Northern California

Nous revoilà donc repartis, Flipper et moi. Avant de quitter San Francisco, on s’offre un petit déjeuner au sommet de Twin Peaks. La vue sur la ville y est… fantastique. Pendant 10 minutes, on est presque tout seuls à profiter du calme de l’endroit et puis, c’est le drame. Des cars entiers de touristes débarquent. Des touristes chinois bien sûr, des touristes allemands et évidemment, des touristes français, mes préférés. J’comprends pas, ils sont pas censés avoir recommencé à travailler les p’tits Français ?

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Et puis tant qu’on est encore en pleine civilisation, je m’installe au Starbucks. Alors oui, j’avoue, j’aime beaucoup leurs boissons mais c’est pas pour ça que j’y ai passé plus de 3 heures ce matin-là. C’est plutôt parce que non seulement le wifi y est gratuit mais en plus, y a des prises électriques à côté de toutes les tables et j’ai grand besoin de charger mes 2 batteries d’appareil photo et mon téléphone. C’est que j’ai beau avoir équipé Flipper d’un maximum d’accessoires de geekette, tout mon matériel ne se branche pas sur l’allume-cigare… Enfin je culpabilise pas trop, tous les gens qui sont là restent au moins aussi longtemps que moi et font semblant de travailler. Moi je fais pas semblant, je papote sur Facebook.

Après avoir fait le plein d’électricité, cette fois, on peut quitter la ville pour de bon. San Francisco… encore un endroit où je crois bien que je pourrais m’installer sans trop de problème… Allez, en route !

J’entame l’ascension du Mount Tamalpais. En voiture, pas à pieds, évidemment. Remarque, y en a bien quelques-uns qui s’infligent ça à vélo… De là-haut, on peut encore voir toute la baie et San Francisco, à moitié moyée dans le brouillard… C’est beau. Sur le parking, je rencontre un type qui trouve que Flipper a trop la classe. On engage la conversation. En fait, il est australien, habite 7 mois de l’année à San Francisco et les 5 autres à Sydney. Et il reconnaît qu’il n’est pas malheureux… (non mais sans blague !!!) Pour redescendre, il me conseille de prendre une petite route qui serpente dans la montagne. Très jolie il paraît. Et puis ça arrive à Fairfax, une petite ville pleine de gentils et vieux hippies. Et en plus, ça m’amène directement sur la route que je comptais prendre après. Ah bah dans ce cas-là, en avant Guingamp !

Nous voilà donc, Flipper et moi, à zigzaguer entre les sequoias. Sauf que. La petite route très jolie c’est en fait une petite route très jolie mais de montagne. Ca grimpe, ça descend, c’est plein d’épingles à cheveux… et Flipper se met à protester. A chaque fois qu’il faut tourner à gauche, il fait un drôle de bruit et la pédale de frein se met à vibrer… Je panique pas mais je commence à penser aux routes de montagne, les vraies, qu’il va falloir prendre quand je serai au Canada. Et que Flipper ne supporte déjà pas celle-là, ça ne me plaît pas. Mais alors pas du tout.

Arrivée à Fairfax, je m’arrête dans le premier garage. Là, le très gentil monsieur me dit qu’il a pas vraiment le temps de jeter un œil ce soir mais qu’il veut bien venir faire un tour avec moi pour tester les freins. Très bien. On part donc, lui au volant et moi à côté en train d’essayer de lui faire comprendre ce qui n’allait pas (certes, mon niveau d’anglais n’est pas tout pourri mais de là à avoir une conversation avec un garagiste…). Sauf que là, on n’est plus dans la colline, la route n’est plus pentue et évidemment, Flipper ne dit plus rien.

Pour me rassurer, le garagiste me dit qu’il peut quand même vérifier mes freins mais qu’il faudrait que je revienne demain matin. Tant pis, je reste là pour ce soir, j’ai encore des milliers de miles à faire, pas question de ne pas être sûre de Flipper. Je me trouve donc un petit coin tranquille pour la nuit. Si tranquille qu’un daim passe à quelques mètres de Flipper pendant que je suis en train de dîner.

Le lendemain matin à la première heure je suis de retour au garage. Mon copain Daniel (c’est le nom du garagiste) aussi et il m’envoie faire un tour pendant qu’il s’occupe de Flipper. Une heure après, je reviens. Verdict : tout va bien, il a tout nettoyé, faut pas s’inquiéter ma p’tite dame, tout est en ordre ! Je remercie donc chaudement Daniel et je reprends mon chemin. C’est que c’est bien joli d’avoir traîné le long des plages, il nous reste quelques kilomètres à faire et il serait temps de s’y mettre ! On roule donc jusqu’au Salt Point State Park. Là, c’est la pluie qui nous tombe dessus. Du coup, pas de balade, je passe l’après-midi bien au chaud dans le ventre de Flipper à peaufiner la suite du trajet. Et je me rends compte que si je veux arriver à New York dans les temps, je vais pas devoir traîner !

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Le jour suivant, c’est sous un ciel toujours gris que je reprends la route. Pas bon pour le moral des troupes ça ! Une petite pause dans un Starbucks (oui toujours pour des questions de batteries) et hop ! le soleil fait son apparition. Je traîne en route, je m’arrête prendre des photos, je fais quelques courses à l’épicerie et en milieu d’après-midi, j’arrive au Humboldt Redwoods State Park. Après avoir passé les 2 dernières semaines avec l’océan toujours à portée de main, je suis maintenant au cœur d’une forêt de sequoias géants. Je me rends donc au Visitor Center pour me renseigner sur les balades dans le coin. La petite dame derrière le comptoir est très gentille : elle me fait un itinéraire personnalisé pour que je vois les plus grands, plus gros, plus larges arbres de tout le pays. Au moment où je ramasse les cartes et où je la remercie elle me dit : « Bon, faites quand même attention aux ours. En ce moment, ils sont plutôt du côté des vergers mais faut toujours être prudent. » Ah. Bien. « Oh ! Et aussi, faites attention aux lions des montagnes. On n’a pas eu de problème récemment mais si vous en croisez un, faut surtout pas vous mettre à courir, il vous prendrait en chasse. » Oui. Très très bien.

Du coup, c’est pas du tout rassurée que je pars faire un petit tour. Comme en plus, je marche seule, il faut que je fasse du bruit pour prévenir les animaux que je suis là et ne pas les surprendre au détour d’un chemin. Me voilà donc à siffler à tue-tête et à taper avec des bouts de bois contre les arbres… Sauf que ça ne m’empêche pas d’avoir les chocottes. Je suis en pleine forêt, il fait bien sombre (les arbres sont immenses je vous dis), je suis toute seule et y a des tas de grosses bêbêtes féroces qui peuvent surgir à tout moment… La cadence est donc plutôt rapide et je rentre au camping toute essoufflée.

Là, j’ai mon bon moment de la journée : une douche chaude… et pendant 7 minutes s’il vous plaît ! Oui, les douches sont payantes dans les campings (qui sont payants, eux aussi) et plus tu payes, plus la douche est longue. Faut donc faire des compromis… Un bon dîner, une histoire et au lit ! Demain, je repars dans la forêt.

Et ce matin, il fait encore bien gris. Faut se mettre quelques coups de pieds aux fesses pour sortir de Flipper et se mettre en route. Surtout que je ne dois pas traîner : au programme, une longue marche dans la forêt et 3 heures de route pour rejoindre l’étape du jour. Mouais.

Entre le temps et les recommandations de ma petite vieille du Visitor Center, c’est pas franchement la motivation des grands jours… Du coup, plutôt que d’aller m’enfoncer bien profond dans la forêt (et m’époumoner tout en ayant les genoux qui flageolent…), je change de plan. Je vais bien aller voir des grands arbres mais je vais prendre d’autres sentiers, plus courts et plus fréquentés. Me voilà donc à déambuler entre ces sequoias dont jamais, je ne vois le sommet. Certains ont fini par tomber à terre et sont véritablement monstrueux.

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Bon, je suis quand même bien seule dans cette forêt. Même pas l’ombre d’un ours ou d’un gros chat ! Finalement, c’était pas la peine d’en faire une montagne…

Après le déjeuner, je repars. Toujours quelques stops en route, quelques détours pour aller voir une belle plage ou un arbre tout à fait spécial ou encore une statue qui parle et c’est en début de soirée que j’arrive au Jedediah Redwoods State Park. Je tente le camping du parc mais c’est encore 35 dollars la nuit et franchement, je n’ai pas tant besoin d’une douche que ça. Et puis de toute façon il est plein ! Du coup, je quitte la route principale et trouve refuge un peu plus loin, dans la forêt. A la nuit tombée, les voitures qui passent sur la route deviennent rares et j’ai même le temps de me faire un bol de nouilles avant que les moustiques ne passent à l’action.

Ce soir, c’est ma dernière nuit en Californie. Demain, j’attaque l’Oregon. Au nord… toujours plus au nord…

Photos ici.

C’est une maison bleue…

Comme on est samedi matin, en quittant Santa Cruz je fais un petit tour par le marché. Le Farmers Market. Les producteurs des environs viennent y vendre leurs fruits et leurs légumes et il paraît que c’est à ne pas louper alors… Et en effet, c’est bien sympa. Déjà tout le monde fait goûter tout son étalage. C’est qu’il est hors de question d’acheter à l’aveuglette ! Bon, y a jamais qu’une dizaine de stands mais je me laisse tenter et une demi-heure plus tard, je repars avec, sous le bras, une barquette de framboises, quelques tomates, une baguette aux céréales (si, si, une VRAIE baguette) et un pot de ceviche. Il faut dire que mes occasions de manger du poisson sont plutôt rares (et puis, je veux pas vexer Flipper…).

A midi, je m’arrête donc à Pigeon Point où je déguste mon pique-nique de reine… Ah ! du vrai pain, du poisson frais, des tomates ultra goûtues et des petites framboises pour couronner le tout… qui a dit que je devais me farcir un régime déprimant ?

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Et après les kilomètres d’asphalte plutôt déserts de ces derniers jours, je me retrouve soudain dans les embouteillages qui annoncent San Francisco. En fait, les embouteillages sont plutôt dans l’autre sens. En ce début d’après-midi, les gens quittent la ville pour aller à la plage. Du coup, Flipper et moi on se débrouille pas trop mal et on arrive à notre adresse dans le quartier de Haight Ashbury. Parce qu’on est comme ça nous : on se dit que quitte à passer un peu de temps à San Francisco, on va pas aller se perdre en banlieue et encore moins se prendre un motel. Non, non. On s’installe directement au cœur de l’action !

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Bon, en fait, j’ai un peu cherché sur internet comment on pouvait faire et j’ai fini par trouver quelques adresses dans San Francisco où se garer la nuit ne gêne pas les voisins et où, si on est discret, on ne se fait pas déloger. Parce qu’il ne faut pas croire ! Passer la nuit dans son véhicule est toujours illégal ! Mais noyés dans le nombre de voitures de la ville, je pense qu’on a toutes nos chances.

Une fois installée, je m’occupe du plus pressé : la lessive. Et une fois que j’ai des affaires propres, je prends le chemin de la piscine. Non pas que je meurs d’envie de péter mon score au 100 mètres papillon… non. Disons plutôt que ça fait bientôt 4 jours que je n’ai pas vu une douche : il est grand temps de se décrasser ! Sauf que pas de bol : la piscine est déjà fermée. Je suis bonne pour revenir le lendemain matin. Parce que 5 jours sans shampoing… beurk !

Du coup, à 9h pétantes en ce dimanche matin, je suis à la piscine. Et c’est rigolo, y a que des Asiatiques dans le bassin. Même la maître-nageuse est asiatique ! Le temps de faire mes 40 longueurs (bah oui, tant qu’à être là, autant en profiter !) et d’user et abuser du savon sous la douche, il fait un soleil radieux quand je ressors. Par-fait !

Je me mets donc en route pour un petit tour en ville. Je suis déjà venue à San Francisco il y a 3 ans,  je me concentre donc uniquement sur ce qui me fait vraiment plaisir de voir ou de revoir. Je commence par une petite balade dans Castro pour arriver devant… une maison bleue. Oui mais pas n’importe quelle maison bleue. LA maison bleue. Celle adossée à la colline, où on ne frappe pas, ceux qui vivent là ont jeté la clé…

C’est plutôt drôle parce que, à part cette petite plaque collée sur le mur, la maison n’a rien de vraiment spécial. Elle ressemble à toutes les autres dans cette rue. Et personne ne semble d’ailleurs vraiment s’y intéresser. A part moi. En tout cas, ça suffit à me coller la chanson dans la tête pour la journée ! Quelques rues plus loin, je grimpe dans un vieux street car poussif qui m’emmène jusqu’au Ferry Building. Là, on peut, évidemment, prendre le ferry, mais surtout… manger ! Y a plein de stands de bouffe tous plus appétissants les uns que les autres… Je craque pour un mixed salumi cone, un petit cône en papier dans lequel il y a du jambon, de la pancetta et tout un tas d’autres charcuteries italiennes en petits morceaux… mmmmh ! dé-li-cieux !

Un peu plus loin sur les docks, je tombe sur le village de l’America’s Cup. Si je comprends bien tout le remue-ménage autour, ça doit avoir lieu en ce moment. Moi, j’y connais pas grand-chose en compétition de voile : pour moi, la Coupe de l’America, ça a lieu en mer. Depuis les docks de San Francisco, je vois pas bien l’intérêt. Du coup, je continue mon chemin jusqu’au fameux Pier 39. Aux croassements (si, les otaries, ça croassent) et à l’odeur, je retrouve sans peine les otaries. Avachies en plein soleil, elles se donnent en spectacle sous les flashs de la bonne centaine de touristes qui se pressent sur le dock. Et tandis que je suis là, à contempler bêtement ces grosses quenelles, mon regard est attiré par quelque chose qui bouge dans la baie. Et qui bouge sacrément vite ! Deux immenses catamarans sont en train de finir une régate… la Coupe de l’América ! Ils sont suivis de toute une flottille de bateaux qui essaient tant bien que mal de les suivre. J’en ai jamais vu d’aussi grands ! Et surtout, jamais qui allaient aussi vite ! A peine le temps de les voir traverser la baie et hop, c’est fini, ils rentrent au port. Et ben dis donc… drôlement impressionnant !

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Et puis, parce que aller à San Francisco et ne pas traverser le Golden Gate Bridge ça serait un peu comme aller à New York et ne pas traverser le Brooklin Bridge, je retourne louer un vélo pour passer de l’autre côté du pont. Je dis « je retourne » parce qu’il y a 3 ans, on avait fait la même chose. Sauf qu’on était parties assez tard et qu’on avait fini la balade à la nuit tombée. Là, j’ai toute l’après-midi devant moi. Mais pour autant, je n’ai pas tiré de leçons du passé : comme il y a 3 ans, il y a un vent à décorner les bœufs et comme il y a 3 ans, les côtes qu’on avait eu tant de mal à grimper sont toujours là ! Par contre, pas comme il y a 3 ans, en arrivant au pied du pont… rien. Pas de pont. Pas même l’ombre du pont. San Francisco s’est embrumé et le pont a disparu. Même une fois dessus, je ne vois pas le sommet du premier poteau ! Le fameux brouillard de San Francisco… que je n’avais pas vu il y a 3 ans ! Bah là, j’y ai droit dans toute sa splendeur ! La corne de brume retentit sans arrêt, il fait un froid de canard et on n’y voit goutte !

Enfin ça, c’est du côté de San Francisco. Parce que dès que j’arrive du côté de Sausalito (de l’autre côté, quoi), d’un coup, tout s’éclaircit, le ciel redevient bleu, le pont rouge et c’est magnifique… De la vraie carte postale. Avec la brume qui s’écoule de derrière la colline, qui s’agrippe dans les haubans du pont et le soleil qui fait briller la baie… J’ai mal aux cuisses (oui, je sais, c’est une balade de débutants, je ne suis pas vraiment une adepte de la petite reine…) mais ça valait le coup !

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Reste quand même une dernière côte à grimper pour rejoindre le port… ce que je fais en pestant. A l’arrivée, j’ai 5 minutes avant le départ du prochain ferry. Parfait, juste le temps d’engloutir un smoothie mangue-passion et hop !  me voilà sur le pont à essayer de me réchauffer au soleil. C’est qu’on est en Californie du nord maintenant ! Et il fait pas bien chaud ! Et ça s’arrange pas quand le ferry retourne dans la purée de pois pour rejoindre San Francisco. Du coup, c’est quasiment frigorifiée que je rends mon vélo. Ce qui me donne une bonne excuse pour filer chez Boudin.

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Et non, Boudin ne fait pas du boudin. Sinon j’irais pas, j’aime pas ça. Boudin fait du pain. Et du très bon pain même. Avec ce petit goût qui pourrait presque faire croire que ça vient de chez nous. Et pour ne pas manger du pain sec, Boudin le remplit avec de la clam chowder. De la chaudrée de palourdes, quoi.

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Une fois réchauffée et le ventre plein, la nuit tombe. Il est donc temps de retrouver Flipper qui m’a attendu sagement toute la journée dans son coin, impatient de reprendre la route. Demain, on attaque la Californie du nord…

Photos ici.

Santa Cruz

Ce matin je suis encore réveillée par un rayon de soleil qui passe entre les rideaux de Flipper. La nuit a été fraîche. Il va falloir trouver une solution parce qu’on est encore loin des températures que je vais trouver dans les montagnes canadiennes dans un mois ! Au programme du jour donc, acheter une couverture.

Après un bon petit déj, c’est l’heure de plier bagage. Je prends donc la route, direction le nord. L’étape du jour n’est pas bien longue mais il me faut près de de 4 heures pour parcourir la distance : la route est splendide, toute emberlificotée dans les falaises de la côte, et je m’arrête tous les 3kms pour prendre des photos où aller mettre mes pieds dans l’eau. Oui, juste mes pieds. Ils ressortent déjà bleus, pas la peine d’insister.

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Je m’arrête aussi à la Point Lobos State Reserve. Encore un des innombrables parcs qui bordent la côte. Dès que je sors de la voiture, je suis accueillie par les cris des loups de mer. Y en a vraisemblablement toute une colonie. En effet, ils se sont regroupés sur un gros caillou à quelques mètres de la plage et piaillent à qui mieux mieux. La réserve s’étale sur quelques kilomètres le long de la côte et on peut y observer un bon nombre d’animaux. Un ranger est d’ailleurs en train de régler sa longue vue et me laisse y jeter un œil : une loutre est tranquillement en train de faire la planche à quelques mètres du rivage et casse des coquillages sur son ventre avec un caillou ! Il me donne aussi quelques indications pour aller voir un daim qu’il a repéré un peu plus loin et me dit d’aller jusqu’à la pointe sud du parc : ils ont repéré des baleines… Quoi ? Des baleines ? Ça alors… Ma malédiction serait-elle en train de faiblir ? Le problème, c’est que pour voir des baleines qui sont au loin, faut essayer de repérer leur jet de vapeur quand elles viennent respirer en surface. Quand la mer est plate, c’est facile. Mais aujourd’hui, comme par hasard, y a plein de vagues et de vent, ça facilite pas la tâche. Mais à force de patience, je finis par apercevoir un petit « splash ». Est-ce que c’est vraiment ça, est-ce que c’est pas juste un autre paquet de mer qui bouge… va savoir ! Je plisse les yeux, j’essaye de ne même pas cligner et… OUIIII !!! C’en est une ! Pas de grands sauts périlleux mais clairement, c’est une baleine ! Je suis même tellement en veine qu’un peu plus tard, une deuxième vient rejoindre sa copine. Je suis hyper contente : enfin ! les baleines ! Bon, elles sont quand même un peu loin, difficile de vraiment apprécier la taille des monstres mais tout de même, j’ai vu des baleines !

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En début d’après-midi, j’arrive à Monterey, une jolie bourgade qui a connu son heure de gloire. Dans les années 50, les conserveries de sardine tournaient à plein régime dans le quartier de Cannery Row. L’ambiance et l’odeur de cette belle époque a été immortalisée par Steinbeck dans un de ses romans intitulé tout bêtement… Cannery Row. Du coup, évidemment, ça se visite. Enfin, y a pas grand-chose à voir : quelques vieilles bâtisses en ruines, d’autres retapées pour abriter des boutiques de souvenirs ou des restaurants… faut faire un peu travailler son imagination pour voir les ouvriers en salopette traverser les rues.

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L’autre attraction de Monterey, c’est son Fishermans Wharf. Comme dans toutes les villes de cette partie de la côte, les vieux ports de pêche ont, eux aussi, été reconvertis en pièges à touristes et sur quelques planches de bois, s’alignent les mêmes restaurants et boutiques de souvenirs… Mouais. Pas de quoi casser 3 pattes à un canard mais bon, ça me donne l’occasion de boire un chai latte au soleil tout en profitant de la connexion internet.

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La bonne nouvelle, c’est qu’à Monterey, j’ai réussi à me dégoter un petit bout de trottoir gratuit et sans panneau m’interdisant d’y passer la nuit. A la place, y a un panneau « Park at your own risk »… Faut dire que ledit bout de trottoir est juste en face du terrain de baseball. J’imagine qu’une balle envoyée un peu loin et crac ! c’est le drame. Mais pour ce soir tout est calme, j’y prends donc mes quartiers.

Le lendemain matin, je suis réveillée par les claquements de portière autour de moi. Les gens vont au boulot dites donc ! Bon, bah, puisqu’il n’y a pas moyen de faire la grasse mat’, autant se mettre en route ! Aujourd’hui, toujours plus au nord, j’atteins Santa Cruz. Santa Cruz est une autre très jolie petite ville de la côte pacifique. Très jolie et très riche aussi. Mais avant d’aller regarder ça d’un peu plus près, je commence par une petite session plage à la Natural Bridge Beach. Comme par miracle, il est possible de se garer gratuitement le long de la longue avenue qui arrive à la plage. Et en plus, pas de panneau « No overnight » en vue ! Bon, c’est quand même dans un quartier hyper résidentiel alors je trouve ça un peu louche mais bon, je me dis que si je trouve pas mieux, l’endroit est parfait pour la nuit. En attendant, après une nouvelle tentative de baignade ratée (mais comment c’est possible que cette eau soit si froide ???), je prends la direction du centre-ville en longeant la promenade au-dessus de la falaise. Les maisons qui bordent la rue sont de vrais châteaux, les pelouses sont de vrais terrains de golf et les gens se promènent en segway… ça donne le ton.

Sur la promenade, je croise un type qui regarde l’horizon fixement. Je m’arrête un peu plus loin et je me mets moi aussi à scruter l’océan en me demandant ce qu’il peut bien regarder. Et soudain… SPLAAAASH ! je la vois ! une baleine ! Et pas une petite ! Difficile de dire là aussi quelle pouvait bien être sa taille mais le petit bateau qui s’approche d’elle semble vraiment très très très petit… J’en reviens pas : 3 baleines en 2 jours sans même faire exprès et alors que c’est pas la saison ! Ma chance est à peine croyable…

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Et d’ailleurs, ça finit par se gâter… Alors qu’un petit tour en ville m’a révélé que je n’ai aucune chance de trouver un stationnement public m’autorisant à rester passé 22h, je finis par découvrir un tout petit panneau le long du trottoir de la plage : habiter dans son véhicule est interdit après 22h… Flipper a beau être beaucoup plus petit qu’un camping-car, difficile de se méprendre sur le fait que quelqu’un dort dedans. Dans l’absolu je pourrais prendre le risque mais me faire réveiller en pleine nuit par un shérif peu commode pour prendre une belle amende… non merci ! Et puis il commence à se faire tard, je tourne et je vire mas sans succès, je commence à me dire que je vais me rabattre sur un camping privé. Le GPS m’en trouve un juste à la sortie de la ville, j’en prends donc la direction. Et la poisse continue : il est plein ! Mais sur la route, j’ai repéré un parking où il y a d’autres voitures. En fait, ce sont des gens qui sont en train de se balader dans la forêt à côté. Pas vraiment discret mais bon, là au moins, je n’enfreins aucune loi. Enfin, pas en connaissance de cause en tout cas. Le parking se vide peu à peu avec la nuit qui tombe et Flipper finit par se retrouver tout seul. Bon, bah on verra bien : je ferme les rideaux, je me calfeutre et je finis par m’endormir….

… et par ne me réveiller que le lendemain matin ! Et encore par des portières qui claquent ! Non mais qu’est-ce qu’ils ont les gens ici ? Un rapide coup d’œil par-dessus mon rideau et ah ! ceux-là, ils viennent faire leur jogging ! Je me lève donc et me prépare un bon thé à l’arrière de Flipper. Mon installation attire la curiosité, les gens viennent me voir, me demandent si le van est à moi, comment tout fonctionne, où je vais avec… Y a même une fille qui me dit qu’elle pourrait quitter son appartement pour vivre dans mon Flipper ! Mouais… m’est avis que pour un temps, c’est amusant, mais pour toute la vie…

Après ces conversations matinales avec mes voisins, je me remets en route. Cette fois, c’est du sérieux, ce soir, Flipper et moi on dort à San Francisco. Et pas dans la banlieue éloignée là où on ne va pas se faire remarquer. Non, non, non. En plein centre-ville. Mais ça, c’est l’histoire de demain.

Photos ici.