AL et les petites lignes des contrats

Pour notre dernier petit déjeuner à la Nouvelle-Orléans, on ne renonce pas à nos nouvelles bonnes habitudes : ce sera les énormes assiettes du Ruby’s Slipper Café !

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On prend ensuite la direction de l’aéroport où on rend la voiture en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire et où démarre la mission « Enregistrer Ses Valises ». Et oui. Parce que c’est pas le tout de vouloir rapporter des cadeaux à toute la famille, les voisins les amis, les voisins des amis… US Airways est intraitable : chaque valise doit peser MAXIMUM 50 livres. Et comme par hasard, ma mère et mon frère en ont une qui pèse 38 livres et l’autre 61… J’ai beau essayer d’argumenter, expliquer que l’un dans l’autre, ça revient au même, rien n’y fait. Les voilà bons pour refaire les valises sur la moquette du terminal… Après plusieurs essais, hourrah ! le défi est relevé et on voit les valises disparaître dans la machine à rayons X un peu plus loin. J’en profite alors pour aller me débarrasser de mon sac chez Delta Airlines. Parce que pendant qu’eux voleront direction Paris, je volerai, moi, dans le sens opposé, direction Los Angeles. Quand on se retrouve un peu plus tard, ma mère est décomposée : pendant que j’avais le dos tourné, les douaniers les ont appelés, ils contrôlent leurs sacs. En même temps, pas loin de 10 pots de confiture planqués dans des chaussures de rando, je sais pas ce que ça donne aux rayons X mais sûr, c’est louche ! Du coup, ils ont brisé les cadenas mais surtout, sous les yeux catastrophés de ma mère, ils ont défait tous les petits paquets qu’elle avait soigneusement emballés et ne les ont pas remis EXACTEMENT à la même place. Y a intérêt que tout arrive sans encombre parce que sinon, j’aimerais pas être à la place de la douanière…

Et puis vient l’heure des au-revoir-rendez-vous-à-Noël-fais-bien-attention-à-toi-travaille-bien-à-l’école et ils disparaissent derrière les portiques de sécurité. Et je me retrouve seule à nouveau. Après les 3 dernières semaines plutôt intenses, ça fait presque bizarre pendant les 20 premières minutes. Et puis, très vite, je reprends mes marques. Moi, il me reste presque 5 heures à poireauter alors je m’installe confortablement en salle d’embarquement et j’entame une première phase de mise à jour de ce malheureux blog que j’avais laissé à l’abandon depuis presque 3 semaines… Oui, je sais, honte à moi. Mais franchement, tenir le blog à jour, rédiger les articles, mettre les photos en ligne, rédiger les légendes… si ça demande déjà pas mal de temps quand je suis toute seule, c’est quasiment mission impossible quand je suis accompagnée ! Enfin, me revoilà, dans une forme olympique et un stock d’histoires à coucher sur le papier impressionnant. Au boulot !

Tant que je suis là à poireauter, j’en profite pour relire la confirmation de location du van que je dois récupérer à Los Angeles. Et oui ! A côté de mon nouveau défi, mes périples australiens et néo-zélandais, c’était de la roupie de sansonnet ! Ce coup-ci, c’est 2 mois que je vais passer dans mon van sur les routes des Etats-Unis entre Los Angeles et New York en passant par le Canada ! THE road trip ! Mais juste alors que je suis sur le point de m’emballer, je remarque dans les petites lignes (celles qu’on lit jamais… évidemment !) que je ne peux récupérer le van qu’entre 11h et 16h30. Or j’arrive à Los Angeles à 19h ! J’appelle donc la compagnie de location qui me confirme que pour ce soir, c’est mort mais que puisque mon van m’attend, je peux me pointer demain matin dès 9h, pas de problème. Bon. Je suis donc bonne pour me trouver un hôtel près de l’aéroport pour cette nuit.

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Arrivée à Los Angeles pile pour le coucher de soleil, je trouve donc une auberge de jeunesse qui propose de venir me chercher à l’aéroport et même de me déposer chez le loueur le lendemain : que demander de plus ? Qu’elle soit propre peut-être… Parce que c’est franchement limite. Mais je ne suis là que pour une nuit, je ferme les yeux… Demain, c’est… ON THE ROAD AGAIN !!

On a tous droit à une seconde chance…

Même Ben ! La vie est une farce.

Ce matin, de bonne heure et de bonne humeur (enfin… vers 9h30 et avec un soupçon de râlerie), j’ai chargé mes 30kgs de sacs sur mon dos (oui, va falloir se mettre au régime, ça commence à être pénible…) et je suis allée prendre le bus. Pour aller où ? Et bien… récupérer mon van, pardi !

Parce que oui. Je remets ça. Vous savez ce qu’on dit : quand on tombe de cheval… Bon, la vérité c’est que le van était déjà loué bien avant que je m’embrouille avec Ben.

Bref, je me traîne jusqu’à l’arrêt de bus. J’attends… J’attends… J’attends… 54 minutes !!! Parce que le bus, il ne passe qu’une fois par heure !!! Même s’il est indiqué sur le panneau  qu’il passe toutes les 10 minutes… Moi pas comprendre bus à Auckland… Mais je finis quand même par monter dedans et demander au chauffeur de m’indiquer quand on est arrivé à mon arrêt (parce que si les horaires sont déjà compliqués à comprendre, l’itinéraire du bus est juste un simple cauchemar). Je descends donc au bon endroit et je marche 20 minutes avec tout mon barda pour arriver jusqu’au dépôt de la compagnie de location qui se trouve au milieu de… rien. Bref, adieu mon zeste de bonne humeur.

Je remplis des papiers, j’en signe d’autres, le gars m’explique comment ça se passe en cas d’accident (euh… t’inquiète, je sais très bien comment ça se passe…) et il me dit : « Bougez pas, je vais faire le check-up du véhicule et je vous le ramène juste devant l’entrée ». OK. Et là… quand le van arrive… j’éclate de rire. C’est le même. Exactement le même. Tellement le même que lui aussi, il s’appelle Ben. J’en ai vu d’autres pourtant sur la route. Des Lily, Jim, Alex, roses avec des fleurs, jaunes avec des feuilles… Et bah non, moi, j’assiste à la résurrection de Ben. Tadaaaaaa !!

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Je vous laisse imaginer la tête du loueur quand je lui ai expliqué que je connaissais très bien Ben et que la dernière fois qu’on s’était vus, il s’éloignait à l’arrière une dépanneuse…

Je remonte donc en selle. Enfin, je me remets derrière le volant, quoi. Et me voilà à nouveau sur la route. J’aime autant vous dire que je serre très fort le volant et que j’ose à peine cligner des yeux. Et j’emmène Ben à Tauranga, à quelques 200kms de là.

Pas exactement à Tauranga en fait. Plus exactement au Mont Maunganui. Le Mont Maunganui est une montagne qui s’élève au bout d’une presqu’île, là, comme ça, comme sortie de la plage au milieu de nulle part (plage sur laquelle les lycées du coin viennent faire leurs cours de sport, ici, le surf est obligatoire…). Le must do, c’est de grimper au sommet de la collinette pour admirer la vue à 360° tout autour. Et c’est très joli. Y a des moutons qui tondent la pelouse, le soleil qui commence à se coucher et l’océan… partout. Comme dirait quelqu’un que je connais : « Pfffff… qu’est-ce que c’est beau ! »

Mais je ne suis pas en avance, je dois encore faire des courses et rouler jusqu’à Rotorua où j’ai décidé de passer la nuit. Alors je redescends de la montagne sacrée (oui, alors… chaque fois que tu vas quelque part en Nouvelle-Zélande, tu peux être à peu près sûr que c’est un endroit sacré pour les Maoris. Maunganui, ça veut « celui qui attrape la lumière du jour »… c’est poétique le maori) et j’arrive à Rotorua à la nuit noire. Le seul truc qui me fait dire que je suis au bon endroit, c’est l’odeur… Rotorua est une ville sacrée (bah tiens, ça m’aurait étonnée…), construite sur un site géothermique et ça sent le soufre…

Alors, avec Ben, on s’installe, et on passe la soirée chacun de notre côté. Lui, avec ses potes campervans, branché à la borne électrique et moi, avec les autres campeurs, dans la piscine d’eau chaude minérale. Ah oui, le camping en Nouvelle-Zélande c’est autre chose. Dans la majorité des campings, y a des sèche-cheveux dans les salles de bain (si, c’est important) et des piscines chauffées ou des jacuzzis. Et tout ça pour la moitié de ce que je payais en Australie. C’est bien simple, on se demande pourquoi les gens vont dans des hôtels. Y a juste un truc. Un tout petit truc, 3 fois rien. C’est juste que la Nouvelle-Zélande, c’est pas en zone tropicale. Si il fait 20°C dans la journée, il fait moins de 10°C la nuit. Et 10°C dehors = 10°C dans le van. Mais j’ai tout prévu ! Ce coup-ci, j’ai un mini-chauffage. Un truc qui fait le bruit d’un avion à réaction et qui transforme Ben en fournaise… Oh, je vous entends d’ici : « Jamais contente celle-là, toujours à se plaindre, blablabla… » Eh ! Je me plains pas ! Je partage un constat… Rien à voir…

Photos ici.

Je vais bien, ne vous en faites pas

Avec un titre pareil, je suis obligée de vous raconter la fin avant le début de l’histoire. Je vais bien. Je suis en un seul morceau. Un peu bleu le morceau, un peu secoué, mais entier.

Alors reprenons.

Vendredi dernier, j’ai quitté ma famille d’adoption au volant de Ben. Sous un soleil de plomb radieux, je me suis offert une petite balade le long de la côte dans le Noosa National Park, puis un bain dans le Pacifique sud (comment expliquer que cet océan soit toujours aussi beau, propre et cristallin et que nous, on soit pas foutu d’avoir une Méditerranée où on peut voir ses pieds ? Mystère…), puis un délicieux sandwich au jambon vert (parce que c’est un jambon au pesto, bande d’ignares, il était pas périmé !) et pour finir, une délicieuse ice-cream au fruit de la passion…

Puis je me suis mise en quête d’un caravan park où passer la nuit parce que Ben avait vraiment besoin d’électricité et que les 60kms qu’on avait roulés ne lui suffisaient pas. Sauf que. C’est le week-end de Pâques. Over busy week-end comme ils disent. Cerise sur le cupcake, c’est aussi le premier jour des vacances scolaires… Autrement dit, les places en caravan park sont une denrée rare. Mais je ne m’en fais pas, je sais que même si je dois rouler un peu, je finirai bien par trouver quelque chose, je ne vais pas faire ma difficile. Mais la chance est avec moi (à ce moment-là), le deuxième essai est le bon, le caravan park est over full mais la dame me trouve quand même une petite place. Chère la petite place. Très chère. 44$. Bah oui, mais c’est peak season là ma bonne dame ! Bon, de toute façon, faut vraiment recharger la batterie et puis faut que je fasse une lessive so

Alors je m’installe, je lave, je sèche, je mets à jour le blog (pour mes fidèles et insatiables lecteurs…), je mets les photos en ligne, je fais cuire des pâtes (oui, je vous passe le moment où on m’a montré qu’en fait, y avait pas besoin d’allumettes pour faire fonctionner mon réchaud et l’air extrêmement malin que j’ai eu…), je range un peu Ben, je fais la poussière, bref, je me prépare pour la seconde moitié du road trip. C’est qu’il nous reste pas loin de 1800kms à parcourir en 10 jours !

En fin de soirée, la pluie s’invite à la fête. Pas le petit crachin breton où tu rentres la tête dans les épaules et où tu fais semblant de ne pas voir les gouttelettes qui s’accrochent à tes lunettes. Non.  La bonne grosse pluie qui tambourine sur le toit de Ben et qui m’oblige à m’enfermer dedans en me disant que c’était bien la peine de faire la vaisselle, j’aurais pu juste laisser la casserole dehors… Mais la vérité, j’aime bien le bruit de la pluie quand je suis à l’abri. Alors, même si le concert dure une bonne partie de la nuit, pas de quoi entamer mon moral.

Au petit matin, le ciel est gris. Tant mieux, il va pas faire trop chaud. Ben et moi, on reprend la route. On s’arrête faire des courses à Gympie, dans un des ces centres commerciaux qui bordent l’autoroute. Je passe chez le boucher pour refaire le plein de saucisses, chez le boulanger pour faire le plein de toasts, je suis parée pour les 3 prochains jours en totale autonomie. Alors, en avant ! La journée est longue, la pluie m’accompagne quasiment tout le long de route et on fait 420kms pour rejoindre la toute petite ville de Seventeen Seventy. Town of 1770 est en fait l’endroit où est arrivé le capitaine Cook en 1770 quand il a entrepris d’exploré la côte au nord de Sydney. Pas grand-chose à voir, juste une autre immense plage, la mer qui part à 3kms à marée basse et un chouette point de vue sur l’océan qui, comme d’habitude, s’étale à perte de vue. On est à 60kms de la première ville, perdus au bout du monde…

Ce soir, c’est donc camping sauvage sur un parking le long de la plage. On ne peut pas toujours tout avoir alors la douche est froide mais la pluie s’est arrêtée et j’ai à nouveau droit à un superbe coucher de soleil pour l’apéro.

Je ne suis pas la seule à squatter ce parking. L’heure avance et les vans arrivent un par un se garer pour la nuit. Il faut dire que bon nombre de parkings indiquent clairement « No overnight stay » alors quand on trouve au même endroit, un barbecue, des toilettes et rien qui dit « on va venir vous déloger pendant la nuit », on réfléchit pas trop longtemps. On est donc 6 ou 7 à se partager le parking cette nuit.

Ce matin, ce sont les cris des enfants qui vont jouer sur la plage qui me tirent du sommeil. Sous l’œil curieux d’une tripotée d’oiseaux multicolores, je retente l’expérience des œufs au plat au barbecue. C’est un triomphe, plus rien ne me résiste, pas même la fourmilière qui avait élu domicile dans le barbecue et qui trouve mon intervention plutôt désagréable. 5000 petites bestioles se mettent à courir dans tous les sens, sortant de sous la plaque brûlante et s’éparpillant partout. Quelle idée aussi d’aller s’installer sur des résistances électriques !

Et puis, avec Ben, on se remet en route. Juste à côté de Seventeen Seventy, il y a Agnes Water, une bourgade à peine plus grande qui concentre tout ce qui existe d’hébergements et d’écoles de surf dans le coin. Alors on remet un peu d’essence et on reprend la direction de l’autoroute. Sauf que. Je roule souvent très à gauche. La faute à mon habitude de rouler à droite. Et le bord de la route est bien défoncé par les dernières inondations. Alors, 10kms plus loin, ma roue tombe dans un trou. L’arrière de la voiture se met à chasser. J’essaye de redresser mais Ben n’aime pas ça, il part en tête à queue. A peine le temps de réaliser ce qu’il se passe, on traverse la route et on finit dans un arbre. Crash.

La voiture s’arrête, je coupe le contact et je réalise que… je n’ai rien. L’arbre a tapé côté passager, la vitre a explosé, le pare-brise est plié, la boîte à gants est éventrée mais moi… je suis entière. Mon cerveau se met à faire la liste des choses à faire : descendre de la voiture, aller chercher mon téléphone dans mon sac à l’arrière, trouver le numéro de l’assistance dans les papiers, ranger toutes mes affaires parce que clairement, je ne vais aller nulle part avec ce van… Evidemment, mon téléphone ne capte rien. Je commence à récupérer mes affaires en prenant soin d’éviter les morceaux de verre. Une voiture s’arrête au bord de la route. « Are you OK ? » Euh… yes, yes, I’m OK… Un autre van s’arrête aussi. Le gars a un téléphone qui capte, lui. Alors, on appelle l’assurance, il leur explique où je suis, ce qui s’est passé. Le gars de l’assurance veut me parler. Il veut s’assurer que je vais bien, que je n’ai pas besoin d’aller à l’hôpital. Et puis, il m’explique que week-end de Pâques oblige, il ne va rien se passer avant mardi matin (on est dimanche matin). Qu’une dépanneuse va venir sortir le van du fossé, me remorquer jusqu’au camping le plus proche et qu’on me contactera mardi matin pour me dire comment va se passer la suite. OK, je dis. Je ne peux plus conduire mais je peux rester dans le van, l’arrière n’est pas abimé.

Alors je me mets à attendre. Une bonne trentaine de voitures vont s’arrêter pendant les 4 heures suivantes, tout le monde est très gentil, me demande si je n’ai besoin de rien, si j’ai appelé l’assurance, si je vais bien. Je vais bien. Je réalise que j’ai eu beaucoup de chance. J’ai un peu les jambes en coton maintenant. Je repense à cet accident de cheval que j’ai eu il y a quelques années et où là aussi, par miracle, je n’avais rien eu (un poignet en vrac mais étant donné que je ne portais pas de bombe, on peut considérer que ce n’était rien). Dieu n’existe pas mais j’ai quand même une bonne étoile. Et puis je commence à réaliser que si rien ne bouge d’ici mardi, il ne va me rester que 4 ou 5 jours pour rejoindre Cairns. Et là, ça va pas être rigolo. Va falloir rouler, rouler, rouler.

Au moment où la dépanneuse arrive (4 bonnes heures plus tard…), une énième voiture s’arrête. C’est Kevin. Il a le cheveu long, il est pieds nus et il a la soixantaine. Il me propose de m’emmener chez lui pour que je puisse rappeler l’assurance et il me dit qu’il me ramènera en ville ensuite. Il connaît bien le dépanneur. Ils conviennent que je repasse un peu plus tard au garage pour récupérer toutes mes affaires. OK, je dis. Alors je monte en voiture avec Kevin. Kevin habite au milieu du bush. Une grande bicoque dont la véranda est remplie de matériaux de construction. Y a des poules et quelques paons qui arpentent la pelouse tondue au cordeau. Il me montre où est le téléphone et puis il me dit qu’il doit aller faire des courses mais qu’il sera de retour dans 2 heures, qu’en attendant, je peux piquer une tête dans la piscine, prendre une douche, me faire un café, piquer des trucs dans le frigo, regarder la télé, bref « sit down and relax ». Et il s’en va. Alors je rappelle l’assurance. C’est le département Accident qui s’occupe de la suite alors le gars que j’ai au téléphone ne peut pas me dire ce qu’il va se passer. Mais il me donne une adresse e-mail à contacter et il me dit qu’il transmet le dossier. Du coup, je prends une douche et je me plante devant la télé. En me regardant dans la glace, je constate que j’ai quelques jolis bleus laissés par la ceinture de sécurité. Par la fenêtre, je vois des kangourous qui traversent le jardin en bondissant. Je suis crevée.

Et puis Kevin revient. On repart chercher le reste de mes affaires et il m’emmène en ville dans un hostel sympa et pas trop cher. Il s’assure que tout va bien et il me laisse son numéro en me disant de l’appeler si j’ai besoin de quoi que ce soit. Et puis il me dit de faire bien attention à moi. Moi, j’en reviens toujours pas que les gens soient aussi sympas. J’ai jamais eu d’accident en France mais je suis pas sûre que quelqu’un m’emmènerait chez lui, me laisserait seule pendant 2 heures et prendrait le temps de s’occuper de moi alors qu’on se connaît depuis 10 minutes.

Alors, je m’installe dans cet hostel. Je me retrouve avec des sacs de nourriture dont je ne sais pas trop quoi faire. Ca fait tout drôle de retrouver l’ambiance guest house après avoir eu mon « chez moi » quelques temps. L’assurance doit me rappeler le lendemain. Alors, j’attends…

Je vais bien, ne vous en faites pas.

Photos ici.

Aujourd’hui, Ben est entré dans ma vie…

Ha ha ! Je vous vois déjà ! Mais… c’est qui ce Ben ? D’où il vient ? Il fait quoi dans la vie ? Il est roux ?

Alors, je vais pas vous faire languir… Ben est effectivement roux, c’est un hippie et il est beau comme un camion. C’est normal, c’est un camion. Voilà, c’est Ben.

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Depuis ce matin, j’habite chez Ben. Dans Ben pour être exacte. Mais ça ne sonne pas très bien, on pourrait comprendre que j’habite dans une benne, ce qui n’est évidemment pas le cas, ça pourrait prêter à confusion. Bref, depuis ce matin, mes frères peuvent enfin dire légitimement que je suis une hippie (c’est comme le Port Salut, c’est marqué dessus).

Ça n’a évidemment pas été une mince affaire de récupérer Ben. Il a fallu que je me rende au fin fond de la zone industrielle de Sydney, que j’aperçoive Ben dans un coin du parking, que je me dise « Omaillegode ! Faites que je me trimballe pas dans un truc aussi voyant… », que Dieu ne m’entende pas (encore une preuve de plus s’il en fallait de la non-existence de Dieu…), que je me fasse encore délester d’une bonne centaine de dollars pour une assurance « bris de glace » (dont l’histoire dira que c’était une bonne idée de la prendre cette assurance…), que la petite dame me montre tous les trucs et astuces du parfait hippie (non parce que ça a l’air simple comme ça mais pour réussir à caser un séjour-salon-salle-à-manger-cuisine-chambre dans 6m², faut être un peu un as de l’optimisation), que je me répète pas loin de 200 fois « Ici, on roule à gauche, A GAUCHE, A GAU-CHE ! » et c’est parti mon kiki !!

Comme j’ai décidé de me la jouer warrior ultra, j’ai pas de GPS, juste un atlas de l’Australie au 1/1 000 000 et le Lonely Planet (et on sait ce que valent les cartes du Lonely…). Autant dire que sortir de Sydney fut un jeu d’enfant… (« A gauche, à gauche, à gauche… aaaAAAAAH ! Mais qu’est-ce qu’il fout là celui-là ??!! … Ah oui, ils roulent à gauche… ») Mais comme rien ne m’arrête et qu’ici, ils s’en foutent complètement de savoir combien j’ai de points sur mon permis (rappelons juste que je n’ai pas conduit depuis plus de 6 mois et que j’ai récemment écrasé un chien à moto), je me retrouve bientôt fièrement sur la Pacific Highway, direction plein nord parce que c’est pas tout mais j’ai quand même pas loin de 2800kms à avaler en 15 jours…

Bon. L’étape numéro 1, c’est de faire les courses pour remplir le frigo. Vous savez depuis combien de temps je ne suis pas allée « faire les courses » ? Du coup, je suis toute contente de gambader dans les allées du supermarché au volant de mon caddie et je vis même un moment de bonheur particulièrement intense au moment de comparer les prix au litre des liquides vaisselle… Rendez vous compte : je vais devoir faire la vaisselle, faire cuire des pâtes, faire mon lit (… ah non, ça, apparemment, j’ai pas pris l’option). Bref, je retrouve des habitudes de la vraie vie… j’en suis tellement contente que j’en oublie de vérifier qu’il y a bien un pont au bout de la route et que je suis bonne pour faire un détour de 50kms…

Alors 50kms, dit comme ça, ça a l’air de rien. Mais avec Ben, 50kms, ça prend pas loin d’une demi-heure. Ça prend même une bonne demi-heure. Parce que Ben, il est gros et il roule pas vite ou alors il consomme à mort. Et puis, la Pacific Highway, c’est pas l’A6. Ça ressemble plutôt à l’A86 au niveau de Versailles, là où c’est tout le temps en travaux. Et quand il y a des travaux, on divise la vitesse par 2. Autant dire que les 450kms prévus initialement pour cette première journée se réduisent à 250. Et que je me dis qu’il va pas falloir trop se planter sur l’itinéraire si je veux pas passer tout mon temps le coude à la portière.

Mais c’est pas grave. Pour cette première nuit, Ben et moi, on choisit de s’arrêter au Myall Lake National Park où on opte pour un camping privé tout confort où Ben peut même étancher sa soif d’électricité (bah oui, le frigo ne marche pas à l’énergie solaire, c’est mal fait mais c’est comme ça). C’est super joli, il y a plein d’oiseaux qui chantent dans le soleil couchant, le lac vient lécher nos pieds et y a même des kangourous qui me raccompagnent après que je sois allée prendre une douche. Décidément, c’est pas farouche ces bêtes-là ! Pendant que je me prépare un festin (soupe Maggie et tartines de cream cheese… hummm ! j’ai toujours été un vrai cordon bleu…), je vois passer un dingo et 2 autres petites bestioles qui courent bien trop vite pour être identifées. Mouais… vais pas rester trop longtemps dehors moi, c’est bien trop habité cette nature !

Le lendemain matin, réveillée par le soleil qui est entré dans l’angle de mon hublot, je me mets en quête de faire du thé. Et là… c’est le drame. Je m’aperçois que certes, j’ai bien raccordé Ben à la borne électrique mais oups ! j’ai oublié d’appuyer sur « ON » et donc Ben n’a absolument pas rechargé ses batteries pendant la nuit… C’était bien la peine de demander exprès un « powered site », pfff !

Après un lavage de bol acrobatique (T’as déjà essayé de faire la vaisselle dans un évier à hauteur de tes épaules avec un robinet qui marche comme une pompe, c’est-à-dire que d’une main, tu laves le bol et de l’autre, tu pompes, le tout avec les coudes au niveau des oreilles ? Non ? Et bah, n’essaye pas…), Ben et moi, on reprend la route. Aujourd’hui, on va à Port Macquarie. En route, on s’arrête au Booti-booti National Park, sur une de ces petites plages comme il y en a des tas le long de cette côte australienne, un immense banc de sable blanc tout fin qui crisse sous les pieds, des rouleaux turquoises qui déferlent sans arrêt et une grappe de surfeurs qui tentent de dompter l’océan. Nan, vraiment, c’est pas facile…

Il est impressionnant cet océan d’ailleurs… On sait qu’il est dangereux, qu’il y a des courants qui peuvent t’emporter à tout jamais, qu’il y a des requins, des méduses, des crocodiles… bon, moi, quand je vois une grappe de surfeurs tranquillement en train de barboter, je me dis que je peux m’y risquer aussi, faudrait vraiment que j’ai la poisse pour que ce soit mes orteils que le requin ait décidé de venir chatouiller (hum, hum… certes, la poisse n’est jamais bien loin, ne l’oublions pas). Et puis l’eau est suuuuper froide ! Au moins 25°C ! Ou peut-être 20, aucune idée. De toute façon, t’as pas le temps de te dire « Ouh mon dieu, qu’elle est froide ! », t’as déjà été submergé par 3 vagues. Vivifiant.

Mais qu’est-ce que c’est beau… Ouais, on peut se dire, ces Australiens, vraiment, ils en font des caisses, tous les noms dans le coin c’est genre Gold Coast, Sunshine Coast, Surfer’s Paradise, Palm Beach… Sauf qu’en fait, c’est vraiment super beau. Des kilomètres de sable blanc, des dunes parsemées de petits brins d’herbes (comme c’est bucolique…), des milliers de mouettes qui tournoient (ce qui peut vite devenir un problème quand t’as décidé de manger un sandwich) et l’océan à perte de vue… L’océan bleu, bleu roi, bleu turquoise, bleu lagon, bleu océan… une vraie carte postale. Ma-gni-fique !

Et ça tombe bien parce que grosso modo, c’est à peu près l’essentiel du programme pour les 2 semaines à venir. Alors en attendant, Ben et moi, on profite. On compare les vagues d’une plage à l’autre, on s’octroie de longues pauses déjeuner, on se fait griller des saucisses sur les barbecues électriques présents un peu partout, on roule un peu (pas mal à vrai dire) la fenêtre grande ouverte et la radio à fond, on va 2 fois jusqu’au phare de Byron Bay (une fois sous la pluie et une fois au soleil, juste pour être sûrs de n’avoir rien loupé) et ainsi défile la route jusqu’à Brisbane.

Au moment d’atteindre Brisbane, on hésite. La première idée c’était d’y passer la nuit et de visiter un peu la ville. Sauf que. Entrer dans une grosse ville comme ça qu’on ne connait pas au volant de Ben, c’est un peu angoissant. Et puis, dans la ville même, y a pas de camping. Et se retrouver parquer dans une lointaine banlieue ne présente pas grand intérêt. Alors finalement, on n’entre pas, on contourne. Brisbane, ce sera pour la prochaine fois.

En attendant, on tente le camping sauvage. Oui, parce que tout ça c’est bien joli mais à 32$ en moyenne l’emplacement en caravan park, faut trouver des solutions. Pour cette première expérience, je choisis Redcliffe, une petite ville qui s’étire le long de la plage à quelques kilomètres au nord de Brisbane. Comme partout, il y a bien 2 ou 3 caravan parks qui ne demandent qu’à nous accueillir mais ce soir, on a décidé de se la jouer solo. Alors, après avoir arpenté le front de mer, on choisit un endroit sympa (j’ai bien vérifié avant qu’il n’y avait pas marqué « No camping »), face à l’océan, avec barbecues et sanitaires (eau chaude dans les douches, si ça c’est pas la grande classe) et après un petit bain de mer, c’est toute fière de moi que je m’apprête à faire cuire mes pâtes sur le réchaud au gaz de Ben. Sauf que. Y a des jours où je serai bien contente de fumer. Bah oui. Parce que là, j’ai tout ce qu’il faut (l’eau, les pâtes, la sauce tomate, les restes de saucisses à mettre dedans) sauf que je n’ai rien pour allumer mon réchaud. Pas la moindre allumette à l’horizon. Et les Australiens ne fument pas non plus (le paquet de cigarettes à 20$ a l’air d’être dissuasif…) ou alors le pays est en rupture de briquet mais rien à faire, pas moyen d’allumer ce foutu réchaud, je remballe donc mes pâtes. Grumpf !

Mais heureusement, pour me consoler, le soleil qui se couche enflamme le ciel et j’ai droit à un sacré spectacle pour moi toute seule. Et Ben. Et les quelques joggeurs qui trouvent eux aussi que l’endroit est sympa. Et qui me lancent des « Hello ! » quand ils m’aperçoivent à l’arrière du van. Puis qui engagent carrément la conversation quand ils me voient peler mes carottes. Décidément, qu’est-ce qu’ils sont sympas ces Australiens…

Photos ici.