… sous la pluie…

Après avoir trainassé 3 jours à Gulang Yu et vu que la météo n’est plus de mon côté (la poisse !), je vais reprendre le train direction Guangzhou, dans le Guangdong (le Guang de l’est puisqu’il existe également le Guangxi, le Guang de l’ouest, mais ça, on verra ça plus tard).

Honnêtement, j’ai pas fait grand-chose à Gulang Yu MAIS… j’ai enfin pu me faire des potes chinois !! Hier soir, alors que je venais de me brosser les dents et que je m’apprêtais à me ranger pour la nuit, mes colocs de dortoir (qui ne sont plus les mêmes que ceux du premier jour) me proposent d’aller « boire un café ». Des Chinois capables d’aligner plus de 3 mots en anglais ? Je ne peux pas laisser passer l’occasion !!

Et nous voici à la recherche d’un petit bar sympa pour prendre un verre. Enfin, moi, c’est ce que j’avais compris. On s’assoit autour d’une table, on commence à discuter (enfin, je pose une question, ils se concertent en chinois, ils rigolent, ils désignent un volontaire pour me faire la traduction et le malheureux essaye de me répondre) et la serveuse vient prendre la commande. Je me dis que dans un bar avec des Chinois, je me dois de boire une bière chinoise et je commande donc une Tsingtao. Quand la serveuse revient avec son plateau, je constate que quand ils disaient « boire un café », c’était vraiment « un café »… J’ai un petit moment de solitude avec ma bière mais je me dis que c’est pas grave, ça va juste confirmer la réputation de dépravés qu’ont les Occidentaux dans le coin…

A part ça, c’était très sympa. En fait, tous ces petits Chinois sont des étudiants en vadrouille (y en a même qui sèchent les cours… bouh, c’est pas bien…) qui font des études de trucs plutôt sérieux (genre économie internationale, relations diplomatiques, trucs qui en jettent) et qui sont venus à Gulang Yu juste pour la journée parce que ici… c’est joli. Bien sûr, j’ai droit au « Paris ??? Oooooooh… soooo romantic city… (soupir rêveur) ». Y en a même un qui me dit que le français, c’est la plus belle langue du monde parce que même quand les gens s’engueulent, c’est sexy. Celle-là, on me l’avait pas encore faite ! Bref, on compare évidemment la Chine et la France sur le plan de l’architecture, de la bouffe (ça, c’est un sujet qui intéresse particulièrement mes nouveaux amis), du shopping, des politiques de la famille et de l’éducation. Oui, oui, oui… Saviez-vous que si vous avez un deuxième enfant, vous devez payer une amende de 40 000 yuans ? Saviez-vous que quand vous êtes nés dans une province, vous ne pouvez passer vos examens que dans cette province, même si vous avez fait vos études à l’autre bout du pays ? Et que, vous n’avez pas accès à toutes les universités du pays mais seulement une liste restreinte en fonction de votre province de naissance ? Sauf ceux qui sont nés à Hong Kong ou à Taiwan. Eux, ils ont droit d’aller partout et en plus, ils ont des frais de scolarité réduits. Du coup, des tas de femmes enceintes essayent d’aller accoucher à Hong Kong. Sauf que. Le gouvernement de Hong Kong et probablement le gouvernement central ont décidé de limiter ce phénomène. Et que du coup, maintenant, si une femme accouche à Hong Kong mais qu’elle n’est pas elle-même de Hong Kong, son bébé ne sera pas déclaré comme originaire de Hong Kong mais de la province d’origine de sa mère. Hong Kong aux Hongkongais, quoi. Mais ce que mes potes chinois pensent, c’est que c’est quand même pas très juste ce système et que t’as beaucoup plus de chance de réussir dans la vie si t’es né à Hong Kong ou à Taiwan voire à Beijing ou Shanghai (qui, eux aussi, ont des statuts spéciaux). Du coup, comme ils se mettaient à critiquer le système, j’ai un peu poussé pour savoir ce qu’ils pensaient d’autres sujets sensibles ici comme… le Tibet par exemple.

Bah en fait, ils savent pas grand-chose. Ils sont archi convaincus que le Tibet, c’est chinois. Quant au sort des moines et du Dalai Lama, ils ne comprennent pas pourquoi le Dalai Lama ne revient pas en Chine et ne trouve pas un accord avec le gouvernement. Je leur ai dit que quand je cherchais des infos sur le Tibet sur Google.hk (qui passe mais qui est filtré par le gouvernement), je n’ai aucune réponse « non gouvernementale ». Alors là, ils ouvraient des grands yeux. Je leur ai dit « Bah, c’est comme Facebook ! ». Et là, ils m’ont tout bien expliqué comment contourner le système et avoir accès à Facebook. Donc en fait, ils savent comment contourner le système mais ils ne s’en servent que pour télécharger des films étrangers et mettre à jour leurs statuts Facebook…  C’en est suivi une conversation fort animée sur les chansons françaises connues en Chine et ils se sont mis à chanter tous en cœur… « Hélène… je m’appelle Hélène… ». J’ai pas voulu les décevoir, je leur ai dit que c’était super… Un des gars m’a dit que c’était grâce à Thierry Henry, lui-même une star en Chine, qui aurait dit dans un talk-show hyper suivi que c’était sa chanson préférée. Quelqu’un aurait perdu un pari ?

Non mais dans l’ensemble, on a bien rigolé. Et ils m’ont assuré que les jeunes Chinois se mettaient à l’anglais mais qu’il y avait encore du boulot ! Ils hallucinaient un peu de penser que je voyageais en Chine sans parler ni lire le chinois. Ils se demandaient comment je faisais au resto. Ben, au p’tit bonheur la chance, m’sieurs-dames ! Du coup, ils ont bien essayé de m’apprendre 2 ou 3 noms de plats classiques mais à l’heure qu’il est, j’ai déjà tout oublié ! Et puis de toute façon, c’est pas grave, à Guangzhou, que vous connaissez sous le nom de Canton, ils parlent le cantonais (comme le riz) donc pas la peine de se remplir le cerveau d’informations inutiles…

Photos ici.

Au soleil…

Na na na na na na au soleil… (air connu)

Je continue mon petit bonhomme de chemin à travers la Chine. Toujours sur la côte pacifique. Non pas qu’il n’y ait rien à voir au centre mais les trucs intéressants sont tellement compliqués à atteindre (genre 1 nuit de train puis une demi-journée de bus pour voir un petit village historique bucolique dont tu fais le tour en 2 heures) que j’ai opté pour la facilité et je longe la mer et puis j’ai pas que ça à faire de passer ma vie dans des trucs qui roulent.

J’ai donc décidé de laisser les températures inférieures à 15°C et les voyages sauts de puce derrière moi et je file à presque 200km/h (OK, c’est nul, mais c’est pas si mal pour un train chinois) plein sud vers Xiamen. Je vous passe les détails logistiques sordides (du genre, c’est dimanche, les bus qui vont à la gare ne passent pas au même endroit que d’habitude mais ce n’est écrit nulle part ou tiens, tiens, as-tu pensé à demander au chauffeur si tu as bien pris le bus dans le bon sens ? ah non ? bah, paye ton taxi pour te retaper tout le chemin dans l’autre sens alors ! …) et il me faudra presque 12 heures pour faire les 650kms qui séparent Hangzhou de Xiamen, autant dire que les 200kms/h, c’est pas tout le temps. Mais en fait, Xiamen n’est pas ma destination finale. Je vais à Gulang Yu, une petite île en face de Xiamen (qui est déjà une île mais plus grosse) où les gens sont fort sympathiques puisqu’à 21h, un petit papi m’a pris par la main pour m’amener jusqu’à la youth hostel puisque la biiiiiiiip !! de carte du Lonely était complètement fausse…

Et qu’allait-elle faire dans cette galère à Gulang Yu ? Et bah, figurez-vous que sur cette île, il y a plus de 1000 villas coloniales, des vestiges délabrés, de vieux banians dont les franges tombent jusqu’au sol et les voitures n’y sont pas autorisées d’où un charme certain. La communauté étrangère était bien établie sur l’île dans les années 1880. Elle y possédait un journal, des églises, des hôpitaux, des bureaux de poste, des bibliothèques, des hôtels et des consulats. En 1903, Gulang Yu devint officiellement une concession internationale, dotée d’un conseil municipal et d’une police composée de sikhs (comme on se retrouve !). Et l’île a été le berceau de plusieurs grands pianistes chinois, à tel point que les Chinois la surnomment « l’île du piano ».

Bref, je suis donc arrivée un peu fatiguée et légèrement très énervée mais je suis arrivée. Et les 4 petits Chinois avec qui je partage le dortoir en sont restés sans voix ! Comme je suis polie (si, si, même quand je suis énervée…), j’ai dit « Hi ! » et j’ai commencé à faire mon lit en poussant un long soupir de désespoir en constatant que le « matelas » était en réalité une planche en bois… Du coup, ils ont dû se dire qu’il fallait faire bonne impression et ils ont arrêtés de cracher leurs coques de graines de tournesol sur le sol et ils ont fait pareil. Ça m’a fait rigoler. Mais à l’intérieur parce que je ne suis pas folle, je ne vais pas me foutre de la tronche des Chinois à 4 contre 1. Bref, malgré l’heure tardive, j’avais repéré tandis que Papi me trainait à travers les ruelles, que pas mal de stands de street food étaient encore ouverts. J’ai donc filé me mettre quelque chose sous la dent et là, ô surprise, la street food d’ici n’a rien à voir avec ce que j’ai déjà expérimenté. Ici, on est au bord de la mer et ça se voit dans ton assiette. Les rues sont pleines (au sens propre puisque tout ça est posé dans des seaux au milieu de la rue) de crustacés, poissons, calamars, sea cucumber et tutti quanti. J’ai donc testé la conque farcie, avec sa dose de piment et d’ail, cuite sur le grill et servie dans un petite barquette en polystyrène… dé-li-cieux !

Réveillée de bon matin par mes esquarres sur les hanches (bah oui, à force !), j’ai constaté avec plaisir qu’à Gulang Yu, il fait non seulement grand beau mais aussi grand chaud. J’ai donc claqué allègrement 10 yuans dans une machine à laver et j’ai étendu avec soin mon linge au soleil sur la terrasse… (des fois, dans la vie, y a la première gorgée de bière et des plaisirs minuscules) Et puis je suis sortie faire le tour de mon îlot. Oui parce qu’en fait Gulang Yu, c’est plutôt un îlot. En 3 heures, t’as fait le tour. Et en 2 heures de plus, t’as arpenté les ruelles du centre, alignement bien net de boutiques de souvenirs, de restaurants et de cafés, bondés de Chinois en goguette. Du coup, je me suis trouvé un banc sur la promenade en bord de mer, et j’ai fait la sieste. Au soleil. Un lundi. Sous les palmiers.

Oh ! Désolée pour vous. C’est lundi. J’avais oublié… (Mouahahahaha ! – rire démoniaque de l’intérieur parce que je suis pas folle, je vais pas ouvertement vous provoquer de la sorte, ça serait pas fair play…)

PS : Je vous ai déjà dit que j’adorais ma nouvelle vie ? Ah oui ! Tiens… Mais je vous ai montré les photos au moins ?