Et de 15 !

J’avoue que là, j’ai un peu le cœur lourd…

J’ai fait l’autruche tant que j’ai pu mais c’est officiel, la semaine prochaine, quelque chose comme « Bienvenue à l’aéroport Roissy Charles-de-Gaulle… » sonnera à mes oreilles…

Et devinez quoi ? Non, j’ai pas vraiment envie de rentrer. Non pas que vous ne m’ayez pas manqué ! Bien sûr que si ! Et rien ne me fera plus plaisir de de vous revoir tous autant que vous êtes ! Mais… un petit morceau de moi est devenu nomade et va avoir bien du chagrin à défaire mon sac à dos. (Non, me balader à Paris avec mon sac sur le dos n’est pas une option réaliste…)

Malheureusement, il semblerait que la Banque Mondiale de Mes Economies a fait faillite… Des fois, même quand on veut pas, on se doit d’être un peu matérialiste…

Alors croyez moi, je profite bien bien bien des derniers jours, des dernières heures, des dernières minutes… comme si j’allais plonger en apnée pour une durée indéterminée. J’ai vécu une aventure extraordinaire, je ne suis même pas sûre d’avoir bien réalisé ce qui m’arrivait, j’en ai adoré chaque jour, chaque heure, chaque minute et si quelqu’un sait comment faire pour repartir pour un tour demain… dites moi où on signe !!!

AL & the city

NDLR : Comme chacun sait, j’écris maintenant un près de 2 mois de retard… Non, je n’en suis pas fière et non, je n’ai aucune excuse. La faute au temps qui passe et qui ne revient pas sans doute…

Je suis donc New Yorkaise. Je veux dire, pour une fois, je peux dire « J’habite ici ». Pour de vrai. My current address est à Manhattan. Et rien que ça, ça suffit à me plaquer un sourire sur les lèvres quand j’ouvre les yeux. Même quand c’est à 2h du mat alors qu’une ambulance vient de passer devant ma fenêtre, en trombe et toutes sirènes dehors.

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Je ne prends plus de plan quand je sors, je sais maintenant repérer au premier coup d’œil où est le nord, le sud, l’est et l’ouest (le minimum vital quand vous voulez un tant soit peu vous orienter dans cette ville) et j’ai ce qu’on pourrait appeler une relation suivie avec le marchand de bagels au coin de ma rue. Et rien ne saurait me rendre plus heureuse.

Ca fait donc 5 semaines que j’arpente les trottoirs du paradis. Oui, pas la peine de faire semblant. Ici, c’est le paradis. There’s no place like New York City. Et sur mon échelle des villes qui déchirent leurs races (non Maman, ce n’est qu’une façon de parler, mon niveau de langage n’a rien de scandaleux, la langue française est riche et il faut en explorer les infinies possibilités), celle-ci est de loin celle pour laquelle je vendrais ma mère justement (… non Maman, c’est toujours une façon de parler, j’ai pas mis d’annonce sur Le Bon Coin…).

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Alors qu’est-ce que j’y fais ? Parce que c’est pas comme si c’était la première fois que s’étalaient sous mes yeux ces files ininterrompues de taxis jaunes qui font jaillir des gerbes d’eau à chaque virage, ces buildings qui lancent vers le ciel leurs pointes conquérantes, ces néons clignotants qui illuminent si fort Times Square qu’on ne sait plus s’il fait jour ou s’il fait nuit, ces trottoirs gris où des milliers de gens se croisent en se frôlant à peine de jour comme de nuit également et ce ciel au bleu si particulier comme si ici, tout était légèrement plus intense qu’ailleurs.

Et bah… pas grand-chose en fait.

Déjà, pour la première fois depuis 14 mois, je n’ai plus à penser à « la prochaine étape ». La prochaine étape, ça fait un moment qu’elle est définie et sincèrement, mieux vaut ne pas trop y penser.

Pour la première fois depuis 14 mois, j’ai MA salle de bain. Où je peux laisser ma brosse à dents sur le rebord du lavabo, mon shampoing dans la douche et mon pyjama traîner par terre sans craindre ni disparition ni rapatriement sanitaire.

Pour la première fois depuis 14 mois, j’ai une boîte aux lettres. Et j’y reçois du courrier.

Pour la première fois depuis 14 mois, je suis en terre connue. Et ça change tout.

D’abord je retrouve mes petites adresses. Le meilleur bagel, le meilleur cookie, le meilleur burger, la meilleure pizza, la meilleure crack pie… Si, je crois qu’ils mettent vraiment du crack dedans vu le niveau addictif de cette petite cochonnerie…

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Que celui qui dit qu’on ne mange pas bien dans cette ville déguerpisse loin de ces pages ! Rien ne vaut un festin de canard laqué pékinois mais quand même ! C’est bien simple, je pourrai passer la journée à manger en flânant d’un bout à l’autre de Manhattan. Il n’y a qu’ici qu’on trouve du dhal aussi épicé qu’à Delhi, des xiao-long-bao aussi savoureux qu’à Shanghai, des tempuras aussi légers qu’à Tokyo, des laksas aussi parfumés qu’à Kuala Lumpur, des chicharrones aussi croustillants qu’à Lima et des croissants au beurre. En cherchant bien, je suis même sûre qu’on peut trouver des petites brochettes d’hippocampe. Osez me dire que votre estomac a jamais été plus à la fête ailleurs…

Une fois que j’ai englouti 6000 calories, faut bien se bouger un peu. Et j’ai beau avoir acheté une Metrocard et connaître les gros rats qui peuplent les couloirs du métro par leurs prénoms, c’est bien en usant mes semelles sur les trottoirs et en sautillant élégamment par-dessus les flaques que je me sens encore plus from the city.

Alors je marche. Au nord, au sud, à Brooklyn, à Williamsburg, à Staten Island, le nez en l’air, les mains enfoncées dans les poches et un bonnet vissé sur la tête. Ah oui. Parce qu’il fait froid hein, quand même… Mais loin de moi l’idée de me plaindre ! (Et puis, c’est franchement pas le genre de la maison, hein ? Tout le monde en conviendra…) Honnêtement, qu’y a-t-il de mieux qu’une belle journée d’hiver avec le froid qui vous mord les joues, le ciel bleu perçant, le soleil qui vous fait plisser les yeux et les écureuils de Central Park qui se courent après dans les feuilles mortes ? Je vous le dis, rien.

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Alors bien sûr, le temps de quelques jours, j’ai rejoué à la touriste avec mon père qui est venu découvrir la Grosse Pomme et son trognon pourri. Oui, parfois, la ville est moche. Mais d’un moche joli. Touchant. C’est difficile à expliquer. Et chacun perçoit la ville à sa manière, chacun y voit des choses différentes, certains en tombent amoureux, certains y sont déçus mais personne n’y reste indifférent.

Et puis le reste du temps, j’ai juste respiré, j’ai essayé de me fondre dans ces avenues interminables, ces groupes d’étudiants autour de Columbia, ces épiceries à chaque coin de rue, ces Upper East Siders qui promènent leurs chihuahuas dans des poussettes, ces enfants qui courent à perdre haleine sur les pelouses de Central Park, ces innombrables immigrés qui font résonner autant de langues dans le capharnaum urbain, ces touristes qui hésitent sur la direction à prendre, un guide à la main, ces types grimpés sur des échelles en train de rendre la ville encore plus jolie, les annonces incompréhensibles des conducteurs de métro, cet art et cette manière de boire son café en marchant sans se brûler, ces bavardages avec la fille qui vous fait une manucure, ces ballons qui flottent dans les airs pour Thanksgiving, ces écureuils qui viennent quémander des miettes de cookies à Madison Square, ces parfums, ces odeurs qui vous transportent ou vous prennent à la gorge quand on s’y attend le moins, ces sirènes qui hurlent à tout bout de champ, ces flics dans leurs grosses voitures qui se garent en double file pour aller chercher des donuts, ces marchés de Noël où on vous fait goûter du chocolat « à ne surtout pas croquer », ces homeless qui ont le regard aussi triste qu’ailleurs et qu’on évite soigneusement de regarder dans les yeux justement, la musique, les rires, les pleurs, les cris, les klaxons, le Christmas Tree qui scintille, les feuilles mortes dans lesquelles je danse et le thé que je bois à petites gorgées en regardant le monde depuis ma fenêtre…

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Bref, j’ai marché, je me suis perdue, retrouvée, J’ai absorbé la ville par tous les pores de ma peau et j’ai réalisé que non, je n’avais pas une chance extraordinaire. J’ai fait des choix. Des choix qui me rendent heureuse, vivante, légère, enthousiaste, confiante, optimiste, déterminée.

Je ne sais pas de quoi demain sera fait (alors là… pas la moindre idée !) ni où mon chemin continue mais une chose est sûre, New York… c’est chez moi.

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Photos ici.

Euh… y a encore quelqu’un ?

Près d’un mois sans aucune nouvelle… Oui, je sais, c’est le grand craquage côté rédaction de ce foutu blog…

Pas d’excuses bidons, c’est juste un bon gros manque de motivation.

Mais là, il reste 2 semaines avant la deadline, il est donc temps de s’y remettre si je veux finir ça proprement. Et je veux finir ça proprement.

Alors, promis, demain, je m’y remets sérieusement.

De toute façon, je bosse jamais aussi bien que sous la pression, moi…

Et de 14 !

Alors celui-là, je le savoure… D’abord parce que 14, c’est un peu le meilleur chiffre qui existe sur Terre, ensuite parce que je vis désormais dans la ville la plus extraordinaire du monde (et oui, merci, je sais, ça va durer 1000 ans !) et enfin parce qu’il n’en reste vraiment pas beaucoup à savourer. D’ailleurs, discrètement mais sûrement, ça commence à me faire mal à ventre quand j’y pense plus de 3 minutes d’affilée !

Alors pour éviter de me faire un ulcère à l’estomac, je ne pense pas, je marche. J’arpente les rues, j’apprends à repérer au premier coup d’oeil de quel côté est l’Hudson et je me remplis les poumons de cet air vicié, pollué et sale mais qui fait briller les yeux (et c’est pas à cause des gaz d’échappement…). Et encore une fois, je suis heureuse… Tellement. Je voudrais que ça dure toujours et je me demande si la beauté de l’instant ne vient pas du fait que justement, ça na va pas durer. En attendant, dans cette concrete jungle where dreams are made of, there’s nothing you can’t do…

J’suis reviendue à Montréal !

… dans un grand boeing bleu de mer…

(j’ai jamais bien compris cette histoire du boieng bleu de mer…)

Il a donc fallu que je fasse mes adieux à Flipper. Et avant même de m’en rendre compte, je me suis retrouvée sur le bord d’un trottoir de Brooklyn, tous mes sacs à mes pieds alignés en rang d’oignon, à regarder mon fidèle compagnon s’éloigner dans le hustle bustle des taxis jaunes…

Et j’y suis. New York. La dernière étape. Le temps de héler un taxi justement et de slalomer à mon tour entre les voitures, les joggeurs et le Brooklyn Bridge et me voilà « à la maison ». La maison, pour les 6 prochaines semaines, c’est un très joli studio dans le Lower East Side. Avec une vraie salle de bain rien que pour moi où tu peux te laver tous les jours et même 2 fois si ça te fait plaisir, une vraie cuisine où tu peux faire cuire des pâtes ET des saucisses en même temps (c’est dingue…) et 40m² pour laisser traîner l’intégralité du contenu de mon sac. Avec en prime un petit shop qui vend de délicieux bagels au bout de la rue et un café où tu trouves des eggs benedict qui tuent un peu plus loin… je suis à 2 doigts de me croire au paradis !

Mais avant de pouvoir s’installer vraiment et retrouver les joies simples de la vie sédentaire, il reste à régler le problème de mon visa. C’est que je n’ai plus que 2 jours avant de devenir officiellement une sans-papiers. Et bien que mon sens de l’amusement me dit que ça doit bien être le fun de se frotter aux agents de l’immigration américaine pour se faire jeter dans le premier avion direction Paris, je ne suis pas encore prête à retrouver l’odeur du camembert… Me revoilà donc à me traîner dans les rues de Manhattan avec mes sacs sur le dos. Cette fois, c’est direction la gare routière et un aller-retour express au Canada pour obtenir mon précieux sésame. Bien obligée d’emporter tout mon barda au cas où le retour ne se passerait pas exactement comme prévu. Quand je disais que je reviendrais à Montréal, je pensais pas que ça serait si rapidement…

C’est donc parti pour 7 heures de bus aller, 8 heures sur place et 7 heures de bus retour… Et clairement, une bonne petite dose d’angoisse parce que franchement, y a aucune raison que cette fois, j’obtienne le visa que je me suis déjà vue refuser 2 fois. Et d’ailleurs, ça loupe pas. Quand j’arrive devant le douanier avec mon grand sourire et mon petit passeport, il commence à froncer le sourcil. Et quand il me demande quand est-ce que j’étais aux Etats-Unis pour la dernière fois et que je réponds hier… là, j’ai carrément droit à une belle grimace. Et vas-y que j’appelle le chef et que je commence à tournicoter le passeport dans tous les sens et que ça fait des messes basses en me pointant du doigt… Bon, finalement, le chef vient me voir, m’explique que oui, bah, je suis bien gentille mais le visa de tourisme c’est 90 jours, je suis arrivée au bout et maintenant, faut que je retourne en France. Alors là, je commence à faire monter les larmes, je dis que je comprends pas, qu’un autre douanier m’a dit qu’il y aurait pas de problème, je jure de monter dans l’avion pour Paris mi-décembre et je leur agite frénétiquement le billet sous le nez pour me donner un peu de contenance. Et vas-y que ça re-chuchote en me regardant en coin, ça prend un air d’abord circonspect puis indulgent et finalement… alléluia ! d’un bon coup de tampon bien sonore, je suis à nouveau autorisée à entrer sur le territoire américain. Avec un long et gros sermon sur le fait que puisque je savais que j’allais rester plus de 3 mois, j’aurais dû demander un autre visa et même un avertissement pour pas que j’oublie de monter dans l’avion comme juré précédemment mais c’est bon ! Je vais pouvoir aller faire mon jogging dans Central Park et le long de l’East River, m’empiffrer de cookies chez Bouchon Bakery, faire des pirouettes sur la patinoire du Rockefeller Center, enchaîner les aller-retours sur le ferry de Staten Island, savourer mon Chai Latte dans mon gobelet Starbucks, essayer de surprendre les écureuils à Union Square, lécher les vitrines le long de la 5ème avenue et saluer l’Empire State comme si on était de vieux potes. Et tout ça pendant 6 semaines. En-fin !

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Photos ici.

Start spreading the news…

Ce matin, je me réveille une dernière fois au son matinal des promeneurs de chiens qui passent sur le trottoir à quelques centimètres de ma tête. Mais ce matin, c’est un peu spécial : dans quelques heures, ce sera le moment de faire mes adieux à Flipper. Après plus de 2 mois de bons et loyaux services, de longues journées dans des régions les plus variées et de nuits dans des endroits les plus insolites, notre aventure commune s’achève. Je sais pas pour lui, mais moi, ça me fait des papillons dans le ventre…

Mais avant de laisser Flipper nager vers de nouveaux horizons, je lui offre un grand ménage et surtout, je remballe tout mon barda. C’est qu’en 2 mois, on s’étale ! Et une fois tout empaqueté, je réalise qu’il y a un problème : je suis montée dans Flipper avec 3 sacs et je vais en redescendre avec 5… Mais bon, dans la vie, c’est bien connu, y a que des solutions et puis j’ai pas vraiment le temps de m’appesantir sur la multiplication des p’tits pains. Il nous reste quelques kilomètres à parcourir avant d’atteindre notre dernière étape… Manhattan.

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Et d’ailleurs, la voilà. Au détour d’un virage, alors que je n’avais pas la moindre idée de l’endroit où on était, tout à coup, à l’horizon se dessine ma skyline. Oui, c’est la mienne. Et cette vision annonce subitement quelque chose que je voyais se profiler depuis un moment déjà sans vraiment en prendre conscience : c’est la fin. La fin de ce road-trip de dingue et de ces milliers de miles de bitume avalés jour après jour mais aussi la fin de ce voyage. De tout ce voyage. Parce que New York, même si je vais y rester un petit moment, c’est la dernière étape. Le point final. De là, il ne me restera plus qu’à rentrer à Paris et la boucle sera bouclée. Et ça aussi, ça me rend tout chose… Mais comme on est pas du genre à se laisser abattre Flipper et moi, on tourne le son de l’auto-radio à fond, on se prend pour Franck Sinatra et on se met à hurler à tue-tête (enfin moi surtout)…

Start spreading the news…

I’m leaving today…

I want to be a part of it…

New York, New Yooooooork !

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AL et la vie de château

Clairement, le rythme des derniers jours est au ralenti : 4 nuits au même endroit, c’est le genre de truc que j’ai pas fait depuis… bah presque depuis je suis partie ! Mais en même temps, ça fait du bien. Arrêter de courir, passer du temps à bouquiner devant des plages désertes pelotonnée sous 3 plaids ça reste vraiment sympa. J’ai bien l’impression que ça pourrait être le programme pour le reste de ma vie. Sauf que bien sûr, ça n’est pas le programme. Le programme c’est que dans 3 jours je vais devoir dire adieu à Flipper. On se rapproche un peu plus de notre ultime étape et c’est bête, mais je sens déjà qu’il va me manquer. C’est peut-être pour ça qu’on passe autant de temps ensemble ces derniers jours…

Mais trêve de sentimentalisme ! Après avoir passé quelques temps chez les riches, il est temps d’aller voir ce qui se passe du côté des vraiment très très riches. Nous voici donc dans le Rhode Island. Le plus petit des états et le refuge d’été des grands de ce monde. Je m’arrête donc à Newport, petit port de pêche plaisance. On se croirait dans Gatsby le Magnifique (le film). En fait la ville était la station balnéaire la plus en vue à la fin du XIXème siècle quand sont apparues les grandes fortunes de l’industrie. A cette époque, l’impôt sur le revenu n’existe pas et les petits « cottages » d’été construits face à la baie sont vite remplacés par des résidences de ouf malade somptueuses. Toujours face à la baie. Quand tous ces très très riches l’ont été un peu moins (quand ils ont commencé à payer des impôts quoi…), la plupart des familles ont été contraintes d’abandonner ces palaces de bord de mer et quelques uns ont même été détruits. Heureusement, certaines mansions ont été préservées et on peut aujourd’hui les visiter. Je n’ai donc visité que 2 manoirs : The Breakers et The Elms. De l’avis du type qui vend les billets, les 2 plus impressionnants. Et ça a marché, j’ai été impressionnée. Le billet est un peu cher (et on n’a pas le droit de prendre des photos à l’intérieur) mais l’audio-guide fourni avec est particulièrement bien fait.

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On aime ou on n’aime pas le style un peu très beaucoup surchargé mais on imagine très bien les dames en robes longues qui descendent les escaliers majestueux, les messieurs fumant le cigare en lissant leurs belles moustaches et en étant un peu attentif, on entendrait presque les échos des rires, des verres qui tintent et des orchestres sur les pelouses. Parce que oui, ces maisons n’étaient utilisées que l’été et pour recevoir le beau monde. C’était donc littéralement la fête tous les jours. Les femmes pouvaient changer de tenue jusqu’à 7 fois par jour : une fois pour le petit-déj, une fois pour aller jouer au tennis, une fois pour le lunch, une fois pour rendre visite à la voisine, une fois pour le thé, une fois pour la balade en calèche de fin d’après-midi le long de la falaise, une fois pour le dîner et une fois pour la soirée. Au moins, la lessiveuse avait du boulot ! Ça doit être mon côté midinette mais l’ambiance des années 20 (1920, hein, bien sûr), le champagne qui coule à flot et toutes ces robes…  je crois que c’est le genre de vie que j’aurais pu supporter le temps d’un été.

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Outre ces mini-châteaux, Newport aujourd’hui, c’est loin de ressembler à la Grande Motte. C’est même carrément hyper joli. Petites rues pavées, petites églises aux toits blancs, petits magasins de souvenirs où t’as besoin de casse ton PEL pour acheter un bibelot… La ville accueille aussi l’université du Rhode Island, elle aussi, au bord de la falaise. Quand je pense aux tours de Jussieu, même moi qui n’y ai jamais mis les pieds, je me dis que quand même, la vie est injuste…

Pour mon dernier jour de nomadisme, Flipper et moi, on a continué sur notre lancée et on est allés visiter l’université de Yale à New Haven, Connecticut. Enfin on voulait aller visiter Yale. Mais petite erreur de timing, j’ai loupé l’heure de la visite guidée alors je me suis juste baladée sur le campus. Et franchement, après le MIT et Harvard… bah c’était plutôt décevant. Mais c’est sûrement parce que j’ai pas eu le commentaire qui allait bien. Et puis New Haven après Newport c’était… comme manger une tablette de Lindt quand vous êtes habitués à du Patrick Roger… bref, pour rester polie, plutôt en demi-teinte.

Alors pour la dernière fois, j’ai déplié la banquette de Flipper, je me suis calfeutrée derrière ses rideaux, ai déplié mes 3 couvertures et, bercée par les gens qui promènent leurs chiens, les clodos qui trimbalent leurs caddies brinquebalants et les étudiants qui rentrent de soirée dans un sale état, je me suis endormie.

Photos ici.

Cape Cod

Après avoir passé les derniers jours en environnement urbain et donc avoir laissé Flipper se morfondre dans un Park & Ride, on s’est dit qu’on n’était pas des pouilleux et qu’on allait donc aller faire un petit tour du côté de chez les Kennedy. Ouais, Jackie, JF et cie. Ces Kennedy-là.

A l’époque, c’est en effet à Cape Cod que JF et Jackie venaient passer leurs vacances. Autant dire que d’un coup, ça s’est plutôt mis à avoir la cote. Et comme JF était un gars plutôt sympa somme toute, il a classé toute la péninsule en parc naturel (le Cape Cod National Seashore) ce qui fait que la côte n’est pas défigurée. Bon, y a quand même des petites villes tout le long de cette jolie bande de terre et faut bien que les gens vivent et que la montagne de touristes qui vient s’agglutiner sur les plages se loge quelque part alors de temps en temps, y a des alignements de bungalows sur plusieurs miles mais à part ça, c’est vrai que c’est joli.

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Le premier truc surprenant quand j’arrive, c’est tous les motels et campings qui affichent « No Vacancy ». Quoi ? Tout est plein ? C’est ouf ! Et puis finalement, en y regardant de plus près, c’est pas tout à fait ça. C’est qu’en fait, c’est fermé. Bah oui, ça y est, on est en novembre, la saison est plus qu’over et un peu partout y a des petits panneaux qui disent « Thank you for the season, see you in May ! ». J’arrive quand même à attendrir la gérante d’un camping qui me laisse prendre une douche (j’ai bien fait de passer aujourd’hui, c’est le dernier camping ouvert et ils ferment ce soir…) mais en traversant la péninsule, y a quand même une atmosphère un peu lugubre… Pour ne rien arranger, le ciel est bien gris et ça pleut même un peu. Grumpff…

Je décide d’établir le campement à Provincetown, tout au bout du bout du monde. Me demandez pas pourquoi, Provincetown c’est devenu LE rendez-vous de vacances de la planète gay. C’est un peu moins mort qu’ailleurs mais y a une ambiance bien particulière. Pas un enfant dans les rues, un couple hétéro pour 50 couples homos et quelques boutiques interdites au moins de 18 ans qui jouxtent les galeries d’art et les confiseries. L’océan est juste derrière la toute petite rue principale et j’ai beau me bourrer de fudge, niveau charme, j’accroche pas. Je préfère me balader dans les dunes.

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Mais bon, on est dans un parc naturel, on peut pas faire du camping sauvage n’importe comment alors je retourne à Provincetown pour passer la nuit.

Le lendemain, il pleut franchement. Alors avec le côté hors-saison-tout-mort, c’est bien déprimant. Je me balade quand même un peu entre les gouttes et j’observe les gens qui pêchent à pieds.

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D’un coup, y a un truc qui me redonne le sourire.

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Ayé ! Flipper et moi, on a fait 8 000 miles ! La vérité, ça devrait pas me faire sourire parce que j’avais le droit à 100 miles par jour et ça veut donc dire qu’on les a bien dépassés et que je vais encore me faire racketer mais quand même ! 8 000 miles ! 12 875kms ! C’est pas un p’tit pays hein !

Après une deuxième nuit à Provincetown, je décide de changer de décor. On est encore là pour 2 nuits, on va pas continuer à se morfondre dans ce trou à rats. L’idée c’est de prendre le ferry pour aller faire un tour à Nantucket, une petite île bien prometteuse à quelques heures de là mais là, avec le temps qu’il fait… pfff ! ça vaut vraiment pas le coup. On traîne donc dans Hyannis, LA grosse ville du coin (puisque c’est là que se trouve la maison du clan Kennedy… que j’irai même pas voir en plus). Mais c’est un peu comme dans le reste de la péninsule… Thank you for the season, see you next year… Du coup, c’est le long d’une petite plage de la Lewis Bay qu’on trouve refuge. Flipper le nez au vent et moi le nez enfoui sous mes plaids à bouquiner. Et puis, le miracle se produit. D’un coup, je trouve que la luminosité est vachement bizarre. Je lève le nez et je vois ça.

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Je sors en courant du van mon appareil à la main. Et là, au milieu de nulle part, alors que je me disais que franchement, Cape Cod, ça fait partie des endroits qui valent pas la peine que je le grave sur le disque dur de ma mémoire, j’ai droit au plus beau coucher de soleil que j’ai jamais vu. Celui où tu comprends enfin ce que veut dire l’expression « le ciel s’embrase ».

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Je suis époustouflée. J’ai presqu’envie d’applaudir quand c’est fini. A la place je retourne en courant dans le ventre de Flipper parce que maintenant qu’il n’y a plus de soleil, fait carrément froid. Mais j’ai grave le sourire. Parce que les 20 dernières minutes rachètent facilement les 3 derniers jours un peu pourris.

J’espérais que pour le lever de soleil ça serait tout aussi magique mais bon, on gagne pas à tous les coups… Pour cette dernière journée au Cape, la météo n’est pas suffisamment sûre pour se risquer à Nantucket alors je traîne encore un peu sur les plages, je fais un peu de lèche-vitrine (oui parce que Hyannis, c’est pas dans les limites du National Seashore et les centres commerciaux y ont poussé comme des champignons) et vers 18h30 (si, c’est une information importante, vous allez voir), je pousse par curiosité la porte du cinéma. Y a Last Vegas qui passe à 19h10, je dis banco. J’achète donc un billet et je vais me faire faire les ongles (oui dans ce pays merveilleux, la manucure coûte 10 dollars, c’est un luxe que je m’offre plutôt 2 fois qu’une) avant de revenir pile à l’heure pour la séance.

Bon, on n’oublie pas qu’on est à Hyannis, super hors saison, y a personne qui contrôle l’entrée du cinoche alors je rentre dans la salle indiquée sur mon billet. C’est marrant, il fait déjà noir, y a des trucs sur l’écran pourtant j’ai 10 bonnes minutes d’avance. Quelques personnes dans la salle mais y a pas vraiment foule. Je m’installe et je commence à m’intéresser à ce qui se passe sur l’écran. Et là… je commence à me poser des questions. Parce que ce qui passe sur l’écran, c’est mon film. Pourtant, c’est bien la bonne salle, j’ai vérifié en entrant et le film est bien programmé à 19h10, c’était aussi marqué. Bon, le gars m’avait dit d’arriver 20 minutes à l’avance alors est-ce que j’ai bien compris et est-ce que le film a démarré plus tôt ? Ça serait plutôt bizarre mais dans ce cas, j’ai loupé que les 10 premières minutes, c’est pas la mort. Bizarre quand même…

30 minutes plus tard… générique de fin ! Alors là, je comprends plus rien du tout… Les lumières se rallument, tout le monde sort, moi aussi. Je croise un gars du ciné dans le couloir, je lui montre mon ticket en lui demandant ce qu’il se passe, le gars comprend rien et me fait signe que si, si, c’est bien dans cette salle et puis s’en va. Je suis perplexe. Décontenancée. Déconcertée. J’y comprends rien. Et puis… subitement, je me dis… mais, avec tous les changements de fuseaux horaires, est-ce que j’en aurais pas loupé un quelque part ? Je demande alors l’heure à 2 personnes qui sont plongées dans leur seau de pop-corn dans le hall (ouais ici, tu peux commencer à creuser dans ton pop-corn depuis le hall, de toute façon, t’arriveras pas à voir le fond de ton seau même après avoir vu Titanic…). « 18h20 ! » OK… C’est donc bien ça, je vis sur un autre fuseau horaire… En creusant un peu, je me rends compte que c’est pas un fuseau horaire que j’ai loupé, c’est juste que la nuit dernière, on est passé à l’heure d’hiver. Bon, la bonne nouvelle, c’est que je vais pouvoir retourner voir le début du film. Puisque personne checke les tickets, y a pas de raison !

Photos ici.