Faux départ…

Ayé ! Mon sac est prêt !

Ou plutôt… mes sacs sont prêts. Quoi ? Quand tu pars 6 mois au fond de la brousse, faut emporter plus qu’un tube de dentifrice et un couteau ! J’ai donc un carton plein de shampoings et autres crèmes de mocheté, mon kit de tricot pour pouvoir habiller la totalité des enfants à naître des 6 prochaines années, 14kg de chocolat, mon bien aimé hamac, la moitié de ma bibliothèque et 4 culottes. Faut savoir où sont ses priorités.

Il est minuit, le parquet de ma chambre est presque visible (ce qui n’était pas gagné il y a quelques heures encore…) et je crois que je n’ai rien oublié.

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Non… c’était pas gagné…

Quelques heures plus tard (5, à peu près), le réveil sonne. Ouh ! C’est dur… Je profite une dernière fois de la douche chaude, je range ma brosse à dents dans mon sac, je cadenasse tout. Allez ! C’est parti.

Dans la voiture, je mets le chauffage à fond. On est fin janvier et je n’ai sur le dos qu’une petite polaire. Je vais pas apporter un anorak en Centrafrique, ça serait légèrement exagéré. Alors je vais grelotter 10 minutes sur le quai du RER, ça va pas me tuer. De toute façon, avec mes 25kg sur le dos et les 10 autres au bout du bras, je prends une suée rien qu’à monter les marches de la gare.

Comme à chaque fois, je regarde défiler les gares par la fenêtre : Arcueil – Maison des Examens, Cité Universitaire, Denfert Rochereau, Gare du Nord, Sevran Beaudottes… A 6h du matin, y a pas grand-monde, les gens finissent leur nuit la joue contre la fenêtre.

Arrivée à Roissy, je jette mon barda sur un chariot à bagages et je me mets à arpenter les couloirs à grandes enjambées. Il est 6h30, l’avion est à 8h10, je suis large. Comme par hasard l’enregistrement de mon vol est au dernier comptoir du dernier hall du dernier terminal. En route, je m’arrête à une borne pour éditer ma carte d’embarquement. Comme par hasard, ça ne marche pas. De toute façon, ça marche jamais ces trucs-là. Tout au fond, je repère le comptoir 13. Y a un tas de gens devant, avec des chariots surchargés de bagages toutes enveloppées dans du plastique rouge. Juste derrière moi, y a un mec qui avance aussi avec un sac sur le dos et la dégaine typique de celui qui part en mission. De toute façon, si t’es européen et que tu vas à Bangui, c’est soit que t’es militaire, soit que t’es humanitaire. T’y vas pas pour faire du tourisme. Obviously.

J’attrape mon billet dans mon sac et je me présente la bouche en cœur à la petite dame qui est devant le comptoir… « Ah, désolée Madame, l’enregistrement est fermé maintenant… »

HEIN ???!!! QUOI ???!!!

Non mais comment ça c’est fermé ? La petite dame m’explique. « Oui, pour Bangui, l’enregistrement ferme 1h30 avant le décollage. C’est marqué sur votre billet… »

QUOI ??? Non mais depuis quand l’enregistrement ferme 1h30 avant le décollage ? Et là, il est 6h43. C’est une blague  ou quoi ?

Non. Pas du tout. Et la petite dame de continuer : « Vous comprenez, on est obligés d’être très stricts sur les horaires pour Bangui parce qu’on ne peut pas atterrir après 17h. Après, c’est la nuit et la nuit, le bidonville envahit la piste… »

Non mais DE QUOI ELLE PARLE ??? On doit atterrir à 15h45. Il va pas faire nuit à 15h45 ??!!

Le gars derrière moi tente un : « Mais je pars en mission humanitaire… Vous pouvez pas me laisser passer ? ». La petite dame est inflexible. Non. C’est pas possible. C’est trop tard. On avait qu’à lire les petites lignes en bas du contrat.

MERDE… MERDE, MERDE, MERDE et re-MERDE !!! Le prochain vol est dans 3 jours. MSF va pas me laisser poireauter 3 jours à l’aéroport !

La petite dame ferme définitivement le guide-fil devant elle. « Si quelqu’un peut récupérer vos bagages, vous pouvez toujours aller passer la sécurité, prendre le vol ce matin et vous faire envoyer vos bagages après, vous savez… »

Ouais. Bien sûr. T’as cru qu’à 5h du mat, j’avais une cohorte de volontaires prêts à m’accompagner jusqu’à Roissy pour agiter leurs mouchoirs ? Laisse tomber…

Bon. C’est la merde. Alors faisons les choses dans l’ordre. D’abord, appeler MSF pour les prévenir. Evidemment, personne ne répond, il est même pas 7h… Bien. Bien, bien, bien, bien, bien… Bon. Alors, aller au guichet Air France. Expliquer mon problème à la très gentille dame derrière le comptoir (en plus, c’est vrai, elle est très gentille). « Oh ! Vous avez la même montre que moi » elle me dit. Et bah super… ça va m’aider à monter dans l’avion, ça ? Non, hein… je m’en doutais… « Non mais vous avez quand même de la chance, comme vous avez un tarif humanitaire, je peux décaler votre réservation sur le prochain vol comme ça, vous ne perdez pas le billet ». Ah bah oui, c’est sûr, j’ai quand même de la chance… Bon, ben… décalons la réservation, on verra bien !

Donc voilà. Il est 7h20. J’ai loupé mon vol. Sur les 10 dernières années, j’ai bien dû prendre une soixantaine d’avions facile. Plusieurs fois, je suis arrivée ricrac. Comme la fois où j’avais ce vol pour New York et où je suis arrivée en courant à l’enregistrement 20 minutes avant le décollage. Où la fois en Equateur où j’avais confondu les heures de départ et d’arrivée et où je suis arrivée à l’aéroport 30 minutes avant le décollage. Je n’ai jamais loupé d’avion. Ja-mais. Jusqu’à aujourd’hui.

Bon. Je fais quoi maintenant ? Les bureaux de MSF n’ouvrent qu’à 9h. Rester à l’aéroport en attendant ne sert à rien. Je suis bonne pour rentrer à la maison. Retour à la case départ.

Plus tard dans la matinée, j’arrive à joindre MSF. Je dis à S. du Bureau des Départs que j’ai raté l’avion, que j’ai quand même décalé ma réservation, que je suis vraiment désolée mais qu’est-ce que je dois faire maintenant ? « T’inquiète » elle me dit, « t’as bien fait de reporter ton billet, comme ça, il est pas perdu, on le donnera à quelqu’un d’autre. Je vais te prendre un autre vol ce soir. Avec Royal Air Maroc. T’arriveras demain matin. Je te rappelle pour confirmer. »

Ça, c’est la double punition. Après être allée jusqu’à Roissy (et revenue) ce matin, va falloir que maintenant j’aille à Orly. Toujours en traînant mes kilos de bagages. La ligne de RER B en entier. Si ça c’est pas du tourisme… Puis la RAM… Je passe d’un Paris – Bangui direct à Paris – Casablanca – Douala – Bangui avec nuit dans l’avion… Arrrrgh ! Remarque, c’est le karma. La prochaine fois, je ferai gaffe.

Bon. Du coup, l’avion est à 20h. Même en prenant une marge de malade (quoique la RAM, elle, elle s’en fout d’être en retard, l’atterrissage est prévu à 7h du matin…), j’ai au moins 7 heures à tuer. Alors de frustration, j’avale une tablette de chocolat (oui, en entier) et à la limite du coma hyper glycémique, je décide de faire la sieste dans le canapé devant la télé. Ça commence bien, cette mission…

AL apprentie humanitaire

Je suis… cla-quée !!! Faut dire que ça a été une sacrée semaine !

Depuis vendredi dernier je suis officiellement en congé. Mais qui a dit que les congés c’était fait pour se reposer ? Sûrement pas moi !! J’ai attaqué dès lundi matin ma semaine de formation ci-dessous joliment dénommée PPDA.

PPDA ? Keskecéssa ? C’est la Préparation au Premier Départ Administrateur… Pour ceux qui attrapent le train en marche, j’ai été recrutée comme administrateur terrain par Médecins Sans Frontières. Et avant de se retrouver sous une tente au milieu d’un camp de réfugiés, ils ont jugé utile de nous former un peu.

Enfin un peu… c’est loin d’être une partie de rigolade ! Ça a commencé il y a un mois quand j’ai reçu des exercices à préparer pour cette fameuse semaine. La gestion de budget et les ressources humaines, c’est un peu mon domaine, j’ai d’abord rigolé doucement genre easy breezy, fingers in the nose, etc…

Evidemment, tout ne s’est pas déroulé comme prévu. D’abord, c’était hyper technique : il s’agissait de s’approprier les 2 principaux logiciels de gestion (comptabilité et paye) et de réaliser une simulation à partir d’un cas pratique. Et pour les petits malins (comme moi) qui n’ont écouté leurs cours de comptabilité que d’une oreille en se disant « Pfff… t’façon, la compta, j’en ferai jamais !! », bah… il a vite fallu se retirer les fingers du nose… J’aurais peut-être pu tenir compte de la mise en garde qui disait :  « Attention, vous devez prévoir 5 journées complètes de travail pour compléter ces exercices »…

Je vous passe les détails mais j’ai bien galéré. J’ai même tellement galéré qu’à un moment je me suis dit que finalement, ils allaient changer d’avis et me renvoyer chez moi… Faut dire que j’avais pas encore commencé à travailler pour de vrai, j’avais déjà perdu 10 pounds sud-soudanaises ! Bon, l’Histoire montrera par la suite que le but du jeu n’était pas de réussir les 72 questions de l’exercice mais bien de s’approprier les quelques règles basiques qui régissent le fonctionnement des missions MSF.

Du coup, quand j’ai débarqué au siège de MSF à Paris lundi dernier, je faisais pas trop ma maligne. J’étais super contente de rencontrer mes nouveaux amis les futurs administrateurs terrain (qui avaient eu autant de difficultés que moi à préparer ces foutus exos !) venus d’un peu partout : Etats-Unis, Espagne, Arménie, Australie, Nouvelle-Zélande, Sud Soudan… tous là avec la même envie d’apprendre, d’enregistrer le maximum d’infos possible avant de s’éparpiller aux 4 coins du monde. Car c’est le côté un peu triste de la situation : comme il n’y a qu’un administrateur par terrain, on ne sera jamais amené à travailler ensemble…

Toute la semaine, nous avons donc plongé en apnée dans le monde MSF. Organisation de l’association, gestion des ressources humaines, comptabilité, réalisation de budgets, le tout saupoudré de quelques notions de droit du travail, de management du stress, de bons conseils d’organisation du travail quotidien et surtout… des tonnes  de questions sur chaque sujet et beaucoup, beaucoup, beaucoup de grosses marrades.

Plutôt intense donc. Intense mais tellement passionnant !

A la fin de la semaine, nous nous sommes vus remettre un diplôme du parfait apprenti admin. Oui, c’est comme ça qu’on dit, il a fallu aussi apprendre un bon millier d’acronymes tous plus rigolos les uns que les autres (si quelqu’un sait ce qu’est un MoU…)

C’est donc officiel, je suis prête à partir !!!

Quand le blog reprend du service

Et oui ! Lecteurs assidus et visiteurs de passage, vous croyiez que je vous avais laissé tomber et il faut avouer que c’était un peu complètement le cas…

Mais ça y est, c’est officiel, je repars pour un tour !!

Pas un tour du monde ! Naaan, so 2013, totally overrated… (je plaisante, y aurait moyen de remonter dans un avion demain, je serais déjà en train de remplir mon sac à dos en faisant des bonds partout…) Cette fois, c’est carrément différent. Mais comme on ne change pas une équipe qui gagne (enfin qui gagne… qui fonctionne quoi !), le blog reprend donc du service.

Et THE BIG QUESTION est donc… mais où donc repars-je ? (je vous mets au défi de prononcer ça… moi, j’ai lâché l’affaire)

Et bien, à l’heure qu’il est… je n’en sais absolument rien ma bonne dame !

Parce que cette fois, c’est pas complètement moi qui décide…

Cette fois, comme je disais, c’est carrément différent…

Cette fois, c’est pas pour se la couler douce avec du sable entre les orteils…

Cette fois, va y avoir du sang sur les murs comme dirait quelqu’un que je connais… (euh… on est bien d’accord, c’est du second degré, hein…)

Cette fois, je n’ai plus un visa de tourisme…

Cette fois… je suis administrateur terrain pour Médecins Sans Frontières !

C’est donc le moment de préciser ceci : « Les propos tenus dans ce blog n’engagent que moi (l’auteur), mais ne reflètent en aucun cas les positions publiques de MSF ».

Simple précaution.

Ça ne veut pas dire que mes propres positions ne sont pas en adéquation avec celles de MSF mais simplement que je ne parle pas ici en leur nom.

Alors vous vous dites : « WHAT ??? Mais j’y comprends plus rien, je croyais qu’elle bossait dans la restauration… je savais pas qu’elle avait un diplôme d’infirmière toussa-toussa… »

Et bien non, je vous rassure, le monde est sauf, je ne toucherai pas un pansement, j’ai été recrutée comme administrateur terrain c’est-à-dire que je vais m’occuper de la comptabilité et de la gestion des ressources humaines d’un projet MSF sur le terrain. Ouais… bien glamour dit comme ça…

Glamour ou pas, this is not the question, je suis dans un état de nerfs pas possible. Trop hâte de savoir où et quand je vais partir…

Evidemment, avant de me lancer dans cette nouvelle aventure, il a fallu que je me mette d’accord avec mon employeur pour pouvoir prendre un nouveau congé. Et je dois bien avouer que de ce côté-là, j’ai de la chance (et que ce soit bien claire, c’est bien la seule chose qui relève de la chance…), mon projet a été accepté.

Dès le 31 mars prochain, je serai donc en congé sans solde et ce jusqu’au 31 août 2016. Oui, 17 mois. On ne fait pas les choses à moitié ici…

Je pourrais vous expliquer le pourquoi du comment j’ai décidé de sauter de cette nouvelle falaise sans trop savoir ce qui m’attendait en bas (mais n’est-ce pas ce qui fait tout le charme des falaises… ?) mais honnêtement, je doute que vous ayez 18 heures devant vous à consacrer à la lecture de ce brillant article…

Bref, voilà, je voulais juste vous dire que je suis back in the game, que je compte bien garder un semblant de contact avec la civilisation via ce blog et j’espère que je vous ferai toujours autant rire à la machine à café (à bons entendeurs…)