A ma Mamie…

Quand on envisage de partir comme ça, longtemps, loin des siens, pour vivre une aventure un peu hors du commun, on pèse le pour et le contre. On n’abandonne pas sa famille, ses amis, mais on a envie de réaliser quelque chose pour soi et rien que pour soi. Le quotidien est devenu trop petit, pas assez excitant. On a besoin de challenge, de se tester, de se faire peur peut-être, de se prouver quelque chose sûrement. On sait que si jamais il se passe quelque chose, là-bas, à la maison, pendant qu’on traîne son jean tout usé sur les routes du monde, on ne pourra pas être là. Pas là pour soutenir les siens et pas là pour être soutenu. On mesure la probabilité que ce quelque chose arrive. On se demande si on rentrera, si on arrêtera le voyage et finalement, on fait le pari que rien de grave n’arrivera. Et puis, le jour où on décide de partir pour de bon, on sait que c’est une des décisions les plus égoïstes qui soit mais on ne peut plus faire autrement, c’est le bon choix.

Ce 24 juin, ce quelque chose est arrivé. Ma Mamie est partie. Ma Mamie qui m’avait dit quand moi, je suis partie : « Je sais pas si je te reverrai ». Et moi, j’avais souri (un peu forcée) et j’avais dit : « Mais bien sûr que si ! Un an et demi c’est rien ! Et 84 ans, c’est pas si difficile à atteindre ! »

Il faut croire que si. Et ce matin, c’est tout un tas d’images pêle-mêle qui viennent se superposer à mon décor quotidien. Ma Mamie qui épluche les haricots verts sur la table de sa cuisine. Ma Mamie qui m’emmène acheter mon cartable pour ma rentrée en 6ème. Ma Mamie qui récupère la crème du lait pour m’en faire une tartine. Ma Mamie qui s’énerve devant la télé quand Jospin est éliminé au 1er tour. Ma Mamie qui me cuisine un rôti de veau orloff parce qu’elle sait que j’adore ça. Ma Mamie qui trempe ses fraises avec moi dans un pot de crème fraîche de la ferme. Ma Mamie qui me demande pour la 25 000ème fois comment on fait pour effacer un message sur son téléphone. Ma Mamie qui joue aux petits chevaux. Ma Mamie qui se fâche et qui met mon petit frère tout nu à la porte parce que, probablement, il refuse d’aller s’habiller. Et puis qui va le récupérer en marmonnant. Ma Mamie qui se gare devant chez nous et qui sort des tas de trucs de son coffre quand elle vient le dimanche. Ma Mamie qui s’endort pendant qu’on regarde un film le soir du réveillon de Noël. Ma Mamie sur sa petite chaise en plastique à la plage entourée de toute la famille et qui distribue le goûter. Ma Mamie qui fait des mots croisés. Ma Mamie qui tricote. Ma Mamie et ses éclats de rire pendant les essayages de mes costumes de patinage artistique. Ma Mamie et sa salade d’oranges. Ma Mamie qui comprend rien aux chaînes de la TNT. Ma Mamie…

Alors ce matin, quand j’ai su qu’elle était partie, j’ai pas voulu y croire. Les gens autour de moi n’ont pas l’air de se rendre compte qu’il s’est passé quelque chose et moi, je dis, je répète : « C’est pas possible… » et mes tartines se retrouvent noyées.

J’ai parié, j’ai perdu.

Ça fait partie des risques que j’ai pris.

Et je suis désolée de ne pas être là.

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