Complètement à l’Est…

Dans cette nouvelle vie que j’ai adoptée, je ne suis jamais « à la maison ». Enfin, si, chaque fois que je change d’endroit, c’est comme si j’avais une nouvelle maison. J’ai une capacité d’adaptation qui frôle le caméléonisme.. Mais du coup, je ne passe plus beaucoup de temps en France. On est fin juillet et depuis le début de l’année j’ai dû passer à peine un mois au pays du camembert de Molière…

Alors c’est super parce que je découvre tous ces nouveaux pays, ces nouvelles cultures, ces nouvelles personnes qui deviennent parfois des amis mais clairement, quand on me dit : « Ah c’est génial ! Tu connais le Congo ! », je rigole doucement. Je connais le Congo comme je connais Bordeaux. J’y suis passée quelques fois, j’y ai une flopée de souvenirs mais je ne connais pas Bordeaux. Ni le Congo. Parce que, breaking news, aller dans un pays pour y travailler c’est loin mais alors vraiment très loin d’être la même chose que d’y aller pour voyager. Oui on tisse de vrais liens avec des gens qui vivent là. Oui on s’y crée une routine, on y apprend plus de choses qu’on ne ferait si on était simple touriste et oui on se sent « à la maison ». Mais on n’est pas libre de ses mouvements (reminder : je travaille pour Médecins Sans Frontières, je vais donc dans des endroits où la sécurité est parfois une préoccupation bien réelle et où je suis tenue de suivre certaines règles. Ce n’est évidemment pas le cas de tous les expatriés du monde, heureusement…) et l’air de rien… on y bosse ! On n’a donc pas tout le temps du monde pour flâner le nez en l’air sur les marchés, aller visiter les musées et les sites archéologiques et profiter des plages de sable blanc… Alors, quand je suis en vacances (enfin… quand je ne travaille pas), bah… j’ai toujours envie de voyager !

Mais c’est vrai que les destinations exotiques sont un peu redescendues dans le classement de ma bucket-list. A la prochaine Jordanie, Argentine, Myanmar ! Welcome Norvège, Pays Baltes, Bulgarie ! Oui c’est-à-dire que j’ai eu ma dose de soleil et chaleur pour 2016. Là, j’ai envie de forêts, écharpes et roulés à la cannelle… Du coup, pour ce premier voyage de l’été (oups, j’ai vendu la mèche, il y en aura évidemment plusieurs…), j’ai choisi… l’Estonie !!

Alors d’abord l’Estonie, c’est où ? Très facile, l’Estonie, c’est là.

Et pourquoi ça l’Estonie ? Tout simplement parce que personne n’y va. Je passe ma vie à voir des gens, à parler à des gens, à vivre avec des gens. Quand c’est les vacances, j’ai envie de calme luxe et volupté et de solitude. Et puis aussi parce qu’en Estonie, y a des grands espaces. Des forêts, des plages, des centaines de kilomètres de paysage où tu peux laisser ton regard se perdre à l’horizon. Quand tu passes ta vie derrière 4 murs, de temps en temps, t’as besoin que tes yeux se souviennent comment faire pour regarder « au loin ». Mais bon, je me suis quand même un peu renseignée avant. En Estonie, y a plein de choses à voir, à faire et à manger.

J’ai donc acheté un billet d’avion pour Tallinn (encore un bon point pour l’Estonie, pas besoin d’être milliardaire pour aller y faire un tour), j’ai calé ma mère sous mon bras et en avant Guingamp !

On a commencé par explorer l’aéroport d’Helsinki. Oui parce que pour aller à Tallinn, globalement, faut passer par Helsinki. Paris-Tallinn en direct, ça n’existe pas. En tout cas, ça n’existait pas cet été. Helsinki c’est sympa mais faut pas rester trop longtemps sous peine d’en ressortir ruiné. Du coup, on grimpe dans un petit coucou d’à peine 20 places qui traverse le bras de mer qui sépare les 2 pays en pas plus de 25 minutes et nous ici voici !

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Arrivées à destination, on récupère la voiture qu’on avait louée pour 10 jours. Oui parce que l’Estonie, c’est bien y a personne mais du coup, c’est pas blindé en transport en commun non plus. Et comme je n’avais pas l’intention de rester à Tallinn mais bien d’arpenter les sentiers perdus, il nous fallait un moyen de locomotion. On a donc jeté notre sac dans le coffre, allumé le GPS et 20 minutes plus tard, on s’est garé par une belle fin d’après-midi aux pieds des remparts de la vieille ville. On y a donc fait un petit tour au hasard des ruelles pavées et Tallinn s’est montrée sous son meilleur soleil couchant.

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Ne sachant pas trop à quoi s’attendre gastronomiquement parlant, on a demandé son avis à notre ami le Lonely Planet. Et bingo ! On a atterri dans un petit resto à moitié bio, vegan ou je-sais-pas-quoi où on a pu goûter à la bière de la maison et à tout un tas de petits trucs très très sympas et très très délicieux.

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Autant dire que pour une première impression, Tallinn a mis le paquet !

Le lendemain matin, on a taillé la route. Déjà ? Oui, déjà. On a bien prévu de passer un peu plus de temps dans la capitale estonienne plus tard mais j’avais bien trop soif de grands paysages pour m’attarder en ville. On a donc pris la route de Saaremaa, une jolie petite île à l’Ouest du pays. Sur la route, on ouvrait grand nos yeux, on nous avait dit qu’on pouvait voir des cigognes. La circulation n’est pas dense (on est seules…), on peut se démancher le cou pour regarder le ciel. Et tout à coup, au sommet d’un poteau électrique, les voilà ! Perchées sur leur nid-plateforme, deux cigognes surveillent leur territoire… Elles sont énormes ! Enfin… elles doivent avoir une taille de cigogne moyenne mais moi, c’était la première fois que j’en voyais et je les ai trouvées énormes. Soudain, l’une d’elles s’envole. Deux battements d’aile et elle se laisse planer jusqu’au champ voisin. Avec son long bec orange, elle fouille le sol. J’en aurais presque oublié de garder les mains sur le volant. Mais le long de cette route, on s’est vite aperçu que c’était la fête à la cigogne. Presque tous les poteaux électriques étaient coiffés d’un nid et les grosses bestioles ne semblaient pas du tout effrayées par les voitures qui passaient dessous. On a fini par arriver au bout de la route. Après, c’était la mer. Et pour atteindre Saaremaa, il fallait prendre le ferry. Il y avait un vent à décorner les bœufs mais c’était tellement bon de laisser ses yeux courir sur les vaguelettes jusqu’à l’horizon…

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Et enfin, on est arrivé à Kuressaare. C’était l’après-midi, c’était calme. On a repéré notre abri pour la nuit (une petite guesthouse en dehors de la ville) puis on est parti se balader. Ah Kuressaare… son château épiscopal, ses moulins à vent… et c’est tout ! C’est pas bien grand mais c’est joli. Y a des géraniums aux fenêtres, des chats qui se dorent au soleil et des gens qui se promènent doucement. Cerise sur le gâteau, on peut dîner dans un des moulins. Une soupe, une goulash (un goulash ?) emmitouflées dans des gros plaids sur la terrasse puis au lit !

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Le lendemain matin, le ciel était gris. La pluie du matin n’arrêtant pas le pèlerin, on retourne faire un petit tour en ville avant d’aller d’explorer les forêts alentours. Au beau milieu de la forêt, il paraît qu’il y a une tour d’observation. On s’était dit que ça se serait chouette de prendre un peu de hauteur et d’avoir un joli point de vue. Alors ni une, ni deux, on a suivi le petit sentier qui menait à la fameuse tour. Et là…

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… voilà voilà… Bon, on n’est pas des mauviettes puis ça faisait jamais que XX mètres de haut… Certes, on aurait dit que toute la structure allait s’envoler au premier coup de vent mais y avait pas de vent alors c’était pas grave… Enfin ça, c’est ce qu’on croyait quand on était au pied de la tour, à l’abri des arbres. Une fois là-haut, on avait un peu les genoux qui s’entrechoquaient. Parce qu’il faisait froid, évidemment. Eventuellement parce qu’il y avait du vent et qu’on sentait la tour bouger. Et que tout ça n’avait quand même l’air que d’un gigantesque château d’allumettes. Alors on a pris deux ou trois photos et on est redescendu fissa. On s’est baladé encore un peu et puis on a repris la route. Direction Parnü.

Parnü, c’est LA station balnéaire estonienne. Quand je préparais l’itinéraire, j’hésitais un peu parce que je me disais qu’il y aurait peut-être trop de monde… Mouahahahaha !! On y est arrivé en fin d’après-midi sous un ciel gris foncé. Alors certes, c’est une grosse ville par rapport à toute la campagne qu’on avait traversée jusqu’à maintenant mais pour la foule, faudra repasser. J’avais réservé un petit bungalow dans une auberge un peu en dehors du centre-ville. Sur le site internet, y avait marqué « Biker Friendly ». Je confirme. D’abord y avait plein de grosses motos rutilantes garées devant. Et dedans c’était plein de gros bikers norvégiens. Tendance vikings. Cheveux longs, moustaches et barbes incluses. Avec en extra, les bandanas, les gros tatouages et les gilets en cuir… Comme les bungalows étaient organisés un peu comme au camping, y avait des douches communes. Et fallait passer avec sa petite serviette devant les gros vikings qui boivent des bières sur leurs terrasses… rigolo.

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Dans le centre-ville, on s’est trouvé un petit resto de spécialités presque locales : blinis et saumon. Faut dire qu’on n’était pas très loin de la Russie. Et d’ailleurs, on sent bien qu’en dehors des centre-villes plutôt mignons, les amis russes ont eu une influence certaine dans le coin. Les banlieues architecturées soviétique sont légions. Mais pour le moment, on profitait de l’air du soir en sirotant une bière locale. Il faisait assez froid mais les restos ont la bonne idée de mettre des couvertures à disposition des clients qui souhaitent rester en terrasse. C’est qu’on est tout de même très au nord, le soleil ne se couche pas de bonne heure et c’est plutôt agréable de pouvoir profiter de la soirée dehors. Et puis, je le confesse, ça me faisait plaisir d’avoir froid…

Le lendemain matin, il faisait encore bien gris. Ça mettait assez bien en valeur l’architecture soviétique mentionnée plus haut… Mais la ville de Parnü regorge de choses à voir et comme on n’était quand même pas venues dans la première station balnéaire du pays pour rien, on est allé jusqu’à la plage. Le sable était magnifique. Blanc, fin, il s’étendait à perte de vue et glissait entre mes orteils à moitié frigorifiés. Mais ne faisant jamais les choses à moitié, je suis allée les mettre carrément dans la Baltique. Je crois d’ailleurs qu’ils y sont restés…

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Puis on a repris la route. Cette fois, direction Viljandi. En route, on a fait une petite balade dans les tourbières du coin. Les sentiers sont bien aménagés et c’est agréable de marcher sur les palettes de bois en entendant floc-floc sous ses pas.  Encore une fois, on est arrivé à Viljandi en fin d’après-midi. On a posé nos affaires dans notre petit bungalow (avec sauna intégré… mais on a jamais compris comment le mettre en route…) puis on est allé au supermarché du coin pour faire des courses. Aller au supermarché à l’étranger, c’est un peu comme ouvrir le frigo de quelqu’un. Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es. Ou si je peux éventuellement habiter chez toi. Là en l’occurrence, ça n’a pas été simple. De la lentille en veux-tu en voilà, de la mayonnaise à toutes les sauces (ou dans toutes les sauces) et pas un chat qui parle un mot d’anglais pour nous aider à comprendre ce qu’on était en train d’acheter pour le dîner… On s’est retrouvé avec des graines non identifiées (comestibles mais pas terribles) et du salami de provenance inconnue. Par contre, j’ai carrément fait la découverte du siècle : des barres de crème aromatisée et gélifiée enrobées de chocolat. Le tout emballé de façon individuelle et conservé au rayon frais. L’expérience prouvera effectivement que les garder plus de 3 heures dans la voiture n’était pas l’idée du siècle. Mais en attendant… une tuerie !

Au petit matin, on s’était mis en tête de trouver une laverie. Plus facile à dire qu’à faire… Pas de laverie à Viljandi. Y avait bien un pressing qui pouvait s’occuper de notre linge mais la dame ne voulait nous le rendre qu’à 14h et nous, à 14h, on comptait bien être loin d’ici. L’histoire dira qu’on aurait dû laisser notre baluchon au pressing mais prenons les choses dans l’ordre. Dans notre quête effrénée de la laverie parfaite (ou juste existante), nous étions passées à l’office de tourisme. Et nous y avions trouvé un petit itinéraire découverte de la ville qui avait l’air sympa et pas trop long. Comme on ne rappelait plus trop pourquoi on avait atterri à Viljandi, on s’est dit que ça serait une bonne idée. Et c’en était une ! Sauf qu’on n’avait pas super bien évalué ni les distances ni le temps passé dans les petits musées et autres boutiques d’artisanat mis sur notre chemin.

Moralité, à 14h, on revenait tout juste au centre-ville et on mourait de faim. Alors on s’est installé en terrasse (toujours) en face de la mairie pour déguster des petits plats avec de la citrouille, de la rhubarbe et tout un tas de graines magiques. Dé-li-cieux. Et pour ne rien gâcher, comme on était samedi, c’était jour de mariage et toutes les demi-heures sortait de la mairie un cortège festif avec mariée meringuée à souhait et moult tenues qui nous réjouissaient au plus haut point.

Lorsque le spectacle a eu l’air d’être terminé, on est remonté en voiture et on a quitté Viljandi pour aller découvrir le couvent de Kuremae. Sur la route, on a longé le lac Peipus. Le lac Peipus est le 5ème plus grand lac d’Europe et se déverse dans la rivière Narva qui sert de frontière entre l’Estonie et la Russie. Autant dire qu’on était maintenant complètement à l’Est. D’ailleurs, les gens ne parlaient même plus estonien ici mais russe. Le long du lac, il y avait plein de petits stands de SUITSUKALA (poisson fumé). Et quel meilleur souvenir à rapporter dans nos bagages qu’un petit morceau de poisson fumé à moitié russe… ?

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Une fois qu’on a quitté le lac, la route s’est mise à tournicoter dans la campagne. Et puis soudain, au sommet d’une colline, on l’a vu.

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Le couvent de Pühtitsa. Un des derniers couvents de l’Eglise Orthodoxe estonienne dans lequel vivent aujourd’hui 161 nonnes. Russes. Ne demandez pas pourquoi. Merci. Bien qu’on n’ait pas très bien compris le pourquoi du comment de ce couvent (y a une histoire de source sacrée quelque part), le couvent en lui-même est très impressionnant. Les nonnes sont toutes de noir vêtues. Y en a des jeunes, des vieilles, des très très vieilles. Beaucoup de femmes entraient dans l’église de laquelle s’échappaient des volutes d’encens et des chants religieux. Alors on a mis un foulard sur notre tête pour essayer de passer inaperçues et on est entrées. Il nous avait échappé un micro détail. Toutes les femmes étaient en jupe longue. Nous, en jean. Mais dans le tas, on a réussi à se faire oublier un moment. On a rien compris à l’office qui était en train de se dérouler (c’est pas qu’on soit des grandes adeptes des offices religieux de façon plus générale) mais le spectacle était amusant. Les gens se déplaçaient dans un grand ballet savamment orchestré pour aller embrasser les idoles, les livres et les mains des prêtres à barbes (qui doivent sûrement avoir un nom bien plus savant que « prêtres à barbes»). En consultant notre ami le Lonely, on a appris que le couvent était bien connu pour ses petits gâteaux et son miel. Il était un peu tard, il n’y avait plus rien. Alors on s’est promis de revenir le lendemain. En attendant, on a essayé de faire sécher nos chaussettes et nos petites culottes qu’on avait enfin réussi à jeter dans une machine à laver en les suspendant du mieux qu’on pouvait un peu partout dans notre chambre d’hôtel.

Le lendemain matin, on est donc retourné au couvent. Et on a acheté tout ce qu’il était possible d’acheter : du pain, des petits gâteaux bizarres avec une croix dessus et du miel. On aurait pu croire qu’il était possible d’acheter des cartes postales aussi puisqu’il y en avait plein derrière la nonne qui semblait les surveiller mais quand je me suis adressée à elle avec ce que je croyais être mon plus aimable sourire, elle m’a regardé par-dessous son gros sourcil broussailleux et elle m’a aboyé : « Niet !!! ». J’ai pas insisté…

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Après un dernier petit tour autour du couvent, on est donc reparti de Kuremae. Cette fois, on allait à Viitna. Mais avant d’aller à Viitna, on voulait aller voir une petite ville qui promettait de chouettes découvertes. Sillamae ça s’appelle. Sillamae fait partie de ces endroits qui depuis des milliers d’années ont subi les invasions successives de tous leurs voisins. Ici, on parle des Vikings dans les temps fort anciens, puis des Allemands et des Russes dans les temps plus récents. Pendant la période soviétique, Sillamae produisait 40% de l’uranium russe. Alors pour des raisons évidentes de sécurité, les Russes ont rayé Sillamae de la carte. Littéralement. Ils ont prétendu que ça n’existait plus. La ville n’apparaissait plus sur les cartes. Si tu habitais à Sillamae et que tu voulais aller voir ta Babouchka dans un village un peu plus loin, fallait un permis. Et t’avais intérêt à pas raconter ce que tu fabriquais à Sillamae. Sinon… bah ceux qui en ont parlé ne sont plus là pour dire ce qu’il leur est arrivé… Bref, Sillamae aujourd’hui c’est une ville fantôme. Avec des immenses avenues bordées de palmiers (incongruité certes, mais c’est joli) et des balançoires vides. Et quelques Babouchkas qui papotent sur les bancs en bas de leurs immeubles qui ont été désertés depuis longtemps…

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Une fois qu’on a été bien déprimées par l’ambiance de Sillamae, on est allée se remonter le moral en allant se balader le long de la mer en regardant les oiseaux.

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Notre destination du jour était le parc de Lahemaa à l’entrée duquel se trouve la petite ville de Viitna. Qui existe bien, elle. Et dans laquelle se trouve une taverne fort réputée à des kilomètres à la ronde et où on a pu se réconforter à coup de grandes cuillères de gruau et de viande grillée avant de rentrer se pelotonner sous nos couettes dans une datcha tout confort.

Au petit matin, on est donc allé se promener dans le parc de Lahemaa. Bon, on s’y est peu perdu pour être honnête… Mais c’était joli. Y avait plein de champignons, des petites fleurs, des petites baies multicolores… et on était pas dérangé par les voisins (y avait personne). Un peu plus tard dans la journée, on s’est mis en tête de faire une petite balade facile au bord de l’eau. Et puis encore un peu plus tard, une autre balade dans les tourbières. On a fini la journée avec près de 25 kilomètres dans les pattes. Il était temps de retrouver la civilisation et de rentrer à Tallinn.

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A Tallinn, cette fois, on avait loué un petit appartement pour les quelques jours qu’il nous restait. Au 8ème étage d’une tour Popovienne de première classe, on se fondait parfaitement dans le paysage. Au pied de l’immeuble se tenait tous les matins un marché où on allait acheter des kilos de fruits rouges qu’on avalait au petit-déjeuner. Et puis on allait se balader. Comme souvent, on a suivi un Free Tour. C’est sympa les Free Tour. On n’y apprend pas toujours plein de trucs intéressants sur la ville mais on se balade tout de même pas mal et en général, le guide est un gentil cinglé qui raconte des histoires rigolotes. Et puis en plus, ce jour-là, miraculeusement, il faisait grand beau.

Bref, on a mangé des glaces, on est allé voir la mer, on a fait le tour des remparts, des églises et des palais et on est même retourné dans le petit resto vegan du premier jour qui nous avait tant plu.

Alors, l’Estonie ? Ça valait le coup /coût ?
Et bah oui ! Carrément même ! Y a de très jolis villages, de très affreuses banlieues (mais il n’y a rien à y voir donc à priori c’est pas là que tu vas passer la majorité de ton temps), de très chouettes balades (faut aimer marcher seul dans la nature mais les sentiers sont très bien balisés), de très très belles plages (tu peux pas trop te baigner… à moins d’être breton de naissance… la mer doit être à 10°C) et plein d’extrêmement bonnes choses à manger (et quelques surprises déroutantes aussi parfois mais c’est bien ça qui fait le charme du voyage, non ?). Le coût de la vie n’est vraiment pas très cher et les hébergements tournent autour de 30€ par nuit pour 2 personnes. Et last but not least, les gens sont vraiment très gentils et ont envie de faire découvrir leur pays.

Alors ? Vous y allez quand en Estonie ?

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Vancouver

Ce matin, il fait à nouveau gris. Grrr… Bon, de toute façon, il est prévu qu’il pleuve les 3 prochains jours alors je vais pas rester planquer sous mes couvertures, faut bien avancer ! Je reprends donc la route et descends lentement la Sunshine Coast. Sunshine Coast mon œil oui ! Y a pas un rayon de soleil à 500kms ! Je tente bien une ou deux sorties pour aller admirer l’océan mais entre la pluie et les panneaux qui me mettent en garde contre les ours, les lynx et autres bestioles qui meurent d’envie de me dévorer, j’insiste pas trop.

Je fais une petite pause pour le déjeuner à Roberts Creek où je dévore, moi, un burger de bison et en début d’après-midi, je grimpe sur le dernier ferry qui m’amène juste au nord de Vancouver. Je ne sors même pas de Flipper pour admirer le paysage : il y a tellement de brume qu’on ne voit pas à 5 mètres… Déprimant…

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Au moment de descendre du ferry, on croise la file des voitures qui veulent repartir dans l’autre sens. Ça s’étale sur des kilomètres ! Et je prends conscience que j’approche une grande ville : j’ai pas vu autant de voitures en même temps depuis un bon bout de temps ! Et l’autoroute a 3 voies !

Avant de rejoindre Vancouver, je fais un dernier stop à la Lynn Valley, un petit parc où une rivière a creusé un joli canyon. Et par-dessus ce canyon passe un petit pont suspendu en bois, du genre qui gigote bien quand tu sautes dessus. Et évidemment, comme il pleut sans discontinuer depuis le matin, c’est encore plus marrant parce que c’est bien glissant…

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Je finis par atteindre Vancouver. Utilisant la technique désormais testée et approuvée du Park & Ride, je me gare au nord de la ville et prends le bus pour le centre. En fait, ce soir, j’ai l’intention de trouver un magasin de camping où je pourrais trouver une bouilloire électrique à brancher sur mon allume-cigare. Je ne sais même pas si ce genre de truc existe mais vu les hallebardes qui tombent, il est clairement impossible d’utiliser le réchaud à l’arrière du van. Et vu la température, pouvoir se faire de la soupe ou du thé n’est franchement pas du luxe. Et utiliser un réchaud à gaz à l’intérieur de Flipper me semble un poil dangereux.  Je galère un peu pour arriver jusqu’à la boutique (les bus ne passent pas vraiment toutes les 4 minutes dans le coin et en plus, faut faire un changement…)  et le vendeur m’explique gentiment que non, c’est pas possible de brancher une bouilloire sur un allume-cigare parce que ça pomperait toute la batterie, désolé. Bien. J’aurai donc froid et puis c’est tout !

Je fais un petit tour en ville mais je dois pas être dans le quartier animé parce qu’il a beau être 20h, y a pas grand-monde dans les rues. Je finis par atterrir au Acmé Café où, pour me remonter le moral, je me noie dans une part de tarte au citron…

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Alors que je suis couchée, j’entends des gens qui promènent leur chien passer à côté de Flipper et s’étonner que ma plaque d’immatriculation soit de Californie… Bah ouais, quand je vois le temps qu’il fait ici, j’suis à 2 doigts de me demander pourquoi je suis pas restée là-bas !

Le lendemain matin… il pleut. Tant qu’à être mouillée, je prends la direction de la piscine. Il est 8h, c’est bien ouvert mais y a personne derrière le guichet. Juste un petit panneau qui dit que la personne va arriver dans  45 minutes. Bon, bah moi, c’est pas que j’ai pas que ça à faire mais puisqu’on peut quand même rentrer… En plus, y a du monde dans le bassin ! En fait, je réalise vite que c’est un cours et qu’en plus, c’est réservé aux personnes trisomiques. J’ai comme un doute de passer inaperçue… Bon, bah au diable l’entraînement, aujourd’hui, ce sera douche et puis c’est tout ! Je ressors de là l’œil vif et le poil brillant mais l’estomac dans les talons. Je prends donc le bus pour le centre-ville et m’offre un petit-déjeuner de compét’ au Templeton. Œufs brouillés, pommes de terre sautées, toasts… je suis parée pour affronter le crachin. Pour changer un peu, j’ai décidé de suivre une visite guidée de la ville. La visite est gratuite et le guide est un gars rigolo qui nous raconte beaucoup d’anecdotes sur les différentes périodes qu’a traversées Vancouver. Difficile pourtant d’apprécier l’architecture de la ville quand tu te remplis les yeux de gouttes dès que tu lèves la tête…

Après ce petit tour dans les quartiers les plus anciens de Vancouver, je cours m’abriter au Visitor Center : le crachin vient de se transformer en déluge et en 10 minutes, l’eau est à hauteur des trottoirs. Je suis trempée, mon sac est trempé et je crains pour la survie de mon appareil photo (j’ai déjà perdu un appareil dans des circonstances étrangement similaires…). Je grimpe ensuite dans un bus pour me rendre au marché à Granville Island. Je ne suis visiblement pas la seule à avoir eu l’idée d’aller me refugier là-bas : il y a foule ! Il faut dire que les étals sont plutôt appétissants et que les commerçants n’hésitent pas à faire goûter leurs produits !

La pluie ayant fini par s’arrêter (en même temps, y a un moment, y a plus d’eau dans le robinet…), je retourne vers le centre-ville à pieds et je peux enfin apprécier la vue sur Vancouver. Avec l’eau partout (l’océan, hein, pas les flaques) et tous ces espaces verts, ça doit être plutôt agréable de vivre ici. Bon, ça doit être sympa en été. Parce que là…

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Pour finir ma journée en beauté, je me rends à la Rogers Arena, LA salle de spectacle de Vancouver. Ce soir, c’est concert. Et pas n’importe quel concert. Ça fait bientôt un mois que peu importe la station de radio que capte Flipper, je n’entends que lui ! Ce soir, Jason Aldean est à Vancouver ! Alors bien sûr, vous n’avez jamais entendu parler de Jason Aldean. Et bah, Jason Aldean, c’est lui.

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Et oui, il a vraiment des bottes de cow-boy, un chapeau de cow-boy et un accent de vieux Texan. Ce soir, c’est country night ! Mais le meilleur c’est clairement le public. Pour l’occasion, tout le monde a sorti son plus beau Stetson, ses bottes et sa chemise à carreaux. Et puis Jason n’est pas venu tout seul ! Il a aussi amené Jake Owen. C’est le même mais en un peu plus jeune. Et visiblement, ces deux-là sont des mégastars.

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Et je sais pas si la meilleure partie ça n’a pas été quand, après le concert, tout le monde est sorti, créant un raz-de-marée de country boys and girls dans Vancouver.

J’aurais aimé passer un ou deux jours de plus dans cette ville (et de préférence, pas sous la pluie…). Il y avait encore plein de choses à voir. Mais les montagnes m’appellent…

Photos ici.

C’est un fameux trois-mâts…

Quoi ? Me faites pas croire que vous n’avez jamais fait l’erreur ! Moi, je viens juste de découvrir que le bateau en question ne s’appelle pas du tout SantiaGo mais SantiaNo… Avouez que ça prête à confusion. En même temps, j’aurais dû m’en douter, y a pas la mer à Santiago.

Bref, reprenons. Une fois passée la douane (je pourrais avoir la photo de Mickey sur mon passeport, ça leur ferait même pas lever un sourcil), et un bus et 2 changements de métro plus tard, je sors de terre au beau milieu de la Plaza de Armas, au cœur de la ville. Mon hostal est juste là, au dernier étage d’un immeuble qui borde la place et depuis la terrasse, je découvre les environs.

Bon, bah, à première vue, c’est grand, c’est plein d’immeubles, ça grouille de gens et y a une bonne couche de pollution qui cache les montagnes autour mais ça n’empêche pas le soleil de passer à travers. La place est un immense carré bordé d’immeubles blancs et jaunes de 5 à 6 étages et de la grande cathédrale de la ville, la cathédrale de l’Assomption de la Très Sainte Vierge (parce qu’apparemment, des fois, elle est juste sainte et des fois, elle est très sainte, va comprendre pourquoi). Au milieu de tout ça, des enfants courent, des hommes orchestres dansent, des cercles se forment autour de passionarias qui haranguent la foule, les terrasses des cafés sont pleines, on entend les gens rire, crier, les pigeons volent… ça vit quoi !

Tout ce que j’ai entendu sur Santiago, c’est que c’est moche et que ça ne vaut pas le coup de s’y attarder. Moi j’ai 48 heures à y passer et je suis bien décidée à me faire ma propre opinion. Alors même si la vue est plaisante, je ne passe pas toute l’après-midi à lézarder sur ma terrasse. Non, non. Je saute dans la douche (après une journée de 41 heures, c’est pas du luxe) et je rejoins le Free Tour Santiago qui démarre juste au pied de la cathédrale. En voilà une idée qu’elle est bonne ! Deux fois par jour, des guides emmènent les touristes faire le tour de la ville en anglais. Gra-tui-te-ment. Bien sûr, on vous suggère de donner un pourboire mais curieusement, il semblerait qu’on soit bien plus enclin à rémunérer un guide quand on sait que ça n’a rien d’obligatoire… Moi, mon guide s’appelle Felipe, il a un accent formidable et surtout, plein d’adresses hyper intéressantes à recommander (comme ce glacier à l’angle de la Plaza Italia ou ce resto fréquenté par les locaux et où le patron n’essaye pas de vous arnaquer au Mercardo Central). Il nous raconte des tas de trucs rigolos comme ces cafés spécialisés dans le coffee with legs, où les serveuses ont des jupes extra courtes et où, il y a encore quelques années, existaient des happy minutes.  Pendant une minute, on baissait le rideau de fer, les serveuses offraient un strip-tease express aux cols blancs qui étaient en train de boire leur café puis on relevait le rideau et tout le monde faisait comme si de rien n’était. Intéressante tradition. A mi-parcours, il nous emmène boire un café à la terrasse d’un petit bar sympa. Un café ou un Pisco sour,  LA spécialité d’Amérique du sud. Keskecé le Pisco sour ? Et bien, c’est une bonne dose de pisco (de la liqueur de raisin), du sucre, un peu de blanc d’œuf pour rendre le tout un peu plus smooth et un trait de citron vert. Bref, ça se boit comme du p’tit lait et ça fait causer. Du coup, je discute avec Carmen et Miki, un couple suisse-allemand très sympa, qui commence un tour du monde d’un an. Pour l’instant, ils n’ont visité que l’Argentine et ils prennent l’avion dans 2 jours pour aller… à l’île de Pâques ! Après avoir dit au-revoir à Felipe, on va donc dîner tous les 3 dans un des restos de la rue Constitucion dans le barrio Bellavista, le quartier de Santiago réputé pour sa vie nocturne animée. L’occasion de goûter un Pastel de Choclo, une des spécialités nationales, une espèce de ragoût avec du poulet, du bœuf, plein de sauce, quelques olives, le tout recouvert de purée de maïs… Mouais, je sens déjà que je vais regretter mes soupes de nouilles dans pas longtemps. Puis, comme je compte bien profiter pleinement de cette journée fantastiquement longue, on va goûter quelques-unes des centaines de variations de mojitos et de caïpirinhas qui font la réputation du coin. Le petit détail qui nous ramène à la réalité c’est quand à peine assis en terrasse, le serveur du bar vient fixer nos sacs à nos chaises avec des lanières de façon à ce qu’ils ne s’envolent pas tout seuls… Ça met tout de suite dans l’ambiance.

Et puis, comme les Chiliens ne sont pas des gens qui se couchent tard, le métro s’arrête à 22h, ce qui nous oblige à prendre un taxi pour rentrer. Le chauffeur essaye de nous convaincre d’aller à la soirée organisée pour fêter on sait pas trop quoi dans une discothèque un peu plus loin mais toutes les bonnes choses ont une fin, même cette journée exceptionnelle.

Le lendemain matin, j’ai rendez-vous pour le petit-déj avec un copain que je n’ai pas vu depuis près de 6 ans et qui est de passage à Santiago pour le boulot. Bah oui, tout le monde ne vient pas à Santiago en touriste, il semblerait qu’il y ait encore des gens qui bossent. Sauf que ce matin, c’est le 1er mai. La journée internationale des feignasses. Encore plus vrai ici où le premier café n’ouvre laborieusement qu’à 10h (on est les premiers clients, affamés) et où les rues sont désertes de chez désertes. Au hasard des rues, on arrive jusqu’au palais de la Moneda où on assiste à la relève de la garde. Moi, ça me rappelle les evzones d’Athènes sauf qu’ici, ils ont remplacé les jupettes et les bas en laine par des belles bottes cirées et des costumes vert olive. Et puis, comme tout (vraiment tout) est fermé, on décide d’aller voir la ville d’en haut. D’abord au Cerro Santa Lucia puis au Cerro San Cristobal où se trouve le sanctuaire de la Vierge de l’Immaculée Conception. Pour grimper tout là-haut, on peut se la jouer warrior et y aller en courant, ou, faire comme tout le monde et prendre le funiculaire. Bon, il se trouve qu’il y a une queue pas possible au funiculaire parce qu’il mène aussi au zoo de la ville qui est visiblement la seule chose d’ouverte aujourd’hui. Mais arrivé au sommet, la vue sur la ville est… époustouflante. On voit bien la petite couche de brouillard qui recouvre l’ensemble mais au-dessus, on voit les montagnes. La Cordillère des Andes ! Et pas à 200kms ! Non, non. Juste là, aux portes de la ville. On en reste sans voix. Beaucoup de Chiliens viennent ici déposer des fleurs ou se recueillir et plein de gens ont à la main un verre avec un contenu étrange… Comme il faut vivre dangereusement, on tente le coup. Et on se retrouve avec une portion de blé recouverte de pêches au sirop… Curieux. Pas dégueu mais curieux. On finit par redescendre de notre colline (à pied cette fois parce qu’on est à moitié courageux) pour atterrir dans un resto de fruits de mer, toujours dans le barrio Bellavista, mais cette fois, j’opte pour un ceviche, du poisson cru mariné au citron. Bonne pioche, c’est délicieux. Et puis on papote, on papote, on laisse filer l’après-midi et on décide d’aller admirer le coucher de soleil depuis la terrasse du bar de l’hôtel W, un des grands hôtels de Santiago. Bonne idée mais quand on arrive… le bar est fermé pour travaux. Du coup, on se rabat sur le lounge de l’hôtel où après quelques Pisco sour (chilean style et peruan style), on finit par commander à dîner parce que ça faisait au moins 3 heures qu’on avait rien avalé… Pas mal. Pas mal du tout.

Et puis, cette fois, je ne laisse pas filer le dernier métro et je rentre boucler une fois de plus mon sac parce que demain, c’est lever à 5h30 pour filer au beau milieu de l’océan : direction Isla de Pascua !

Finalement, Santiago, c’était pas si mal. J’y aurais presque passé une journée de plus histoire de traînasser dans quelques musées et de boire quelques cafés hyper sucrés en terrasse. La prochaine fois !

Photo ici.