Aujourd’hui, j’ai embrassé un éléphant

Ou plutôt une éléphante. L’effet est le même. C’est mouillé, poisseux et un peu boueux… Et dans quelles circonstances cela a-t-il bien pu se passer ? C’est l’histoire du jour.

Après le tourbillon bangkokois, on a (re)pris l’avion direction Chiang Mai, 500kms plus au nord. Chiang Mai, deuxième ville du pays avec 174 000 habitants (une sacré différence avec Bangkok et ses 8 millions), située dans les contreforts du nord et ayant bien plus en commun avec la Birmanie toute proche (la majorité des réfugiés birmans arrivent ici), le Laos et même les montagnes du sud de la Chine qu’avec les plaines centrales et les îles bien connues du sud de la Thaïlande. Ici, pas de gratte-ciels à outrance ni d’autoponts à plusieurs niveaux mais des temples en veux-tu en voilà, une ambiance de ville étudiante (pas loin de 10 000 nouveaux étudiants arrivent chaque année à la prestigieuse université de Chiang Mai) et quelques belles montagnes en toile de fond.

Comme le temps nous est compté (on a un emploi du temps de ministre), à peine descendues de l’avion, on a entamé l’exploration méthodique de la vieille ville et de ses temples, consacrés à Bouddha ou aux reliques de tout un tas de gens et qui grouillent de pèlerins des 4 coins de la Thaïlande venus déposer des offrandes et allumer quelques bâtonnets d’encens. On a ainsi pu rajouter quelques « Wats » à notre collection et sans aucun doute faire progresser notre karma de quelques points sur l’échelle de l’illumination. Après avoir arpenté les trottoirs (ah non, y en a plus, ils sont tout démontés) les rues toute l’après-midi, nos gambettes ont demandé grâce alors on les a emmenées au Thai Massage Conservation Club, chez des masseurs aveugles (ils sont censés avoir un sens du toucher plus développé) spécialistes du fameux massage thaï. Ah, le massage thaï… qui n’est jamais passé sous un camion ne peut pas comprendre les subtilités de cet art… Parce que à part nous enfoncer leurs genoux, leurs coudes et leurs pouces dans chaque centimètre carré de chair à leur portée, j’ai pas bien compris ce que ces charmantes personnes étaient censées faire ! Du coup, on est rentrées en marchant comme des cow-boys et 3 jours après, j’ai toujours besoin de quelqu’un pour m’aider à mettre mes chaussettes (mais ça tombe bien, je mets pas de chaussettes dans mes tongs). Mais passons. Pour nous remettre de nos émotions, on est allées dîner au night market où entre 2 stands de t-shirts, quelques lady-boys et des types qui voulaient nous emmener voir des combats de boxe thaïe, on a pu se régaler (enfin moi surtout) avec des moules grosses comme des huîtres parfumées au lait de coco. Mmmmh…

Le lendemain, la néo-bikeuse que je suis devenue n’a pas hésité à louer une moto (une grosse… 125cc. La prochaine fois, ce sera une Harley pour sûr !), à charger sa passagère (dont le degré de confiance n’était pas excessif) et à partir pour le Doi Inthanon, le point culminant de la Thaïlande (2565 mètres quand même !), à quelques 100kms de là. Ça nous a permis de peaufiner notre bronzage (on a cramé), de sortir nos pulls (bah oui, à 2500m, il fait 12°C, c’est froid !), de faire semblant d’admirer la vue sur la vallée (toute bouchée par la brume de chaleur) et de prouver au monde entier que oui, on peut dormir sur une moto qui roule à 70kms/h…

Comme la journée avait été un peu pauvre en surprises en rebondissements divers, j’ai décidé de laver mon linge et de donner par la même occasion une nouvelle teinte violette à mes vêtements blancs qui, de toute façon, devenaient gris. A retenir : les teintures cambodgiennes ont une forte volonté de migration…

Pour je ne sais quelle obscure raison, Chiang Mai est la capitale des Elephant Parks de Thaïlande. C’est un des trucs à ne surtout pas louper si vous passez dans le coin. Alors nous, comme on est bien disciplinées, on a signé pour une journée au Baanchang Elephant Park afin de clôturer notre séjour dans le coin en beauté. Et y a rien à dire, on n’a pas été déçues. Le parc compte 26 éléphants d’Asie (plus petits que leurs cousins africains et avec des petites oreilles), 21 femelles et 5 mâles, âgés de 3 à 50 ans. Ils organisent des journées en petits groupes (8 personnes maxi) où ils font découvrir aux touristes le boulot de mahout (qui peut aussi s’appeler cornac dans d’autres régions du monde) et sensibilisent tout le monde à la préservation des éléphants et de leur habitat naturel. Après avoir nourri le troupeau avec pas loin de 100kgs de bananes et de cannes à sucre, on a appris les rudiments du langage éléphant à savoir « Couché ! », « En avant ! », « A droite ! », « A gauche ! » et « Stoooooop ! ». Puis on s’est entraînés à grimper dessus, à leur tirer les oreilles (même pas mal !) et à leur gratouiller le front. On a ensuite fait une petite balade à dos d’éléphants dans la jungle (ouh là là… mais c’est que c’est encore moins confortable qu’un chameau ces petites bêtes là…) et pour finir, le clou du pestacle, on a lavé les éléphants dans une grande mare avant de finir douchés de façon éléphantesque…

Une vraie belle surprise et un très chouette moment. Les éléphants semblent vraiment heureux, certains ont une relation vraiment complice avec leur mahout et on est tous comme de grands enfants quand il s’agit d’approcher ces gentils monstres pour de vrai et de se faire suçoter la joue par une trompe un peu trop curieuse. C’est quand même très impressionnant. Et trooooop bien. Et le guide est vraiment sympa et prend plein de photos avec ton appareil photo pour que tu ne sois pas frustré de n’avoir pas osé lâcher les éléphantesques oreilles de ta monture pour prendre quelques clichés. Bref, on recommande chaudement le Baanchang Elephant Park. Cher, but it definitely worth it !

Et voilà, c’est déjà l’heure de repartir ! Un nouvel avion (encore ??? oui… encore…) et ce soir, on dort à Phuket. Phuket ? Cette station balnéaire ultra touristique envahie par le béton et les Russes (oui, ils sont ici aussi) ? Nooooon… rassurez-vous. On n’y fait que passer. Dès demain matin, on s’en échappe. On part explorer le parc national de Khao Sok, la dernière forêt pluviale du monde… Inutile de vous dire que ça fait 5 jours qu’on fantasme sur la taille de toutes les bestioles qui vont s’immiscer dans nos hamacs… Affaire à suivre.

Photos ici.

Angkor ! Encore !

Pardonnez-moi pour ce jeu de mot tout pourri et ultra convenu mais j’ai pas pu m’empêcher…

Alors là, on rigole plus. Angkor, c’est du sérieux. Près d’une centaines de temples en ruines et bouffés par la jungle, encore une « merveille du monde » à rajouter à mon palmarès.

D’abord, je vous l’avais promis, un petit rappel historique.

La période d’Angkor, époque de la construction des temples et de l’accession de l’empire khmer au rang de grande puissance du sud-est asiatique, s’étend de 802 à 1432. Des phases de déclin et de renaissance ainsi que des guerres contre les puissances rivales du Vietnam, du Siam (Thaïlande) et de la Birmanie (Myanmar) jalonnent ces 6 siècles. Les centaines de temples qui subsistent ne constituent que la partie sacrée du vaste centre politique, social et religieux de l’ancien empire khmer, une cité qui à son apogée comptait 1 million d’habitants alors que Londres n’en dénombrait que 50 000. Les maisons, les bâtiments publics et les palais, construits en bois, ont disparu depuis longtemps ; la brique et la pierre étaient réservées aux édifices sacrés.

En 802, donc, le roi Jayavarman II accède au trône. Pour la première fois dans l’histoire khmère, il unifie les différents royaumes du Cambodge et se proclame devaraja, représentant sur terre de Shiva (son ego allait très bien, merci !). Du coup, il fait construire, au centre de sa capitale (pas très loin d’Angkor) un temple-montagne, symbole du mont Meru, la demeure de Shiva et le centre de l’univers. Ces successeurs feront de même, d’où la prolifération des temples. Les différents rois construisent donc des temples de plus en plus grands et de plus en plus somptueux au cours des années, tous consacrés à Shiva. Pendant ce temps, les Chams, les Siamois et les Birmans attaquent à tour de rôle l’empire khmer et mettent régulièrement à sac la ville, ce qui permet de  reconstruire de nouveaux temples par-dessus les ruines d’anciens, ça fait gagner de la place.

En 1112, le roi Suryavarman II réunifie le pays et étend son influence jusqu’en Malaisie et en Birmanie. Lui, il préfère Vishnu et il fait construire le plus grand et le plus beau des temples angkoriens, Angkor Wat (le plus grand édifice religieux au monde et celui qui est sur le drapeau du Cambodge aujourd’hui).

Juste après, en 1177, les Chams (ceux qui sont au centre et au sud du Vietnam) prennent les Khmers par surprise et viennent brûler Angkor. Mais heureusement, 4 ans plus tard, le roi Jayavarman VII les fout dehors et reprend le contrôle de la ville. Lui, c’est Bouddha qu’il préfère. Alors il fait construire la cité d’Angkor Thom, renfermant tout un tas d’édifices différents et encore d’autres temples à l’extérieur de la cité. C’est le plus grand bâtisseur des nombreux rois d’Angkor. Après sa mort, l’hindouisme redevient religion d’état. Du coup, toutes les représentations de Bouddha sont saccagées, abîmées ou transformées.

Remettons encore alors une petite couche d’invasion siamoise, quelques périodes où Angkor est à nouveau la capitale khmère mais à cause de l’envasement des systèmes d’irrigation et de la vulnérabilité du site, les rois khmers finissent par déplacer la capitale à Phnom Penh, moins exposée.

La « découverte » d’Angkor par les Français dans les années 1860 connut un retentissement mondial. Il ne s’agissait pas vraiment d’une découverte : lorsque l’explorateur Henri Mouhot arriva pour la première fois devant Angkor Wat, le temple abritait un monastère prospère, entretenu par des moines et des esclaves. Angkor devint alors l’objet d’expéditions financées par la France. A l’époque, l’ouest du pays est sous contrôle thaï. Les Français négocient en 1907 la restitution de la province au Cambodge et l’Ecole Française d’Extrême-Orient prit la responsabilité de dégager et de restaurer l’ensemble du site. Les premiers touristes étrangers découvrent alors la capitale de l’empire khmer.

Les campagnes de restauration se succèdent. Divers pays y participent : l’Inde, l’Allemagne, le Japon, la Corée et bien sûr la France. Pendant la période Khmer rouge et la période de la guerre civile, Angkor subit peu de dommages (les Khmers rouges voulant montrer au monde qu’ils connaissaient la valeur du site). Mais les restaurations sont interrompues et la jungle reprend ses droits. Depuis 1992, Angkor est classé au patrimoine mondial de l’Unesco et aujourd’hui jusqu’à 2 millions de touristes par an viennent admirer les racines de fromagers et de ficus qui serpentent dans les temples.

Et puis, pour bien comprendre ce qu’on vient voir à Angkor (non, ce n’est pas qu’un tas de cailloux cassés et mal rangés !), il faut avoir 2 ou 3 notions d’hindouisme et de bouddhisme. Parce qu’en fait, ces temples ont été consacrés d’abord à l’un puis à l’autre puis ça a changé tellement de fois qu’on ne sait plus très bien en l’honneur de qui les gens viennent y prier. On y trouve donc des représentations de Shiva, Vishnu, Nandin, Lakshmi, Ganesha, Hanuman (tous ces gens sont des divinités hindoues), du Râmâyana (une épopée genre « l’Odyssée » version indienne) mais aussi des statues de Bouddha assis, debout, couché, en méditation, et enfin, certaines parties des temples sont consacrées au culte des ancêtres (là, on saupoudre un peu d’animisme sur le tout).

Voilà. Armés de ça, je vous emmène faire un petit tour dans les temples d’Angkor.

Pour commencer, il faut déterminer quels temples vous voulez voir sur les 48 heures que vous avez devant vous. Tout voir est impossible et en plus, au bout d’un moment, y a rien qui ressemble plus à un temple qu’un autre temple (si vous voyez ce que je veux dire…). Le truc c’est que tous les temples ne sont pas à côté les uns des autres. Plusieurs solutions s’offrent alors à vous. Vous pouvez louer une voiture avec ou sans chauffeur avec ou sans clim (définitivement hors budget et de toute façon, je ne me rappelle plus comment on monte dans une voiture), louer un tuk-tuk à la journée (où c’est même pas la peine de négocier le prix, de toute façon, il doit y avoir un syndicat des tuk-tuk drivers à Angkor qui a fixé les prix depuis 1 000 ans et qui se frotte les mains) ou vous la jouer warrior ultra et louer un vélo (budget attitude certes, mais je rappelle qu’il fait 35°C à l’ombre…).

Comme 80% des feignasses touristes, bien sûr, vous optez pour le tuk-tuk.

Ensuite, il vous faut un guide. Bah oui, des tas de cailloux cassés, en vrac, envahis par la jungle, construits par une civilisation dont vous ne savez quasiment rien et qui pourtant à l’époque où nous, on construisait des châteaux forts (youhou !), a construit des dizaines de temples ornementés de millions de sculptures et de bas-reliefs qui illustrent des mythes dont vous ignoriez l’existence jusqu’à hier… va falloir que quelqu’un vous aide. Là encore, 2 options. Le vrai guide (en chair et en os) qui parlera un français plus ou moins approximatif mais si vous avez de la chance, qui aura de vraies connaissances sur le sujet (évidemment, hors budget) ou acheter un guide papier, véritable Bible sur les temples d’Angkor et éminemment recommandé par d’autres voyabloggeurs.

Bien sûr, vous choisissez l’option n°2.

Reste à faire le tri dans la foultitude de choses à voir. Là encore, plusieurs options. Ecoutez les conseils de votre guest house, écoutez les conseils des autres voyabloggeurs, écoutez la petite voix dans votre tête qui dit « Bof. Celui-là, ça me dit rien mais par contre celui-ci, ça a l’air plus rigolo ».

Là, vous mélangez les 3.

Et vous voilà prêts pour 48 heures de culture intense.

Alors moi, personnellement, je j’ai choisi l’itinéraire suivant.

J’ai démarré ma première journée comme une vraie feignasse à 8h (si tu te ranges dans la catégorie warrior ultra, tu fais le lever de soleil…). Le temps de rejoindre Angkor et la billetterie, d’acheter mon précieux sésame (à 40$ le pass, c’est précieux) et de me rendre jusqu’au premier temple, il était déjà 9h. Et là, mon guide dans une main, mon appareil photo dans l’autre, le cœur battant et les yeux grand ouverts, je me suis avancée vers le Preah Khan… J’ai suivi scrupuleusement le parcours indiqué par le guide et j’ai déambulé dans les galeries, les gopuras, les tours, les salles de danse… j’ai joué à repérer tous les bas-reliefs et les sculptures… et je suis ressortie de là, 2 heures plus tard, éblouie. Un  vrai « Wow… ».

Après ça, j’ai enchaîné. Le Ta Som, Banteay Samré, Banteay Srei, Banteay Kdei et je suis arrivée juste à temps pour le coucher de soleil au Pré Rup.

Le lendemain, je me suis fait violence, je me suis levée à 4h30 pour aller admirer le lever de soleil sur Angkor Wat puis le marathon a repris : Angkor Thom (qui comprend en fait le Bayon, le Baphuon, Phimeanakas, la Terrasse des Elephants et la Terrasse du Roi Lépreux), Ta Keo et le Ta Phrom.

A raison de 10 heures de visite sur chaque journée, je suis devenue une experte de l’architecture angkorienne. Mon vocabulaire s’est enrichi de mots comme apsara, garuda, anastylose, linga, yoni, gopura, asura, nâga… Je suis désormais capable de reconnaître les illustrations du Barattage de la Mer de Lait (un des mythes les plus souvent représentés dans les bas-reliefs) et je peux vous expliquer la symbolique de l’architecture comme si c’était moi qui avais fait les plans.

Enfin tout ça pour dire que WOW ! c’est vraiment hyper impressionnant. On a du mal à imaginer ce que ça pouvait être quand c’était en pleine activité mais des milliers de personnes travaillaient dans les temples. Les sculptures sont magnifiques, le grès n’ayant pas si mal résisté au temps et y en a dans tous les coins, on ne sait plus où regarder. On pourrait y passer des semaines.

Si vous prévoyez de faire un tour au Cambodge, ne zappez pas Angkor (ça serait comme ne pas aller voir la Statue de la Liberté à New York ou la tour Eiffel à Paris). C’est juste splendide et vous pouvez jouer à Lara Croft pour de vrai (d’ailleurs Tomb Raider a été tourné en partie ici).

Voilà ! Maintenant, place aux travaux pratiques, les photos c’est par ici.