Marcher sur des braises

Je suis quand même pas folle, je vais pas souffler dessus.

Je suis donc arrivée à Turangi. C’est une toute petite ville au nord du Tongariro National Park et au sud du lac Taupo, en plein centre de l’île du nord. Le seul intérêt de Turangi, c’est que c’est à la croisée des chemins mais que ce n’est pas à proprement parler touristique, le camping n’est donc pas cher. Et cerise sur le cupcake, la dame de la réception est extrêmement gentille, elle consulte les prévisions météo pour moi, m’offre une réduc sur le shuttle pour le parc et m’indique toutes les balades à faire le long de la rivière.

Parce qu’une autre raison de venir à Turangi, c’est d’aller pêcher les fameuses truites arc-en-ciel de la Tongariro River. Et devinez comment ça se pêche la truite arc-en-ciel ?… A la mouche. Et pour moi, pêche à la mouche ça veut dire…

truite

Comment ça, c’est un peu cliché ? Pas du tout…

Si je suis venue jusqu’ici, ce n’est malheureusement pas pour aller titiller les truites mais pour faire « the country’s best wilderness day walk », le Tongariro Alpine Crossing. Mais attention, si l’altitude moyenne est en alentours de 1600m, il faut faire attention à la météo qui change particulièrement vite et aux conditions sismiques. Parce que oui, la balade passe dans les cratères de volcans qui font juste une petite sieste, bref, c’est pas exactement une balade du dimanche. Pourtant, Madame Camping me suggère de ne faire mon trek que le dimanche parce que Madame Soleil sera au rendez-vous. Alors comme j’ai une journée à tuer en attendant, je vais me balader le long de la rivière.

Et c’est très joli ce bord de rivière. Le truc, quand tu marches le long de la rivière, c’est que quand tu veux rentrer, faut trouver un pont pour traverser (non, tu ne traverses pas à la nage, tu n’es pas en Thaïlande, l’eau est à 5°C ici…). Et des ponts, y en a pas tous les 20 mètres. Plutôt tous les 5kms. Mais il fait grand beau, grand chaud, j’ai le meilleur sandwich du monde (heureusement parce que ça fait déjà une semaine que je mange la même chose tous les midis) alors, je profite.

J’adore marcher. D’abord parce que ça permet de ne pas avoir les fesses qui tombent et ensuite parce que pendant que je marche, mon cerveau ne pense à rien. Enfin presque à rien. En tout cas, rien qui ne soit suffisamment intense pour que mon attention soit retenue. Des fois, je compte jusqu’à 4 (1-2-3-4… 1-2-3-4…), des fois je chante un truc dans ma tête (enfin, je pense que c’est dans ma tête parce que les gens que je croise ne disent rien), des fois j’écoute les oiseaux ou les bruits autour et j’imagine qu’il y a une monstrueuse araignée qui se dit qu’elle me prendrait bien pour son déjeuner mais que là, elle a la flemme. Oui, parce que le problème, c’est que dans la nature, il y a des bêtes. Oh, je sais bien que c’est pas la petite bête qui va manger la grosse, mais ça n’empêche, tout ce qui a plus de 4 pattes peut potentiellement déclencher une belle crise de panique…

Heureusement, ce jour-là, les seules bestioles que je vais croiser et bah… ce sont les truites arc-en-ciel. Vous avez déjà vu des truites arc-en-ciel ? On les appelle comme ça parce qu’elles ont une bande sur le côté qui change de couleur avec la lumière. C’est très joli. Mais c’est très gros aussi. Et comme elles remontent le courant toute la journée, de temps en temps, elles sont fatiguées. Alors elles s’arrêtent toutes au même endroit et elles continuent à regarder toutes dans la même direction. Elles ont pas l’air air très malignes… C’est un truc tellement énorme les truites arc-en-ciel dans la région qu’il y a même un centre de la truite. Là, ils élèvent des bébés truites, s’assurent qu’ils sont assez costauds et les relâchent dans la rivière. A mon avis, on est à 2 doigts de la surpopulation. Si tu vas à la pêche et que tu reviens les mains vides, c’est que tu fais exprès.

Le lendemain matin, sous un soleil radieux, je prends la route pour le départ du Tongariro Alpine Crossing. En fait, la route est une piste caillouteuse et normalement, seules les 60 premières voitures sont autorisées à la prendre. Si t’arrives trop tard, faut prendre un shuttle qui t’amène au bout de la piste et qui vient te rechercher en fin de journée. Mais ce matin-là, personne ne contrôle l’entrée de la piste et y a pas la moindre trace d’un shuttle. Alors, avec Ben, on s’engage sur la piste en soulevant un énorme nuage de poussière derrière nous.

Au bout de la piste, il y a un parking. Là, la bonne blague c’est qu’il y a à peine 30 places. 60 voitures autorisées, 30 places de parking… va comprendre. Alors, c’est la guerre. Les gens sont garés n’importe comment, à moitié sur des coulées de lave, à moitié dans les fossés. A Rome, fais comme les Romains, j’arrive à caser Ben le long d’une palissade et j’entame le chemin. (NDLR : le Tongariro Alpine Crossing est actuellement fermé à la moitié parce que le risque volcanique est trop important. T’es donc obligé de faire demi-tour et de revenir sur tes pas.)

La première moitié du chemin est assez facile, presqu’à plat. Les 3 volcans sont au bout de la vallée, face à toi, tu te demandes bien par quel côté tu vas grimper dessus mais en attendant, tu marches à travers des champs de pierres en sautant par-dessus des petits ruisseaux oranges (le fer, ma bonne dame, ça rouille…). Et puis, au bout d’un moment, t’es arrivé au bout de la vallée, y a plus le choix, faut grimper. Et là, c’est pas de la tarte. En fait, si. C’est sur-balisé, y a des escaliers en bois partout, y a juste un nombre incalculable de marches mais quand tu finis par relever la tête, t’es au bord du cratère. Et là… wow ! C’est grand un cratère… Tu es sur le qui-vive, tu surveilles chaque bruit, chaque craquement pour être sûr que Monsieur Volcan n’a pas décidé d’éternuer et puis tu traverses. En plein milieu. Tu marches sur des braises… Même si tu sais qu’elles sont pas juste juste sous tes pieds, c’est impressionnant.  Et puis c’est drôlement plat un cratère… Et puis arrivé de l’autre côté, tu regrimpes. Sauf que là, y a plus d’escaliers. Et tu comprends pourquoi y en avait avant. Grimper dans un champ de petits cailloux qui roulent sous tes pieds, c’est marrant 5 minutes mais c’est crevant. Heureusement, quand t’arrives en haut, y a la vue…

Comme c’est l’endroit parfait pour pique-niquer, je m’installe confortablement (enfin, comme je peux) et je profite du spectacle. De toute façon, je ne peux pas aller plus loin, le Department of Conservation a décidé que c’était trop risqué. Et moi, je trouve que je vis déjà assez dangereusement comme ça.

Au moment de faire demi-tour, je m’aperçois que le vent s’est levé. Pas un petit zéphyr qui soufflette gentiment. Non, non. De bonnes grosses rafales bien glaciales qui te plaquent au sol. Très sympa… Et finalement, quand j’arrive au parking et que je jette un coup d’œil par-dessus mon épaule, les volcans ont disparu dans un épais tapis de nuages bien gris. Timing parfait, il est temps de prendre la route.

Parce que les truites, les pâquerettes et les volcans, c’est bien joli, mais il faut continuer à avancer. Alors on trace la route, plein sud direction Wellington. Mais Wellington, c’est loin (et Ben et moi, on roule pas vite…). Alors, quand la nuit tombe, on s’arrête sur le bord de la route et s’offre une bonne plâtrée de pasta avant de se réfugier bien au chaud sous la couette.

Demain, on descend à la capitale !

Photos ici.

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