Marcher sur des braises

Je suis quand même pas folle, je vais pas souffler dessus.

Je suis donc arrivée à Turangi. C’est une toute petite ville au nord du Tongariro National Park et au sud du lac Taupo, en plein centre de l’île du nord. Le seul intérêt de Turangi, c’est que c’est à la croisée des chemins mais que ce n’est pas à proprement parler touristique, le camping n’est donc pas cher. Et cerise sur le cupcake, la dame de la réception est extrêmement gentille, elle consulte les prévisions météo pour moi, m’offre une réduc sur le shuttle pour le parc et m’indique toutes les balades à faire le long de la rivière.

Parce qu’une autre raison de venir à Turangi, c’est d’aller pêcher les fameuses truites arc-en-ciel de la Tongariro River. Et devinez comment ça se pêche la truite arc-en-ciel ?… A la mouche. Et pour moi, pêche à la mouche ça veut dire…

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Comment ça, c’est un peu cliché ? Pas du tout…

Si je suis venue jusqu’ici, ce n’est malheureusement pas pour aller titiller les truites mais pour faire « the country’s best wilderness day walk », le Tongariro Alpine Crossing. Mais attention, si l’altitude moyenne est en alentours de 1600m, il faut faire attention à la météo qui change particulièrement vite et aux conditions sismiques. Parce que oui, la balade passe dans les cratères de volcans qui font juste une petite sieste, bref, c’est pas exactement une balade du dimanche. Pourtant, Madame Camping me suggère de ne faire mon trek que le dimanche parce que Madame Soleil sera au rendez-vous. Alors comme j’ai une journée à tuer en attendant, je vais me balader le long de la rivière.

Et c’est très joli ce bord de rivière. Le truc, quand tu marches le long de la rivière, c’est que quand tu veux rentrer, faut trouver un pont pour traverser (non, tu ne traverses pas à la nage, tu n’es pas en Thaïlande, l’eau est à 5°C ici…). Et des ponts, y en a pas tous les 20 mètres. Plutôt tous les 5kms. Mais il fait grand beau, grand chaud, j’ai le meilleur sandwich du monde (heureusement parce que ça fait déjà une semaine que je mange la même chose tous les midis) alors, je profite.

J’adore marcher. D’abord parce que ça permet de ne pas avoir les fesses qui tombent et ensuite parce que pendant que je marche, mon cerveau ne pense à rien. Enfin presque à rien. En tout cas, rien qui ne soit suffisamment intense pour que mon attention soit retenue. Des fois, je compte jusqu’à 4 (1-2-3-4… 1-2-3-4…), des fois je chante un truc dans ma tête (enfin, je pense que c’est dans ma tête parce que les gens que je croise ne disent rien), des fois j’écoute les oiseaux ou les bruits autour et j’imagine qu’il y a une monstrueuse araignée qui se dit qu’elle me prendrait bien pour son déjeuner mais que là, elle a la flemme. Oui, parce que le problème, c’est que dans la nature, il y a des bêtes. Oh, je sais bien que c’est pas la petite bête qui va manger la grosse, mais ça n’empêche, tout ce qui a plus de 4 pattes peut potentiellement déclencher une belle crise de panique…

Heureusement, ce jour-là, les seules bestioles que je vais croiser et bah… ce sont les truites arc-en-ciel. Vous avez déjà vu des truites arc-en-ciel ? On les appelle comme ça parce qu’elles ont une bande sur le côté qui change de couleur avec la lumière. C’est très joli. Mais c’est très gros aussi. Et comme elles remontent le courant toute la journée, de temps en temps, elles sont fatiguées. Alors elles s’arrêtent toutes au même endroit et elles continuent à regarder toutes dans la même direction. Elles ont pas l’air air très malignes… C’est un truc tellement énorme les truites arc-en-ciel dans la région qu’il y a même un centre de la truite. Là, ils élèvent des bébés truites, s’assurent qu’ils sont assez costauds et les relâchent dans la rivière. A mon avis, on est à 2 doigts de la surpopulation. Si tu vas à la pêche et que tu reviens les mains vides, c’est que tu fais exprès.

Le lendemain matin, sous un soleil radieux, je prends la route pour le départ du Tongariro Alpine Crossing. En fait, la route est une piste caillouteuse et normalement, seules les 60 premières voitures sont autorisées à la prendre. Si t’arrives trop tard, faut prendre un shuttle qui t’amène au bout de la piste et qui vient te rechercher en fin de journée. Mais ce matin-là, personne ne contrôle l’entrée de la piste et y a pas la moindre trace d’un shuttle. Alors, avec Ben, on s’engage sur la piste en soulevant un énorme nuage de poussière derrière nous.

Au bout de la piste, il y a un parking. Là, la bonne blague c’est qu’il y a à peine 30 places. 60 voitures autorisées, 30 places de parking… va comprendre. Alors, c’est la guerre. Les gens sont garés n’importe comment, à moitié sur des coulées de lave, à moitié dans les fossés. A Rome, fais comme les Romains, j’arrive à caser Ben le long d’une palissade et j’entame le chemin. (NDLR : le Tongariro Alpine Crossing est actuellement fermé à la moitié parce que le risque volcanique est trop important. T’es donc obligé de faire demi-tour et de revenir sur tes pas.)

La première moitié du chemin est assez facile, presqu’à plat. Les 3 volcans sont au bout de la vallée, face à toi, tu te demandes bien par quel côté tu vas grimper dessus mais en attendant, tu marches à travers des champs de pierres en sautant par-dessus des petits ruisseaux oranges (le fer, ma bonne dame, ça rouille…). Et puis, au bout d’un moment, t’es arrivé au bout de la vallée, y a plus le choix, faut grimper. Et là, c’est pas de la tarte. En fait, si. C’est sur-balisé, y a des escaliers en bois partout, y a juste un nombre incalculable de marches mais quand tu finis par relever la tête, t’es au bord du cratère. Et là… wow ! C’est grand un cratère… Tu es sur le qui-vive, tu surveilles chaque bruit, chaque craquement pour être sûr que Monsieur Volcan n’a pas décidé d’éternuer et puis tu traverses. En plein milieu. Tu marches sur des braises… Même si tu sais qu’elles sont pas juste juste sous tes pieds, c’est impressionnant.  Et puis c’est drôlement plat un cratère… Et puis arrivé de l’autre côté, tu regrimpes. Sauf que là, y a plus d’escaliers. Et tu comprends pourquoi y en avait avant. Grimper dans un champ de petits cailloux qui roulent sous tes pieds, c’est marrant 5 minutes mais c’est crevant. Heureusement, quand t’arrives en haut, y a la vue…

Comme c’est l’endroit parfait pour pique-niquer, je m’installe confortablement (enfin, comme je peux) et je profite du spectacle. De toute façon, je ne peux pas aller plus loin, le Department of Conservation a décidé que c’était trop risqué. Et moi, je trouve que je vis déjà assez dangereusement comme ça.

Au moment de faire demi-tour, je m’aperçois que le vent s’est levé. Pas un petit zéphyr qui soufflette gentiment. Non, non. De bonnes grosses rafales bien glaciales qui te plaquent au sol. Très sympa… Et finalement, quand j’arrive au parking et que je jette un coup d’œil par-dessus mon épaule, les volcans ont disparu dans un épais tapis de nuages bien gris. Timing parfait, il est temps de prendre la route.

Parce que les truites, les pâquerettes et les volcans, c’est bien joli, mais il faut continuer à avancer. Alors on trace la route, plein sud direction Wellington. Mais Wellington, c’est loin (et Ben et moi, on roule pas vite…). Alors, quand la nuit tombe, on s’arrête sur le bord de la route et s’offre une bonne plâtrée de pasta avant de se réfugier bien au chaud sous la couette.

Demain, on descend à la capitale !

Photos ici.

Buller dans la boue

Au petit matin, j’ose à peine sortir le nez de sous ma couette : ça fait de la fumée quand je respire… Un bon tour de chauffage plus tard, les vitres de Ben sont presque désembuées et le soleil qui passe à travers les arbres commence à sécher la pelouse. C’est l’heure d’aller voir de plus près ce qui se passe sous terre.

Rotorua est située dans la zone géothermique la plus dynamique de Nouvelle-Zélande. Les Maoris avaient donc décrété l’endroit sacré et aujourd’hui, près de 35% de la population de la ville est maorie (ce qui est nettement au-dessus de la moyenne nationale à 14%). Les deux principales attractions du coin sont donc la visite des sites géothermiques et les spectacles de chants et de danses traditionnels. J’ai donc fait les deux. Dans cet ordre.

Des geysers, j’en ai déjà vu (pfff… comment elle se la raconte l’autre !). Des tas. Des très grands, très bouillants et surtout qui jaillissent très régulièrement. Mais là, c’est quand même le plus haut geyser de l’hémisphère sud. Le Pohutu Geyser (ce qui se traduit par « Grand Splash » ou « Explosion ») est situé dans le parc Te Whakarewarewatangaoteopetauaawahiao (« Le soulèvement des guerriers partis à la guerre de Wahiao » ou plus communément appelé Whaka, on se demande bien pourquoi…).  Il crache son jet d’eau brûlant à près de 30 mètres de haut environ 20 fois par jour. Entre deux éruptions, ça continue de crachouter un peu. Mais y a tellement de vapeur qu’on ne voit pas ce qui se passe dans le trou. En tout, il y a près de 500 sites géothermiques dans le parc (sources chaudes, bains de boue bouillonnants, fumerolles et geysers). Y a donc de quoi faire. Et finalement, si on évite de marcher sous le vent, l’odeur est presque supportable.

Après m’être littéralement imprégnée de boue soufrée (ça colle aux pieds cette cochonnerie !), je suis allée visiter le centre culturel maori juste à côté. Les Néo-zélandais sont plutôt fiers de réussir à préserver ce pan de leur culture alors ils ont ouvert une école de sculpture et une école de tissage traditionnelles et ils ont recréé un village maori. Le clou de la visite est le spectacle donné par une troupe de guerriers Maoris avec chants, danses et haka. Le truc surprenant c’est que tous les Maoris n’ont pas le physique polynésien. En fait, le métissage est tel depuis toujours que les gens qui se revendiquent maori n’ont pas forcément la peau plus mate et les cheveux frisés (dit comme ça, je pourrais être maorie…). C’est plutôt une question de tradition et de culture que d’ethnie. En tout cas, c’est très chouette. Et très impressionnant, on dirait qu’ils vont nous manger tout crus !

Pour achever cette journée de la façon la plus agréable qui soit, je suis allée visiter les bains de Rotorua. Au début du siècle dernier (en 1908), profitant de la situation géographique et des sources chaudes de la ville, le gouvernement fit bâtir une immense demeure de style victorien assez jolie dans laquelle étaient dispensées des cures thermales. De nombreux Européens vinrent donc buller dans la boue et se faire électrocuter dans leur baignoire (oui, il parait que c’est très bon pour la circulation…). Mais la maintenance des canalisations et du bâtiment coûtait une petit fortune et l’endroit a dû être fermé. Le bâtiment est cependant resté en activité et a abrité jusqu’à la fin des années 90 un restaurant, un cabaret et même une boîte de nuit (ambiance Bains Douches, vraisemblablement). Depuis, tout ça a été transformé en musée et il reste juste une petite piscine en extérieur dans laquelle je suis allée me vautrer faire quelques brasses gracieusement.

Et puis, Ben commençait à en avoir marre de faire le pied de grue sur le parking alors on a repris la route et on est allés passer la nuit à Turangi, 150kms plus au sud, en plein cœur de l’île. Turangi est aux portes d’un autre parc, le Tongariro National Park, où là, c’est du sérieux, y a des volcans. Et ils sont même pas endormis… Mais ça, c’est l’histoire de demain.

Photos ici.

On a tous droit à une seconde chance…

Même Ben ! La vie est une farce.

Ce matin, de bonne heure et de bonne humeur (enfin… vers 9h30 et avec un soupçon de râlerie), j’ai chargé mes 30kgs de sacs sur mon dos (oui, va falloir se mettre au régime, ça commence à être pénible…) et je suis allée prendre le bus. Pour aller où ? Et bien… récupérer mon van, pardi !

Parce que oui. Je remets ça. Vous savez ce qu’on dit : quand on tombe de cheval… Bon, la vérité c’est que le van était déjà loué bien avant que je m’embrouille avec Ben.

Bref, je me traîne jusqu’à l’arrêt de bus. J’attends… J’attends… J’attends… 54 minutes !!! Parce que le bus, il ne passe qu’une fois par heure !!! Même s’il est indiqué sur le panneau  qu’il passe toutes les 10 minutes… Moi pas comprendre bus à Auckland… Mais je finis quand même par monter dedans et demander au chauffeur de m’indiquer quand on est arrivé à mon arrêt (parce que si les horaires sont déjà compliqués à comprendre, l’itinéraire du bus est juste un simple cauchemar). Je descends donc au bon endroit et je marche 20 minutes avec tout mon barda pour arriver jusqu’au dépôt de la compagnie de location qui se trouve au milieu de… rien. Bref, adieu mon zeste de bonne humeur.

Je remplis des papiers, j’en signe d’autres, le gars m’explique comment ça se passe en cas d’accident (euh… t’inquiète, je sais très bien comment ça se passe…) et il me dit : « Bougez pas, je vais faire le check-up du véhicule et je vous le ramène juste devant l’entrée ». OK. Et là… quand le van arrive… j’éclate de rire. C’est le même. Exactement le même. Tellement le même que lui aussi, il s’appelle Ben. J’en ai vu d’autres pourtant sur la route. Des Lily, Jim, Alex, roses avec des fleurs, jaunes avec des feuilles… Et bah non, moi, j’assiste à la résurrection de Ben. Tadaaaaaa !!

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Je vous laisse imaginer la tête du loueur quand je lui ai expliqué que je connaissais très bien Ben et que la dernière fois qu’on s’était vus, il s’éloignait à l’arrière une dépanneuse…

Je remonte donc en selle. Enfin, je me remets derrière le volant, quoi. Et me voilà à nouveau sur la route. J’aime autant vous dire que je serre très fort le volant et que j’ose à peine cligner des yeux. Et j’emmène Ben à Tauranga, à quelques 200kms de là.

Pas exactement à Tauranga en fait. Plus exactement au Mont Maunganui. Le Mont Maunganui est une montagne qui s’élève au bout d’une presqu’île, là, comme ça, comme sortie de la plage au milieu de nulle part (plage sur laquelle les lycées du coin viennent faire leurs cours de sport, ici, le surf est obligatoire…). Le must do, c’est de grimper au sommet de la collinette pour admirer la vue à 360° tout autour. Et c’est très joli. Y a des moutons qui tondent la pelouse, le soleil qui commence à se coucher et l’océan… partout. Comme dirait quelqu’un que je connais : « Pfffff… qu’est-ce que c’est beau ! »

Mais je ne suis pas en avance, je dois encore faire des courses et rouler jusqu’à Rotorua où j’ai décidé de passer la nuit. Alors je redescends de la montagne sacrée (oui, alors… chaque fois que tu vas quelque part en Nouvelle-Zélande, tu peux être à peu près sûr que c’est un endroit sacré pour les Maoris. Maunganui, ça veut « celui qui attrape la lumière du jour »… c’est poétique le maori) et j’arrive à Rotorua à la nuit noire. Le seul truc qui me fait dire que je suis au bon endroit, c’est l’odeur… Rotorua est une ville sacrée (bah tiens, ça m’aurait étonnée…), construite sur un site géothermique et ça sent le soufre…

Alors, avec Ben, on s’installe, et on passe la soirée chacun de notre côté. Lui, avec ses potes campervans, branché à la borne électrique et moi, avec les autres campeurs, dans la piscine d’eau chaude minérale. Ah oui, le camping en Nouvelle-Zélande c’est autre chose. Dans la majorité des campings, y a des sèche-cheveux dans les salles de bain (si, c’est important) et des piscines chauffées ou des jacuzzis. Et tout ça pour la moitié de ce que je payais en Australie. C’est bien simple, on se demande pourquoi les gens vont dans des hôtels. Y a juste un truc. Un tout petit truc, 3 fois rien. C’est juste que la Nouvelle-Zélande, c’est pas en zone tropicale. Si il fait 20°C dans la journée, il fait moins de 10°C la nuit. Et 10°C dehors = 10°C dans le van. Mais j’ai tout prévu ! Ce coup-ci, j’ai un mini-chauffage. Un truc qui fait le bruit d’un avion à réaction et qui transforme Ben en fournaise… Oh, je vous entends d’ici : « Jamais contente celle-là, toujours à se plaindre, blablabla… » Eh ! Je me plains pas ! Je partage un constat… Rien à voir…

Photos ici.

Auckland

Après avoir survolé le néant total pendant près de 3 heures (le Pacifique sud de nuit… le noir absolu), les premiers spots apparaissent. C’est rigolo, c’est très découpé. Comme si la mer rentrait à l’intérieur des terres. Ah bah en fait c’est ça. La mer est partout et l’île n’est pas si large. Et puis, peu à peu, ça se densifie, ça s’intensifie et paf ! c’est Auckland !

Dans l’avion, on nous a distribué un petit formulaire qui s’intéresse de près à ce qu’on a dans nos bagages. Nourriture, animaux, produits dérivés d’animaux, … ils ont l’air bien suspicieux ces Néo-Zélandais… A peine descendu de l’avion, de grands panneaux avec des poubelles t’informent qu’il est encore temps de jeter tout ce que tu n’as pas déclaré avant que les douaniers ne tombent dessus… Hé ho ! C’est quoi le problème ? Je me trimballe depuis ce matin un sac plein de céréales, de lessive et de soupes en poudre, je vais pas tout jeter maintenant, hein ! Alors, je coche la petite case « Yes » à la question « Do you bring food ? » et je tends poliment ma petite carte au monsieur derrière son guichet. Lui, clairement, il s’en fout. Il jette à peine un œil dessus et puis il m’envoie au guichet suivant. Là, un autre monsieur me demande ce que j’apporte exactement comme food. Je prends mon air le plus aimable du monde (si, je sais faire, je le fais pas trop souvent pour pas que ça ait l’air suspect, c’est tout) et je lui ouvre mon sac pour qu’il puisse juger par lui-même. Idem, il s’en fout en fait. Par contre, il s’en fout pas du tout que j’ai des chaussures de randonnée. Il m’envoie illico prestissimo voir un 3ème gars qui va me faire déballer toutes mes petites affaires pour sortir les coupables et qui les emporte aussitôt derrière une porte où il y a écrit « Microbiology laboratory » (brrr… ça fait fliper) et me les rapporte 5 minutes plus tard, complètement trempées et emballées dans un sac plastique. Consternation… C’est qu’il ne faudrait pas apporter sur le territoire une petite graine indésirable. Par contre, les chaussures que j’ai aux pieds, celles-là, elles peuvent être truffées d’excréments de goanas, ça ne pose aucun problème… Curieux, curieux.

Bref, je sors de l’aéroport, je trouve le bus qui m’amène en centre-ville, je trouve mon hostel et là, en approchant, je me dis soudain… « Mais… il est 22h45 ! J’ai pas prévenu que j’arrivais tard, est-ce que la réception est encore ouverte ? » Mais ouiiiii… Aucun problème, mon lit m’attend et le wifi est gratuit, autant dire que ce séjour s’annonce sous les meilleurs auspices.

Après une bonne nuit de sommeil où j’ai eu besoin d’une couverture (une couverture ? non mais vous vous rendez compte ? il fait au moins -8000 ici !), je découvre qu’à Auckland, le ciel est bleu, le soleil brille et le magasin d’en face vend du Nutella. Je commence par découvrir la ville par sa face « hipster ». Des friperies vintage, des magasins de déco, des cafés où y a pas 2 chaises pareilles et assis dessus, des gens avec des coupes de cheveux improbables et des lunettes encore plus hallucinantes, des galeries marchandes avec des vitraux… Mais surtout, je découvre qu’Auckland n’est pas construite à plat. Oh que non ! La ville est en fait construite sur 50 volcans. Rien que ça. Et pas tous éteints en plus. Alors hormis le fait que tout ça pourrait péter à tout moment, ça grimpe. Bon, parfois ça descend aussi mais c’est pas de tout repos. La ville n’est pas vieille alors niveau architecture, rien de bien époustouflant. Ça ressemble un peu à Sydney : de grandes avenues taillées au cordeau, la marina et les ferrys au bout et je n’arrive toujours pas à regarder du bon côté de la rue pour traverser… Ici aussi, il y a des parcs où les pelouses me susurrent « Viens faire la sieste, viens… ». Alors, moi, j’obéis. Mais pas trop longtemps parce que le soleil ne chauffe pas assez. Je me culture un peu aussi : le musée d’art est gratuit, c’est pas parce que je comprends décidément rien à l’art moderne qu’il faut faire la fine bouche. Et puis je vais admirer les voiliers et les gros yachts au port. A propos du port, c’est ici que le 10 juillet 1985 fut saboté le Rainbow Warrior, le bateau de Greenpeace, par les services de renseignement français qui avaient peur que ces empêcheurs de tourner en rond ne contrecarrent leur projet d’essai nucléaire à Mururoa, ce qui donna lieu à un retentissant scandale et des tensions diplomatiques entre la France et la Nouvelle Zélande. Et là, surprise, je découvre que le quartier des docks a été rénové et est truffé de restos et de bars à vins très bobos. Très New York style. La vraie différence c’est qu’ici, il y a plein de Polynésiens. D’ailleurs Auckland est la ville au monde qui abrite la plus grande population d’origine polynésienne. Beaucoup moins d’Asiatiques qu’en Australie et plein de Maoris. Mais tout le monde ne se mélange pas. Ça sent un peu le « chacun chez soi et les veaux seront bien gardés ». Etrange. Et puis à 18h30, le soleil se couche, les boutiques ferment et les rues se vident.

Il est donc temps de faire quelques courses et de se faire à dîner. Ah oui, parce qu’ici, c’est comme en Australie, faut être multimillionnaire pour aller au resto. Pour acheter des fruits et des légumes aussi d’ailleurs. Alors, une bonne pasta et un film plus tard et c’est déjà l’heure de retrouver sa couette.

Le lendemain, je reprends la mer. Pas pour aller bien loin. Juste pour aller sur Maiheke Island à 35 minutes d’Auckland. Maiheke est célèbre pour son microclimat, ses maisons de milliardaires et ses vignobles. 17 en tout. L’occasion de manger des calamars et de goûter la production locale (un petit Sauvignon blanc pas mal du tout…) puis de se balader le long de la côte déchiquetée jusqu’à Palm Beach (ben… c’est juste une plage avec des palmiers). Du haut de la colline, la plage est magnifique. Un banc de sable où vient clapoter une eau cristalline. En arrivant sur la plage, j’ai la bonne surprise de me retrouver… au Layet ! Plein de vieux tout nus… Beurk ! En fait, je suis arrivée par le mauvais côté de la plage, de l’autre côté des rochers, c’est beaucoup moins le musée des horreurs. L’eau est bien trop froide pour y piquer une tête mais je me fais quelques copines mouettes et on ramasse des coquillages. Et en fin d’après-midi, quand le ciel commence à s’assombrir, je saute dans le bus qui me ramène au port où je reprends le ferry. Derrière moi, je regarde la pluie tomber sur Maiheke pendant que je m’éloigne vers Auckland.

Pour mon dernier jour dans la plus grande ville du pays (qui n’est pas la capitale, hein, la capitale c’est Wellington), j’ai décidé de prendre de la hauteur. J’ai donc escaladé (si, si, c’est le bon mot, 196m, c’est pas de la tarte !) le Mount Eden, le plus haut volcan du coin (en plein dans la ville) et dont le cratère est sacré pour les Maoris, faut donc pas marcher dedans. Depuis là-haut, on peut voir à des miles à la ronde. Le port, la skyline, toute la ville, les autres volcans et la One Tree Hill (celle de la chanson de U2, qui n’a bien sûr rien à voir avec la série). Impressionnant. J’ai pu aussi voir arriver une belle averse alors je suis redescendue avant que le cratère ne se remplisse. Et puis j’ai voulu aller au cinéma (c’est ce qu’on fait quand il pleut) mais y avait que GI Joe ou Jack le chasseur de géants… Pas vraiment in the mood. Alors je suis rentrée en slalomant à travers les gouttes et j’ai fait comme si on était dimanche… rien !

Et pour fêter mon 7ème mois-versaire de voyage, j’ai englouti un paquet entier de M&M’s au beurre de cacahuètes… Ca fait comme les vrais anniversaires. A la fin, t’es un peu écœurée par tout ce sucre… Et puis, voilà, c’est déjà  l’heure d’aller faire son sac parce que demain, moi, je reprends la route. Et oui, j’ai reloué un van. Même pas peur !

Alors je dis « Bye bye » à Auckland. Une petite ville sympathique mais pas ultra emballant. Pas le charme, pas l’effervescence qu’on s’attendrait à trouver dans la plus grande ville du pays (25% de la population habitent à Auckland). D’ailleurs, reste une inconnue. Où sont les vrais gens ? Ceux qui travaillent, ceux qui vivent là ? C’est presque trop calme, trop propre pour être vrai. Ça manque d’un petit je-ne-sais-quoi. Alors, pas de regret, en route, j’ai rendez-vous avec des moutons ! Et des kiwis !

Photos ici.