Mon voisin Totoronto

Pour ne rien changer à notre méthode qui gagne, Flipper et moi, on a décidé d’établir notre camp de base autour d’une station de métro. Un peu éloignée du centre-ville, certes, mais avec une connexion internet gratuite un Starbucks, un nail spa et des trottoirs pour se garer partout. Seulement, ici, faut être drôlement vigilant. Parce que tu peux te garer partout mais pas tout le temps. Pour t’expliquer ça, y a des petits panneaux comme ça.

Ah ouais… quand même ! Petite explication de texte : ici, à gauche du poteau, si tu fais une livraison, tu ne peux pas te garer entre 7h et 14h et de 14h à 7h, tu peux mais seulement 5 minutes. Si tu es un conducteur lambda, tu n’as pas le droit de te garer de 2h à 7h (typiquement, si tu penses passer la nuit là, c’est mort). Et à droite du poteau, t’as pas le droit de te garer du tout. Jamais. Et croyez-moi, y en a qui sont encore plus compliqués. Soyons honnêtes, ça nécessite un certain temps de réflexion avant que t’enclenches ta marche arrière pour faire ton créneau.

Malgré tout, je finis par nous dégoter une petite place d’où l’on ne risque pas de me faire dégager en plein milieu de la nuit et je m’endors.

Le lendemain matin, je me réveille en sursaut. Les freins d’un bus viennent de hurler à 30cms de mes oreilles. Tout va bien, tout est normal, le bus s’arrête juste au feu rouge à côté. Après avoir avalé un grande chai latte (ma nouvelle drogue), je laisse Flipper le long d’un autre trottoir où il ne risque rien et je pars à l’assaut de la ville.

Pourtant, il fait pas un temps à se balader le nez en l’air : il fait gris, il fait froid, y a du vent et la pluie ne tarde pas être de la partie. Et pas un petit crachin breton… non, non, une bonne grosse pluie de mousson, de celles qui t’obligent à rester sous un hall d’immeuble pendant que la gardienne te jette des regards en coin. Du coup, je fais ce que je sais faire de mieux : je me réfugie au marché et je teste les spécialités locales.

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Une fois la mousson passée (bah oui, comme toute mousson, ça ne dure pas toute la journée), j’ai repris ma balade et j’ai déambulé dans les ruelles du Distillerie District, une immeeeeense brasserie reconvertie en boutiques bobos et restos branchés et comme les nuages ont même laissé passer un petit rayon de soleil, j’ai grimpé en haut de la CN Tower pour aller voir à quoi tout ça ressemblait vu d’en haut.

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Et après la vue d’en haut, j’ai pris le ferry pour les Toronto Islands. Oui, y a des petites îles sur le lac Ontario, ça s’appelle les Toronto Islands. En été, c’est sympa, tu peux louer un vélo et en plus, c’est tout plat. En hiver, ou en automne plutôt, bah… y a franchement pas grand-chose à y faire. Mais peu importe puisque moi, je ne suis pas même descendue du ferry (je ne suis même pas sûre d’avoir tourné la tête côté Islands), je n’étais là que pour la vue. Celle-là.

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Après un beau coucher de soleil comme seuls les ciels nuageux savent en donner, j’ai fini cette journée en beauté et en musique en allant à l’opéra. Avec ma veste bleu fluo et mes gros godillots, j’avais un style certain au milieu des robes de soirée et souliers vernis…

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Le lendemain matin, j’ai commencé par me rendre au centre administratif. Parce qu’avec tous ces panneaux, j’ai bien fini par me faire avoir et j’avais une amende à payer…

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Et puis les contrariétés, ça donne faim alors je suis allée avaler une assiette entière de raviolis chinois puis un plateau de fromages… Parce que c’est ça qui est bien quand on est dans un pays à moitié francophone, on peut manger de la fourme d’Ambert sans passer pour la dernière des barbares. Et juste avant que mon estomac n’explose, j’ai encore réussi à y caser un petit cannelé…

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A petits pas (c’était ça ou rouler d’un trottoir à l’autre), je suis ensuite allée visiter le Parlement de l’Ontario (puisque Toronto est la capitale de l’Ontario) où tout fonctionne à peu près comme aux Etats-Unis et où quand tu veux aller au bureau 187, on te dit d’aller demander au bureau 186…

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Et puis, ça ne pouvait pas durer éternellement alors la mousson est revenue. J’en ai profité pour me réfugier au Bata Shoe Museum (oui, du nom de la marque de chaussures, c’est on ne peut plus approprié). J’y ai admiré des paires de pompes de tous âges et de tous styles et même des que je pensais même pas que ça pouvait exister.

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Oui madame ! Des chaussons pour vaches ! Parce que les vaches, c’est bien connu, ça n’aime pas avoir les pieds mouillés…

Et comme décidément la mousson ne voulait pas s’arrêter, j’ai fini par aller retrouver Flipper.

Et le lendemain matin, je me suis encore réveillée en sursaut. A cause d’un chasse-neige. Enfin plutôt à cause du bip-bip que fait le chasse-neige. Et puis, j’ai réalisé que vu qu’il n’y avait pas de neige, ça ne pouvait pas être un chasse-neige. Non, non, c’était… la remorqueuse qui était en train d’enlever Flipper !! Pas le temps de réfléchir, je saute dans mes chaussures et je descends sur le trottoir.

– Euh… bonjour Monsieur. Qu’est-ce que vous faites là exactement ?
– Ah bah là ma p’tite dame, j’enlève ce van qui est garé là où il ne devrait pas.
– Non mais c’est mon van, je vais le déplacer, pas la peine de vous donner tout ce mal.
– Bah allez voir avec la dame là-bas, c’est elle qui décide.

La dame là-bas, c’est la police…

– Euh… bonjour Madame. C’est mon van là. Je vais le déplacer, pas de problème vous savez.
– Ah bon ? Ah, bah… OK alors. Mais vous gardez quand même l’amende parce que vous ne deviez pas être garée là.
– Oui, oui. Pas de problème. Désolée…

Et là, je lève le nez et dans la foultitude de panneaux où on ne comprend rien, y en a un qui dit que le vendredi matin, faut pas se garer entre 7h et 9h. On est vendredi et il est 7h23…

Le remorqueur enlève les fers de Flipper et on s’enfuit. Pfiou ! On n’est pas passés loin ! Pour un peu, je me réveillais en train de rouler à l’arrière de la remorqueuse. T’imagines la tête du gars à la fourrière quand il m’aurait vu sortir du van…

En attendant, je suis fort contrariée, je dois retourner payer mon amende et ce coup-ci, je suis bonne pour 60 dollars… Mais bon, c’est toujours moins pire que de se retrouver à la fourrière ! Alors à l’ouverture du centre administratif, je suis déjà devant la porte. Et là, le miracle se produit. Madame la policière n’a pas encore transmis l’amende que je dois payer alors elle est purement et simplement annulée… Hourrah !

Du coup, c’est de fort bonne humeur que je reprends la route. Et oui, Toronto, c’est fini, direction Ottawa maintenant.

Photos ici.

La Paz Express

Clairement, la Bolivie n’était pas au programme au début de ce voyage. Et puis, à force d’entendre tous les gens que je croisais me dire : « Quoi ? Tu vas pas en Bolivie ? Mais le salar d’Uyuni c’est trooooop génial ! Faut absolument que tu passes par là ! », j’ai fini par me laisser convaincre. Du coup, voilà, après 3 jours à traverser le Sud Lipez, on se retrouve dans un bus de nuit sur une piste plus que défoncée en direction de la capitale la plus haute du monde, La Paz, à 4000 mètres d’altitude.

Au petit matin, le bus s’arrête sur le bord de la route. On n’est pas du tout à La Paz, on est juste en panne. Pendant près de 45 minutes, les chauffeurs vont faire tousser et cracher le moteur et finalement, alors qu’on n’y croyait plus, on reprend la route. Au bruit que fait le moteur, vaut mieux juste pas qu’on s’arrête… Et puis soudain, on y est. On arrive au bord de la falaise et sous nos yeux s’étale La Paz. C’est grand, c’est dense, c’est très en pente et tout semble de la même couleur, cette couleur ocre qui camoufle presque les immeubles dans la falaise. Très impressionnant.

La circulation aussi est impressionnante. Après avoir eu des plaines immenses et des étendues salées à perte de vue, se retrouver dans les bouchons du matin, ça fait tout bizarre. La gare routière est au-dessus du centre-ville et pleine à craquer de Boliviennes en chapeau et de Boliviens qui se font cirer les chaussures. Nous, on n’a pas beaucoup de temps. On n’est que de passage ici. Cet après-midi, on reprend déjà un autre bus. Alors, on laisse nos sacs à la gare et on part explorer la ville. Il fait beau, il fait même très chaud et toutes les rues sont en pente. Rapidement, on se rend compte qu’on est à 4000m : on ne peut pas marcher et parler en même temps. D’ailleurs, curieusement, on ne croise personne qui fasse un petit jogging ce matin… On prend quand même le temps de s’offrir un petit point de vue depuis le La Paz moderne, celui qui est en bas, avant de remonter dans le vieux quartier, tout en haut en s’arrêtant au passage à quelques stands de salteñas et de jus de fruits frais. On déambule dans les petites ruelles autour de la cathédrale où il y a tellement de vendeurs de pulls et de bonnets qu’on se demande comment toute cette marchandise peut bien s’écouler, on se retrouve nez à nez avec quelques fœtus de lamas tout desséchés et puis on retourne à la gare routière.

Difficile de se faire une idée de la capitale bolivienne en aussi peu de temps mais clairement, nous, on n’a pas vraiment accroché. Alors sans regret, on reprend le bus et la route. On préfère les jolis paysages aux grandes villes méga polluées. Ce soir, on sera à la frontière péruvienne, sur les rives du plus haut lac du monde, celui dont on n’a eu aucun mal à retenir le nom quand on était en CE2 parce que ça nous faisait bien trop marrer… j’ai nommé, le lac Titicaca.

Photos ici.

Le marché de Bac Ha

Alors…

J’ai donc pris le train de nuit samedi dernier depuis Hanoi pour rejoindre la région de Sa Pa dans les montagnes du nord-ouest. Et peut-on savoir ce qu’il y a de si intéressant à voir là-bas ?

« Sa Pa est une charmante station climatique fondée par les Français en 1922 et la ville est orientée de façon à profiter du cadre splendide par temps clair (… nous y reviendrons). Juchée sur un versant escarpé et entourée de hauts sommets, elle surplombe une vallée jalonnée de rizières en terrasses (… ah… des rizières en terrasses, ça me rappelle quelque chose…). Souvent noyée dans le brouillard (… ah non ! ça va pas recommencer !), Sa Pa offre plus fréquemment des aperçus de ce paysage magnifique qu’une vue panoramique. Cependant, même par temps couvert et humide (… hum, hum !), la cité conserve beaucoup d’atouts, notamment son grand marché, fréquenté par les ethnies montagnardes de la région. »

Bon… bah, on peut pas dire qu’on n’a pas été prévenus…

« L’Histoire n’a pas épargné Sa Pa qui a souffert des guerres successives contre la France, les Etats-Unis et la Chine au cours du siècle dernier (NDLR : vous faire un petit rappel sur l’histoire du Vietnam un peu plus tard…). Mais l’essor du tourisme a marqué la renaissance de la ville et hôtels, boutiques et restaurants ont surgi comme des champignons. Autre conséquence de cet essor, la culture des ethnies montagnardes, dont les revenus dépendent désormais du tourisme, a fondamentalement changé. Les Hmongs et les Dzao rouges sont présents à Sa Pa. Les Hmongs, auparavant la minorité la plus pauvre de la région, sont désormais vendeurs d’artisanat ou guides de randonnée. »

Merci Lonely !

Donc en fait, je viens dans le coin pour aller au marché de Bac Ha (un peu plus loin, parce que celui de Sa Pa est devenu un marché de souvenirs pour touristes) et pour faire un trek de 3 jours dans les rizières et les villages de la région. Pour organiser tout ça, je suis passée par l’agence VietnamNomadtrails, chère mais comme j’aime, c’est-à-dire sympa et surtout hyper flexible.

L’aventure commence dès la gare d’Hanoi ou je dois faire appeler un certain Mr Tan qui doit venir me donner mon billet de train. Je trouve un guichet où un petit monsieur qui ne parle pas anglais me prête son téléphone gentiment. Je découvre par la même occasion que je ne suis pas seule à chercher Mr Tan : un couple de Français, M. et F., qui sont allés passer un an en Australie, attendent également. Bon, eux, ils ont pas réussi à convaincre le type de téléphoner à Tan mais bon…

Bref, Tan me répond «  OK, pas de problème, je suis là dans 15 minutes ! ». Une heure plus tard, (d’où l’intérêt de se pointer avec 2h d’avance…), toujours pas de Tan en vue… On se débrouille pour le faire rappeler, on nous dit d’attendre, on le fait rappeler encore une fois et finalement, c’est une agence de voyage qui finira par nous donner nos billets. Je soupçonne Tan d’avoir été pris d’une flemmite mythomaniaque aigüe…

Bref, je monte dans le train et là… WOW !! l’Orient Express !! (tout du moins comme je l’imagine) Déjà, à l’entrée du wagon, y a un gars en uniforme qui déroule un petit tapis et qui t’aide à porter ton sac jusqu’à ta cabine… Ah c’est sûr, ça change des conditions dans lesquelles je voyage d’habitude !! La méga classe… Des vrais matelas avec des petits chaussons, un kit de toilette, des petites lampes de chevet, des petites bouteilles d’eau, un gros cafard…. aaaAAAAH !! Comment ça un gros cafard ? Bah ouais, faut croire que les cafards aussi, ça aime le luxe. Un bon frisson et un gros coup de bouteille d’eau sur la tête dudit cafard plus tard, je me glisse dans mon « lit » et le train se met à cahoter doucement.

C’est à peine si je vois passer la nuit. Y a rien à dire, les trains vietnamiens, ça déchire. Je sais pas comment seront les suivants mais celui-là, il claque. A l’arrivée à Lao Cai, un petit gars m’attend avec une pancarte à mon nom, m’emmène dans un resto pour un petit déj « baguette-beurre-confiture » (héritage colonial oblige) et me dit que quelqu’un viendra me chercher un peu plus tard pour m’emmener à Bac Ha. Im-pec (deux-pec, trois-pec, …) ! De temps en temps, se laisser conduire, c’est bien aussi…

Je grimpe donc à bord d’un minibus cosmopolite (Canadiens, Chinois, Allemands, Français, Singapourienne) direction Bac Ha, 2 heures de route plus loin.

J’ai choisi une place près de la fenêtre pour admirer le paysage… Je passerai donc les 2 heures suivantes à papoter avec mes voisins français parce que le paysage… bah… il est sûrement très beau mais là, il est très très très timide… Tellement timide que même la route a tendance à se cacher. Jamais vu une purée de pois pareille.

Heureusement en arrivant sur Bac Ha, le brouillard se lève un peu et après un premier tour du fameux marché mené au pas de course par Cha, notre guide Black Hmong en tenue traditionnelle s’il vous plaît, le feu vert est donné et on se disperse parmi les allées colorées. Le marché de Bac Ha est en fait un des plus importants marchés de la région et de nombreux montagnards descendent à cette occasion faire leurs emplettes mais aussi acheter un buffle, des oiseaux, un poney, mais surtout discuter et boire des coups. Malgré le ciel gris, les tenues des femmes de toutes les ethnies différentes réchauffent sacrément l’ambiance et je profite de l’occasion pour goûter quelques spécialités locales (beignets au gingembre, à la patate douce, riz gluant frit dans une feuille de bananier, …) et pour m’asseoir à 20cms du sol entre 2 Vietnamiens pour déguster un bon petit pho bien cuit et recuit (soupe de nouilles avec un peu de bœuf et surtout un chouette bouquet d’herbes qui parfume le tout). J’irai ensuite m’apitoyer sur le sort des chatons qui grelottent sur des bâches plastiques et attendent de finir en ragout (oui, cette fois, c’est confirmé, les Vietnamiens mangent les chats, les chiens, les oiseaux et parfois des chenilles).

A 14h, le marché remballe et les touristes aussi. La suite du programme c’est « découverte d’un village Hmong fleurs »… Bon, on voit 3 bicoques en bois, 3 Hmongs fleurs et surtout 200 touristes à la queue leu leu qui mitraillent le moindre épi de maïs… tout ce que j’aime… Quinze minutes plus tard, on remonte dans le minibus, direction Sa Pa et c’est reparti pour 3 heures… Sauf que. Certains (ou plutôt certaine) n’ont pas été raisonnables. Ils se sont empiffrés de tout un tas de trucs différents et 3 heures de route de montagne dans la purée de pois, ça finit par mettre leur estomac à rude épreuve. Ce qui devait arriver arriva : ma voisine singapourienne finira par se dégobiller sur les genoux à 10 minutes de l’arrivée. J’ai été héroïque : j’ai pas bronché, je lui ai tendu un paquet de mouchoirs, j’ai dressé une barrière de lingettes entre nous (Dieu soit loué l’inventeur de la lingette !) et je me demande encore comment j’ai évité le cataclysme.

Le temps de passer à l’agence faire le point pour le trek des 3 prochains jours, il fait nuit, et je m’installe dans un petit hôtel où je m’offre le « luxe » d’un petit chauffage d’appoint (parce qu’il fait 5°C dehors et que je suis une chochotte…). Evidemment, on est en toute fin de saison et Sa Pa qui est entièrement tournée vers le tourisme ressemble un peu à une ville fantôme en ce dimanche soir. Une ville fantôme mais avec le wifi partout, des salons de massage et des magasins qui vendent des vêtements de montagne à tous les coins de rue. On se croirait à Chamonix !

Photos ici.