Boston, les baleines, le président et moi

En descendant le long de la côte du Maine tout en m’empiffrant de lobster rolls, je décide de m’arrêter à Portland. Et pourquoi ça me direz-vous ? Et bah d’abord parce que c’est joli et qu’en plus, je ne suis pas vraiment pressée. Après avoir revu l’itinéraire pour la 173ème fois, j’ai finalement décidé de ne pas pousser jusqu’à Philadelphie et Washington. Ça sera pour une autre fois ! Du coup, je prends mon temps.

Bon, en cette première après-midi à Portland, j’observe surtout la pluie qui ruisselle le long des murs de brique… Alors je fais ce que je sais faire de mieux : je file m’enfoncer dans les banquettes d’un Starbucks pour siroter à petites gorgées mon Grande Chai Latte… (et je commence à me demander comment je vais faire pour m’en passer dans quelques temps)

Le lendemain matin, c’est grand soleil. Bon c’est aussi dimanche matin alors on peut pas dire que la ville déborde d’animation mais ça reste sympa ce petit port de pêche. Des jolies petites rues pavées bordées de maisons en brique, non, vraiment, ça ne ressemble à rien que j’ai pu voir jusque-là.

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Et c’est sympa de constater que toutes les villes américaines ne sont pas copiées/collées. Et pour la 1000ème fois, y a rien à faire, c’est quand même mieux avec le soleil. Y a beau avoir un vent à faire valdinguer les mouettes, ça met le sourire.

Histoire d’en profiter encore un peu plus avant de rejoindre Boston, je vais faire un tour au Fort Williams Park pour admirer les vestiges dudit fort et le phare.

En poursuivant la route, je fais aussi un petit détour par Salem. Le Salem des sorcières. Dans cette petite ville sans histoires, à la fin du XVIIème siècle, des gens se mettent à agir de façon plutôt étrange. On est en pleine période coloniale, la religion tient une place plus qu’importante et long story short, ces personnes frappées d’hystérie sont accusées et reconnues coupables de sorcellerie. 19 personnes sont donc purement et simplement pendues le 22 septembre 1692. Aujourd’hui, on pense qu’une explication plausible de ce phénomène resté inexpliqué serait en fait que tous ces malheureux ont pu ingérer de l’ergot du seigle, un champignon qui attaque les céréales et contient une substance proche du LSD. Ils n’étaient pas possédés par le démon mais juste sooooo high

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Evidemment, j’ai la bonne idée de me pointer alors qu’on est le dimanche d’avant Halloween… Oui, pour nous, ça serait pas tellement un problème vu qu’Halloween, on s’en fout globalement comme de notre dernière chaussette mais ici, on rigole pas avec ça. Et comme on est dans la ville des sorcières, on rigole encore moins. Du coup, c’est blindé de monde partout, déguisé avec plus ou moins (et plutôt moins) de bon goût, le cimetière est envahi de visites guidées et y a même un parc d’attractions qui s’est installé pour l’occasion. J’arrive à naviguer entre les stands de tirs et les baraques à épis de maïs mais rapidement, je suis saoulée de monde et plutôt que de passer la nuit ici à attendre que les esprits se manifestent, je préfère continuer mon chemin jusqu’à Boston où j’arrive à la nuit tombée.

Boston, LA ville historique du pays. Enfin la ville qui a joué un rôle tout à fait particulier lors de la révolution et de la guerre d’indépendance. Et les Bostoniens ne sont pas peu fiers de leur passé. Le long des trottoirs court un ruban rouge traçant le Freedom Trail, un circuit de découverte des principaux monuments de la ville. Ça évite d’avoir le nez tout le temps dans le guide, c’est sympa. Et puis la ville en elle-même est sympa. On dit de Boston que c’est un mini-New York. C’est clair qu’on sent bien qu’on est sur la côte Est mais de là à comparer la ville à Manhattan… faut pas pousser non plus ! Mais c’est vraiment agréable, on voit le ciel, y a plein de boutiques organic (bio quoi !) et en plus, du port, on peut prendre un bateau pour aller voir les baleines. Me faites pas dire ce que j’ai pas dit mais ça pourrait en fait être presque mieux que Manhattan ! (j’rigole, y a rien de mieux sur terre que Manhattan. Et croyez moi, j’ai fait le tour…)

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En tout cas, voici donc venue l’heure de mon rendez-vous avec les baleines. Comme je l’ai déjà raconté  et , j’ai une fâcheuse tendance à faire fuir les cétacés. Mais cette fois, je suis bien décidé à ce qu’on se regarde dans le blanc des yeux ! Me voilà donc à bord du bateau de l’Aquarium de Boston à fixer l’horizon à m’en brûler les yeux. J’ai réussi à me caser à l’avant du bateau et ni le froid ni la marmaille qui braille ne me feront bouger d’un pouce. Pendant 4 heures. Enfin si. En rentrant, j’ai craqué, je sentais plus mes pieds alors je suis rentrée dans la cabine. Mais en attendant… quel spectacle !!

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Avec un total de 7 baleines à bosses différentes, la naturaliste nous explique qu’on est sacrément chanceux parce que c’est la fin de la saison et que c’est plutôt rare d’en voir autant. Bon, elles s’approchent pas trop trop près et j’ai du mal à me rendre vraiment compte de la taille totale des bestiaux mais rien qu’à la queue qui fouette l’air… pfff ! impressionnant !

Je rentre au port congelée mais ravie : enfin ! j’ai vu des baleines ! La prochaine fois, ce sera dans un plus petit bateau pour pouvoir s’approcher vraiment près…

Le lendemain, c’est journée « rhaaa… comment c’était bien d’être étudiant… ». Ouais, je sais, quand t’es étudiant et que t’entends des gens te dire que ce sont les meilleures années de ta vie, en général, tu te dis que c’est des vieux cons. M’enfin rappelle-toi, quand t’avais 15 ans, tu croyais que les gens qui en avaient 30, c’étaient des vieux cons. L’un dans l’autre… on s’y retrouve. En attendant, clairement, maintenant t’es dans la catégorie de ceux qui sont nostalgiques. Et pourquoi donc ces considérations philosophiques ? Et bah tout simplement parce qu’à Boston se trouvent 2 des plus prestigieux établissements universitaires du pays. Le MIT (Massachusetts Institute of Technology) dont sont issus rien de moins que Benyamin Netanyahou et Howard Wolowitz (oui, j’ai des références moi, môsieur…) et l’immensément prestigieuse Harvard avec son festival d’anciens présidents, de prix Nobel et accessoirement Marc Zuckerberg. Et les 2 campus se visitent. Gratuitement. Accompagné d’étudiants. Ce qui rend en fait la visite particulièrement intéressante puisque du coup, on a un peu l’impression d’y être soi-même étudiant pendant 1 heure ou 2. Oui, 1 heure ou 2 parce que si tu veux rester plus longtemps et connaître l’immense privilège de profiter des infrastructures de malade (non mais vraiment de malade) ou simplement te faire un bon bizutage d’une fraternité quelconque, va falloir casquer près de 100 000 dollars l’année… Ouais. Ça refroidit. Et ça pose la question de l’accès à l’enseignement. Comme quoi, en France, on râle mais quand même, le système n’est pas si mauvais…

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Après cette petite journée revival où je me suis dit que malgré tout, l’expérience universitaire aux Etats-Unis, ça n’a rien à voir (mais alors rien de chez rien) avec ce qu’il y a chez nous, j’avais prévu de reprendre la route. Mais le destin en a décidé autrement. En lisant les gros titres de Métro dans le métro (oui, ils ont aussi Métro aux US), j’apprends que le lendemain, l’ami Barack vient justement à Boston faire un petit discours pour défendre l’Obamacare. Comme j’ai pas encore eu le temps de goûter la clam chowder du coin, je décide donc de rester une journée supplémentaire. Evidemment, ce jour-là, il pleut.

Le discours n’étant qu’en fin de journée, je vais d’abord traîner sur les quais où sont amarrés des bateaux de la Marine. Un très très vieux, l’USS Constitution, très joli avec tous ses haubans, ses canons et ses petits hamacs qu’on se dit qu’on n’aurait pas aimé d’être un marin ayant le mal de mer dans ces conditions, et un beaucoup plus récent, tout gris et assez moche (comme ceux qu’on voit à Toulon quoi !) et où j’arrive à me faire choper parce que je me retrouve dans un coin où y a pas le droit d’aller. En même temps, c’est pas de ma faute, y a quelqu’un qui n’a pas remis la chaîne…

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Pendant ce temps, autour du Quincy Market, on sent qu’il va se passer un truc important.

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J’arrive un peu à la dernière minute et y a plein de monde partout mais ça ne m’empêche pas de jouer des pieds et des coudes pour me frayer un chemin jusqu’aux barrières de sécurité pour apercevoir l’Homme-qui-dirige-le-monde. Bon, évidemment, grosse déception. D’abord la police a bouclé tout le quartier et il est impossible d’approcher l’entrée du bâtiment dans lequel le président s’exprime. N’est admis qu’une liste d’invités triés sur le volet. Le reste des curieux (dont votre serviteuse bien évidemment) est parqué à l’arrière du bâtiment dans l’espoir de l’apercevoir à la sortie. Mais comme il ressort par là où il est entré, bah… on ne voit rien du tout. Bon, j’ai quand même réussi à l’apercevoir à travers les vitres teintées de sa grosse voiture mais en fait… il est comme à la télé. Sauf qu’à la télé, tu le vois en plus grand.

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En général, tu vois pas non plus les pancartes des anti-Obama qui réclament que son prix Nobel soit donné plutôt à Poutine… Ah, ces Américains…

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Après toutes ces émotions, j’ai fini ma journée en tutu. Je suis allée voir La Bayadère, un ballet par le Boston Ballet. Alors autant chez nous (en France je veux dire), aller voir un ballet, c’est un peu un truc classe, autant ici, tu peux arriver dans la salle avec un gobelet de bière dans chaque main (acheté 1 millier de dollars au bar quand même), ça gène personne. En tout cas, heureusement qu’il y avait l’histoire imprimée dans les programmes parce que sinon, je suis pas sûre que j’aurais tout compris… Mais les danseurs étaient vraiment bons. Les solistes en tout cas. Parce que je suis toujours un peu déçue du corps de ballet aux Etats-Unis (oui, je sais, j’me la raconte grave, c’est pas la première fois que je vais voir un ballet et pas la première fois non plus aux Etats-Unis mais là n’est pas la question). Ils manquent de synchronisation. Ça fait un peu brouillon. Mais à part ça, c’était plutôt chouette.

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Et c’est donc sur cette note élégante et raffinée (hormis les effluves de bière…) que j’ai achevé mon séjour bostonien. Demain, Flipper et moi, on se prend pour les Kennedy, on file à Cape Cod.

Photos ici.

Santa Cruz

Ce matin je suis encore réveillée par un rayon de soleil qui passe entre les rideaux de Flipper. La nuit a été fraîche. Il va falloir trouver une solution parce qu’on est encore loin des températures que je vais trouver dans les montagnes canadiennes dans un mois ! Au programme du jour donc, acheter une couverture.

Après un bon petit déj, c’est l’heure de plier bagage. Je prends donc la route, direction le nord. L’étape du jour n’est pas bien longue mais il me faut près de de 4 heures pour parcourir la distance : la route est splendide, toute emberlificotée dans les falaises de la côte, et je m’arrête tous les 3kms pour prendre des photos où aller mettre mes pieds dans l’eau. Oui, juste mes pieds. Ils ressortent déjà bleus, pas la peine d’insister.

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Je m’arrête aussi à la Point Lobos State Reserve. Encore un des innombrables parcs qui bordent la côte. Dès que je sors de la voiture, je suis accueillie par les cris des loups de mer. Y en a vraisemblablement toute une colonie. En effet, ils se sont regroupés sur un gros caillou à quelques mètres de la plage et piaillent à qui mieux mieux. La réserve s’étale sur quelques kilomètres le long de la côte et on peut y observer un bon nombre d’animaux. Un ranger est d’ailleurs en train de régler sa longue vue et me laisse y jeter un œil : une loutre est tranquillement en train de faire la planche à quelques mètres du rivage et casse des coquillages sur son ventre avec un caillou ! Il me donne aussi quelques indications pour aller voir un daim qu’il a repéré un peu plus loin et me dit d’aller jusqu’à la pointe sud du parc : ils ont repéré des baleines… Quoi ? Des baleines ? Ça alors… Ma malédiction serait-elle en train de faiblir ? Le problème, c’est que pour voir des baleines qui sont au loin, faut essayer de repérer leur jet de vapeur quand elles viennent respirer en surface. Quand la mer est plate, c’est facile. Mais aujourd’hui, comme par hasard, y a plein de vagues et de vent, ça facilite pas la tâche. Mais à force de patience, je finis par apercevoir un petit « splash ». Est-ce que c’est vraiment ça, est-ce que c’est pas juste un autre paquet de mer qui bouge… va savoir ! Je plisse les yeux, j’essaye de ne même pas cligner et… OUIIII !!! C’en est une ! Pas de grands sauts périlleux mais clairement, c’est une baleine ! Je suis même tellement en veine qu’un peu plus tard, une deuxième vient rejoindre sa copine. Je suis hyper contente : enfin ! les baleines ! Bon, elles sont quand même un peu loin, difficile de vraiment apprécier la taille des monstres mais tout de même, j’ai vu des baleines !

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En début d’après-midi, j’arrive à Monterey, une jolie bourgade qui a connu son heure de gloire. Dans les années 50, les conserveries de sardine tournaient à plein régime dans le quartier de Cannery Row. L’ambiance et l’odeur de cette belle époque a été immortalisée par Steinbeck dans un de ses romans intitulé tout bêtement… Cannery Row. Du coup, évidemment, ça se visite. Enfin, y a pas grand-chose à voir : quelques vieilles bâtisses en ruines, d’autres retapées pour abriter des boutiques de souvenirs ou des restaurants… faut faire un peu travailler son imagination pour voir les ouvriers en salopette traverser les rues.

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L’autre attraction de Monterey, c’est son Fishermans Wharf. Comme dans toutes les villes de cette partie de la côte, les vieux ports de pêche ont, eux aussi, été reconvertis en pièges à touristes et sur quelques planches de bois, s’alignent les mêmes restaurants et boutiques de souvenirs… Mouais. Pas de quoi casser 3 pattes à un canard mais bon, ça me donne l’occasion de boire un chai latte au soleil tout en profitant de la connexion internet.

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La bonne nouvelle, c’est qu’à Monterey, j’ai réussi à me dégoter un petit bout de trottoir gratuit et sans panneau m’interdisant d’y passer la nuit. A la place, y a un panneau « Park at your own risk »… Faut dire que ledit bout de trottoir est juste en face du terrain de baseball. J’imagine qu’une balle envoyée un peu loin et crac ! c’est le drame. Mais pour ce soir tout est calme, j’y prends donc mes quartiers.

Le lendemain matin, je suis réveillée par les claquements de portière autour de moi. Les gens vont au boulot dites donc ! Bon, bah, puisqu’il n’y a pas moyen de faire la grasse mat’, autant se mettre en route ! Aujourd’hui, toujours plus au nord, j’atteins Santa Cruz. Santa Cruz est une autre très jolie petite ville de la côte pacifique. Très jolie et très riche aussi. Mais avant d’aller regarder ça d’un peu plus près, je commence par une petite session plage à la Natural Bridge Beach. Comme par miracle, il est possible de se garer gratuitement le long de la longue avenue qui arrive à la plage. Et en plus, pas de panneau « No overnight » en vue ! Bon, c’est quand même dans un quartier hyper résidentiel alors je trouve ça un peu louche mais bon, je me dis que si je trouve pas mieux, l’endroit est parfait pour la nuit. En attendant, après une nouvelle tentative de baignade ratée (mais comment c’est possible que cette eau soit si froide ???), je prends la direction du centre-ville en longeant la promenade au-dessus de la falaise. Les maisons qui bordent la rue sont de vrais châteaux, les pelouses sont de vrais terrains de golf et les gens se promènent en segway… ça donne le ton.

Sur la promenade, je croise un type qui regarde l’horizon fixement. Je m’arrête un peu plus loin et je me mets moi aussi à scruter l’océan en me demandant ce qu’il peut bien regarder. Et soudain… SPLAAAASH ! je la vois ! une baleine ! Et pas une petite ! Difficile de dire là aussi quelle pouvait bien être sa taille mais le petit bateau qui s’approche d’elle semble vraiment très très très petit… J’en reviens pas : 3 baleines en 2 jours sans même faire exprès et alors que c’est pas la saison ! Ma chance est à peine croyable…

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Et d’ailleurs, ça finit par se gâter… Alors qu’un petit tour en ville m’a révélé que je n’ai aucune chance de trouver un stationnement public m’autorisant à rester passé 22h, je finis par découvrir un tout petit panneau le long du trottoir de la plage : habiter dans son véhicule est interdit après 22h… Flipper a beau être beaucoup plus petit qu’un camping-car, difficile de se méprendre sur le fait que quelqu’un dort dedans. Dans l’absolu je pourrais prendre le risque mais me faire réveiller en pleine nuit par un shérif peu commode pour prendre une belle amende… non merci ! Et puis il commence à se faire tard, je tourne et je vire mas sans succès, je commence à me dire que je vais me rabattre sur un camping privé. Le GPS m’en trouve un juste à la sortie de la ville, j’en prends donc la direction. Et la poisse continue : il est plein ! Mais sur la route, j’ai repéré un parking où il y a d’autres voitures. En fait, ce sont des gens qui sont en train de se balader dans la forêt à côté. Pas vraiment discret mais bon, là au moins, je n’enfreins aucune loi. Enfin, pas en connaissance de cause en tout cas. Le parking se vide peu à peu avec la nuit qui tombe et Flipper finit par se retrouver tout seul. Bon, bah on verra bien : je ferme les rideaux, je me calfeutre et je finis par m’endormir….

… et par ne me réveiller que le lendemain matin ! Et encore par des portières qui claquent ! Non mais qu’est-ce qu’ils ont les gens ici ? Un rapide coup d’œil par-dessus mon rideau et ah ! ceux-là, ils viennent faire leur jogging ! Je me lève donc et me prépare un bon thé à l’arrière de Flipper. Mon installation attire la curiosité, les gens viennent me voir, me demandent si le van est à moi, comment tout fonctionne, où je vais avec… Y a même une fille qui me dit qu’elle pourrait quitter son appartement pour vivre dans mon Flipper ! Mouais… m’est avis que pour un temps, c’est amusant, mais pour toute la vie…

Après ces conversations matinales avec mes voisins, je me remets en route. Cette fois, c’est du sérieux, ce soir, Flipper et moi on dort à San Francisco. Et pas dans la banlieue éloignée là où on ne va pas se faire remarquer. Non, non, non. En plein centre-ville. Mais ça, c’est l’histoire de demain.

Photos ici.

AL et les baleines

Tout au long de ma vie (fort longue, comme tout à chacun sait), j’ai manqué un certain nombre de rendez-vous avec les baleines. D’abord il y a eu l’Islande, où ma famille avait décidé d’aller voir les baleines la veille de mon arrivée (et pas question d’y aller 2 fois, bien sûr…) et où j’ai dû donc me résigner à ne voir des baleines qu’un steak rouge et tendre à souhait accompagné d’une délicieuse purée de pomme de terre… Puis, il y a eu Kaikoura en Nouvelle-Zélande, où la mer était si agitée que toutes les sorties d’observation des cétacés avaient été annulées pendant les 48 heures de mon auguste présence sur place… Enfin, il y a eu le canal Bolivar, aux Galapagos  où « it’s not uncommon to see 40 or more whales sailing together » (dixit le bouquin sur la faune et la flore locale) et où l’on n’a pas aperçu l’ombre de la queue d’une baleine. Deux options : soit j’ai vraiment pas de bol, soit c’est moi qui les fais fuir… Choisissez. Mais choisissez bien.

Il n’est évidemment pas dit que je vais rentrer sans avoir vu une baleine. J’ai donc décidé de mettre toutes les chances de mon côté et d’aller visiter le parc Marino Ballena, au sud du Costa Rica sur la côte pacifique. Je quitte donc de bon matin les hauteurs du parc Chirripo sous la grisaille et j’atteins à la nuit tombée le petit village d’Uvita sous des hallebardes… Oui, non seulement il me faut toute la journée pour faire les 100kms qui me séparent de la côte mais en plus, j’ai manifestement le climat contre moi. Peu importe, je suis à Uvita, l’hostel est plein de chats (cool !) et de moustiques (pas cool !) et la pluie qui crépite violemment sur la tôle ondulée du toit durant toute la nuit fait presque plus de bruit qu’un avion au décollage… ah, on est bien !

Le lendemain matin quand j’ouvre mes petits yeux, je sens bien qu’il y a un problème : mon œil droit ne s’ouvre pas. Et pour cause ! un de ces petits vicelards de moustiques a cru bon de me piquer sur la paupière qui du coup, non seulement me fait ressembler à un boxeur mais en plus, me démange furieusement. Mais ce n’est pas un œil en moins qui va m’empêcher d’aller voir les baleines alors je file à la plage pendant que la marée est encore basse (à marée haute, on ne peut plus accéder à la partie « intéressante » du parc), bien décidée à scruter l’horizon de mon unique œil de cyclope et à enfin apercevoir les fameux cétacés.

… ???

Je sais. Le suspense est insoutenable, vous vous demandez si j’ai enfin vu la queue d’une baleine… et bien oui ! j’ai même marché dessus ! Parce que la seule queue de baleine que j’ai vue, c’est celle que forme la plage à marée basse… (oui, cette plage a une forme un peu bizarre, je vous l’accorde). Alors soyons très clairs : 1/ j’ai passé 4 heures sur la plage à me cramer la rétine sur l’horizon… rien ! 2/ entre mon œil en berne et mes cuisses que j’avais visiblement laissées sur les pentes du mont Chirripo, j’avais une de ces dégaines, j’vous raconte pas ! 3/ payer 10$ pour aller marcher sur une plage certes immense et protégée mais franchement pas siiiiiii démente que ça… mouais, bof !

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Alors oui, bien sûr, j’aurais pu me payer une excursion « whale watching » à 70$ par tête de pipe pour passer 20 minutes sur un rafiot et éventuellement surfer sur une baleine à bosse. Mais franchement, j’ai décidé que ça ne valait pas le coup. Et puis à peine le temps de me traîner jusqu’à l’hostel que le délicat tambour de la pluie reprend de plus belle… Et tout ce que je me suis offert, c’est donc une après-midi chamac (avec des chats dans un hamac).

Damned ! Encore raté !

Photos ici.

J’aurais bien besoin d’un coup de main de Laurent Romeijko…

J’arrive à Kaikoura hyyyyyper tard. Dans les standards néo-zélandais, hyyyyyper tard c’est après 19h. Là, il est 20h30. Autant dire que quand j’arrive au camping et que je m’aperçois que la réception est toujours ouverte, je pousse un gros soupir de soulagement (pour rappel, j’ai des tas d’affaires trempées à faire sécher, il fait froid et je rêve d’une bonne douche chaude).

Je jette donc tout dans la machine à laver : le sac à dos (au passage, j’ai découvert qu’il n’était pas, mais alors pas du tout, imperméable), le manteau, les chaussures, la polaire… Et pendant que ça tourne, je me laisse fondre sous la douche.

Il est temps de faire un point sur les campings néo-zélandais ou plutôt les holiday parks comme on les appelle ici. D’abord, il y en a plein. Parfois jusqu’en centre-ville. Du coup, tu ne retrouves pas forcément exilé dans la zone industrielle à 10kms de tout. Ensuite, il y a toujours des camp kitchen. C’est une grande pièce où il y a plusieurs plaques électriques et plusieurs éviers, voire des frigos, et que tout le monde peut utiliser. Il n’y a pas de casseroles ou de vaisselle, c’est à chacun de se débrouiller avec ce qu’il a mais quand il pleut, ou qu’il fait froid, c’est bien sympa. Ensuite, il y a souvent une salle avec une télé et des canapés où tu peux te vautrer. Et puis, il y a bien sûr le bloc sanitaire. Et là, rien à dire, c’est toujours hyper nickel. Je ne garde même pas mes tongs sous la douche. Et cerise sur le cupcake, y a toujours des sèche-cheveux… le bonheur ! Tout ça pour la modique somme de 20NZ$ la nuit (en moyenne mais ça peut être moins cher si tu restes dans les petites villes), soit à peu près 13€. Elle est pas belle la vie ?

Bon, de temps en temps, y a des trucs qui t’agacent. Comme cette pancarte « no shoes in the dryer » alors que justement, t’as bien besoin de les faire sécher tes chaussures… Alors tu sors la carte de la fille qui ne parle pas anglais, tu mets discrètement tes chaussures dans le sèche-linge et tu t’éloignes vite quand elles se mettent à faire un boucan d’enfer en tournant là-dedans. Je sais, c’est mal mais à la guerre comme à la guerre…

Le lendemain matin, je découvre que Kaikoura n’est en fait qu’une grande rue principale bordée de restos, de supérettes, de magasins de bonnets (???) et de tour operators. Il faut dire que Kaikoura n’est célèbre que pour une chose, la profusion de mammifères aquatiques. Ici, il y a pas moins d’un millier de dauphins qui batifolent dans la baie, des baleines, des phoques à fourrure (une espèce qu’on ne trouve qu’ici) et pour faire bonne mesure, une palanquée d’oiseaux comme des albatros ou des pingouins.

On ne vient pas à Kaikoura tous les 4 matins alors j’ai décidé de faire les choses bien. J’ai prévu un petit tour en kayak le matin pour chatouiller les moustaches des phoques et un tour en hélico l’après-midi pour traquer les baleines. Ouais, aujourd’hui, c’est la fête. Sauf que.

Sauf que aujourd’hui, il y a une sacrée brise qui souffle sur la péninsule. La mer est toute agitée, y a des creux de 2 mètres. Alors le gars des kayaks, Ty (oui, c’est son nom, lui non plus, j’y peux rien), il me dit : « Vaudrait mieux reporter ça à cet après-midi parce que le vent va faiblir et on aura plus de chance de voir des animaux. Mais on fait comme tu veux ! ». Bon, bah dis comme ça, on va peut-être bien attendre un peu alors… Du coup, je fais un saut au bureau des hélicos pour voir si je peux décaler la balade. Là, le gars me dit : « Bah, le problème, c’est qu’avec le vent, la mer est trop agitée, on n’arrive pas à repérer les baleines. Et en plus, on va être drôlement secoué dans l’hélico. Mais on fait comme tu veux ! ». Alors, je réfléchis et puis je lui dis que je vais attendre un peu, voir comment évolue la météo et que je me déciderai plus tard.

Hé ! Laurent Romeijko ! Qu’est-ce que tu fous ? T’as décidé de me pourrir la journée ou bien ?

Alors moralité, j’irai pas voir les baleines… Ca fait déjà 2 fois que je loupe notre rendez-vous, je pense qu’elles vont finir par se vexer. Je me contenterai du tour en kayak. Quand tu pars faire du kayak, tu dois enfiler tout un équipement qui te donne l’air bien futé. Mais tu dis rien, tout ça est censé être imperméable et vu la température de l’eau et le vent, t’as bien envie de rester au sec. Mais en fait, c’est pas complètement étanche… alors au final, tes manches et des mollets sont trempés. Il semblerait que chaque jour dans ce pays, je doive utiliser un sèche-linge… Mais c’est pas grave, on s’en fout, j’ai vu des phoques à fourrure qui pêchaient et qui se faisaient sécher sur des rochers. Ils m’ont jeté un regard vif (ou pas), on s’est jaugés et on a décidé de rester chacun à notre place. J’avais déjà suffisamment flipé parce que effectivement, les vagues, c’étaient pas de la gnognotte et qu’un kayak, c’est un peu comme une coquille de noix.

Alors après ça, je suis rentrée au camping quasi congelée et je me suis jetée dans le hot tub. Ah oui, parce que j’ai oublié de vous dire. Dans les campings, y a des piscines. Et presque toujours, elles sont chauffées. A 30°C.

Photos ici.