Ç’a été la journée ?

Vous le savez, j’adore mes colocs.

Bon. Là, ça fait 4 mois qu’on vit ensemble et curieusement, les petits travers des uns et des autres commencent à se faire sentir. La fatigue aidant, on peut même dire que certains commencent à être pénibles… Evidemment, on se saute pas à la gorge au premier mot de travers. On est civilisés tout de même. Enfin… encore un tout petit peu. On lève juste les yeux au ciel en soupirant de façon plus ou moins appuyée. Mais comme on est clairement de plus en plus fatigués, nos nerfs sont parfois pas bien loin de lâcher.

Y en a notamment un à qui on va bientôt décerner une médaille. Lui, c’est le mec qui, quand il te parle, pose sa main sur ton bras et t’appelle « ma grande » quand tu préfèrerais clairement qu’il te dise « Madame », qu’il te vouvoie et qu’il respecte un périmètre de 2 mètres de sécurité autour de ta personne. Mais bon. Tu n’en es pas encore à faire un esclandre pour un gros lourd. Tu le fusilles juste du regard en lui jetant un fort acide « Je suis pas ta grande… ». Jusqu’à maintenant, c’est sans effet. Mais là n’est pas le sujet. Le sujet c’est que le mec a un tic de langage. Y en a qui disent « Fuuuuuuck… » pour un oui ou pour un non. Ça nous fait marrer. Y en a qui disent « So nice this girl… » à tout bout de champ. Ça nous fait marrer aussi. Lui, chaque fois que tu le croises, il te dit : « Ç’a été la journée ? ». Ça avait commencé par nous agacer (en même temps, il fait rien pour se rendre sympathique non plus) mais depuis quelques jours, j’ai le zygomatique qui me démange quand je l’entends. J’avoue même que parfois je me mets à pouffer dans mon coin. Faut dire que la conversation peut vite ressembler à ça :

– Salut ma grande ! Ça va ?

– Oui… ça va et toi ?

(en vérité je suis déjà un peu crispée mais tout va bien…)

– Oui oui ça va… Ç’a été la journée ?

– … Ben (levage de sourcil)… Il est 9h du matin…

Mais ça ne s’arrête pas là… A 13h, je rentre à la maison pour déjeuner. On se croise au-dessus du lavabo pour se laver les mains.

– Ça va ma grande ?

– Mmmh…

(ouais… je suis toujours crispée… et 273 problèmes sont probablement tombés sur mon bureau dans la matinée alors…)

– Ç’a été la journée ?

– Mmmh…

Mais c’est toujours pas fini. Vers 18h, alors que le soleil se couche, que le ciel s’embrase et que j’ai les yeux qui se croisent à force de vérifier, revérifier et survérifier les petites lignes de la compta, je finis par fermer mon ordinateur dans un soupir, j’éteins la lumière et je fais cliqueter mon trousseau de clés dans tous les cadenas que je trouve. Le gardien me raccompagne à la maison en balayant le chemin de sa lampe torche. Faut pas marcher trop près des herbes hautes. Il peut y avoir des serpents. Quand j’arrive dans le salon, ils sont là, les quelques irréductibles qui regardent la télé. Et évidemment…

– Hey ma grande ! Ç’a été la journée ?

J’ouvre la porte du frigo et je plonge ma tête dedans. Je sais, c’est pas très poli. Là, franchement, désolée mais j’ai pas la force d’être polie. Je sais, c’est mal.

Après plusieurs semaines sur le même rythme, c’est devenu une grosse blague. Entre nous, on se balance des « Ç’a été la journée ? » à tout bout de champ. Ça nous fait marrer bien sûr. Sauf quand ça vient du principal intéressé. C’est qu’on en deviendrait presque de mauvaise foi dites donc…

Mais ce qui devait arriver arriva. Ce samedi, quand vers 13h on a ramassé nos affaires et qu’on est rentré à la maison en se déplaçant tout doucement pour ne pas transpirer 8 litres en 7 minutes et qu’arrivés devant la porte, notre ami qui venait de passer toute sa matinée sous le manguier à regarder passer les chèvres nous a adressé un signe de tête en guise de salut, j’ai craqué. Je lui ai souri et j’ai dit : « Ç’a été la journée ? ». Quand le gardien a ouvert la porte, il a trouvé une pauvre greluche en train de glousser, pliée en deux sur le sable. Je crois que c’est à ce moment qu’il a compris que mon cas était désespéré. C’est foutu, il s’est dit, le soleil a trop chauffé, les plombs ont fondu, les câbles se touchent. Il a haussé les sourcils, il m’a laissé rentrer et puis il a probablement secoué la tête en me regardant m’éloigner…

Loft Story

Ça fait maintenant 3 mois que je suis à Paoua. Que j’y travaille, que j’y habite… que c’est chez moi quoi ! Mais vous vous demandez sûrement à quoi ça ressemble une maison à Paoua… Je vais essayer de vous faire un tableau.

Alors, la maison, c’est en fait une grande parcelle rectangulaire entourée d’un mur d’enceinte de 3 mètres de haut. Sur 3 côtés sont alignées une vingtaine de chambres donnant sur une grande cour en terre battue au centre de laquelle une « petite maison » fait office de salle à manger. Dans deux coins opposés, il y a des petits bâtiments en béton avec les douches (à l’eau froide) et des toilettes (un trou dans le sol) et sur le dernier côté, il y a une pièce qui fait office de cuisine et une autre de buanderie. D’un côté de la « petite maison », il y a une paillotte et de l’autre, un grand auvent en tôle et en paille avec des canapés en mousse de matelas recyclée. Ce sont les salons en quelque sorte. Comme on est chanceux, on a l’électricité 24/24 ce qui veut dire que les ventilateurs tournent 24/24 dans chaque pièce. Je sais pas si vous visualisez très bien ce que ça donne mais globalement, c’est plutôt pas mal. Là, vous avez le décor.

Une vingtaine de chambres, ça veut pas dire qu’il y a une vingtaine de personnes qui vivent là. On est plutôt une quinzaine en permanence et quelques visiteurs qui viennent de Bangui de temps en temps. Une coloc à quinze, c’est pas loin de ressembler à une colonie de vacances. Mais une colonie de vacances où on n’a pas le droit de sortir et où tes petits copains de dortoir boivent du whisky… « Quinze adultes, zéro caméra, enfermés ensemble pendant 6 mois… »… let’s face it, ça ressemble plutôt à Loft Story. Hormis l’absence de caméras (et de piscine, évidemment…), on est donc pas loin d’une bonne télé-réalité. Sauf que personne n’orchestre les petits et grands drames qui rythment notre existence. Oh non ! Pour ça on a besoin de personne ! On se débrouille très bien tous seuls, merci !

Imaginez… du jour au lendemain, vous vous retrouvez propulsés à des milliers de kilomètres de chez vous, dans un pays au climat parfaitement inhospitalier (55 degrés entre 12 et 16h, oui, c’est ce qu’on appelle parfaitement inhospitalier), où vous avez parfois du mal à comprendre la façon de raisonner des gens (traditions, religions, coutumes, appelez ça comme vous voulez mais soyez sûrs que tout un tas de choses vous échappe…), où la nourriture est souvent loin d’être réconfortante (on mange quoi aujourd’hui ? ooooh… de la tête de cabri… chouette…), fort fort loin de votre zone de confort (aaaaAAAAAHHH ! C’est quoi ce put***  de truc qui vient de me tomber sur la tête pendant que je prends ma douche bor*** de m*** !!! Ah c’est rien ! C’est une grenouille…) et vous vous retrouvez enfermés dans ce merdier avec ces personnes que vous n’avez jamais vues de votre vie, que vous n’avez pas choisies et avec qui vous allez désormais passer les 6 prochains mois de votre vie. 6 mois. 183 jours (à la louche). 4 392 heures. Presque 265 000 minutes. Parce que oui. Vous allez passer ces 265 000 minutes avec eux. A moins que vous preniez soigneusement soin de votre réputation d’asocial et que vous restiez enfermé dans votre chambre à agoniser sous les pales de votre ventilateur. C’est votre choix. Pas le mien.

En général, quand les gens me disent que je suis super courageuse de faire ce que je fais, ça me fait ricaner bêtement. Ça pourrait presque me mettre mal à l’aise même. Je suis très très loin de me sentir courageuse. Cela étant dit, se porter volontaire pour aller passer 265 000 minutes de sa vie en compagnie de complets inconnus dans un contexte pareil, ne peut confirmer qu’une chose : je suis effectivement un peu fucked up. Mais je suis pas la seule… Laissez-moi vous dresser le portrait de quelques-uns de mes nouveaux colocs donc…

D’abord, y a le mec qui ponctue chacune de ses phrases par une chanson de Léo Ferré. Au début, il te fait marrer. C’est vrai, il raconte plein d’histoires rigolotes sur sa grand-mère (« Comme disait ma grand-mère… »), il est super cultivé, il a vécu des tas de trucs… mais au bout d’un moment (15 jours je dirais), le grand show tous les soirs à l’apéro, ça devient lassant. Et puis peut-être que d’autres gens ont des trucs intéressants à raconter. Et toi, t’aimerais bien les entendre. Si l’autre voulait bien la fermer 10 minutes…

Y aussi le mec qui traîne des pieds. Ça n’a l’air de rien comme ça. Vous pensez même peut-être que je pourrais laisser les gens qui traînent des pieds vivre leur vie comme bon leur semble. Mais avez-vous déjà vécu avec quelqu’un qui traîne les pieds tout le temps ? Genre tout. Le. Temps. Bah désolée mais c’est purement et simplement insupportable. Si vous combinez ça au fait que le gars chante de la soupe R&B à tue-tête dans sa douche à 5h du matin (je rappelle que les douches ne sont pas à l’autre bout du village), très vite, il devient la tête de turc de la communauté…

Y a la fille qui a pas tout à fait compris que porter des pantalons en lin blanc n’était pas exactement approprié au sable rouge et à la poussière ambiante. Remarquez bien que c’est la même qui est venu avec un sèche-cheveux et qui se fait un brushing tous les matins. Elle, tu la vois jamais sortir de sa chambre avec la trace de l’oreiller sur la joue et le filet de bave séché sur le menton. Oh non ! Elle, elle est capable de changer 4 fois de tenue dans la journée : la tenue du petit-déj, la tenue pour aller au bureau, la tenue pour aller au marché, la tenue pour aller boire une bière chez les voisins… Au début, tu crois qu’elle est cinglée. Gentiment cinglée mais cinglée tout de même. Mais en fait, au fil des semaines, elle finit par se mettre à la page et prend désormais son café sous la paillotte en pyjama, les yeux mi-clos et les cheveux dressés sur la tête.

Evidemment, y a le mec qui te regarde un peu trop attentivement quand tu traverses la cour pour aller prendre ta douche enroulée dans ta serviette. C’est le même que celui qui te propose tous les soirs de te masser parce que tu chouines que t’as mal partout à force de passer tes journées assise sur une chaise en bois. Il se croit fin et spirituel et toi, tu lèves juste les yeux au ciel en te demandant à quel moment il va comprendre qu’il est juste lourd.

Y a la fille qui se lève à 5h du mat pour faire 45 minutes de corde à sauter. Les gens qui ont la patate à 7h le matin, ça énerve. Entre ça, le fait qu’elle se croit obligée de te tripoter le bras quand elle te parle et le sillage de Chanel N°5 qui flotte lourdement derrière elle, elle met tout le monde d’accord : on la regarde en soupirant et en levant les yeux au ciel.

Y a le mec que t’as du mal à cerner. Il est pas très bavard, tu sens qu’il sait pas trop sur quelle planète il est tombé. Puis les semaines passent, vous passez vos soirées à discuter de choses et d’autres, vous vous rendez compte que vous avez une vision du monde pas si différente et deux mois plus tard, c’est devenu un nouvel ami.

Y a la fille qui systématiquement décide de skyper sa famille ou ses amis le dimanche aprem quand tout le monde essaye de faire la sieste et qui croit que plus les gens sont loin, plus faut hurler sur ton ordi. Les murs sont en carton et la notion de vie privée est toute relative ici…

Enfin, y a la fille qui a apporté son hamac et qui passe son dimanche dedans à tricoter. Ah… attendez… celle-là, c’est moi…

On pourrait croire que tous ces gens me sortent par les trous de nez, right ? Mais détrompez-vous ! A quelques très rares exceptions près, je les aime bien. Bien sûr qu’on se tape tous sur les nerfs. Ça serait difficile de faire autrement honnêtement. Mais on s’adapte, on se supporte, on fait des compromis et puis de temps en temps, bah, quelqu’un finit par faire une remarque un peu acide, le ton monte et y a une porte qui claque. Alors faut jouer les médiateurs, laisser les gens vider leur sac, calmer les esprits et sortir des bières du frigo. En général, les deux jours suivants, Radio Moquette diffuse deux fois plus que d’habitude. « Ah ouais ? Il a vraiment dit ça ? Noooon… Franchement, je peux pas le croire… Mais t’en fais pas, il a bientôt fini sa mission. En même temps, tu sais, ça m’étonnes pas. La semaine dernière, je l’ai entendu dire blablabla… »

Notre petite communauté vit donc dans un univers parallèle où finir un pot de Nutella ou faire remarquer à quelqu’un qu’il rit un peu trop fort après 23h peut déclencher une guerre nucléaire. La beauté de tout ça, c’est que cet univers est tout à fait temporaire. Revenons dans 6 mois et rien ne sera comme aujourd’hui. Rien ne sera plus jamais comme aujourd’hui. Ce ne seront plus les mêmes gens, plus les mêmes blagues, plus les mêmes regards en coin. Tu trouveras peut-être ça 1000 fois mieux qu’aujourd’hui. Ou peut-être 1000 fois pire. Tu te demanderas sûrement pourquoi t’as accepté de revenir. En souvenir du bon vieux temps probablement. Mais tu réaliseras très vite que ce temps n’existe plus et qu’il ne survit que dans ta mémoire et dans celle de tes compagnons de cellule du moment, dispersés désormais aux 4 coins du monde…

En attendant, c’est Loft Story. Ça m’étonne presque que personne n’ait pensé à poser des caméras et à vendre le concept. Peut-être parce que finalement, la principale raison qui fait qu’on est tous d’accord pour venir s’infliger ces 265 000 minutes de vie commune, c’est que tout ce qui se passe à Paoua, reste à Paoua…

Finalement, Paris, Malemba… même combat…

En quittant Paris pour le tréfonds de la brousse, je m’imaginais la machette à la main et les Ray-Ban sur le nez, vaccinant à tour de bras les nourrissons encore accrochés aux dos de leurs mères dans des pagnes multicolores. Les semaines passant, j’aurais pris une jolie couleur caramel, appris quelques rudiments d’une nouvelle langue aux sonorités exotiques, croisé la route de quelques bestioles sauvages dont j’aurais même pas eu peur et avec un peu de bol, perdu quelques kilos…

Comme chacun sait, la vie, c’est rarement comme on l’imagine…

D’abord, point besoin de machette. C’est peut-être bien le tréfonds de la brousse mais personne ne m’a attendu pour débroussailler le coin. Ensuite, la vaccination, comme vous l’aurez compris et pour la sécurité de tous, c’est évidemment loin de mes dix doigts que ça se passe. Moi, j’ai tellement compté de liasses de billets imprégnés de vapeurs chauve-souricières ces dernières semaines que je commence à avoir envie de dormir suspendue par les pieds. J’ai désormais un bronzage limite plus ridicule qu’un cycliste sur le Tour de France (vous devriez voir la splendide marque de tongs que je me trimballe), j’ai péniblement appris quatre phrases en kiluba (ce qui fait toujours hurler de rire les trois quarts du village et commence à me vexer sérieusement), je fais toujours un bond de 8 mètres quand un IVNI, Insecte Volant Non Identifié, fait « Bzzz… » à côté de mon oreille et comme je n’ai pas croisé le reflet de mon image depuis bientôt six semaines (non, dans la brousse, bizarrement, on ne trouve pas de miroir en pied devant chaque case…), je serais bien incapable de vous dire si j’ai encore une forme vaguement humaine…

Et puis tout aussi exotique que ça puisse paraître, être expatriée à Malemba Nkulu, c’est pas forcément aussi dépaysant qu’on pourrait croire.

Il m’arrive par exemple de passer mon dimanche après-midi devant la télé à regarder un match de foot en buvant des bières. Et ouais… Alors certes, je pense bien qu’il ne m’est jamais arrivé en France de passer un dimanche après-midi de la sorte mais avouez que là, on est assez loin des courses d’antilopes…

Et puis y a pas qu’à la maison où finalement, ce n’est pas si différent. Au boulot aussi. Y a les tire-au-flanc  qui se planquent dans les coins et qui n’en rament pas une. Y a ceux qui ont un grand sens de la théorie et discourent pendant des heures sur la meilleure façon de faire ce qu’ils ont à faire et à quel point ils ont été efficaces sur leur mission précédente mais au moment de passer à la pratique… pfffuit ! y a plus personne ! Y a ceux qui font exactement le contraire de ce que tu leur as demandé de faire juste parce qu’en fait, ils n’ont rien compris à ce que tu as bien pu leur dire, traduction oblige. Y a ceux que t’aurais bien envie d’embrasser sur les deux joues parce qu’au milieu de tout ça, ils ont bien fait ce que tu leur as demandé, eux. Bref, finalement, rien de nouveau sous le soleil si ce n’est le soleil qui lui, ne t’accorde pas une minute de répit (et tatoue tes pieds de façon ridicule donc…).

Ouais, finalement, au boulot aussi, y a des jours où je pourrais bien me croire à Paris.

Et puis il faut parler de ce que c’est dans la vraie vie que de vivre avec les gens avec lesquels tu travailles. D’habitude, quand tu es au boulot, y a les histoires de machine à café. Radio Moquette diffuse à longueur de journées les potins et autres anecdotes croustillantes qui arrivent à tes collègues et toi, avec ton âme charitable, tu ris à gorge déployée et surtout, tu pries pour que ton nom ne soit jamais mentionné. Bah ici, c’est la même. OK, on n’a pas de machine à café. Mais ça pipelette toute la journée. Toute. La. Journée. C’est-à-dire que même le soir quand tu rentres à la maison, vu que tu es toujours avec les mêmes personnes, tu racontes à ceux de l’hôpital ce qu’il s’est passé au bureau et vice-versa.

Et évidemment, après six semaines en quasi-vase clos, certains egos commencent à se sentir à l’étroit et la fatigue aidant, les tensions commencent à faire sentir. Comme en plus, je soupçonne que « forte personnalité » soit un des critères de recrutement prépondérant pour MSF, ça s’emballe pour un rien. Rapidement, le mec qui a fini le pot de Nutella au petit déj devient incompétent, celui qui n’a pas réapprovisionné le papier toilette ton ennemi personnel et celui qui n’est pas d’accord sur avec toi peu importe le sujet te déclare la guerre. En deux temps trois mouvements, on se retrouve en plein conflit planétaire. Le Loft, sans les caméras mais avec ses histoires de clans et son lot de drames quotidiens. Ça donne naissance à des situations ubuesques : un des médecins convoque l’intégralité de l’équipe à une réunion médicale (pardon mais… en quoi suis-je concernée, moi ?) pour faire savoir au monde entier qu’il n’est pas d’accord avec une décision prise par le coordinateur du projet puis emmène ses partisans dîner à l’extérieur. Faut alors sortir l’artillerie lourde, déployer des trésors de diplomatie et jouer les médiateurs entre les uns et les autres. Ça se finit en crise de larmes, en excuses prononcées du bout des lèvres et puis en tournée générale de bières… C’est qu’il nous reste encore quelques semaines coincés dans la brousse et que tant qu’à faire, si on pouvait ne pas s’entretuer…

Bon alors évidemment, dit comme ça, on pourrait croire que c’est un cauchemar. Mais la vérité c’est qu’on est dans une vraie cour de récré. Et comme j’ai pour l’instant réussi à conserver ma neutralité et les cordons de la bourse, je siffle la fin des négociations et arrose les cessez-le-feu à grands coups de Simba. Finalement, le management à Paris ou à Malemba… même combat…

Au fait, ce matin, après un énième sursaut de la jeep, mes yeux ont accroché le regard de quelqu’un dans le rétroviseur. J’ai failli dire bonjour quand mon cerveau m’a envoyé l’information suivante : « Ça fait longtemps que tu l’as pas vue, d’accord, mais c’est toi idiote ! »