Allumer la lumière, secouer la porte de la douche et prendre une grande claque

Quand les roues de l’avion ont enfin touché le tarmac, j’ai fermé les yeux très fort et j’ai espéré de toutes mes forces ne pas ent… « Bienvenue à Paris Roissy Charles de Gaulle. Il est midi et demie et la température extérieure est de 10°C… Blablabla… » Et mer-deuh ! En même temps, il aurait fallu un miracle pour que cet instant n’arrive pas. Ou il aurait fallu que j’influence le cours des évènements un peu plus violemment. Un peu plus tout court.

Mais bon. Voilà. Je suis là et autant voir le bon côté des choses. Le douanier jette à peine un regard à mon passeport, la prunelle de mes yeux, et hoche la tête en me faisant signe de passer. Cette fois, j’y suis. En France. Retour au point de départ. Ça s’entrechoque dans ma tête, je n’essaye pas vraiment de comprendre, j’analyserai plus tard. Tous ces gens autour de moi qui parlent français… beurk ! J’attrape mon sac (une dernière fois) et je m’éloigne à grands pas. Mon frère est venu me chercher (oui, finalement, 30kgs de sacs à traîner dans le RER, je me suis dit que ça n’était pas si rigolo que ça…) et il poireaute depuis près d’une heure de l’autre côté des barrières. Il n’a pas changé. Et moi ? Ai-je changé ? Un peu de l’extérieur, certes, mais de l’intérieur… ? Plus tard ! Les bilans, les analyses, plus tard ! Là, ma rétine attrape au vol des petits bouts de choses si familières et que pourtant, je n’ai pas aperçues depuis une éternité. Mais on ne traîne pas. Hop hop, on file au parking, hop hop, on jette les sacs dans le coffre et nous voilà débouchant enfin à l’air libre, le soleil dans le coin du pare-brise. Mon frère tripote son GPS. « Tu sais pas rentrer à la maison ? Laisse ! Je vais te guider… » Aussi spontanément que ça. Parce que pas un panneau n’a changé depuis la dernière fois. Que l’A1 mène toujours au périph’. Parce que la porte d’Auteuil est toujours après la porte de Champerret. Que le pont de Billancourt court toujours par-dessus la Seine. Ce trajet que j’ai déjà fait des centaines de fois n’a pas changé d’un millimètre. En même temps, à quoi je m’attendais ? Un remaniement complet de la banlieue parisienne en 15 mois ? Non, pas vraiment… mais n’empêche, rien n’a changé et ça me surprend un peu quand même. Les derniers mètres avant d’arriver sont les pires. J’ai comme l’impression que mon quartier, celui dans lequel j’ai grandi depuis 25 ans, a rétréci. Les rues sont plus étroites, les maisons plus petites… Je sais que c’est dans ma tête, que dans quelques jours je ne verrai plus aucune différence mais là, ça fait un drôle d’effet.

Je sonne à la porte de ma maison. Oui, je suis pas partie avec les clés, hein, vu le nombre de trucs que j’ai semés tout le long de la route, ça aurait été ballot… Ma mère vient ouvrir. Elle ne savait pas que je rentrais aujourd’hui. Bah oui, c’est une surprise en quelque sorte quoi. Passées les retrouvailles, je monte mes affaires dans ma chambre. Il fait sombre, j’allume la lumière. Mon index se tend automatiquement à la bonne hauteur et trouve l’interrupteur du premier coup. Avant même de comprendre ce qui est en train de se passer, l’ampoule s’allume. Et je réalise. Je n’ai pas eu besoin de regarder où était l’interrupteur. Je savais. Mon bras savait. Exactement. Je n’ai pas mis les pieds dans cette chambre depuis 15 mois et pourtant, c’est comme si j’avais fait ce geste la veille.

Ô. Mon. Dieu.

Je suis consternée. C’est donc vrai ? On peut réellement avoir l’impression de ne jamais être parti ? Je ne pouvais pas le croire. Mais ces petits réflexes de la vie quotidienne qui se sont pourtant fait discrets pendant ce long vagabondage sont ancrés bien trop profond. Et ressurgissent plus vite que leur ombre. Flippant.

Et ça ne s’arrête pas là. La nuit dans l’avion, le décalage horaire, le séisme d’amplitude 35 dans ma tête, j’ai besoin d’une douche. Long story short, chez moi, la porte de la douche est un peu de travers et il faut la secouer quand on sort pour ne pas transformer la salle de bain en piscine. Et c’est la claque. Je regarde, incrédule, mon bras qui agite cette porte sans même que mon cerveau en ait donné l’ordre. Mais comment est-ce possible ? Comment mon propre corps peut-il me faire une blague pareille ? C’est vraiment pas juste. Alors à quoi ça sert d’avoir fait tout ça si à la première occasion, mon cerveau remet ses charentaises ? Non vraiment, la claque.

Alors oui, l’euphorie du retour, revoir sa famille, ses amis, ne pas les voir seulement découpés en pixels par Skype mais se serrer dans les bras, voir briller leurs yeux, ça n’a pas de prix. Mais j’ai la joue qui chauffe quand même…

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