PCT Day 143 : Time to end this !

Je suis réveillée à 4h30 par la toile de ma tente qui s’écroule lentement sur mon visage et Spider qui dit : « We’re gunna die… » Mais… qu’est ce qu’il se passe encore… Et puis je réalise. Il neige depuis plusieurs heures et la tente est juste en train de collapser sous le poids de la neige. Je donne des coups de pieds et des coups de poings depuis mon sac de couchage mais la neige est trop lourde et les piquets de la tente n’arrivent pas à se remettre en place.

Je prends mon courage à deux mains et je m’extraie de mon sac de couchage. Mes chaussures sont toujours sous le auvent mais écrasées, elles aussi, par le poids de la neige et je mets un moment à les retrouver. Au moins, elles sont sèches. Je sors de la tente pour découvrir qu’il a y presque 25cm de neige tout autour de nous. Je me mets à secouer la tente, creuser dans la neige pour la dégager, redresser les piquets, remettre la toile à sa place et je me dépêche de retourner dans mon sac de couchage, des flocons plein la tête. Je me rendors…

On a décidé qu’on allait faire la grasse mat’ mais à 6h, la tente est à nouveau en train de s’écrouler et je suis franchement plus d’humeur. Il ne neige plus mais tout est froid et évidemment mouillé. Je sors de ma tente et croise le regard de Lucie qui émerge elle aussi. « Non mais sans déconner !! On aura tout eu !! » Et d’un commun accord, on abandonne l’idée de visiter Yosemite. Ce soir, on dormira à San Francisco. It’s time to end this !!

Je récupère ma petite culotte que j’avais lavée et mise à sécher sur une branche. Elle est gelée. Je ne sais même pas par quel bout commencer à ranger mes affaires. Tout est trempé et à force de piétiner dans la neige, mes chaussures commencent à prendre l’eau elles aussi.

Spider émerge enfin avec un bon mal de cheveux (il a fêté un peu plus que nous la fin de notre épopée…) et il nous regarde ranger tout en répétant « This is awesome… » et on ne sait pas si on doit lui hurler dessus ou éclater de rire. Mais on commence à avoir froid alors on remballe nos affaires et on va jusqu’au petit magasin le long de la route histoire de prendre un café bien chaud. Au moment de sortir du camping, on voit les rangers demander aux voitures de faire demi-retour et retourner à leurs emplacements. La route est fermée à cause de la neige et personne ne sait vraiment quand elle sera ouverte de nouveau. Dans 1 heure, dans 4 heures, demain… ?

Comme on ne peut pas faire grand chose, on va tuer le temps sur le parking devant le magasin. Tous les gens qui essayent de quitter Tuolumne Meadows sont coincés et les gens déambulent sur la route sans trop quoi savoir faire, un café à la main, discutant les uns avec les autres.

Vers 11h, soudain, les voitures se remettent à passer. La route est ouverte !! On se poste rapidement sur le bord de la route, nos pouces levés bien haut et 10 minutes plus tard, une voiture s’arrête. C’est un couple d’Israéliens en pré-lune de miel (ils vont se marier dans 1 mois à New York) et ils sont prêts à nous déposer à Yosemite Valley.  C’est un début et on se dépêche de grimper dans la voiture. Là, calés sur la banquette arrière, le chauffage à fond, on s’endormirait presque. Si ce n’est qu’on est sur une route de montagne et que notre propre odeur après 8 jours sans voir une douche nous rendrait presque nauséeux…

Une heure et 40 miles plus tard, on se fait déposer à une station service. On y trouve un autre hiker assis par terre et on entame la conversation. Il se trouve qu’il était sur le JMT et qu’il vient de se faire évacuer par hélicoptère parce qu’il a eu peur de la neige et qu’il n’avait pas les bonnes chaussures. Du coup, il a appuyé sur le « SOS » de son Spot. On regarde ses pieds. Il a les mêmes chaussures que nous. On retourne se poster sur le bord de la route.

Moins de 5 voitures plus tard, un couple de hikers dans la soixantaine s’arrête. Ils viennent de finir leur semaine de rando et rentrent chez eux. Ils proposent de nous déposer 30 miles plus loin. Ça nous rapproche de San Francisco, on dit banco.

On atterrit donc dans la charmante bourgade de Groveland où on se précipite dans le premier resto mexicain parce qu’après tout, on vient de faire 70 miles et on meurt de faim. Une fois rassasiés, on se remet au bord de la route et encore une fois, notre hitching karma nous trouve un ride en moins de 30 minutes. Cette fois, c’est une fille dans un vieux van qui nous emmène jusqu’à Escalon. Je grimpe à l’avant, Spider et Lucie se couchent sur le lit à l’arrière et on est repartis ! On se rapproche toujours de San Francisco et le paysage change. Les montagnes couvertes de neige ne sont plus qu’une silhouette à l’horizon et on a maintenant des champs d’orangers à perte de vue.

On arrive à Escalon et on se fait déposer à une station service à la sortie de la ville. Il nous reste encore près de 90 miles à faire pour rejoindre San Francisco et il est déjà 16h… on a toujours été plutôt chanceux avec le stop jusque là mais on commence à se demander si on va réussir à atteindre notre but d’ici la fin de la journée. On est maintenant vraiment loin du trail, on ressemble à des sans-abris crasseux et on est au bord d’une autoroute. Bref, c’est pas gagné.

Mais on reste optimistes et on se poste une dernière fois au bord de la route. Les minutes passent… Au bout de 30 minutes, je commence à regarder nos autres options. La journée est longue et on a vraiment envie d’être à San Francisco ce soir. Quelques minutes plus tard, une voiture s’arrête. Sauf que… c’est une voiture de police… En sort Officer Cute qui nous explique que quelqu’un a appelé les flics pour nous dénoncer parce que faire du stop en Californie est illégal. « WHAT??? Mais… ça fait 5 mois qu’on fait ça !!! » s’écrie Spider alors qu’on lui fait signe de se taire à grands renforts de sourcils froncés. Officer Cute rigole. Il voit bien qu’on n’est pas de dangereux criminels et après avoir contrôlé nos identités, il nous dit que personnellement, il s’en fout pas mal qu’on fasse du stop mais que puisqu’on a été dénoncés, on peut pas rester là et qu’on ferait mieux de prendre un bus. On prend une photo souvenir avec lui puis on s’éloigne.

Aux grands maux les grands remèdes, on s’installe au Starbucks et on décide de prendre un Uber jusqu’à Dublin 55 miles plus loin d’où on pourra rejoindre San Francisco en train. Notre chauffeur arrive 20 minutes plus tard et on file à bonne allure sur l’autoroute alors que le trafic est bouché dans l’autre sens. Il est presque 17h30 et les gens sont en train de rentrer chez eux après leur journée de travail à San Francisco. Notre conductrice est très bavarde et ni Lucie ni moi n’avons vraiment la force de papoter alors on laisse Spider faire la conversation. Rapidement, on en arrive au traditionnel « Alors ? Vous venez d’où ? » et quand on répond « De France… », la voilà qui s’exclame « Oh ! France ! C’est une région de ce grand pays, hein ? L’Europe !! ». On sait pas trop quoi répondre. Puis elle ajoute : « Hey ! Je suis pas allée à l’école mais je suis maligne… »

Quand on arrive à Dublin, il est presque 19h. On a encore un train à prendre puis un métro pour rejoindre notre nouvelle maison et on est crevés. Être en ville est épuisant après tout ce temps passé dans les forêts et les montagnes. Tout est trop bruyant, trop coloré, trop rapide, trop agressif.

On finit par arriver à la maison. Il est 22h. On a du mal à croire qu’on s’est réveillés sous 25cm de neige ce matin. On est tellement heureux d’avoir un toit au-dessus de la tête et de pouvoir passer de longues minutes sous la douche… Et comment on sait qu’on est revenus à la civilisation ? Parce qu’à 23h passé, on peut se faire livrer une pizza géante qu’on dévore en 12 secondes, assis par terre en tailleur et en pyjama, avant de tomber de sommeil.

Demain, on commence notre phase de transition vers l’autre monde. Celui où il faudra bientôt redevenir un membre fonctionnel de la société. Bouh…

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2 réflexions sur “PCT Day 143 : Time to end this !

  1. Depuis quelques jours , je reçois des mails qui se succèdent à une cadence accrue…Ca sent la mise à jour définitive des épisodes de ce trail et la fin de cette extraordinaire que vous avez vécue. Et que j’ai vécue grâce à vous par procuration… Je sais que ce long périple s’est achevé depuis quelques mois et que vous êtes probablemnt à faire tourner le globe terrestre pour vous fixer un nouveau point d’ancrage…Bonne chance pour la suite Anne-Lise et que votre vie soit toujours plus belle §
    Amitiés. Guy Dahan

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