PCT Day 112&113 : Double zéro à Snoqualmie Pass

Il a encore plu cette nuit. Rien de bien violent plutôt genre crachin breton mais persistent. Au matin, l’humidité a traversé ma toile de tente et je me réveille dans une piscine… Malgré tout, on se dit qu’il y a peu de chance que ça ait suffit à éteindre l’incendie. Le lac apparaît à peine dans la brume du matin et tout est très silencieux autour de nous. Faut dire qu’on est beaucoup plus matinaux que les campeurs du dimanche encore bien au chaud sous leurs tentes….

On range nos affaires à l’abri sous un arbre, on enfile nos vestes de pluie et on se met en route vers le parking. Il y a 70 miles à faire par la route pour arriver à Snoqualmie Pass et on se dit qu’il va nous falloir probablement 2 jours de stop sur ces petites routes pas très fréquentées. Du coup, on préfère s’y mettre de bonne heure.

Quand on arrive au parking, on est trempés. Il y a toujours plein de voitures garées là et on est optimistes : les gens vont redescendre du lac et rentrer chez eux, on va rapidement sortir de là. On se poste donc au bord de la route, le pouce levé, et on attend… On attend… On attend… La pluie ne s’arrête pas et on commence à avoir franchement froid. Le brouillard est plutôt dense et les rares voitures qui passent ne nous voit qu’à la dernière seconde, difficile de s’arrêter. Le moral des troupes commence à baisser.

Neo et Spider se réfugient dans les toilettes du parking pour essayer de se réchauffer pendant que Lucie et moi prenons notre tour de garde. Et miracle ! Un gros pick-up s’arrête !! Les 2 occupants descendent, visiblement inquiets de trouver 2 pauvrettes grelottantes au bord de la route au petit matin… Ils nous disent de grimper à bord immédiatement. Je leur explique qu’en fait, on est 4 et je cours chercher les garçons. Nos bons samaritains s’imaginent aussitôt qu’il s’agit de nos maris et on ne prend pas trop le temps de leur expliquer que mais non, pas du tout… On préfère jeter nos sacs dans le coffre et se tasser sur la banquette arrière. Ils montent le chauffage à fond et on retrouve rapidement le sourire. Ce sont en fait 2 chasseurs du coin qui écourtent leur weekend à cause de la pluie. Ils nous confient ne jamais prendre d’auto-stoppeurs amis avoir eu pitié de nous. Peu importe, ils nous emmènent à Enumclaw à 35 miles de là et nous déposent devant un dinner qui, selon eux, sert les meilleurs petit-déjs de la région. Il n’en faut pas plus pour nous rendre heureux. On les invite à prendre le petit-déj avec nous mais ils préfèrent reprendre la route et on les remercie chaleureusement.

On est dimanche matin et le dinner est bondé mais on se trouve rapidement une petite banquette et dès que les assiettes d’œufs brouillés, de bacon et de pancakes apparaissent sous notre nez, le moral repart en flèche. Une heure plus tard, quand tous nos orteils sont revenus à la vie, on se prépare à repartir à l’assaut du bitume. On est en périphérie de la ville, il fait moche, on est 4, ça va pas être une partie de plaisir. Mais il est encore tôt et on n’a pas de train à prendre alors on trouve un carton au fond d’une poubelle et on se fait un petit panneau alors qu’on en encore sur le parking du dinner.

C’est là que notre hitching karma frappe encore. Alors que Lucie est accroupie à colorier son petit bout de carton, une femme vient vers vous et commence à discuter. Quand elle apprend qu’on est des PCT hikers et qu’on essaye de rejoindre Snoqualmie Pass (encore à plus de 50 miles…), elle disparaît… puis revient avec un ami. « Pas de problème, on a 2 voitures, on vous emmène ! » Dans ces cas-là, on discute pas : on jette notre carton de fortune et on saute dans les voitures.

Snoqualmie Pass n’est vraiment pas à côté. C’est une bonne heure aller et une bonne heure retour. Une nouvelle fois, je suis ébahie par la générosité des gens qu’on rencontre. Notre conductrice est super enthousiaste et on papote tout le trajet. Elle refuse même qu’on lui paye l’essence. Et c’est sous un rayon de soleil qu’elle nous dépose à Snoqualmie Pass qui n’est en fait qu’une station-service, un motel, 3 restaurants, 2 brasseries et 1 magasin de sport le tout aligné sur 300 mètres de route. C’est sûrement plus animé en hiver quand l’endroit se transforme en station de ski mais pour l’instant, c’est pas très bucolique.

Juste en face de la station-service, y a le Aardvark Café. Ultra réputé parmi les PCT hikers, le Aardvark Café est un food truck qui sert le meilleur curry de la planète. A ce qu’il paraît. Et il y a une petite terrasse abritée où on retrouve tout un nuage de hikers virevoltant autour des hiker boxes. On s’installe là, essayant de faire sécher un peu nos tentes dans le rayon de soleil. On est arrivés beaucoup plus vite qu’on aurait cru et on discute du plan de bataille pour les jours à venir. On avait envoyé des resupply boxes ici mais maintenant, on n’en a plus vraiment besoin… La rumeur court parmi les hikers qu’il y a un genre de chalet du club alpin local qui hébergerait gratuitement les hikers. Sauf qu’on est un peu hors-saison. Le gros des hikers arrive normalement ici début septembre mais en évitant la neige dans la Sierra, on a pris de l’avance. Neo, Spider et moi allons donc voir. L’endroit est désert et le chalet fermé à clé. Ce sera pas pour cette fois. On se rabat donc sur le motel. Bien que ce soit la seule option possible, ils ne sont pas vraiment hiker friendly… ils ne veulent que 2 hikers par chambre alors qu’il y a 2 lits doubles et qu’ils l’acceptent pour les autres clients. On se dit que c’est pas très légal tout ça. Et en plus, ils sont franchement à la limite de l’amabilité. Pourtant, je me présente à la réception avec mon plus beau sourire… mais rien y fait. Neo s’est trouvé un pote pour partager une chambre mais Spider, Lucie et moi n’avons absolument pas l’intention de prendre 2 chambres ! Aux grands maux les grands remèdes, je réserve une chambre pour 3 en ligne. La dame est bien embêtée quand on se pointe avec notre réservation mais elle n’a pas vraiment le choix. Et c’est donc d’un pas triomphant qu’on prend possession de notre chambre… mouahahahaha !!!

Une douche chaude, un pot de Haagen Dazs et 2 paquets de chips plus tard, on est comme neuf. On passe l’après-midi à regarder la télé. Le matelas gonflable de Lucie a des fuites et elle se retrouve par terre tous les matins. Thermarest lui a donc proposé de lui envoyer un matelas de remplacement pendant qu’ils essayent de réparer le sien. On va donc rester à Snoqualmie le temps que son colis arrive. C’est donc encore un double zéro mais ça fait maintenant 4 mois qu’on marche et entre la fatigue et la météo, on a du mal à garder le moral. Au chaud, au sec et les estomacs pleins, on se refait une santé. Et on rejoint les rangs du fan club du fameux curry Aardvark : c’est effectivement archi-délicieux…

Le lendemain, on traîne donc à nouveau, faisant des aller-retours réguliers à la station-service pour s’approvisionner en boissons et bonbons entre 2 siestes. Neo a disparu, on le soupçonne d’être reparti sur le trail et comme on reste confinés dans notre chambre, on ne croise pas grand-monde. C’est tout juste si on jette un œil par la fenêtre et la couleur du ciel nous conforte dans notre choix d’être restés un jour de plus. Lucie récupère enfin son matelas en fin d’après-midi. Plus d’excuse donc, demain, on repart.

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