 heures. Dans un bus sans clim et sans couchette. Parce que les couchettes, ça sert à rien, de toute façon, la route est trop défoncée et le chauffeur est trop indien et qu’avec la clim, il fait trop froid, t’es obligé de sortir un pull de ton sac et ça, c’est no way.

Puis, une fois que tu es arrivé en Goa (puisque c’est comme ça qu’il faut dire) et plus précisément à Mapusa, tu prends encore un petit bus local pour atteindre la plage de tes rêves à Anjuna dit Anjuna-la-hippie, ça tombe bien. Bon, le chauffeur du bus pour Anjuna, il a pas du tout comprendre au concept de « hippie » parce qu’il fait tourner en boucle Justin Bieber à fond les ballons. Après une nuit blanche et à la 17ème heure de trajet, ça m’a valu une belle crise de fou rire avant de chanter avec le chauffeur « Baby, baby, baby, ooooooh ! ». Incredible India !

Après m’être installée dans une petite guest house qui fait aussi resto, salon de beauté, loueur de vélos et cybercafé, je pars donc avec ma serviette sous le bras, fermement décidée à rattraper mon bronzage backpacker ridicule (c’est-à-dire que j’ai les bras et le visage noirs, la marque des tongs sur les pieds et tout le reste d’une pâleur à rendre jaloux un lavabo… mais pas indien le lavabo, hein ? parce que là aussi, ils aiment la faïence flashy).

Première constatation, les touristes occidentaux sont bien là. Rien qu’à la terrasse de la guest house, je trouve un Suisse (trop bizarre d’ailleurs…), 2 racailles québécoises (kromeugnon l’accent québécois sur le langage 9-3), 2 Israéliennes, un couple d’Allemands, un couple d’Anglais, et une Américaine et une Espagnole venue faire un stage de yoga.

En arrivant sur la plage, petit moment de solitude avec ma serviette : y a pas de plage, y a juste une falaise ! Pour la plage, faudra attendre la marée basse… et de toute façon, y a que des rochers. Je marche donc le long de la falaise histoire de choisir le meilleur bar pour le coucher de soleil (c’est pas compliqué, ils s’appellent tous Sunset, ça devrait m’aider…). Les sentiers sont bordés d’échoppes de fringues, de sacs, de tentures et de sandales pour touristes. Les invitations pleuvent : « Come see my shop ! », « No shopping, just looking ! », « Promise you come back tomorrow ! ». Mais ma volonté est inflexible ! Je finis par trouver la plage, une petite bande de sable coincée entre 2 rochers. Là, on se croirait à Saint Trop’ : un très esthétique alignement de bars, musique à fond, et demoiselles rouges fluo en bikini entourées d’Indiens qui font des photos. Occidentales, les demoiselles. Et russes (c’est facile à reconnaître les Russes : ça hurle des trucs qui ont l’air très méchants tout le temps). Les Indiennes se baignent en jeans, elles.

Mais je ne suis pas venue à Anjuna que pour la plage (heureusement…) ! Le mercredi, il y a le « fameux » flea market qui déplace les foules depuis bientôt 3 ou 4 décennies.Bon alors en fait de flea market, ce sont les mêmes échoppes qui se déplacent juste 300 mètres plus loin pour se rassembler sur un terrain vague avec 3 ou 4 vaches… Clairement décevant.

La vérité, c’est que je ne reste pas à Anjuna. Trop de touristes, trop d’échoppes pour touristes tenues par des touristes qui ne sont jamais repartis, trop de d’Indiens qui essayent de t’extorquer quelques roupies… Je descends dans le Midi. A ma connaissance, personne ne rentre chez lui, là-haut dans le brouillard. Conquérir des plages vierges de tout Russe et grignoter du poisson grillé. Ça, c’est la vraie vie.

Photos ici.