Bordez la grand-voile et la barre à tribord, moussaillon !

Après avoir passé 2 jours entiers vautrée dans un canapé (ô que oui, ça c’est un truc que je maîtrise sur le bout des coussins) à attendre la réponse fatidique de l’assurance (« non mademoiselle, on ne va pas vous donner un autre van, on ne peut pas se permettre de bousiller toute la flotte… »), j’ai donc quitté Agnes Water. En bus. Remarquez, après tout, j’ai traversé la moitié de l’Asie en bus, je vois pourquoi je me serais épargnée ce petit plaisir sous prétexte qu’on est sur un autre continent !

En fait, si. Je vois. Quand tu prends le bus en Asie et que t’es compactée entre 3 cages à poules, 2 sacs de riz et une mamie qui vomit, tu trouves que ça fait couleur locale. C’est un peu pour ça que tu prends le bus d’ailleurs (sauf pour la mamie, t’aurais préféré éviter mais bon). Et puis surtout, tu parcours tous ces kilomètres pour un prix dérisoire alors même si ça te prend des heures, tu te débrouilles pour avoir une place côté fenêtre et tu regardes défiler le paysage en chantonnant.

Mais ici. Les distances sont fantasmagoriques. Dans mon cas, 1300kms à faire en 5 jours. Et les tarifs vont avec. Rien en dessous de 75$ et encore, c’est plutôt une bonne affaire. Alors, pour ne pas mourir d’ennui, j’ai d’abord pris un bus de nuit. Le départ est à minuit sur un terrain vague à 30kms de la ville. Y a qu’ici que ça existe, ça. Heureusement, la guest house emmène les quelques galériens désargentés qui vont se faire les 9 heures de bus jusqu’à Airlie Beach. Parce que j’ai décidé de faire un stop à Airlie Beach, le camp de base des croisières dans les îles Whitsunday. Il me reste peu de jours avant de quitter l’Australie alors autant se faire plaisir ! En montant dans le bus, je suis à 2 doigts de regretter les bus vietnamiens avec leurs couchettes XXS… Bus de nuit, la bonne blague !  C’est juste un bus normal avec des amortisseurs bien fatigués et dont les sièges ne s’inclinent pas plus que ceux de la classe « économie » d’Air France. Alors je soupire… et je me débrouille pour dormir 4 heures avant d’apercevoir le soleil qui se lève et qui me fait oublier pour un moment que la nuit a achevé de ruiner mes cervicales déjà bien secouées par mes mésaventures avec feu Ben.

Par contre, rien à dire, les bus australiens sont réglés comme des coucous suisses. A 9h30, j’arrive à Airlie Beach. Encore une petite ville étendue le long de la plage. Sauf que celle-là à une marina qui n’a rien à envier à Saint Tropez. Et que comme ici, on ne peut pas se baigner dans l’océan (bien trop dangereux malheureux ! y a des méduses tueuses, des requins et des crocodiles qui attendent impatiemment que tu viennes tremper ton orteil pour s’offrir un bon déjeuner), tu trouves en plein milieu du centre-ville, un lagon d’eau de mer. Comme une immense piscine publique en plein air et gratuite avec maître-nageur et toboggans où tu peux barboter tranquillement et peaufiner ton bronzage. Très sympa. Tout autour, tout un tas de boutiques de souvenirs, de bars à jus et d’organic food. Very trendy. Et touristique. Parce que juste en face d’Airlie Beach, il y a les îles Whitsunday. Un archipel de plages de sable lavé avec Mir Laine le tout flottant dans une eau turquoise au-dessus de rien de moins que la Grande Barrière de Corail…

Au choix, on peut naviguer, plonger, faire du kayak, sauter en parachute, bref, si tu ne trouves rien à faire à Airlie Beach, c’est que t’as un baobab dans chaque main. Moi, j’ai décidé de m’offrir un tour sur le Derwent Hunter (sur les bons conseils des Nowmadz) et d’aller barboter au milieu des copains de Nemo (Nemo, lui, il était parti en vacances).

Derwent Hunter

Et c’était chouette. Quand on t’accueille à bord en te disant « Hello sunshine ! », tu trouves forcément que l’équipage est au top… Après réflexion, je me suis demandée si ça avait un rapport avec les hématomes multicolores qui parsèment mes bras et mes jambes… Mais passons, le bateau très chouette, y avait plein de vent, alors hisse-et-haut moussaillon et en avant ! Après un petit briefing sécurité et quelques mots sur l’histoire du bateau (parce qu’il est pas tout neuf le Derwent Hunter, depuis sa construction en 1945 il a été chalutier, il a fait des campagnes océanographiques, bref, le bois craque et on aime ça), on te dit de faire attention à tes affaires parce que y a beaucoup de vent aujourd’hui, les chapeaux risquent de s’envoler et le cri de « Un chapeau à la mer ! » n’a jamais été suffisant pour faire demi-tour. Je vous laisse donc deviner qui est la première idiote dont la casquette a pris le large à la première bourrasque…

Mais peu importe. Je profite. Le soleil brille, la mer clapote, les voiles claquent, les embruns te fouettent le visage et devant toi, un chapelet d’îles où tu pourrais jouer à Robinson Crusoé avec de longs bancs de sable… pas mal du tout.

Le clou du pestacle, évidemment, ce sont les 2 arrêts snorkelling. Après avoir enfilé une combinaison intégrale ultra sexy (je sais, c’est le genre de trucs qui ne va pas à tout le monde, mais moi, ça me va comme un gant, je le sais parce que c’est le capitaine qui me l’a dit…), tout le monde saute à l’eau avec masque, palmes et tuba. Et là, c’est comme si tu te retrouvais dans un aquarium géant. Sauf qu’en plus des centaines de poissons multicolores et de toutes les tailles qui semblent à peine remarquer les baleines qui flottent au-dessus d’eux, y a les coraux. Des forêts de coraux. Alors c’est ultra cliché mais c’est complètement dingue les couleurs qui s’épanouissent au fond de l’eau. Des trucs bleus, roses, jaunes, fluos, violets, avec des petits filaments, des grosses éponges, des tentacules… pfiou ! y en a tellement que tu sais pas où donner de la tête. C’est magnifique.

Ce qui l’est un peu moins, c’est que tu vois bien que par endroits, les coraux sont cassés parce que les gens ont marché dessus. Et comme tu sais à quel point cet écosystème est fragile, tu te demandes si c’est vraiment bien que tous ces gens viennent barboter ici. Et si les petits poissons ont vraiment besoin de toute cette crème solaire qu’on leur déverse sur la tête. Mais c’est tellement beau…

Après tous ces efforts (quoi ? t’as déjà barboté 2 heures en respirant dans un tuba tordu qui prend l’eau ? ça crève…), on a droit à un super déjeuner et… une bonne grosse averse ! Le ciel est devenu tout noir et tout le monde essaye de se trouver un endroit à l’abri mais sur un voilier… Heureusement, l’équipage a tout prévu et c’est distribution de cirés pour tout le monde. Et puis on remet le cap sur Airlie Beach et en route, le soleil revient pour sécher les voiles et réchauffer les apprentis moussaillons qui commençaient à trouver que la voile sous la pluie, ça avait un petit côté moins fun.

Alors voilà, il reste encore 600kms et je vais donc passer la journée de demain dans le bus pour rejoindre Cairns. J’ai pas trouvé de solution pour avoir le temps de visiter la ville. Ce sera pour la prochaine fois. Parce qu’il y aura une prochaine fois ! Ce petit séjour était déjà bien court mais cette dernière semaine a un petit goût trop prononcé de frustration. Alors je sais pas quand ni comment, mais l’Australie et moi, on en a pas fini !

Photos ici (déconseillé aux gens qui dépriment parce qu’il a neigé à Paris le 4 avril…)

Aller à Siem Reap…

… et prendre une jolie teinte écrevisse.

Avant de vous raconter à quel point Angkor c’est beau-grandiose-magnifique-trop-bien-ça-déchire, il faut que je vous parle de « la plus belle croisière de tout le pays »…

Rappelez-vous, j’étais à Battambang, à 170kms de là. J’avais décidé qu’après la journée de bus, j’allais faire la journée de bateau. Mais on me l’avait super bien vendue, hein ! « La plus belle croisière de tout le pays » ! C’est pas rien quand même ! Ça vaut le coup d’y passer un peu de temps ! Alors, pleine d’espoir et les batteries de mon appareil photo chargées à bloc, je suis montée à 6h30 dans le minibus de l’hôtel qui nous emmenait au port. Au port ??? Plutôt un genre d’embarcadère en bambou qui descendait dans une rivière boueuse au bout duquel se trouvait attaché un petit bateau qui ressemblait à ça :

speed boat

Bon. Y avait déjà quelques personnes dedans mais rien de bien méchant. L’équipage nous fait mettre tous les sacs sur le toit et puis nous dit de nous asseoir nous aussi sur le toit, tiens. Parce qu’en fait, des gens, il en arrive des tas. Et tout le monde monte à bord. Avec des cartons, des couvertures, des poules, des sacs de riz, bref, on doit être 60 là-dessus avec 12 gilets de sauvetage. Mais c’est pas bien grave parce que les gilets de sauvetage, on va pas en avoir besoin. On est en pleine saison sèche, il a pas plu depuis presque 4 mois, la rivière est au plus bas, y a 80cms d’eau, le bateau ne peut pas se renverser, il touche déjà le fond…

Y a donc une bonne quarantaine de personnes entassées dans le bateau et on se retrouve à 20 sur le toit avec tous les sacs, assis en tailleur et on part… Notre boat people avance à 2 à l’heure parce qu’il faut faire attention que le bateau ne racle pas trop le fond quand même et puis ça prend du temps et c’est compliqué de croiser les autres bateaux parce que si y a 80cms de fond, y a à peine 3 mètres de large.  On tangue dangereusement, à chaque virage, on s’accroche à ce qu’on peut. Les pêcheurs sont debout dans la rivière, ils ont de l’eau à la taille, c’est rassurant. La matinée passe donc doucement. Par hasard, la quasi-totalité des personnes sur le toit sont des touristes français. On commence donc à discuter (faut dire qu’on a un peu de temps devant nous), on essaye de s’installer le mieux possible (« oh ! pardon ! j’ai pas fait exprès de mettre mon pied dans ton oreille mais là, faut vraiment que je déplie mes jambes sinon, elles vont tomber… ») et puis on regarde le paysage. Parce que si on est tous là, c’est bien pour ça. Et c’est vrai, ça vaut le coup. On traverse de petits villages flottants (enfin, qui doivent flotter en saison des pluies), des champs, des rizières, des tas d’enfants nous font coucou depuis les berges, bref, c’est beau.

A partir de 11h, on commence à moins rigoler. Il fait 40°C et on est condamnés à rôtir sur le toit de notre rafiot. Mais de toute façon, il est pas question de piquer une tête dans la rivière à moins de vouloir attraper une vraie bonne grosse maladie (même les poissons sont morts, ils flottent… d’ailleurs, y a aussi un chien qui flotte…). Alors, c’est un déluge de crème solaire et puis advienne que pourra.

La rivière est vraiment basse et on est vraiment très trop chargés. Du coup, c’est pas 8 heures qu’on va passer pliés en 14 sur ce bateau… c’est 10 ! Alors certes, hein, c’est beau… mais pour pouvoir s’émerveiller, faut pas avoir le dos, les genoux et les fesses qui hurlent tous en même temps « laissez-nous descendre de ce bateau !!! » Autant dire que quand on arrive enfin à l’embarcadère, c’est la ruée sur le ponton.

Mais là, j’ai encore bien joué. La guest house où je vais passer les 2 prochains jours m’a envoyé un tuk-tuk. Et à peine le temps de poser le pied à terre, je suis déjà repartie, direction Siem Reap. Oublié mon mal de fesses (de toute façon, ça fait plusieurs heures que je les ai jetées par-dessus bord), passons à la préparation et à l’organisation de la visite des temples d’Angkor !

Photos ici.

Pas content ! Pas content !

Va falloir remettre les choses à leur place.

Maintenant que je n’ai plus peur de rien, je suis allée me frotter à la « fameuse » ferveur spirituelle de Varanasi.

Tous les soirs à 18h a lieu une cérémonie (le Ganga aarti) sur le ghat principal de la ville avec des chants et des brahmanes qui exécutent des sortes de danses avec de l’encens, des bougies, des plumes de paon et des pétales de fleurs. C’est une sorte de rituel de glorification du Gange. Les gens qui assistent à la cérémonie tapent dans leurs mains et à la fin, ils vont déposer dans le Gange des petites bougies dans des coupelles de fleurs qui se mettent alors à dériver par centaines sur la rivière comme-c’est-romantique.

SAUF QUE.

Effectivement, la majorité des gens qui sont présents de bout en bout sont bien des hindous et sont visiblement très absorbés par le déroulement de la cérémonie. Mais il y a autant voir plus de touristes qui se prennent pour des grands reporters et qui se baladent au milieu des gens en leur collant leurs téléobjectifs à 15cms du visage, histoire de faire de la « photo de voyage », la vraie, celle où tu t’es vraiment immergé dans la population locale et où tu as capté des instants rares… La cérémonie ? Ouais, vite fait, on n’est pas là pour observer, on est là pour rapporter du cliché qu’on pourra fièrement exhiber devant ses collègues de bureau en disant : « Varanasi, c’est in-cro-ya-ble… J’peux te dire, tant que t’y es pas allé, tu peux pas vraiment comprendre… »

Blurp ! (Pardon, j’ai failli vomir…)

Et ça, c’était avant que je ne fasse le must have : la balade en barque sur le Gange au lever du soleil. Déjà, les types te harcèlent toute la journée pour t’emmener sur leur bateau. Quand tu finis par convenir d’un prix et d’une heure de rendez-vous avec l’un, tu commences à rêver d’être tout seul sur la rivière, pas un bruit à part les rames qui tombent dans l’eau, le soleil qui se met à rougeoyer au-dessus de l’horizon et les façades de la ville qui prennent subitement des couleurs pendant que les pèlerins et les sadhus descendent les ghats et s’immergent dans l’eau sacrée… Tu t’emballes quoi ! Alors quand le réveil sonne à 5h15, tu sautes de ton lit comme une fleur et hop hop hop ! tu descends jusqu’à la berge, les batteries de ton appareil photo chargées à bloc.

Et là, tu redescends sur terre.

1/ A 5h30, les ghats sont déjà pleins des mêmes types que la veille qui pensent que t’es tombée de ton lit et que peut-être t’as pas encore de bateau donc qui te sautent dessus en te criant : « Boat man ! Boat man ! » Raté pour le « seul au monde » et le silence…

2/ T’aurais peut-être pu t’en douter en voyant la veille le nombre de barques amarrées le long des ghats mais t’es pas tout seul… Mais alors vraiment pas. Genre y a une bonne centaine de barques contenant entre 1 et 20 personnes qui sont en train de quitter le quai.

3/ Y a effectivement des hindous venus faire leurs ablutions matinales, prier et boire une gorgée d’eau sacrée mais ils sont une centaine sur les ghats et on est 600 en face à les mitrailler sous toutes les coutures.

4/ Et non seulement on est comme une armée de paparazzis agglutinés les uns aux autres si près que nos barques ne forment qu’un seul et immense cortège mais y en a encore qui sont carrément sur les ghats, les pieds dans l’eau, pour être sûrs de capter sous le meilleur angle, l’aisselle ou le pied des gens venus se laver de leurs péchés. Pas du tout intrusif. Non, non.

Alors oui, le soleil se lève et c’est magnifique. Oui, les pèlerins se baignent à côté des bûchers de la nuit précédente dont les braises finissent de rouler dans la rivière et ça nous laisse médusés. Oui la lumière sur la ville est extraordinaire et le brouillard rajoute encore à l’ambiance un peu mystique qui se dégage du lieu. Et oui, ça pourrait être un spectacle fantastique. Et ça a dû l’être. Y a 20 ans. Quand les gens qui venaient ici ne se prenaient pas pour des chasseurs d’image et respectaient la signification et l’importance de cet endroit pour les hindous.

Honnêtement, je me suis sentie mal pendant cette balade. Dans le genre voyeur, c’était plutôt haut niveau. Certains boat mans vont jusqu’à refiler une petite bougie à tous leurs passagers et à la fin de la balade, tout le monde allume sa bougie en même temps, on ferme les yeux, on se tient par les mains, on fait une minute de silence puis tout le monde pose sa bougie dans l’eau… Alors oui, l’image de ces petites bougies vacillantes sur l’eau est très jolie mais les 3/4 d’entre elles sont déposées par les touristes !!

Est-ce que c’est ça que les gens viennent voir ?

Je suis convaincue de l’authenticité de la démarche des hindous qui viennent à Varanasi en pèlerinage ou pour mourir. Je suis convaincue que tous les touristes qui viennent ici ne sont pas là que pour rapporter des photos qu’ils exhiberont comme des trophées de chasse. Je suis convaincue que cette ville a effectivement un charme particulier et qu’elle est particulièrement belle le matin au lever du soleil.

Mais ce matin, j’étais pas contente d’avoir été menée en bateau.

Bon, j’ai quand même fait des photos… Elles sont ici.