Varanasi, la ville où les gens viennent pour mourir…

Alors oui, dit comme ça, ça donne pas spécialement envie d’aller y faire un tour…

MAIS ! Les hindous (ceux qui pratiquent l’hindouisme), ils sont ravis de mourir à Varanasi ! Parce que ça leur assure de filer droit au paradis et de pas se taper une énième réincarnation. Et ça, ça rend pas triste.

Varanasi est donc une ville sacrée, au confluent de 2 fleuves sacrés : la Yamuna River (celle qui passe à Delhi) et le très célèbre Gange… Sur les bords du fleuve, il y a donc tout plein de ghats. Les ghats, ce sont des escaliers sacrés qui descendent dans le fleuve et sur lesquels les pèlerins se lavent, prient, font des ablutions diverses et variées et bien sûr, se font brûler (une fois qu’ils sont morts, hein, bien entendu…).

Comme tous les hindous ont très envie d’aller au paradis, dès qu’ils sentent que la fin approche, ils se rendent (ou au moins ils essayent) à Varanasi. Du coup, la ville est pleine de mourants. Sauf que, petit détail qui a son importance, tu dois payer toi-même (ou ta famille) le bois de ton bûcher. Que dans l’idéal, faudrait du bois de santal (c’est sacré). Et que ça coûte la peau des fesses. Donc, la ville est pleine de mourants qui font la manche pour acheter du bois de santal. Et même du bois tout court.

Je ne sais pas si vous avez lu Le Tour du Monde en 80 jours de Jules Verne. Et bien, Phileas Fogg et son pote passent par Varanasi, je crois. Et ils sauvent une charmante veuve du bûcher. Oui, parce que la tradition, c’est que quand ton mari meurt, tu te jettes sur son bûcher de crémation (et ça, même si il n’a pas la présence d’esprit de mourir à Varanasi). Sympa, non ? J’ai entendu l’histoire d’un maharaja, dont les 22 épouses ont eu la chance de se jeter dans les flammes lors d’une très chouette cérémonie qui s’appelle la Sati. Tu mets ta robe de mariée, tes plus beaux bijoux et tes plus jolies chaussures et hop ! tu sautes sur le bûcher ! Et une, deux, trois, … quatorze, … vingt-deux ! Bon, aujourd’hui, ça ne se fait plus, hein ?

Mais bref, je ne suis pas là pour raconter des histoires morbides mais plutôt pour vous faire rire avec mes mésaventures dans cette ville un peu étrange…

Après avoir passé 14 heures dans le train le plus ponctuel de l’Inde (et c’est pas une blague), je suis donc arrivée à Varanasi de bon matin. Comme d’habitude, c’est la cohue à la sortie de la gare entre les rickshaws, les taxis, les gens qui s’enjambent les uns les autres et quelques bonnes grosses vaches avec 2 de tension (oui, elles sont revenues !). Je veux aller dans la vieille ville, à 4 ou 5kms de la gare. Je chope donc un rickshaw driver qui ne veut pas baisser son prix en dessous de 100 roupies… je suis fatiguée, j’ai envie de me coucher, j’accepte. Je sais pourtant que le rickshaw ne pourra pas m’emmener jusque devant la guest house parce que les rues sont beaucoup trop étroites et tortueuses et que je devrai donc marcher un peu. Et ben voilà, je me suis pas trop faite arnaquer jusqu’à maintenant mais là, c’est du grand art !! Le type me dépose à un angle de rue en me disant : « Bah voilà, là c’est à gauche et au bout de la rue, y a la guest house ». Sauf qu’en fait, pas du tout ! Je marche depuis 5 minutes quand je repère un type qui me suit (ça arrive tout le temps, jusque là, rien d’anormal). Il commence à me parler et quand je lui dis le nom de la guest house, il répond : « Ah bah oui, bien sûr ! Pas de problème, suis moi ! » Je devais vraiment être dans le cirage… je le suis. On se met à slalomer dans un dédale de ruelles parsemées de bouses de vaches et de tas d’ordures… Au bout d’un moment, je me dis que je n’arriverai jamais à revenir en arrière s’il m’emmène juste visiter son shop (parce que comme par hasard, il a un shop, il vend des écharpes, very cheap price for you my friend !). Mais non ! On arrive bien à la guest house ! Bon, là, il veut que je pose mon sac et que je vienne voir son shop mais bon… je m’en fous, je suis arrivée !

En attendant que ma chambre à 600 roupies (ce qui est plutôt cher pour le coin) soit prête, on me propose une autre chambre toute petite et sans fenêtre. M’en fous, je me jette sur le lit (enfin pas trop fort parce que le matelas est tellement fin que je risque d’exploser la porte qui sert de sommier) et je dors jusqu’à midi. Là, on me donne royalement les clés de ma soi-disant fantastique chambre (et encore, ils m’en donnent une encore meilleure que celle qui était prévue au départ, je sais pas pourquoi). En arrivant dans la chambre, le type m’ouvre les volets d’un geste théâtral en disant : « The balcony… » … ??? … Mouahahahaha !! Ça ? Un balcon ? En vérité, les volets touchent le mur de la maison d’en face quand tu les ouvres et si tu te démontes le cou, tu peux apercevoir un rayon de soleil et les poubelles du voisin (parce que je peux pas croire que ce soit son toit…). Je retourne donc expliquer au patron que je suis flattée qu’il me donne une de ses meilleurs chambres mais que je préfère payer 400 roupies et pas avoir de fenêtre plutôt que de payer 600 roupies pour voir (et sentir) les ordures du voisin. Il comprend pas, de toute façon pour 600 roupies je pouvais pas espérer avoir la vue sur le Gange, blablabla… Bref, je lui rends ses clés et je retourne dans ma petite chambre sans fenêtre… et sans eau ! Car au moment où je me dis qu’après tout ça, je vais pouvoir enfin me débarrasser de la poussière de Delhi, je découvre en même temps que ma voisine de palier qu’il n’y a plus d’eau ! Mais elle, c’est pire parce qu’elle a une chambre à 250 roupies et qu’elle partage donc la salle de bain avec le personnel de l’hôtel… Enfin la salle de bain… une pièce de 2 m² avec un trou dans le sol qui sert de toilettes et un autre d’évacuation pour la douche. Oh ! Et les toilettes sont bouchées… Ce qui me permet de relativiser mes propres petits soucis…

Bref, ils finissent par nous remettre un peau d’eau (froide, cela s’entend), un peu de lumière (mais faut tripoter l’ampoule parce que y a un faux contact…) et une fois que j’ai l’air à peu près présentable (en fait, j’en sais rien, j’ai pas de miroir), je sors dans la rue à la recherche d’une autre chambre…

Et j’avoue que c’est plutôt impressionnant. Les ruelles sont si étroites que si une vache a décidé de passer, faut t’aplatir sur les murs (non, faut pas regarder les murs, faut déjà essayer de sauver tes pieds). Impossible de marcher le nez en l’air : 1/ faut soigneusement choisir l’endroit où tu poses tes pieds (bouses, crachats, restes de bouffe, chiens endormis, gens endormis pour la sieste ou peut-être de façon indéterminée, y en a pour tous les goûts…) 2/ dès que tu regardes un panneau, 12 types te tombent dessus en te proposant un resto, un tour en bateau, la visite d’un temple, de visiter leur shop, et on enchaîne avec le classique d’où-tu-viens-t’es-mariée-t’as-quel-âge ? Je fais donc juste un petit tour, juste assez pour trouver un autre endroit où dormir les 2 nuits suivantes et ne pas encore trop me perdre.

En revenant à la guest house, je me file un coup de pied aux fesses : « Non mais oh ! t’es pas une mauviette ? on va pas se laisser impressionner par une tripotée d’Indiens même si certains sont particulièrement sales et édentés et ça va quand même pas t’empêcher d’aller assister aux cérémonies qui se déroulent sur les ghats ? Allez ! Hop hop hop ! On se ressaisit ! » Parce que je suis sûre que cette ville vaut le coup. Et que rien de plus terrible que marcher sur un mort ne peut m’arriver. Et franchement, s’il est vraiment mort, il sentira rien.

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