La Baie d’Halong

C’est donc le moment où je vous avoue mon petit secret inavouable… Si je suis particulièrement attirée par le Vietnam, c’est pas parce que je me sens liée d’une quelconque manière à ce pays mais parce que je suis tombée amoureuse de Vincent Perez dans Indochine quand j’avais 14 ans… et j’ai failli étrangler mes frères quand ils ont enregistré Street Fighter par dessus ma cassette VHS fétiche… (ça les a fait rigoler, ces imbéciles…) Oui, bon, bah tout le monde a traversé cette période un peu difficile où tu te maquilles dans les toilettes du collège et où tu effaces le tout avant de rentrer à la maison, où tu es fan des 3T et où tu achètes Star Club en cachette (Non ? Pas tout le monde ? Ah bon, je croyais…).

Bon bref, depuis cette belle époque, je me suis dit « Un jour, j’irai voir la Baie d’Halong, en vrai ! ». Et bah voilà, c’est aujourd’hui. Et histoire d’en profiter comme il faut, grâce à mes gentils collègues qui aiment que je leur envoie des cartes postales, je m’offre même une croisière sur une jonque « deluxe » !

Mais reprenons parce que pour l’instant, on n’est pas encore sur la jonque, il est 4h du matin, on vient de débarquer à Hanoi et le minibus qui nous emmène à Halong ne part qu’à 7h30 donc on est condamnées à se congeler traîner sur les bancs de la gare et à éconduire régulièrement les chauffeurs de taxi qui ne comprennent pas pourquoi on a élu domicile là.

La bonne et improbable surprise c’est qu’à la gare d’Hanoi, y a le wifi. J’en profite donc pour réserver un billet d’avion pour Danang parce que c’est le même prix qu’un billet de train mais ça dure 20 fois moins longtemps (une grosse heure d’avion contre 20 bonnes heures de train pour 35 euros… Vietnam Airlines a gagné !). C’est là que la Poisse refait une apparition éclair… Avant de partir j’ai désactivé le numéro de téléphone lié à ma carte bancaire parce que j’avais l’intention de suspendre mon forfait. Quand tu payes un truc sur internet, parfois, on te demande un code de vérification qu’on t’envoie sur ton téléphone. Si tu as suspendu ton forfait, tu ne reçois pas le code et donc, t’es coincé. Sauf que. Le site internet où tu fais ton achat, il s’en fout, il veut un code de confirmation. Mais heureusement, là, Vietnam Airlines me proposait de payer « plus tard » (dans les 12 heures), en allant à un distributeur Vietcombank. Je fais donc ma réservation et je me mets en quête d’un ATM Vietcombank. Sauf que. On est à la gare, il est 4h du matin, tout est fermé, les rues ne sont même pas éclairées. Je me dis, c’est pas grave, je vais avoir le temps d’en trouver tout à l’heure avant de partir pour Halong. Sauf que. En fait, non. J’en trouve pas. Je me dis, c’est pas grave, je vais perdre ma réservation et j’en referai une quand on reviendra à Hanoi samedi soir (oui, parce qu’elle a beau être « deluxe » la jonque, elle a pas le wifi).

En attendant, on part donc pour Halong où on embarque à bord du Victoria Star, où y a plus de personnel de bord que de touristes, où on mange des palourdes avec des baguettes, on boit des cocktails, on rêvasse devant les milliers de cailloux qui sortent de l’eau dans l’eau turquoise (oui, c’est bizarre, même sous les nuages, l’eau est turquoise…), on fait plein de photos, on reboit des cocktails, on s’endort en écoutant le clapotis de l’eau, on fait du tai-chi sur le sun deck (y a pas de sun de toute façon), on ré admire les cailloux et on finit par un brunch gargantuesque avant de retrouver la civilisation. Deux jours de luxe, calme et volupté. Fantastique. Non c’est vrai, j’ai l’air de passer vite, là, comme ça. Mais c’était vraiment ma-gni-fique. Moi, je pourrais y passer une semaine. Bon, ça deviendrait peut-être un peu lassant mais c’est une des plus jolies choses, si ce n’est LA plus jolie, que j’ai vues depuis que je suis partie. La prochaine fois, j’y vais au printemps, quand il fait suffisamment chaud pour se baigner dans la baie. Et la fois d’après, j’y vais quand il pleut pour faire des photos mélancoliques. Et la fois d’après…

Vraiment, ça vaut le coup, c’est bien plus beau que la carte postale.

Et puis finalement, j’arrive même à refaire une réservation pour mon vol pour Danang le samedi midi en attendant le minibus qui nous ramène à Hanoi. Bon, le billet a pris 500 000 dongs dans la vue mais de toute façon, j’ai refait tout mon planning des 15 prochains jours et je veux pas prendre le train donc…

Evidemment, à peine 20 minutes après être parties d’Halong, le minibus s’arrête sur le bord de la route, le chauffeur descend avec l’air soucieux… on a crevé, tout va bien. Il va mettre plus d’une heure à changer la roue qui est coincée et ça se finira avec un petit gars qui se glissera sous la voiture pour taper comme un sourd au marteau sur l’essieu. En arrivant à Hanoi, on se met donc en quête d’une Vietcombank. Qu’on trouve. J’insère donc ma carte bleue et là, la Poisse, je peux retirer de l’argent mais sûrement pas payer une quelconque réservation… Retour à l’hôtel, je reprends le mail de confirmation de la réservation et là, je découvre que… faut avoir une carte bleue vietnamienne pour pouvoir utiliser l’option « plus tard »… (je vous jure que c’était pas marqué sur la page Purchase). Donc, je fais une troisième réservation (le billet a encore pris 400 000 dongs supplémentaires, ça devient du délire), et là, je réactive mon numéro de téléphone parce qu’en fait, j’ai pas suspendu mon forfait (oui, bon, ça c’est débile aussi mais c’est une autre histoire) et je peux enfin payer ce fichu billet. Vous savez le pire ? J’aurais très bien pu faire ça la veille à la gare d’Hanoi… Bref, je suis un peu agacée.

Mais c’est la dernière soirée au Vietnam de ma mère, on n’est pas là pour ronchonner, on va donc fêter ça avec un délicieux Bun bo Nam Bo et une bière avant de prendre le taxi pour l’aéroport. Taxi honnête au premier abord puisqu’il me dit qu’il faut payer au compteur. Au premier abord… parce que le compteur défile, défile, défile et dépasse allégrement le tarif normal pour ce trajet (que j’ai déjà fait 2 fois donc je ne vais pas me laisser faire !). Je commence donc à lui dire que le prix n’est pas normal et là, il s’insurge. Il s’arrête sur le côté de la route (en fait, on est à 500 mètres de l’aéroport mais ça, je ne le découvrirai qu’après), coupe le moteur et appelle sa compagnie de taxi. S’ensuit un dialogue fort animé en vietnamien puis il me passe le téléphone. Là, une gentille madame m’explique que selon les compagnies de taxi les tarifs sont différents (du simple au double ? tiens, tiens, comme c’est intéressant…) et que je dois payer ce qui est indiqué au compteur. Je refuse, j’explique mais en fait, la petite dame ne connait que 3 phrases en anglais donc elle ne comprend rien de ce que je lui dis, donc je répète, plusieurs fois, puis ça finit par m’agacer donc le ton monte et elle finit par me dire de payer 350 000 dongs (ce qui est à peu de chose près un tarif correct bien qu’un peu élevé). Je lui repasse le chauffeur, on redémarre, on s’arrête 1 minute après (bah oui, on était à côté de l’aéroport en fait…), et là, le chauffeur va encore m’extorquer 30 000 de plus pour payer le péage qui est censé être inclus dans le prix de la course mais bon, là, je vais pas lui hurler dessus, on a un avion à prendre et j’ai déjà perdu assez de temps avec cet abruti. Je vais juste mettre un commentaire pourri sur sa compagnie de taxi sur Tripadvisor

Bref, je mets ma maman dans l’avion, je reprends le taxi dans l’autre sens (très gentil le chauffeur ce coup-ci mais ça tombe bien, j’étais pas d’humeur…) et je rentre me coucher parce que c’est pas tout mais demain, je retourne au boulot (mouahahahaha ! c’est toujours aussi drôle !) reprends ma routine, direction Danang, dans le centre du pays où j’espère bien que les températures vont recommencer à être supportables (au-dessus de 20°C j’entends).

Photos ici.

Chez Tonton Ho

Depuis vendredi dernier, je ne suis plus toute seule à crapahuter sur les chemins vietnamiens : ma mère est venue me rejoindre pour une petite dizaine de jours.

Après l’avoir laissée se remettre un peu du décalage horaire, nous avons donc arpenté la vieille ville d’Hanoi et le quartier des 36 corporations en essayant de se frayer un chemin entre les cyclos, les motos et les cages à oiseaux qui envahissent les trottoirs. Keskecéssa le quartier des 36 corporations ? Au XVème siècle, chaque rue de cette partie de la ville prit une spécialité professionnelle, représentant un seul métier ou corporation, souvent celle d’un village entier du delta (du Mékong). Les choses ont relativement peu évolué depuis et on peut déambuler dans la rue des peignes, celle des bols en bois ou encore celle de la soie. Plutôt intense autant sur les trottoirs que sur le bitume ! Nous avons aussi vu un spectacle de marionnettes sur l’eau (un art tout spécifiquement local, rigolo) et nous avons fini par déguster un des meilleurs bun bo nam bo du quartier (d’ailleurs si vous passez dans le coin, n’hésitez pas à aller dans la gargote du même nom dans Hang Ga, la rue juste en face du marché Hang Da). En rentrant doucement jusqu’à notre hôtel (le Especen Hotel, à 2 pas de la cathédrale Saint Joseph, catégorie légèrement au-dessus de mon standard habituel mais très bonne adresse), nous avons fait du tour du lac Hoan Kiem où nous avons pu admirer les qualités artistiques insoupçonnées des Hanoiens : danse, fitness… les Chinois n’ont qu’à bien se tenir, ici aussi on sait s’amuser !

Le lendemain, nous avons sauté sur 2 motos taxis (le meilleur moyen de se déplacer en ville et puis c’est rigolo) pour aller visiter le Temple de la Littérature, la première université du Vietnam fondée en 1070 en et un must-see de Hanoi. Apparemment c’était un jour particulier pour les étudiants hanoiens parce qu’on en a vu une tripotée qui venaient se faire prendre en photos en toge de graduate dans le temple et on a même assisté à un discours devant un parterre de lycéens (enfin, un début de discours parce que sans les sous-titres, c’est vite devenu compliqué…). Du coup, pour nous joindre aux célébrations (du moins en pensée), nous sommes allées déjeuner chez KOTO, un resto plutôt chic créé par une association caritative, dont la vocation est de former des jeunes démunis aux métiers de la restauration. Canard aux épices délicieux et toilettes originales (je ne vous en dis pas plus, allez-y pour voir). Après cette petite pause gastronomique, nous avions la ferme intention d’aller claquer la bise à Tonton Ho dans son cercueil de cristal. Mais l’après-midi, Tonton Ho fait la sieste (encore plus profondément que le matin) alors on s’est contenté d’aller admirer sa maison (à la déco et au confort spartiate, le petit bonhomme aimait la sobriété), ses voitures de fonction (dont une Peugeot 404 offerte par les Vietnamiens de Nouvelle Calédonie) et son bassin à poissons (où les carpes ont un appétit féroce). Puis on a fait un peu de shopping souvenir (oui, ma mère voyage « normalement », elle) et on est rentré préparer nos sacs pour le lendemain parce qu’on quitte Hanoi pour Ninh Binh, le camp de base de la « Baie d’Halong terrestre ».

Mais quand même. Il n’était pas question de partir sans s’être recueilli solennellement devant Tonton Ho. Alors avant d’aller prendre le bus, on est revenu faire la queue de 300 mètres (non, vraiment, 300 mètres !) devant le mausolée, tout ça pour voir pendant 35 secondes montre en main le visage cireux et la barbichette d’un petit bonhomme qui voulait que ses cendres soient divisées en 3 et enterrées au nord, au centre et au sud du pays. Mais ici, pas question de faire des blagues. Un contingent de soldats tout de blanc vêtus vous fait sortir les mains de vos poches et vous réprimande sévèrement si vous n’avez pas l’air assez ému. Mais pas le droit non plus d’être trop ému et de s’arrêter devant la dépouille. On avance en file indienne et dans le calme et à peine de temps de se demander mais pourquoi donc dans notre civilisation qui se dit moderne et évoluée, on conserve les corps momifiées des dirigeants communistes dans des bâtiments aux dimensions gigantesques, on est déjà dehors.

L’émotion, ça creuse. Alors après ça, on s’est offert un vrai brunch (avec des eggs benedict, oui, oui) et on a pris le taxi pour la gare routière. En route pour l’aventure !

Photos ici.

Sa Pa ou bien ?

Mouais… Sa Pa pas mal, merci ! (… ouais, je sais, c’est l’oxygène, en altitude, ça rend euphorique…)

Reprenons.

Le lendemain matin, je fais la connaissance de mon guide pour les 3 jours, Chong, Vietnamien (je veux dire par là, pas d’une ethnie du coin). Il était prof d’anglais mais finalement guide, ça paye bien mieux et puis il préfère vivre à la campagne, dont acte. Il est assez rigolo, très bavard et n’est pas avare d’informations sur la région et ses coutumes. Après avoir traversé le marché de Sa Pa (qui effectivement, est ridicule par rapport à celui de la veille), la balade commence à travers les chemins caillouteux et surtout bien bouillasseux grâce à la pluie des derniers jours… Il faut d’abord réussir à semer les vendeuses ambulantes qui sont prêtes à se farcir 4 heures de marche pour te vendre une housse de coussin faite main mais quelques glissades et pas de danse incontrôlés plus tard, on arrive au sommet d’une colline et la vallée de Muong Hoa se déroule sous nos yeux : des rizières en terrasse à perte de vue, quelques petits villages avec des maisons en bambou et en bois où de grands morceaux de tissus teintés d’indigo sèchent au soleil et des tripotées de canards qui se dandinent et pataugent dans les rizières. A cette saison, la récolte est finie, on attend le nouvel an pour planter le riz. Les quelques pousses qui émergent ne servent qu’à nourrir les animaux. En fin de matinée, on retrouve 2 autres guides et 4 autres touristes français (dont ceux que j’avais croisés à la gare d’Hanoi). Comme nous sommes tous passés par la même agence, nous allons tous dormir au même endroit et du coup, nous décidons de repartir ensemble pour l’après-midi. La balade est plutôt agréable, avec même parfois un rayon de soleil. De temps en temps, les hurlements d’un petit cochon qu’on égorge nous parviennent tandis qu’on essaye d’éviter les bouses de buffle, les innombrables poussins et les mamans cochons traînant derrière elles leurs portées. Oui, nous sommes à la campagne… En passant, on visitera une grotte où seuls les plus courageux s’aventureront (votre serviteuse en tête, évidemment): on a une seule lampe frontale. Au moment où on se disait qu’on allait faire demi-tour, la lumière s’allume et un groupe de Russes nous doublent (il suffisait de payer pour que la lumière fût). Du coup, on les suivra encore en peu plus loin avant de se dire que finalement, passer Noël coincer à 10 mètres sous terre à escalader des rochers suintants d’humidité, c’est pas si rigolo.

En milieu d’après-midi, on arrive dans notre « palais » pour la nuit (4 murs et un toit faits en bambou et en planches mal jointives mais quel charme !), la maison d’une famille Dao. Après avoir machouillé un peu de canne à sucre, on va prendre un bain aux herbes médicinales (une spécialité locale) dans le « spa » du village. On se retrouve donc chacun dans un tonneau, accroupi pour avoir de l’eau au-dessus des épaules, à barboter comme dans une tasse de thé géante. Je ne sais pas si l’effet médical de ces plantes est prouvé mais ça aura au moins eu le mérite de nous réchauffer parce qu’en attendant, nos guides n’ont pas installé le chauffage central. On se met ensuite tous à la cuisine (enfin, autour du feu) pour préparer un vrai festin qu’on arrose à grands coups d’alcool de riz. Sauf que les Vietnamiens, c’est pas rigolo, après 3 verres, ils sont couchés et à 22h, la maîtresse de maison nous fait comprendre qu’on est gentils mais qu’on consomme beaucoup de bois là maintenant, et que ça serait bien qu’on aille se coucher. Bon, de toute façon, y avait plus d’alcool de riz. Merry Christmas !

Le lendemain, après un petit déjeuner de champions (banana pancakes au miel), on nous a promis LE passage difficile de la balade : une grimpette avec 500 mètres de dénivelé. On se met en route doucement, la motivation en sourdine à cause de la bruine et du brouillard qui nous promettent une belle journée. Personne n’avait d’altimètre mais si ça, c’était 500 mètres, je veux bien le refaire à cloche-pied ! On finit par passer enfin au-dessus des nuages et on aperçoit les sommets environnants dont le Fansipan, le plus haut sommet d’Asie du sud-est à un peu plus de 3100 mètres. Enfin, on croit que c’était le Fansipan parce que nos 3 guides n’étaient pas d’accord sur le sommet à admirer…

Ils nous assurent ensuite une pause déjeuner avec une amazing view… On ne demande pas mieux ! On se retrouve assis sur une colline, les nappes de brouillard nous recouvrant les unes après les autres… Pour la vue, on repassera… Mais pour le sandwich ! McDo n’a qu’à bien se tenir ! De l’œuf, de la viande, de la Vache Qui Rit (oui, c’est tout ce qu’on trouve comme fromage ici), des tomates, du concombre et même une poudre de perlimpimpin qui assaisonne le tout : de la haute gastronomie !

Bref, l’estomac plein on entame la descente et là, c’est un festival de glissades et de rattrapages sur les mains dans la boue (il paraît que c’est très bon pour la peau…). On finit par arriver dans un petit village où un bus attend mes co-trekkeurs pour les ramener à la civilisation tandis que je prolonge mon immersion au milieu de nulle part. Mes hôtes pour la nuit sont une famille Dzai verte (la dame porte un foulard multicolore mais avec beaucoup de vert). On prend le thé, Chong me flanque une raclée aux échecs et on se met à la popotte (toujours autour du feu, hein !). Je suis donc officiellement la rouleuse de nems la moins rapide de tout l’Ouest le Vietnam… Après le dîner, on s’assoit tous devant la télé (y a pas le chauffage mais y a une antenne parabolique) et on regarde un film chinois traduit en vietnamien. C’est-à-dire que c’est pas doublé. C’est juste une dame qui parle par-dessus les acteurs chinois et qui décrit ce qui se passe en vietnamien. Le film a déjà l’air particulièrement mauvais mais alors avec la petite dame qui commente, ça doit vraiment pas être triste. La cerise sur le cupcake ce sont les coupures pub tous les quarts d’heure… Mais tout le monde est scotché et rigole, c’est donc que ça doit être bien ! Ou alors, c’est l’alcool de riz qu’on s’est encore envoyé à grandes lampées pour pas avoir froid…

Le lendemain matin (oui, ça fait 2 jours que je dors en manteau et que j’ai pas vu la couleur d’une douche, je sais…), on fait réchauffer les restes de la veille pour le petit déj et pendant que je suis chargée de surveiller le feu (c’est la meilleure place !), je vois soudain un gros cafard bien gras qui, devant trouver que ça commence à sentir le sapin, s’échappe d’une bûche et tente de fuir sous mon pied. Malheureux ! Il finira plat comme une galette et son cadavre ira se tordre au milieu des braises… Comme je commence à trouver que le pays est bien pourvu en bestioles de ce genre, je demande à Chong si les cafards c’est pas plutôt censés vivre dans les zones chaudes et humides (et là, certes, c’est humide, mais je vous jure que c’est pas chaud). Et avec un grand sourire, Chong répond : « Noooon. Au Vietnam, les cafards, y en a partout ! » Gé-nial…

Une fois le petit déj avalé, on se remet en route. Le soleil n’est toujours pas au rendez-vous mais Chong s’amuse à nous faire passer sur le bord des rizières et mon sens de l’équilibre étant ce qu’il est, je me concentre pour ne pas me remplir les chaussures de bouillasse… On traverse encore quelques villages où des enfants jouent à saute-buffle (y a pas de mouton), pieds nus, et nous courent après en chantant « Hello, hello ! », et on finit par retrouver la civilisation pour le déjeuner où on s’offre un grand bol de nouilles fumantes.

Le temps de rentrer à Sa Pa, dire au revoir à Chong (qui promet de m’inviter à son mariage), prendre une douche (oui, parce que là, comme qui dirait, y avait nécessité), refaire le sac et hop ! encore un minibus, direction la gare de Lao Cai. Comme je suis une petite chanceuse, dans le minibus, je me retrouve coincée entre la vitre et une très grosse dame, française, qui voyage avec son mari et son fils et tous les 3 passent l’heure suivante à se plaindre du temps, du froid, du guide qui ne parlait pas assez bien français, des motos qui n’avaient pas assez d’amortisseurs (en même temps, excusez-moi madame mais…), des montagnards qui essayaient de leur vendre 2 ou 3 babioles, de la route qui est pleine de trous (y a pas de route…), bref, c’est le genre de moment où je fais semblant que je ne comprends pas le français et je camoufle tant bien que mal tous les sigles Quechua qui apparaissent sur mes affaires…

Bref, retour dans le train (ce coup-ci, un peu moins luxueux qu’à l’aller) en compagnie de 3 autres Vietnamiens dont une dame charmante mais qui parle très très fort et surtout tout le temps (au point que les gens de la cabine d’à côté viendront lui demander de la mettre en sourdine !). Le train a de très mauvais amortisseurs (lui) et je manque plusieurs fois de tomber de ma couchette. Bien sûr, au milieu de la nuit, j’écrase encore un cafard qui pensait que se balader à moins de 30cms de ma tête ne me posait pas de problème (mais pourquoi c’est toujours sur moi que ça tombe ???) et au petit matin, me revoilà à Hanoi, à me battre avec un chauffeur de taxi qui a trafiqué son compteur qui tourne plus vite qu’une pompe à essence…

De retour dans la jungle !

Photos ici.

Le marché de Bac Ha

Alors…

J’ai donc pris le train de nuit samedi dernier depuis Hanoi pour rejoindre la région de Sa Pa dans les montagnes du nord-ouest. Et peut-on savoir ce qu’il y a de si intéressant à voir là-bas ?

« Sa Pa est une charmante station climatique fondée par les Français en 1922 et la ville est orientée de façon à profiter du cadre splendide par temps clair (… nous y reviendrons). Juchée sur un versant escarpé et entourée de hauts sommets, elle surplombe une vallée jalonnée de rizières en terrasses (… ah… des rizières en terrasses, ça me rappelle quelque chose…). Souvent noyée dans le brouillard (… ah non ! ça va pas recommencer !), Sa Pa offre plus fréquemment des aperçus de ce paysage magnifique qu’une vue panoramique. Cependant, même par temps couvert et humide (… hum, hum !), la cité conserve beaucoup d’atouts, notamment son grand marché, fréquenté par les ethnies montagnardes de la région. »

Bon… bah, on peut pas dire qu’on n’a pas été prévenus…

« L’Histoire n’a pas épargné Sa Pa qui a souffert des guerres successives contre la France, les Etats-Unis et la Chine au cours du siècle dernier (NDLR : vous faire un petit rappel sur l’histoire du Vietnam un peu plus tard…). Mais l’essor du tourisme a marqué la renaissance de la ville et hôtels, boutiques et restaurants ont surgi comme des champignons. Autre conséquence de cet essor, la culture des ethnies montagnardes, dont les revenus dépendent désormais du tourisme, a fondamentalement changé. Les Hmongs et les Dzao rouges sont présents à Sa Pa. Les Hmongs, auparavant la minorité la plus pauvre de la région, sont désormais vendeurs d’artisanat ou guides de randonnée. »

Merci Lonely !

Donc en fait, je viens dans le coin pour aller au marché de Bac Ha (un peu plus loin, parce que celui de Sa Pa est devenu un marché de souvenirs pour touristes) et pour faire un trek de 3 jours dans les rizières et les villages de la région. Pour organiser tout ça, je suis passée par l’agence VietnamNomadtrails, chère mais comme j’aime, c’est-à-dire sympa et surtout hyper flexible.

L’aventure commence dès la gare d’Hanoi ou je dois faire appeler un certain Mr Tan qui doit venir me donner mon billet de train. Je trouve un guichet où un petit monsieur qui ne parle pas anglais me prête son téléphone gentiment. Je découvre par la même occasion que je ne suis pas seule à chercher Mr Tan : un couple de Français, M. et F., qui sont allés passer un an en Australie, attendent également. Bon, eux, ils ont pas réussi à convaincre le type de téléphoner à Tan mais bon…

Bref, Tan me répond «  OK, pas de problème, je suis là dans 15 minutes ! ». Une heure plus tard, (d’où l’intérêt de se pointer avec 2h d’avance…), toujours pas de Tan en vue… On se débrouille pour le faire rappeler, on nous dit d’attendre, on le fait rappeler encore une fois et finalement, c’est une agence de voyage qui finira par nous donner nos billets. Je soupçonne Tan d’avoir été pris d’une flemmite mythomaniaque aigüe…

Bref, je monte dans le train et là… WOW !! l’Orient Express !! (tout du moins comme je l’imagine) Déjà, à l’entrée du wagon, y a un gars en uniforme qui déroule un petit tapis et qui t’aide à porter ton sac jusqu’à ta cabine… Ah c’est sûr, ça change des conditions dans lesquelles je voyage d’habitude !! La méga classe… Des vrais matelas avec des petits chaussons, un kit de toilette, des petites lampes de chevet, des petites bouteilles d’eau, un gros cafard…. aaaAAAAH !! Comment ça un gros cafard ? Bah ouais, faut croire que les cafards aussi, ça aime le luxe. Un bon frisson et un gros coup de bouteille d’eau sur la tête dudit cafard plus tard, je me glisse dans mon « lit » et le train se met à cahoter doucement.

C’est à peine si je vois passer la nuit. Y a rien à dire, les trains vietnamiens, ça déchire. Je sais pas comment seront les suivants mais celui-là, il claque. A l’arrivée à Lao Cai, un petit gars m’attend avec une pancarte à mon nom, m’emmène dans un resto pour un petit déj « baguette-beurre-confiture » (héritage colonial oblige) et me dit que quelqu’un viendra me chercher un peu plus tard pour m’emmener à Bac Ha. Im-pec (deux-pec, trois-pec, …) ! De temps en temps, se laisser conduire, c’est bien aussi…

Je grimpe donc à bord d’un minibus cosmopolite (Canadiens, Chinois, Allemands, Français, Singapourienne) direction Bac Ha, 2 heures de route plus loin.

J’ai choisi une place près de la fenêtre pour admirer le paysage… Je passerai donc les 2 heures suivantes à papoter avec mes voisins français parce que le paysage… bah… il est sûrement très beau mais là, il est très très très timide… Tellement timide que même la route a tendance à se cacher. Jamais vu une purée de pois pareille.

Heureusement en arrivant sur Bac Ha, le brouillard se lève un peu et après un premier tour du fameux marché mené au pas de course par Cha, notre guide Black Hmong en tenue traditionnelle s’il vous plaît, le feu vert est donné et on se disperse parmi les allées colorées. Le marché de Bac Ha est en fait un des plus importants marchés de la région et de nombreux montagnards descendent à cette occasion faire leurs emplettes mais aussi acheter un buffle, des oiseaux, un poney, mais surtout discuter et boire des coups. Malgré le ciel gris, les tenues des femmes de toutes les ethnies différentes réchauffent sacrément l’ambiance et je profite de l’occasion pour goûter quelques spécialités locales (beignets au gingembre, à la patate douce, riz gluant frit dans une feuille de bananier, …) et pour m’asseoir à 20cms du sol entre 2 Vietnamiens pour déguster un bon petit pho bien cuit et recuit (soupe de nouilles avec un peu de bœuf et surtout un chouette bouquet d’herbes qui parfume le tout). J’irai ensuite m’apitoyer sur le sort des chatons qui grelottent sur des bâches plastiques et attendent de finir en ragout (oui, cette fois, c’est confirmé, les Vietnamiens mangent les chats, les chiens, les oiseaux et parfois des chenilles).

A 14h, le marché remballe et les touristes aussi. La suite du programme c’est « découverte d’un village Hmong fleurs »… Bon, on voit 3 bicoques en bois, 3 Hmongs fleurs et surtout 200 touristes à la queue leu leu qui mitraillent le moindre épi de maïs… tout ce que j’aime… Quinze minutes plus tard, on remonte dans le minibus, direction Sa Pa et c’est reparti pour 3 heures… Sauf que. Certains (ou plutôt certaine) n’ont pas été raisonnables. Ils se sont empiffrés de tout un tas de trucs différents et 3 heures de route de montagne dans la purée de pois, ça finit par mettre leur estomac à rude épreuve. Ce qui devait arriver arriva : ma voisine singapourienne finira par se dégobiller sur les genoux à 10 minutes de l’arrivée. J’ai été héroïque : j’ai pas bronché, je lui ai tendu un paquet de mouchoirs, j’ai dressé une barrière de lingettes entre nous (Dieu soit loué l’inventeur de la lingette !) et je me demande encore comment j’ai évité le cataclysme.

Le temps de passer à l’agence faire le point pour le trek des 3 prochains jours, il fait nuit, et je m’installe dans un petit hôtel où je m’offre le « luxe » d’un petit chauffage d’appoint (parce qu’il fait 5°C dehors et que je suis une chochotte…). Evidemment, on est en toute fin de saison et Sa Pa qui est entièrement tournée vers le tourisme ressemble un peu à une ville fantôme en ce dimanche soir. Une ville fantôme mais avec le wifi partout, des salons de massage et des magasins qui vendent des vêtements de montagne à tous les coins de rue. On se croirait à Chamonix !

Photos ici.