PCT Day 143 : Time to end this !

Je suis réveillée à 4h30 par la toile de ma tente qui s’écroule lentement sur mon visage et Spider qui dit : « We’re gunna die… » Mais… qu’est ce qu’il se passe encore… Et puis je réalise. Il neige depuis plusieurs heures et la tente est juste en train de collapser sous le poids de la neige. Je donne des coups de pieds et des coups de poings depuis mon sac de couchage mais la neige est trop lourde et les piquets de la tente n’arrivent pas à se remettre en place.

Je prends mon courage à deux mains et je m’extraie de mon sac de couchage. Mes chaussures sont toujours sous le auvent mais écrasées, elles aussi, par le poids de la neige et je mets un moment à les retrouver. Au moins, elles sont sèches. Je sors de la tente pour découvrir qu’il a y presque 25cm de neige tout autour de nous. Je me mets à secouer la tente, creuser dans la neige pour la dégager, redresser les piquets, remettre la toile à sa place et je me dépêche de retourner dans mon sac de couchage, des flocons plein la tête. Je me rendors…

On a décidé qu’on allait faire la grasse mat’ mais à 6h, la tente est à nouveau en train de s’écrouler et je suis franchement plus d’humeur. Il ne neige plus mais tout est froid et évidemment mouillé. Je sors de ma tente et croise le regard de Lucie qui émerge elle aussi. « Non mais sans déconner !! On aura tout eu !! » Et d’un commun accord, on abandonne l’idée de visiter Yosemite. Ce soir, on dormira à San Francisco. It’s time to end this !!

Je récupère ma petite culotte que j’avais lavée et mise à sécher sur une branche. Elle est gelée. Je ne sais même pas par quel bout commencer à ranger mes affaires. Tout est trempé et à force de piétiner dans la neige, mes chaussures commencent à prendre l’eau elles aussi.

Spider émerge enfin avec un bon mal de cheveux (il a fêté un peu plus que nous la fin de notre épopée…) et il nous regarde ranger tout en répétant « This is awesome… » et on ne sait pas si on doit lui hurler dessus ou éclater de rire. Mais on commence à avoir froid alors on remballe nos affaires et on va jusqu’au petit magasin le long de la route histoire de prendre un café bien chaud. Au moment de sortir du camping, on voit les rangers demander aux voitures de faire demi-retour et retourner à leurs emplacements. La route est fermée à cause de la neige et personne ne sait vraiment quand elle sera ouverte de nouveau. Dans 1 heure, dans 4 heures, demain… ?

Comme on ne peut pas faire grand chose, on va tuer le temps sur le parking devant le magasin. Tous les gens qui essayent de quitter Tuolumne Meadows sont coincés et les gens déambulent sur la route sans trop quoi savoir faire, un café à la main, discutant les uns avec les autres.

Vers 11h, soudain, les voitures se remettent à passer. La route est ouverte !! On se poste rapidement sur le bord de la route, nos pouces levés bien haut et 10 minutes plus tard, une voiture s’arrête. C’est un couple d’Israéliens en pré-lune de miel (ils vont se marier dans 1 mois à New York) et ils sont prêts à nous déposer à Yosemite Valley.  C’est un début et on se dépêche de grimper dans la voiture. Là, calés sur la banquette arrière, le chauffage à fond, on s’endormirait presque. Si ce n’est qu’on est sur une route de montagne et que notre propre odeur après 8 jours sans voir une douche nous rendrait presque nauséeux…

Une heure et 40 miles plus tard, on se fait déposer à une station service. On y trouve un autre hiker assis par terre et on entame la conversation. Il se trouve qu’il était sur le JMT et qu’il vient de se faire évacuer par hélicoptère parce qu’il a eu peur de la neige et qu’il n’avait pas les bonnes chaussures. Du coup, il a appuyé sur le « SOS » de son Spot. On regarde ses pieds. Il a les mêmes chaussures que nous. On retourne se poster sur le bord de la route.

Moins de 5 voitures plus tard, un couple de hikers dans la soixantaine s’arrête. Ils viennent de finir leur semaine de rando et rentrent chez eux. Ils proposent de nous déposer 30 miles plus loin. Ça nous rapproche de San Francisco, on dit banco.

On atterrit donc dans la charmante bourgade de Groveland où on se précipite dans le premier resto mexicain parce qu’après tout, on vient de faire 70 miles et on meurt de faim. Une fois rassasiés, on se remet au bord de la route et encore une fois, notre hitching karma nous trouve un ride en moins de 30 minutes. Cette fois, c’est une fille dans un vieux van qui nous emmène jusqu’à Escalon. Je grimpe à l’avant, Spider et Lucie se couchent sur le lit à l’arrière et on est repartis ! On se rapproche toujours de San Francisco et le paysage change. Les montagnes couvertes de neige ne sont plus qu’une silhouette à l’horizon et on a maintenant des champs d’orangers à perte de vue.

On arrive à Escalon et on se fait déposer à une station service à la sortie de la ville. Il nous reste encore près de 90 miles à faire pour rejoindre San Francisco et il est déjà 16h… on a toujours été plutôt chanceux avec le stop jusque là mais on commence à se demander si on va réussir à atteindre notre but d’ici la fin de la journée. On est maintenant vraiment loin du trail, on ressemble à des sans-abris crasseux et on est au bord d’une autoroute. Bref, c’est pas gagné.

Mais on reste optimistes et on se poste une dernière fois au bord de la route. Les minutes passent… Au bout de 30 minutes, je commence à regarder nos autres options. La journée est longue et on a vraiment envie d’être à San Francisco ce soir. Quelques minutes plus tard, une voiture s’arrête. Sauf que… c’est une voiture de police… En sort Officer Cute qui nous explique que quelqu’un a appelé les flics pour nous dénoncer parce que faire du stop en Californie est illégal. « WHAT??? Mais… ça fait 5 mois qu’on fait ça !!! » s’écrie Spider alors qu’on lui fait signe de se taire à grands renforts de sourcils froncés. Officer Cute rigole. Il voit bien qu’on n’est pas de dangereux criminels et après avoir contrôlé nos identités, il nous dit que personnellement, il s’en fout pas mal qu’on fasse du stop mais que puisqu’on a été dénoncés, on peut pas rester là et qu’on ferait mieux de prendre un bus. On prend une photo souvenir avec lui puis on s’éloigne.

Aux grands maux les grands remèdes, on s’installe au Starbucks et on décide de prendre un Uber jusqu’à Dublin 55 miles plus loin d’où on pourra rejoindre San Francisco en train. Notre chauffeur arrive 20 minutes plus tard et on file à bonne allure sur l’autoroute alors que le trafic est bouché dans l’autre sens. Il est presque 17h30 et les gens sont en train de rentrer chez eux après leur journée de travail à San Francisco. Notre conductrice est très bavarde et ni Lucie ni moi n’avons vraiment la force de papoter alors on laisse Spider faire la conversation. Rapidement, on en arrive au traditionnel « Alors ? Vous venez d’où ? » et quand on répond « De France… », la voilà qui s’exclame « Oh ! France ! C’est une région de ce grand pays, hein ? L’Europe !! ». On sait pas trop quoi répondre. Puis elle ajoute : « Hey ! Je suis pas allée à l’école mais je suis maligne… »

Quand on arrive à Dublin, il est presque 19h. On a encore un train à prendre puis un métro pour rejoindre notre nouvelle maison et on est crevés. Être en ville est épuisant après tout ce temps passé dans les forêts et les montagnes. Tout est trop bruyant, trop coloré, trop rapide, trop agressif.

On finit par arriver à la maison. Il est 22h. On a du mal à croire qu’on s’est réveillés sous 25cm de neige ce matin. On est tellement heureux d’avoir un toit au-dessus de la tête et de pouvoir passer de longues minutes sous la douche… Et comment on sait qu’on est revenus à la civilisation ? Parce qu’à 23h passé, on peut se faire livrer une pizza géante qu’on dévore en 12 secondes, assis par terre en tailleur et en pyjama, avant de tomber de sommeil.

Demain, on commence notre phase de transition vers l’autre monde. Celui où il faudra bientôt redevenir un membre fonctionnel de la société. Bouh…

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La Platinium

Mesdames et Messieurs… aujourd’hui est un grand jour… aujourd’hui est le jour où après plus d’un millier d’heures à courir les couloirs d’aéroports, à dormir sur les chariots à bagages et à traîner avec les touristes en crocs-chaussettes au duty free, j’ai enfin accès… au Air France Lounge… (ooooooh… air ébahi, extasié, avec une pointe d’envie, choisissez votre poison)

« Mais comment ? » vous demandez-vous ! « Ah ! » vous vous dites, « c’est MSF qui lui paye tout… ». Alors là, je vous arrête tout de suite ! MSF me paye rien du tout ! Enfin, si, évidemment, MSF me paye le billet d’avion mais en classe éco-prends-le-RER-pour-aller-à-Roissy-et-merci !

« Ah mais je sais », vous dites-vous encore, « c’est qu’à force de prendre des avions, elle a fini par accumuler plein de miles et maintenant elle fait partie de ces gens-là… » Et bah non ! Encore raté ! C’est vrai que depuis le temps, j’aurais pu m’inscrire à un programme de fidélité quelconque. Et figurez-vous que je l’ai fait mais douée comme je suis, y a un truc qui a merdé quelque part et mon numéro Flying Blue ne fonctionne pas. Je pourrais passer au comptoir Air France pour régler la situation mais que voulez-vous, quand on est une feignasse de classe internationale on ne se refait pas, et faut croire que c’est un truc qui me passe bien au-dessus puisque ça fait des années que ça dure et que je ne fais… rien.

« Bon alors ! Elle va finir par la cracher sa Valda ??!! » (Kikou l’expression qui dévoile que malgré ton piercing à l’oreille, dans le fond, tu es une grand-mère de 97 ans…) OK, OK… Alors je vous raconte… V’là ti pas (oui  bah maintenant que j’ai commencé…) qu’aujourd’hui, je me retrouve à l’aéroport de Port Harcourt (l’aéroport international de Port Harcourt s’il vous plaît…) et que, pour des raisons de sécurité, j’ai plus de 3 heures à attendre en salle d’embarquement. La sécurité, c’est que le chauffeur devait être rentré à la maison avant la nuit, que la nuit tombe à 18h30 et qu’il y a une heure de route entre la maison et l’aéroport. Je décide donc d’utiliser mon temps à bon escient et de sortir mon ordinateur pour vous raconter quelques drôlitudes dont j’ai le secret et rattraper une infinitésimale portion du retard accumulé sur ce blog. Je suis donc assise sur un banc métallique grinçant au milieu d’un gigantesque hall au bout duquel s’essouffle un (oui, un seul) climatiseur. Alors que je commence à regarder des photos (quoi ? j’ai encore le droit de procrastiner où je veux quand je veux, non ?), quelqu’un s’approche de moi et…

– Excuse me, I do have a Platinium membership and I’d like to invite you into the lounge…
– …
– Well, it’s up to you but I can invite one person and I was thinking maybe you will enjoy the space to work…
– …???!!! (notez la conversation délicieuse que je sers à mon nouvel ami…)
– Well…
– Euh… yes !! It’s very nice of you !! Sure, I’d like that !! (oh my God ! Il croyait que je bossais ! Ça, c’est la veste… je porte la veste MSF… ça bluffe tout le monde, même le mec des passeports…)

Et me voilà à suivre d’un bon pas mon  nouvel ami qui, maintenant que j’y prête attention, sent un peu fort la bière mais bon, on va pas chipoter, il m’emmène au Louuuuuuunge !!!

Il ouvre la porte en verre fumé et… bon. C’est le Lounge de l’aéroport international de Port Harcourt je vous rappelle. Pas Dubaï. Mais quand même, c’est pas si mal : y a un éclairage tamisé, des petits fauteuils en cuir beige, des tasses basses Ikea imitation bois, un bar dans le fond avec alcool et mini-sandwiches à volonté, une ambiance de bar sportif un soir de match (une trentaine d’occidentaux bourrés en train de brailler en renversant des verres) et une hôtesse toute pimpante à l’entrée qui m’accueille avec un immense sourire. Pendant que mes yeux font l’état des lieux, mon bienfaiteur montre sa carte Flying Blue Platinium à la gentille demoiselle qui prend bonne note de nos noms et m’invite à profiter des lieux. Bon. Moi je me dis que quand même, je vais être polie et je vais un peu faire la conversation à mon bienfaiteur, mais non, il m’a déjà plantée devant le bar et est retourné jouer avec ses potes. OK. Bon bah dans ce cas, moi, je monte sur la mezzanine (sous le regard vague mais appuyé de mes co-loungeurs, en même temps, étant la seule clientE des lieux, je suis vaguement mais sûrement une curiosité) et je m’installe dans un petit fauteuil moelleux.

Au bout d’un moment, je redescends discrètement de mon piédestal pour aller m’empiffrer de mini-sandwiches. Vraiment pas terribles. Puis je me fais servir une Vodka Martini aussi. Avec une olive. Manquerait plus qu’une cigarette et…

Dr-No-Dinner-Suit

Bond… AL Bond…

Tout le monde me regarde, personne me parle, je regarde au loin, je joue les mystérieuses… avant de me rendre compte que mon t-shirt est plein de miettes de pâte feuilletée… grande classe.

Mais c’est trop tard, ma décision est déjà prise. Demain matin, en arrivant à Roissy, je file au comptoir Air France régler  cette histoire de carte qui marche pas ! A moi la Platinium !

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Stoned in Paouadise

Voilà. C’est fini. Encore une fois.

J’ai replié mes affaires, enlevé les quelques photos punaisées sur le mur, refait mon sac, éliminé toute trace de mon passage à Paoua. Toute ? Non ! Dans un coin, je laisse une petite marque qui résistera encore et toujours à l’envahisseur. Enfin, jusqu’à ce que quelqu’un décide de refaire la peinture…

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On a fait la fête l’autre soir avec tous les staffs pour marquer le coup. Très cérémonieux comme toujours dans ces cas-là… Le grand cercle de chaises dans la cour devant le bureau, les gens qui arrivent au compte-goutte et sur leur 31… Quand tout le monde est assis, on commence par les discours. « De Paoua, à Paoua, pour Paoua… ». On applaudit. On offre des petits cadeaux couleurs locales. On remercie. Puis c’est l’heure de manger. Il y a quelques jours, on a acheté deux chèvres. Elles sont restées attachées à un arbre à brouter de rares brins d’herbe. Ce matin, on les a tuées, dépecées et découpées en petit morceaux qui ont mijoté toute la journée. Rien n’a été perdu. Soupe d’abats, tête de cabri bouillie, même la peau a été récupérée par un des gardiens. Dans un coin de la cour, on a mis des tables sur lesquelles sont posées les immenses marmites et les seaux remplis de pains de manioc… Sagement, tout le monde fait la queue pour recevoir sa part puis retourne à sa place. Pendant un moment, on entendrait presque que le bruit des mandibules qui mastiquent consciencieusement. Certains distribuent les boissons. « Castel ou sucré ? ». On se relève pour jeter son assiette son carton et se laver les mains. Et enfin, on danse. Les uns contre les autres, les uns avec les autres, on transpire, on rit, on prend plein de photos toutes plus floues les unes que les autres, on prend des poses, on rit encore… Puis tout le monde repart. Il n’est pas très tard mais personne n’aime marcher dans les rues désertes à la nuit noire…

J’ai rendu le téléphone, l’ordinateur et les clés. J’erre un peu sans but maintenant. J’attends l’avion qui me ramène à Bangui. J’essaye de prendre des photographies mentales de ces lieux qui ont été mon univers pendant les six derniers mois. Je fixe les objets, les gens à m’en brûler les rétines. Je pense déjà à la suite. L’été qui vient est chargé. Comme si j’avais peur du vide, j’ai planifié soigneusement les douze prochaines semaines. A peine le temps de souffler et encore moins de vider ses valises. La vie est courte et j’ai tellement de choses à faire, voir, expérimenter, tenter… On dormira quand on sera mort.

La voiture arrive enfin. Faut y aller. C’est l’heure. On jette mes sacs à l’arrière et je grimpe sur le siège avant. Le cuir est brûlant comme d’habitude. Une dernière fois, j’attrape la radio : « La 38 quitte ta position direction aéro, 3 pax à bord… » « Bien copié ! Bon voyage Alpha Delta ! » Mince, y a un grain de sable sous ma paupière je crois…

L’avion apparaît à l’autre bout du ciel. Un éclat métallique dans le bleu immaculé. Il se pose en soulevant un tourbillon de sable et vient s’arrêter juste devant nous. On le décharge d’abord. Je ne sais pas trop quoi faire : dire au-revoir maintenant, attendre encore un peu… Puis le pilote fait signe : faut monter. Alors on se prend dans les bras, on s’embrasse, on se promet de s’écrire, de s’envoyer des photos, de se voir à Paris ou ailleurs… Et puis la porte de l’avion se ferme et le brouhaha extérieur disparaît sous le ronronnement des moteurs. Par le hublot, je les vois tous, les mains sur les yeux pour se protéger du soleil qui éblouit. Et tandis que l’avion se met à rouler sur la petite piste en latérite pour prendre son élan, j’agite ma main pour dire au-revoir encore une fois. Et on décolle…

Je reste un peu stonedfrom Paouadise… et dans ma tête tourne en boucle…

I want you
We can bring it on the floor
Never danced like this before
We don’t talk about it
Dancing on, do the boogie all night long
Stoned in paradise
Shouldn’t talk about it

Petit traité de procrastination

Procrastination : tendance à remettre systématiquement au lendemain des actions.

Bon alors là, j’ai pas « remis au lendemain ». J’ai purement et simplement ignoré ce blog depuis 5 mois. J’ai rien fait. Rien écrit. Rien. Nada. Que pouic, que tchi, peau de balle !

Vous avez été gentils. Vous m’avez trouvé des excuses. Vous m’avez dit des trucs comme : « Oh ma pauvre… c’est vrai que dans ta grotte, t’as pas de connexion internet… » Ou encore : « Rholala… mais tu bosses tout le temps, c’est normal que t’aies pas le temps d’écrire sur le blog… » Vous êtes gentils.

La vérité, c’est que je suis une grosse feignasse, oui. Certes, je bosse et certes, le haut débit n’est pas encore câblé au fin fond de la brousse mais la vérité c’est que j’ai tout de même réussi à glandouiller tous les dimanches que Dieu fait et que les trois derniers mois, bah… j’étais pas du tout au fin fond de la brousse. Mais je vous ai sciemment laissé dans le doute histoire de ne pas vous laisser me mettre la pression.

Mouahahahaha ! (oui, je suis un peu démoniaque aussi mais ça, c’est une autre histoire…)

Alors pour rattraper le temps perdu, je vous fais un petit rappel des faits.

Je vous ai quittés alors que je faisais des pâtisseries à tour de bras à Lubumbashi en attendant de retourner monter un hôpital-tente en brousse. Ça a duré 3 semaines tout de même. Ça m’a laissé le temps de faire une blague culinaire : j’ai fait manger des congolais à des Congolais. Ouais… on n’est pas payé cher mais qu’est-ce qu’on rigole comme dirait l’autre !! Bref, je suis repartie à Lwamba où j’ai mené une campagne de recrutement en 10 jours tambour battant. Et puis je suis rentrée. A Paris. Cette fois, c’était fini. Mais pas vraiment non plus. Parce qu’entre temps, mes nouveaux amis MSF et moi, on avait convenu que j’allais y revenir au Congo. Bah oui, quand on aime… Alors ils m’ont laissé faire le plein de fromages, charcuteries, croissants au beurre et autres chocolats pendant 5 semaines et j’y suis retournée. Sauf que cette fois, fini le générateur qui ne fonctionne que jusqu’à 22h et les douches au sceau ! Cette fois, j’ai eu un vrai lit dans une vraie chambre et même une vraie salle de bain rien que pour moi avec de l’eau chaude qui sortait d’un robinet. Cette fois c’était luxe, calme et volupté. Cette fois, j’étais l’administratrice de la base arrière à Lubumbashi. Et qui dit Lubumbashi dit autres expats, sorties, restos, tournois de ping-pong, alcool qui coule à flot et donc, vous l’aurez compris, absolument pas de le temps de vous tenir informés de la dégénérescence chronique de mon foie et de mes neurones… Mais comme toutes les bonnes choses ont une fin, après 3 mois, je me suis rapatriée. Il était temps, c’était Noël. C’était il y a 3 semaines.

Bon. Maintenant que les choses sont claires entre nous, je voulais simplement vous dire que j’ai décidé de ne pas laisser mourir ce petit blog. Que j’ai une tonne d’histoires rocambolesques et truculentes en réserve et que si vous êtes sages, vous allez pouvoir lire tout ça au cours des prochaines semaines. Parce que tout de même, quand quelqu’un que je vois deux fois l’an me glisse discrètement à l’oreille en fin de repas : « Et… dis donc, si t’as un peu l’temps, tu pourras continuer ton blog ? Parce que moi j’aime bien te lire… », bah… je culpabilise. Si, un petit peu quand même. Et que du coup, j’ai promis de faire une bonne mise à jour avant mon prochain départ. Dans 15 jours. Va pas falloir trop procrastiner ce coup-ci…

PS : je sais que c’est pas très clair mais ça veut dire que les nouvelles histoires rigolotes sont publiées avec leurs « vraies » dates. Si vous voulez les lire, faut donc revenir en arrière…

Yo-yo

Déjà 2 semaines que je suis rentrée. Oh, on ne peut pas dire que j’ai vraiment eu le temps de m’ennuyer. Rentrer à la maison à 3 jours de Noël ne laisse pas beaucoup de place à l’ennui de façon générale. Y a le papier cadeau à dérouler, le saumon à fumer et le foie gras à tartiner. Y a aussi les pulls tout doux à ré-empiler, les siestes avec le chat tout doux pour oreiller et les litres de chocolat chaud qui embaument la maisonnée. Y a le sapin qui resplendoit, les bougies qui scintilloient et les guirlandes qui chatoient. Le tout ça au son du trop souvent sous-estimé « Mets-tu des guirland-euh … »

Dans cette nouvelle vie que je me suis créée, je mets de moins en moins de temps à m’adapter. Je retrouve mes habitudes ici aussi vite que je m’en étais faites là-bas. Y a ma salle de bain d’ici et ma salle de bain de là-bas (c’est pas tout à fait pareil…), mes vêtements d’ici et mes vêtements de là-bas (pas tout à fait pareils non plus, la faute à la météo, œuf corse…), mon chat d’ici et mon chat de là-bas (devinez lequel est obèse…). Sauf qu’ici, maintenant, je suis en vacances. Je n’ai pas de réveil, je n’ai personne à payer, pas d’avion à booker, pas de doléance à écouter la tête légèrement penchée. Tout ce que j’ai à faire, c’est profiter. De l’eau chaude, de la famille, des amis. Et souvent, tout ça se passe autour d’une table. Pas rase, la table. Encore plus souvent quand on est fin décembre ou début janvier. Y a pas besoin d’être grand sorcier pour deviner ce qui se passe…

En même temps comment veux-tu que je m’en sorte ? D’abord c’est Noël. Le concept même de Noël c’est de passer en moyenne 6 heures par jour à table pendant une semaine non stop (comment ça, j’ai rien compris ?). Et v’là le foie gras, les blinis, le saumon fumé, le tarama, la dinde, la farce de la dinde, la sauce de la dinde, les marrons, la purée de céleri (bah… qu’est-ce qu’elle fout là, celle-là ?) les fromages, le pain pour finir le fromage, le fromage pour finir le pain, les verres de vin qui vont teeeeellement bien avec, la bûche, les 13 desserts et rebelote le lendemain pour finir les restes et dix de der le jour d’après parce qu’en fait, y avait encore des restes. Puis après Noël, on est parti en vacances à la montagne. Alors certes, à la montagne on fait de grandes balades pendant des heures, on respire le grand air et tout ça mais le grand air, ça creuse, alors on se tape aussi des kilos de fromage et de charcuterie qu’on arrose de petits verres de vin (ne soyons pas mesquins, ils n’ont rien de petit ces verres…) puis on gobe un ou deux chocolats parce que c’est les vacances et qu’on est là pour se faire du bien et que la vie, c’est suffisamment difficile comme ça pour pas se priver de chocolat et puis que quand même, c’est drôlement bon.

Alors évidemment, je fais le yo-yo. 6 mois de mission, 6kg de moins. 2 semaines en France, 2kg de plus. Tu comprends pourquoi à ce rythme-là, je suis obligée de repartir rapidement.

Y a pas que sur la balance que je fais le yo-yo. Émotionnellement parlant, c’est un peu spacemountainesque aussi. Y a des jours où rien n’est plus beau que l’instant présent, les gens qui m’entourent, le vent dans les premières feuilles (oui, le temps est fou, c’est déjà le printemps), le soleil qui se couche à 17h et le cliquetis des aiguilles à tricoter le soir dans le canapé. Ma bulle est increvable. Puis y a des jours où même le monde est trop petit et où je compte les jours avant le prochain avion. Ça tombe bien, c’est demain. Mais ça, c’est une autre histoire…

Good Bye Congo…

 

Ça y est. Le Congo, c’est fini.

J’ai quitté le ciel bleu et blanc et la poussière rouge des rues de Lubumbashi. J’ai mené une dernière bataille contre l’armée de gens trop bien intentionnés qui voulaient porter ma valise pour moi, l’enregistrer pour moi, faire tamponner mon passeport pour moi. J’ai senti une dernière fois la sueur couler dans mon dos pendant que les pales du ventilateur s’agitaient mollement plusieurs mètres au-dessus. Puis je me suis docilement soumise aux dernières fouilles de sacs et à la longue file d’attente sur le tarmac. Une fois dans l’avion, je me suis enfin pelotonnée sur mon siège, j’ai enfoncé mes écouteurs dans mes oreilles et j’ai collé mon nez sur le hublot. C’est encore un vrai ballet dehors. Il y a un nombre pas croyable de gens qui vont et viennent autour de l’appareil. Y en a qui sont assis, qui regardent. Puis bientôt, ils disparaissent les uns après les autres, les moteurs s’allument et on se met à rouler jusqu’au bout de la piste. Je le sens vibrer une dernière fois sous moi, ce Congo qui m’aura tant appris, tant exaspérée, tant fait rire. C’est drôle, malgré tout, y a un truc qui se sert au fond de moi au moment où l’on s’arrache du sol. C’est peut-être juste la force centrifuge.

Les heures et les nuages défilent. Addis Abeba. La première fois que j’ai mis les pieds dans cet aéroport, tout était si exotique, si nouveau. Aujourd’hui, je peste contre les touristes qui déambulent le nez en l’air à la recherche d’indications sur les écrans. Y en a pas, ils ne fonctionnent pas. Ils ne sont pas branchés. La nuit tombe pendant que j’avale une grande crêpe éthiopienne trempée dans des sauces épicées. C’est pas mauvais ça ! Peut-être que la prochaine fois je devrais demander une mission en Ethiopie…

Une autre file d’attente, une autre fouille, un autre avion. Une nuit torticolis. Puis le choc des roues sur le sol. « Bienvenue à Roissy Charles de Gaulle… ». Des couloirs, les yeux encore rouges et gonflés de sommeil des passagers qui se regardent comme s’ils ne savaient pas vraiment où ils sont. Le « Bonjour ! » sonore des policiers qui contrôlent les passeports. Le tapis à bagages qui tourne de longues minutes vide. Les premières valises qui sortent toute enturbannées de plastique vert. Ma valise. Tous ces rituels, tous ces rites de passage, tout ça pour me retrouver dans les couloirs gris et froids de Châtelet-les-Halles, traînant mes 30kg sur roulettes derrière moi en soufflant.

Quand je sors enfin du métro, il est 7h. Premier choc : il fait nuit noire. Ah oui. Ici, le soleil ne se lève pas à 5h. Et puis il fait froid ! Enfin, il fait 10°C. Ce qui, je vous l’accorde, pour un 21 décembre à 7h du matin, est inhabituellement doux. Mais avec juste ma petite polaire sur le dos (bah oui, quand je suis partie le 16 septembre, y avait pas vraiment besoin de plus) je grelotte comme une pauvrette. Et puis, inutile de vous dire que les bureaux de MSF ne sont pas exactement ouverts à cette heure-ci. Me voici donc sur le trottoir avec armes et bagages, enfin surtout bagages. Il est 7h et Paris s’éveille (oui, on est en heure d’hiver). Dans la rue, le camion poubelle passe lentement au rythme de son gyrophare orange, un SDF est emmitouflé dans un sac de couchage sous une porte, le Starbucks reçoit ses livraisons. Sur le trottoir d’en face, la boulangère aligne soigneusement les croissants dans sa vitrine. C’est donc chez elle que je décide de me réfugier. Et tandis que, perchée sur un tabouret, les volutes du tout petit café chatouillant mes narines, le beurre du croissant faisant briller mes lèvres et mes doigts, j’observe les gens emmitouflés dans de grosses écharpes se presser pour disparaître dans la bouche du métro, je réalise : le Congo, c’est fini. Retour à cette autre vie.

Le blues de la dernière semaine

C’est la dernière semaine. Dimanche prochain, je serai dans l’avion pour Paris. Alors y a tout un tas de dernières fois et chacun de mes gestes appelle la nostalgie.

C’est le dernier dimanche soir. Vous savez ? Comme un dimanche soir. Cette grosse flemme du dimanche soir. Le chat qui joue sur mes genoux avec une petite pelote de laine échevelée. Ouvrir le frigo, contempler le contenu, pousser un soupir et refermer le frigo. Pas envie de faire à manger. Juste traîner. Regarder un film et s’endormir au milieu, bercée par la respiration du chat qui dort déjà depuis un moment.

Puis c’est le dernier lundi matin. « Wakamapoïïïïïï tout le monde !! Ça a été le week end ? Sapulanga ? Biyampé !!»

Puis c’est le dernier mardi matin. Le dernier départ de l’avion. Le dernier lever à 5h. Ceux qui partent ce matin, je ne les reverrai pas. Ils démarrent leur aventure et je finis la mienne. Une petite pincée de jalousie je crois. Et les dernières brioches.

Puis c’est le dernier mercredi matin. Le dernier jeudi matin. Et le dernier vendredi matin. Les derniers emails, les derniers bookings, la dernière expédition à la banque, les premières photos souvenirs.

Puis c’est le dernier vendredi soir. Les premiers au-revoir à tous ceux que je ne reverrai plus ce week-end. Je réalise que ce sont plutôt des adieux. J’ai une petite boule dans la gorge. On se serre dans les bras, on se met des tapes dans le dos, on rigole un peu pour masquer l’émotion. Mais elle est bien là.

Puis c’est le dernier samedi. Le dernier caddie à la caisse de l’Hper Psaro. Commencer à faire sa valise. Tout plier, tout ranger, tout vider. Puis le dernier après-midi dans le hamac avec le chat. Les mangues qui commencent tout juste à être mûres. Jusqu’à quand aurait-il fallu rester pour voir les branches crouler sous le poids des fruits juteux et sucrés ? Puis enfin le dernier coucher de soleil.  Puis la dernière soirée, la dernière pizza au restaurant du zoo avec les copains qui sont devenus si proches si vite et qui vont disparaître, certains pour toujours. Les dernières bières, les derniers éclats de rire. Puis le dernier retour à la maison. La voiture qui glisse dans la ville plongée dans le noir. La radio qui grésille. Ce soir, tout est plus aigu, tout est plus doux, tout est plus.

Puis c’est la dernière nuit. Le chat qui saute sur le lit. Lui, il ne sait pas. Il me regarde mais il ne sait pas que c’est fini. Que c’est la dernière fois qu’il va se pelotonner contre moi et rêver de chasse aux souris. Remarquez bien qu’il s’en fout sûrement. Vu la taille de son cerveau, ça m’étonnerait que le concept d’adieu à jamais résonne quelque part…

Et puis c’est le dernier dimanche matin. La dernière douche, ranger les dernières choses qui traînent. La dernière fois que je shoote le chat qui traîne dans mes pieds. La dernière fois que je lui donne ses croquettes pendant que je me prépare la dernière omelette bacon-fromage-tomates et les derniers toasts. La dernière vaisselle. Le chat est déjà retourné sur le lit. Normalement, on fait la sieste tous les deux. Là, il comprend pas très bien pourquoi je m’agite. Ni pourquoi je le serre si fort. Ni pourquoi je quitte la chambre en traînant cette grosse valise.

Puis les derniers adieux. Au revoir tous ceux qui étaient devenus le quotidien. Au revoir ceux qui restent encore quelques semaines, quelques mois, ceux qui seront toujours là. Bien sûr qu’on se reverra, le monde est petit. Les dernières photos souvenirs, le sourire un peu crispé.

On pourrait croire que je n’ai aucune envie de quitter cette ville. C’est faux. Je suis contente de rentrer. Chez moi. Voir les miens. Mais ces derniers jours avaient un fort goût de « plus jamais ». Et c’est toujours triste les « plus jamais ».

Sur la route qui m’amène à l’aéroport, j’essaye de graver une dernière fois sur mes rétines les images de cette ville qui était devenue ma ville, les odeurs, les couleurs, les bruits. Il ne restera aucune trace de mon passage dans cette chambre, dans cette maison, dans ce bureau, dans cette ville. Pourtant, en moi, il va rester l’écho de tout ça. Dans ma mémoire, il va rester les images, les odeurs, les couleurs, les bruits. Et les sourires. Alors je souris aussi.

Cette page-là est finie mais la suivante est encore blanche. Et il est temps d’y écrire de nouvelles histoires.

La théorie des micro-ondes

Il ne fait pas encore jour, je viens de me lever et je grignote une tartine, adossée à la table de la cuisine. J’ai mis de l’eau dans une tasse que j’ai mise dans le micro-ondes pour préparer un thé.

1 minute.

L’appareil se met à ronronner pendant que, la tête encore ailleurs, je regarde ma tasse faire de petits cercles sur le plateau. Les secondes défilent à rebours sur la minuterie.

Et là, tandis que sous mes yeux le temps s’écoule, littéralement, je me demande combien de minutes de ma vie j’ai laissées passer ainsi. Debout, devant le micro-ondes. A attendre. A ne rien faire. A ne penser à rien. A laisser passer ce temps qui file sans qu’on ait jamais le temps de l’attraper et qui ne revient jamais. Ce temps après lequel tout le reste de la journée je cours comme si j’avais peur de mourir demain. Ce temps qui m’est pourtant si précieux.

Là, subitement, devant cette tasse d’eau chaude, je prends conscience qu’on ne retient rien. Que ma seule consolation devant ces secondes qui s’égrènent ce sont mes souvenirs. Les jolis, les tristes, les touchants, les drôles, les « qui serrent le cœur », les « qui font sourire en coin », ces instants dont on croit qu’ils dureront toujours et qui sont déjà terminés à peine sont ils vécus. Et que ma mémoire trie, classe, archive, oublie. Remplaçant chaque jour ceux qui s’effacent par ceux qui se créent. Je me sens tout à coup comme une bouteille dans la rivière tumultueuse du temps qui passe. A deux doigts de boire la tasse, justement.

Ding !

L’eau est chaude. Machinalement, j’ouvre le micro-ondes, je sors ma tasse et j’y plonge un sachet de thé. Et alors que j’observe les volutes brunes s’enrouler lentement autour de ma cuillère, je réalise. Que j’ai laissé filer des tas de minutes debout devant le micro-ondes. Sérieusement, si on les mettait toutes bout à bout, ça doit bien faire quelques heures. Mais j’en laisserai encore filer d’autres. Parce que je ne vais pas mourir demain, que des tas de très chouettes souvenirs viendront compléter ma collection déjà bien fournie et que le temps qui passe ne se regarde pas avec regret et amertume mais avec tendresse et éventuellement un peu de nostalgie. Mais surtout avec un petit sourire en coin.

Manger un burger et regarder un match de foot

Depuis que je suis rentrée, je me bats avec la sensation de ne jamais être partie. Oh, bien sûr, pas tout le temps. Mais j’ai régulièrement l’impression d’être happée par ma nouvelle routine et de ne plus penser au voyage que comme à un doux rêve cotonneux et coloré. Alors comme ce retour me fait l’effet d’un délicieux petit bain d’acide tous les matins au réveil, il y a certaines choses qui en adoucissent la saveur.

Comme par exemple dévorer un burger dans un pub pendant que tous les regards sont braqués vers  l’écran descendu le long du mur sur lequel courent des joueurs de foot un samedi soir froid et venteux de janvier. Après m’être gelée dehors à tenter de faire du skate (et pourquoi pas d’abord ?), ce petit mélange entre là-bas (l’ambiance du pub, le patron british, la Guinness qui coule à flot) et ici (les Girondins de Bordeaux, les gens qui étonnamment parlent français (ça continue à surprendre mes oreilles), le fromage de chèvre dans mon burger), je sais pas, ça résonne d’une façon toute particulière et… c’est sweet.

Ce qui est derrière moi est magique, incomparable, inoubliable, profondément ancré en moi pour le reste de mes jours. Et je suis loin d’être rassasiée. L’envie de recommencer a déjà commencé à me chatouiller. Bien avant même que je ne remette les pieds à Paris. Mais devant, bien que j’ai du mal à voir plus loin que le bout de demain, il y a des tas de samedis soirs, de pubs, de burgers et de matchs. Je ne sais pas quel goût ils vont avoir. Mais celui-ci a un joli parfum et me donne envie de laisser venir les autres…

Réapprendre la frustration

461.

C’est le nombre de jours que j’ai passé à faire tout ce que je voulais, absolument tout ce que je voulais, rien que ce que je voulais. Sans restriction. Sans contrainte. Sans personne pour me dire « Ah non ! Ça, c’est pas possible… ». Ou « Tu préfères pas plutôt faire autre chose ? Manger autre chose ? Aller autre part ? A une autre heure ? ». Et bizarrement, je viens seulement d’en prendre conscience. Ici. En rentrant. En recommençant à interagir avec les miens.

La rumeur dit que j’ai un fort caractère. Version politiquement correct du fait que je n’en fais globalement qu’à ma tête. On pourrait donc se dire que la différence ne doit pas être flagrante. Et pourtant si. Le simple fait de devoir tenir compte de l’avis des autres. Parce que oui, dans un monde civilisé, si on ne veut pas passer pour la dernière femme des cavernes, on tient compte de l’avis et de la vie des autres. De leurs emplois du temps. Du fait qu’on ne peut pas appeler les gens quand bon vous chante. Ni les voir quand l’envie vous en prend. Il faut planifier les choses, organiser, consulter, ménager les susceptibilités, se retenir, … Pfiou ! Ça demande une énergie de malade. Et il faut réapprendre la frustration. Ces toutes petites frustrations du quotidien qu’on subit sans même s’en rendre compte, qu’on oublie et que je vis chaque jour comme des drames intergalactiques.

Le monde a arrêté de se plier à mes 4 volontés  et je trouve ça profondément injuste. Bon, certes, j’ai un peu honte d’avouer tant de nombrilisme quand même. Mais je fais la grimace : on y prend goût à cette foutue liberté !

Alors la question se pose : être libre c’est être seul(e) ? Et être entouré(e) c’est forcément être enchaîné(e) ? Non, je ne crois pas. Echanger un regard complice, se couper la parole, partager un fou rire, pour tout ça, ça vaut quand même le coût de supporter un tout petit peu d’attente, de restriction, de frustration quoi !