Buller dans la boue

Au petit matin, j’ose à peine sortir le nez de sous ma couette : ça fait de la fumée quand je respire… Un bon tour de chauffage plus tard, les vitres de Ben sont presque désembuées et le soleil qui passe à travers les arbres commence à sécher la pelouse. C’est l’heure d’aller voir de plus près ce qui se passe sous terre.

Rotorua est située dans la zone géothermique la plus dynamique de Nouvelle-Zélande. Les Maoris avaient donc décrété l’endroit sacré et aujourd’hui, près de 35% de la population de la ville est maorie (ce qui est nettement au-dessus de la moyenne nationale à 14%). Les deux principales attractions du coin sont donc la visite des sites géothermiques et les spectacles de chants et de danses traditionnels. J’ai donc fait les deux. Dans cet ordre.

Des geysers, j’en ai déjà vu (pfff… comment elle se la raconte l’autre !). Des tas. Des très grands, très bouillants et surtout qui jaillissent très régulièrement. Mais là, c’est quand même le plus haut geyser de l’hémisphère sud. Le Pohutu Geyser (ce qui se traduit par « Grand Splash » ou « Explosion ») est situé dans le parc Te Whakarewarewatangaoteopetauaawahiao (« Le soulèvement des guerriers partis à la guerre de Wahiao » ou plus communément appelé Whaka, on se demande bien pourquoi…).  Il crache son jet d’eau brûlant à près de 30 mètres de haut environ 20 fois par jour. Entre deux éruptions, ça continue de crachouter un peu. Mais y a tellement de vapeur qu’on ne voit pas ce qui se passe dans le trou. En tout, il y a près de 500 sites géothermiques dans le parc (sources chaudes, bains de boue bouillonnants, fumerolles et geysers). Y a donc de quoi faire. Et finalement, si on évite de marcher sous le vent, l’odeur est presque supportable.

Après m’être littéralement imprégnée de boue soufrée (ça colle aux pieds cette cochonnerie !), je suis allée visiter le centre culturel maori juste à côté. Les Néo-zélandais sont plutôt fiers de réussir à préserver ce pan de leur culture alors ils ont ouvert une école de sculpture et une école de tissage traditionnelles et ils ont recréé un village maori. Le clou de la visite est le spectacle donné par une troupe de guerriers Maoris avec chants, danses et haka. Le truc surprenant c’est que tous les Maoris n’ont pas le physique polynésien. En fait, le métissage est tel depuis toujours que les gens qui se revendiquent maori n’ont pas forcément la peau plus mate et les cheveux frisés (dit comme ça, je pourrais être maorie…). C’est plutôt une question de tradition et de culture que d’ethnie. En tout cas, c’est très chouette. Et très impressionnant, on dirait qu’ils vont nous manger tout crus !

Pour achever cette journée de la façon la plus agréable qui soit, je suis allée visiter les bains de Rotorua. Au début du siècle dernier (en 1908), profitant de la situation géographique et des sources chaudes de la ville, le gouvernement fit bâtir une immense demeure de style victorien assez jolie dans laquelle étaient dispensées des cures thermales. De nombreux Européens vinrent donc buller dans la boue et se faire électrocuter dans leur baignoire (oui, il parait que c’est très bon pour la circulation…). Mais la maintenance des canalisations et du bâtiment coûtait une petit fortune et l’endroit a dû être fermé. Le bâtiment est cependant resté en activité et a abrité jusqu’à la fin des années 90 un restaurant, un cabaret et même une boîte de nuit (ambiance Bains Douches, vraisemblablement). Depuis, tout ça a été transformé en musée et il reste juste une petite piscine en extérieur dans laquelle je suis allée me vautrer faire quelques brasses gracieusement.

Et puis, Ben commençait à en avoir marre de faire le pied de grue sur le parking alors on a repris la route et on est allés passer la nuit à Turangi, 150kms plus au sud, en plein cœur de l’île. Turangi est aux portes d’un autre parc, le Tongariro National Park, où là, c’est du sérieux, y a des volcans. Et ils sont même pas endormis… Mais ça, c’est l’histoire de demain.

Photos ici.

On a tous droit à une seconde chance…

Même Ben ! La vie est une farce.

Ce matin, de bonne heure et de bonne humeur (enfin… vers 9h30 et avec un soupçon de râlerie), j’ai chargé mes 30kgs de sacs sur mon dos (oui, va falloir se mettre au régime, ça commence à être pénible…) et je suis allée prendre le bus. Pour aller où ? Et bien… récupérer mon van, pardi !

Parce que oui. Je remets ça. Vous savez ce qu’on dit : quand on tombe de cheval… Bon, la vérité c’est que le van était déjà loué bien avant que je m’embrouille avec Ben.

Bref, je me traîne jusqu’à l’arrêt de bus. J’attends… J’attends… J’attends… 54 minutes !!! Parce que le bus, il ne passe qu’une fois par heure !!! Même s’il est indiqué sur le panneau  qu’il passe toutes les 10 minutes… Moi pas comprendre bus à Auckland… Mais je finis quand même par monter dedans et demander au chauffeur de m’indiquer quand on est arrivé à mon arrêt (parce que si les horaires sont déjà compliqués à comprendre, l’itinéraire du bus est juste un simple cauchemar). Je descends donc au bon endroit et je marche 20 minutes avec tout mon barda pour arriver jusqu’au dépôt de la compagnie de location qui se trouve au milieu de… rien. Bref, adieu mon zeste de bonne humeur.

Je remplis des papiers, j’en signe d’autres, le gars m’explique comment ça se passe en cas d’accident (euh… t’inquiète, je sais très bien comment ça se passe…) et il me dit : « Bougez pas, je vais faire le check-up du véhicule et je vous le ramène juste devant l’entrée ». OK. Et là… quand le van arrive… j’éclate de rire. C’est le même. Exactement le même. Tellement le même que lui aussi, il s’appelle Ben. J’en ai vu d’autres pourtant sur la route. Des Lily, Jim, Alex, roses avec des fleurs, jaunes avec des feuilles… Et bah non, moi, j’assiste à la résurrection de Ben. Tadaaaaaa !!

IMG_8284

Je vous laisse imaginer la tête du loueur quand je lui ai expliqué que je connaissais très bien Ben et que la dernière fois qu’on s’était vus, il s’éloignait à l’arrière une dépanneuse…

Je remonte donc en selle. Enfin, je me remets derrière le volant, quoi. Et me voilà à nouveau sur la route. J’aime autant vous dire que je serre très fort le volant et que j’ose à peine cligner des yeux. Et j’emmène Ben à Tauranga, à quelques 200kms de là.

Pas exactement à Tauranga en fait. Plus exactement au Mont Maunganui. Le Mont Maunganui est une montagne qui s’élève au bout d’une presqu’île, là, comme ça, comme sortie de la plage au milieu de nulle part (plage sur laquelle les lycées du coin viennent faire leurs cours de sport, ici, le surf est obligatoire…). Le must do, c’est de grimper au sommet de la collinette pour admirer la vue à 360° tout autour. Et c’est très joli. Y a des moutons qui tondent la pelouse, le soleil qui commence à se coucher et l’océan… partout. Comme dirait quelqu’un que je connais : « Pfffff… qu’est-ce que c’est beau ! »

Mais je ne suis pas en avance, je dois encore faire des courses et rouler jusqu’à Rotorua où j’ai décidé de passer la nuit. Alors je redescends de la montagne sacrée (oui, alors… chaque fois que tu vas quelque part en Nouvelle-Zélande, tu peux être à peu près sûr que c’est un endroit sacré pour les Maoris. Maunganui, ça veut « celui qui attrape la lumière du jour »… c’est poétique le maori) et j’arrive à Rotorua à la nuit noire. Le seul truc qui me fait dire que je suis au bon endroit, c’est l’odeur… Rotorua est une ville sacrée (bah tiens, ça m’aurait étonnée…), construite sur un site géothermique et ça sent le soufre…

Alors, avec Ben, on s’installe, et on passe la soirée chacun de notre côté. Lui, avec ses potes campervans, branché à la borne électrique et moi, avec les autres campeurs, dans la piscine d’eau chaude minérale. Ah oui, le camping en Nouvelle-Zélande c’est autre chose. Dans la majorité des campings, y a des sèche-cheveux dans les salles de bain (si, c’est important) et des piscines chauffées ou des jacuzzis. Et tout ça pour la moitié de ce que je payais en Australie. C’est bien simple, on se demande pourquoi les gens vont dans des hôtels. Y a juste un truc. Un tout petit truc, 3 fois rien. C’est juste que la Nouvelle-Zélande, c’est pas en zone tropicale. Si il fait 20°C dans la journée, il fait moins de 10°C la nuit. Et 10°C dehors = 10°C dans le van. Mais j’ai tout prévu ! Ce coup-ci, j’ai un mini-chauffage. Un truc qui fait le bruit d’un avion à réaction et qui transforme Ben en fournaise… Oh, je vous entends d’ici : « Jamais contente celle-là, toujours à se plaindre, blablabla… » Eh ! Je me plains pas ! Je partage un constat… Rien à voir…

Photos ici.

Ce n’est qu’un au-revoir…

Après les longues heures bercée par l’océan, j’ai continué avec les longues heures bercée par le bus. Très longues les heures. C’est pas compliqué, j’ai passé mon samedi dans le bus. 600kms, 10 heures. Je vous laisse faire le calcul, en Australie, on roule pas vite.

Alors certes, le paysage change un peu mais pas de quoi rester le nez collé à la fenêtre tout le trajet. Alors on s’occupe comme on peut, 1 film, 2 films, 3… ah non, plus de batteries. On n’est pas très nombreux alors chacun s’installe le plus confortablement possible et essaye de tromper l’ennui.

Du coup, c’est à la nuit tombée que je suis arrivée à Cairns dont je ne verrai que la zone commerciale où se situe le terminal des bus. Un minibus m’emmène directement à l’hostel où j’ai juste le temps de faire un saut dans la piscine (oui, moi, je ne vais que dans les hostels avec piscine…) puis dans la douche avant de constater qu’il est 22h et que c’est l’heure de faire son sac parce que le shuttle pour l’aéroport passe le lendemain à 8h.

Parce que ça y est, l’Australie, c’est fini ! Alors déjà que 3 semaines c’était bien trop court mais quand en plus, j’en gâche une entière à trainasser dans des bus, ça a un goût assez prononcé de frustration. Clairement, l’Australie, j’ai pas très bien géré. Alors je me dis que c’est pas grave, ça m’a donné un aperçu du pays, des autochtones, de la culture et ça m’a bien donné envie de revenir. Mais la prochaine fois, je ferai les choses bien. Je prendrai le temps et j’aurai un chauffeur…

En attendant, en route, direction Auckland !

Dernières photos de l’Australie, ici.

Bordez la grand-voile et la barre à tribord, moussaillon !

Après avoir passé 2 jours entiers vautrée dans un canapé (ô que oui, ça c’est un truc que je maîtrise sur le bout des coussins) à attendre la réponse fatidique de l’assurance (« non mademoiselle, on ne va pas vous donner un autre van, on ne peut pas se permettre de bousiller toute la flotte… »), j’ai donc quitté Agnes Water. En bus. Remarquez, après tout, j’ai traversé la moitié de l’Asie en bus, je vois pourquoi je me serais épargnée ce petit plaisir sous prétexte qu’on est sur un autre continent !

En fait, si. Je vois. Quand tu prends le bus en Asie et que t’es compactée entre 3 cages à poules, 2 sacs de riz et une mamie qui vomit, tu trouves que ça fait couleur locale. C’est un peu pour ça que tu prends le bus d’ailleurs (sauf pour la mamie, t’aurais préféré éviter mais bon). Et puis surtout, tu parcours tous ces kilomètres pour un prix dérisoire alors même si ça te prend des heures, tu te débrouilles pour avoir une place côté fenêtre et tu regardes défiler le paysage en chantonnant.

Mais ici. Les distances sont fantasmagoriques. Dans mon cas, 1300kms à faire en 5 jours. Et les tarifs vont avec. Rien en dessous de 75$ et encore, c’est plutôt une bonne affaire. Alors, pour ne pas mourir d’ennui, j’ai d’abord pris un bus de nuit. Le départ est à minuit sur un terrain vague à 30kms de la ville. Y a qu’ici que ça existe, ça. Heureusement, la guest house emmène les quelques galériens désargentés qui vont se faire les 9 heures de bus jusqu’à Airlie Beach. Parce que j’ai décidé de faire un stop à Airlie Beach, le camp de base des croisières dans les îles Whitsunday. Il me reste peu de jours avant de quitter l’Australie alors autant se faire plaisir ! En montant dans le bus, je suis à 2 doigts de regretter les bus vietnamiens avec leurs couchettes XXS… Bus de nuit, la bonne blague !  C’est juste un bus normal avec des amortisseurs bien fatigués et dont les sièges ne s’inclinent pas plus que ceux de la classe « économie » d’Air France. Alors je soupire… et je me débrouille pour dormir 4 heures avant d’apercevoir le soleil qui se lève et qui me fait oublier pour un moment que la nuit a achevé de ruiner mes cervicales déjà bien secouées par mes mésaventures avec feu Ben.

Par contre, rien à dire, les bus australiens sont réglés comme des coucous suisses. A 9h30, j’arrive à Airlie Beach. Encore une petite ville étendue le long de la plage. Sauf que celle-là à une marina qui n’a rien à envier à Saint Tropez. Et que comme ici, on ne peut pas se baigner dans l’océan (bien trop dangereux malheureux ! y a des méduses tueuses, des requins et des crocodiles qui attendent impatiemment que tu viennes tremper ton orteil pour s’offrir un bon déjeuner), tu trouves en plein milieu du centre-ville, un lagon d’eau de mer. Comme une immense piscine publique en plein air et gratuite avec maître-nageur et toboggans où tu peux barboter tranquillement et peaufiner ton bronzage. Très sympa. Tout autour, tout un tas de boutiques de souvenirs, de bars à jus et d’organic food. Very trendy. Et touristique. Parce que juste en face d’Airlie Beach, il y a les îles Whitsunday. Un archipel de plages de sable lavé avec Mir Laine le tout flottant dans une eau turquoise au-dessus de rien de moins que la Grande Barrière de Corail…

Au choix, on peut naviguer, plonger, faire du kayak, sauter en parachute, bref, si tu ne trouves rien à faire à Airlie Beach, c’est que t’as un baobab dans chaque main. Moi, j’ai décidé de m’offrir un tour sur le Derwent Hunter (sur les bons conseils des Nowmadz) et d’aller barboter au milieu des copains de Nemo (Nemo, lui, il était parti en vacances).

Derwent Hunter

Et c’était chouette. Quand on t’accueille à bord en te disant « Hello sunshine ! », tu trouves forcément que l’équipage est au top… Après réflexion, je me suis demandée si ça avait un rapport avec les hématomes multicolores qui parsèment mes bras et mes jambes… Mais passons, le bateau très chouette, y avait plein de vent, alors hisse-et-haut moussaillon et en avant ! Après un petit briefing sécurité et quelques mots sur l’histoire du bateau (parce qu’il est pas tout neuf le Derwent Hunter, depuis sa construction en 1945 il a été chalutier, il a fait des campagnes océanographiques, bref, le bois craque et on aime ça), on te dit de faire attention à tes affaires parce que y a beaucoup de vent aujourd’hui, les chapeaux risquent de s’envoler et le cri de « Un chapeau à la mer ! » n’a jamais été suffisant pour faire demi-tour. Je vous laisse donc deviner qui est la première idiote dont la casquette a pris le large à la première bourrasque…

Mais peu importe. Je profite. Le soleil brille, la mer clapote, les voiles claquent, les embruns te fouettent le visage et devant toi, un chapelet d’îles où tu pourrais jouer à Robinson Crusoé avec de longs bancs de sable… pas mal du tout.

Le clou du pestacle, évidemment, ce sont les 2 arrêts snorkelling. Après avoir enfilé une combinaison intégrale ultra sexy (je sais, c’est le genre de trucs qui ne va pas à tout le monde, mais moi, ça me va comme un gant, je le sais parce que c’est le capitaine qui me l’a dit…), tout le monde saute à l’eau avec masque, palmes et tuba. Et là, c’est comme si tu te retrouvais dans un aquarium géant. Sauf qu’en plus des centaines de poissons multicolores et de toutes les tailles qui semblent à peine remarquer les baleines qui flottent au-dessus d’eux, y a les coraux. Des forêts de coraux. Alors c’est ultra cliché mais c’est complètement dingue les couleurs qui s’épanouissent au fond de l’eau. Des trucs bleus, roses, jaunes, fluos, violets, avec des petits filaments, des grosses éponges, des tentacules… pfiou ! y en a tellement que tu sais pas où donner de la tête. C’est magnifique.

Ce qui l’est un peu moins, c’est que tu vois bien que par endroits, les coraux sont cassés parce que les gens ont marché dessus. Et comme tu sais à quel point cet écosystème est fragile, tu te demandes si c’est vraiment bien que tous ces gens viennent barboter ici. Et si les petits poissons ont vraiment besoin de toute cette crème solaire qu’on leur déverse sur la tête. Mais c’est tellement beau…

Après tous ces efforts (quoi ? t’as déjà barboté 2 heures en respirant dans un tuba tordu qui prend l’eau ? ça crève…), on a droit à un super déjeuner et… une bonne grosse averse ! Le ciel est devenu tout noir et tout le monde essaye de se trouver un endroit à l’abri mais sur un voilier… Heureusement, l’équipage a tout prévu et c’est distribution de cirés pour tout le monde. Et puis on remet le cap sur Airlie Beach et en route, le soleil revient pour sécher les voiles et réchauffer les apprentis moussaillons qui commençaient à trouver que la voile sous la pluie, ça avait un petit côté moins fun.

Alors voilà, il reste encore 600kms et je vais donc passer la journée de demain dans le bus pour rejoindre Cairns. J’ai pas trouvé de solution pour avoir le temps de visiter la ville. Ce sera pour la prochaine fois. Parce qu’il y aura une prochaine fois ! Ce petit séjour était déjà bien court mais cette dernière semaine a un petit goût trop prononcé de frustration. Alors je sais pas quand ni comment, mais l’Australie et moi, on en a pas fini !

Photos ici (déconseillé aux gens qui dépriment parce qu’il a neigé à Paris le 4 avril…)

Je vais bien, ne vous en faites pas

Avec un titre pareil, je suis obligée de vous raconter la fin avant le début de l’histoire. Je vais bien. Je suis en un seul morceau. Un peu bleu le morceau, un peu secoué, mais entier.

Alors reprenons.

Vendredi dernier, j’ai quitté ma famille d’adoption au volant de Ben. Sous un soleil de plomb radieux, je me suis offert une petite balade le long de la côte dans le Noosa National Park, puis un bain dans le Pacifique sud (comment expliquer que cet océan soit toujours aussi beau, propre et cristallin et que nous, on soit pas foutu d’avoir une Méditerranée où on peut voir ses pieds ? Mystère…), puis un délicieux sandwich au jambon vert (parce que c’est un jambon au pesto, bande d’ignares, il était pas périmé !) et pour finir, une délicieuse ice-cream au fruit de la passion…

Puis je me suis mise en quête d’un caravan park où passer la nuit parce que Ben avait vraiment besoin d’électricité et que les 60kms qu’on avait roulés ne lui suffisaient pas. Sauf que. C’est le week-end de Pâques. Over busy week-end comme ils disent. Cerise sur le cupcake, c’est aussi le premier jour des vacances scolaires… Autrement dit, les places en caravan park sont une denrée rare. Mais je ne m’en fais pas, je sais que même si je dois rouler un peu, je finirai bien par trouver quelque chose, je ne vais pas faire ma difficile. Mais la chance est avec moi (à ce moment-là), le deuxième essai est le bon, le caravan park est over full mais la dame me trouve quand même une petite place. Chère la petite place. Très chère. 44$. Bah oui, mais c’est peak season là ma bonne dame ! Bon, de toute façon, faut vraiment recharger la batterie et puis faut que je fasse une lessive so

Alors je m’installe, je lave, je sèche, je mets à jour le blog (pour mes fidèles et insatiables lecteurs…), je mets les photos en ligne, je fais cuire des pâtes (oui, je vous passe le moment où on m’a montré qu’en fait, y avait pas besoin d’allumettes pour faire fonctionner mon réchaud et l’air extrêmement malin que j’ai eu…), je range un peu Ben, je fais la poussière, bref, je me prépare pour la seconde moitié du road trip. C’est qu’il nous reste pas loin de 1800kms à parcourir en 10 jours !

En fin de soirée, la pluie s’invite à la fête. Pas le petit crachin breton où tu rentres la tête dans les épaules et où tu fais semblant de ne pas voir les gouttelettes qui s’accrochent à tes lunettes. Non.  La bonne grosse pluie qui tambourine sur le toit de Ben et qui m’oblige à m’enfermer dedans en me disant que c’était bien la peine de faire la vaisselle, j’aurais pu juste laisser la casserole dehors… Mais la vérité, j’aime bien le bruit de la pluie quand je suis à l’abri. Alors, même si le concert dure une bonne partie de la nuit, pas de quoi entamer mon moral.

Au petit matin, le ciel est gris. Tant mieux, il va pas faire trop chaud. Ben et moi, on reprend la route. On s’arrête faire des courses à Gympie, dans un des ces centres commerciaux qui bordent l’autoroute. Je passe chez le boucher pour refaire le plein de saucisses, chez le boulanger pour faire le plein de toasts, je suis parée pour les 3 prochains jours en totale autonomie. Alors, en avant ! La journée est longue, la pluie m’accompagne quasiment tout le long de route et on fait 420kms pour rejoindre la toute petite ville de Seventeen Seventy. Town of 1770 est en fait l’endroit où est arrivé le capitaine Cook en 1770 quand il a entrepris d’exploré la côte au nord de Sydney. Pas grand-chose à voir, juste une autre immense plage, la mer qui part à 3kms à marée basse et un chouette point de vue sur l’océan qui, comme d’habitude, s’étale à perte de vue. On est à 60kms de la première ville, perdus au bout du monde…

Ce soir, c’est donc camping sauvage sur un parking le long de la plage. On ne peut pas toujours tout avoir alors la douche est froide mais la pluie s’est arrêtée et j’ai à nouveau droit à un superbe coucher de soleil pour l’apéro.

Je ne suis pas la seule à squatter ce parking. L’heure avance et les vans arrivent un par un se garer pour la nuit. Il faut dire que bon nombre de parkings indiquent clairement « No overnight stay » alors quand on trouve au même endroit, un barbecue, des toilettes et rien qui dit « on va venir vous déloger pendant la nuit », on réfléchit pas trop longtemps. On est donc 6 ou 7 à se partager le parking cette nuit.

Ce matin, ce sont les cris des enfants qui vont jouer sur la plage qui me tirent du sommeil. Sous l’œil curieux d’une tripotée d’oiseaux multicolores, je retente l’expérience des œufs au plat au barbecue. C’est un triomphe, plus rien ne me résiste, pas même la fourmilière qui avait élu domicile dans le barbecue et qui trouve mon intervention plutôt désagréable. 5000 petites bestioles se mettent à courir dans tous les sens, sortant de sous la plaque brûlante et s’éparpillant partout. Quelle idée aussi d’aller s’installer sur des résistances électriques !

Et puis, avec Ben, on se remet en route. Juste à côté de Seventeen Seventy, il y a Agnes Water, une bourgade à peine plus grande qui concentre tout ce qui existe d’hébergements et d’écoles de surf dans le coin. Alors on remet un peu d’essence et on reprend la direction de l’autoroute. Sauf que. Je roule souvent très à gauche. La faute à mon habitude de rouler à droite. Et le bord de la route est bien défoncé par les dernières inondations. Alors, 10kms plus loin, ma roue tombe dans un trou. L’arrière de la voiture se met à chasser. J’essaye de redresser mais Ben n’aime pas ça, il part en tête à queue. A peine le temps de réaliser ce qu’il se passe, on traverse la route et on finit dans un arbre. Crash.

La voiture s’arrête, je coupe le contact et je réalise que… je n’ai rien. L’arbre a tapé côté passager, la vitre a explosé, le pare-brise est plié, la boîte à gants est éventrée mais moi… je suis entière. Mon cerveau se met à faire la liste des choses à faire : descendre de la voiture, aller chercher mon téléphone dans mon sac à l’arrière, trouver le numéro de l’assistance dans les papiers, ranger toutes mes affaires parce que clairement, je ne vais aller nulle part avec ce van… Evidemment, mon téléphone ne capte rien. Je commence à récupérer mes affaires en prenant soin d’éviter les morceaux de verre. Une voiture s’arrête au bord de la route. « Are you OK ? » Euh… yes, yes, I’m OK… Un autre van s’arrête aussi. Le gars a un téléphone qui capte, lui. Alors, on appelle l’assurance, il leur explique où je suis, ce qui s’est passé. Le gars de l’assurance veut me parler. Il veut s’assurer que je vais bien, que je n’ai pas besoin d’aller à l’hôpital. Et puis, il m’explique que week-end de Pâques oblige, il ne va rien se passer avant mardi matin (on est dimanche matin). Qu’une dépanneuse va venir sortir le van du fossé, me remorquer jusqu’au camping le plus proche et qu’on me contactera mardi matin pour me dire comment va se passer la suite. OK, je dis. Je ne peux plus conduire mais je peux rester dans le van, l’arrière n’est pas abimé.

Alors je me mets à attendre. Une bonne trentaine de voitures vont s’arrêter pendant les 4 heures suivantes, tout le monde est très gentil, me demande si je n’ai besoin de rien, si j’ai appelé l’assurance, si je vais bien. Je vais bien. Je réalise que j’ai eu beaucoup de chance. J’ai un peu les jambes en coton maintenant. Je repense à cet accident de cheval que j’ai eu il y a quelques années et où là aussi, par miracle, je n’avais rien eu (un poignet en vrac mais étant donné que je ne portais pas de bombe, on peut considérer que ce n’était rien). Dieu n’existe pas mais j’ai quand même une bonne étoile. Et puis je commence à réaliser que si rien ne bouge d’ici mardi, il ne va me rester que 4 ou 5 jours pour rejoindre Cairns. Et là, ça va pas être rigolo. Va falloir rouler, rouler, rouler.

Au moment où la dépanneuse arrive (4 bonnes heures plus tard…), une énième voiture s’arrête. C’est Kevin. Il a le cheveu long, il est pieds nus et il a la soixantaine. Il me propose de m’emmener chez lui pour que je puisse rappeler l’assurance et il me dit qu’il me ramènera en ville ensuite. Il connaît bien le dépanneur. Ils conviennent que je repasse un peu plus tard au garage pour récupérer toutes mes affaires. OK, je dis. Alors je monte en voiture avec Kevin. Kevin habite au milieu du bush. Une grande bicoque dont la véranda est remplie de matériaux de construction. Y a des poules et quelques paons qui arpentent la pelouse tondue au cordeau. Il me montre où est le téléphone et puis il me dit qu’il doit aller faire des courses mais qu’il sera de retour dans 2 heures, qu’en attendant, je peux piquer une tête dans la piscine, prendre une douche, me faire un café, piquer des trucs dans le frigo, regarder la télé, bref « sit down and relax ». Et il s’en va. Alors je rappelle l’assurance. C’est le département Accident qui s’occupe de la suite alors le gars que j’ai au téléphone ne peut pas me dire ce qu’il va se passer. Mais il me donne une adresse e-mail à contacter et il me dit qu’il transmet le dossier. Du coup, je prends une douche et je me plante devant la télé. En me regardant dans la glace, je constate que j’ai quelques jolis bleus laissés par la ceinture de sécurité. Par la fenêtre, je vois des kangourous qui traversent le jardin en bondissant. Je suis crevée.

Et puis Kevin revient. On repart chercher le reste de mes affaires et il m’emmène en ville dans un hostel sympa et pas trop cher. Il s’assure que tout va bien et il me laisse son numéro en me disant de l’appeler si j’ai besoin de quoi que ce soit. Et puis il me dit de faire bien attention à moi. Moi, j’en reviens toujours pas que les gens soient aussi sympas. J’ai jamais eu d’accident en France mais je suis pas sûre que quelqu’un m’emmènerait chez lui, me laisserait seule pendant 2 heures et prendrait le temps de s’occuper de moi alors qu’on se connaît depuis 10 minutes.

Alors, je m’installe dans cet hostel. Je me retrouve avec des sacs de nourriture dont je ne sais pas trop quoi faire. Ca fait tout drôle de retrouver l’ambiance guest house après avoir eu mon « chez moi » quelques temps. L’assurance doit me rappeler le lendemain. Alors, j’attends…

Je vais bien, ne vous en faites pas.

Photos ici.

Family time !

Cette nuit le long du trottoir à Redcliffe a été aussi bonne si ce n’est meilleure que les précédentes. Un petit parfum supplémentaire d’aventure je suppose… Personne n’est venu me réveiller au beau milieu de la nuit pour me dire de dégager, j’entendais les vagues se fracasser régulièrement sur la plage en contrebas et j’ai été réveillée par les piaillements énergiques de drôles d’oiseaux aux becs longs, fins et recourbés (qui sont obligés de se démancher le cou quand ils veulent boire parce que la nature est mal faite, ce ridicule appendice ne fait pas paille).

Comme je n’ai pas l’intention de rester sur mon échec cuisant de la veille avec le réchaud, je décide de me faire un petit déj digne de ce nom et de me faire des œufs au plat avec des toasts. Facile, j’ai un barbecue. Moins facile, comment faire cuire un œuf au plat  sur une plaque incurvée avec un trou au milieu ? Mais mon deuxième prénom, c’est Mac Gyver, je suis trop futée, je décide de faire cuire les toasts sur le barbecue puis de casser les œufs dessus (les toasts) pour qu’ils cuisent à travers. Brilliant, isn’t it ? Sauf que. Au bout de 10 minutes, je me retrouve avec des toasts quasi carbonisés et des œufs crus… Comprends pas, c’était pourtant l’idée du siècle. Les lois de la thermodynamique doivent être différentes de ce côté du globe (d’ailleurs, c’est vrai, l’eau tourbillonne dans l’autre sens dans l’évier), ça a tout fait foirer. Du coup, aux grands maux les grands remèdes, je retourne mes oeufs toastés directement sur la plaque du barbecue et je prie pour ne pas me retrouver avec une omelette géante… Et ça marche ! Tadaaaaa !

IMG_8042

Je suis trop fière de moi. Mac Gyver est trop fier de moi. Les Castors Juniors sont trop fiers de moi.

Bon. Et en quel honneur ce petit déj de championne ? Et bah parce que aujourd’hui, je gravis le Mont Beerwah. Et ouais ! Rien que ça. En fait non. Pas rien que ça. J’escalade le Mont Ngungun aussi. Exactement. Deux pour le prix d’un. Aujourd’hui, je quitte la côte (enfin… je suis à 50kms, hein, on s’affole pas) et j’explore le Glass House Mountains National Park. Marre des plages, un peu de dénivelé, nom d’un koala ! Elles sont jolies ces montagnes en plus, elles sont là, comme ça, plantées au beau milieu de rien, toutes vertes et elles racontent une légende aborigène d’une cruauté absolue (c’est l’histoire d’un papa montagne qui disloque le cou de son fils parce qu’il n’a pas aidé sa maman montagne enceinte à se sauver lors d’une inondation alors qu’en fait, elle ne va même pas se noyer…), il était donc temps de faire autre chose que lézarder sur la plage.

Alors, on se détend tout de suite, ça a beau s’appeler les Glass House Mountains, le Mont Beerwah culmine à 556m et le Ngungun à 253. Pas de quoi fouetter un chat. Juste de quoi se prendre une bonne suée. Mais la vue à l’arrivée, ça envoie de la bûchette. Ce qui est surtout impressionnant, c’est de constater qu’à 50kms de la côte, y a déjà plus une ville à l’horizon. Les Australiens, qui vivent dans un pays dans lequel on pourrait caser toute l’Europe et y aurait encore de la place, peuplent 1% du territoire. Ils ont d’ailleurs une expression pour ça : ils disent qu’ils habitent « dans la véranda » de l’Australie.

Après cette journée sportive, j’ai fini ma course dans la Diamond Valley (ça ne s’invente pas), un petit village caché au pied des fameuses montagnes. Et pourquoi là je vous prie ? Et bien parce que c’est là qu’habitent Dawn et Grace. Et c’est qui ça, Dawn et Grace ? Souvenez-vous, je les avais rencontrées au Vietnam, à Dalat et elles m’avaient proposé de venir passer quelques jours chez elles, sur la Sunshine Coast. Family time !

Alors, dans la famille il y a Dawn, la maman, Russell, le papa, Grace, la fille, et Stuart, le fils. Ces quatre-là sont les gens les plus accueillants et chaleureux qui existent au monde. Ils se sont pliés en quatre pour me faire découvrir leur région et leur culture. J’ai donc eu droit à un petit survol de la côte en avion (Stuart passe son permis de pilote, ça aide), une balade dans une forêt pluviale primitive (sans la pluie mais avec les sangsues…) et une longue journée riche en émotions dans le Great Sandy National Park. Pour se rendre dans le Great Sandy National Park, il faut un 4×4. Parce qu’il n’y a pas de route. Il y a du sable (comme son nom l’indique). Quand nous sommes arrivés sur la plage, nous avons aperçu au loin un petit monsieur en costume perché sur des rochers. Et quand on s’est approchés, on s’est aperçus qu’avec le petit monsieur en costume, il y en avait un autre avec une caméra. Et ces deux-là se sont littéralement jetés sur nous et ont demandé à Russell ce qu’il pensait de l’état de la plage. Cette pauvre plage, bien connue dans le coin, a été partiellement vidée de son sable lors de récents orages et du coup, y a plein de cailloux. Des coffee rocks pour être précis. C’est beaucoup moins marrant à traverser. Et apparemment, ça intéresse la télé. Russell a donc donné son avis et a précisé qu’il venait aujourd’hui parce qu’il avait une visiteuse française à qui il voulait montrer les dunes. Et voilà comment je suis devenue une star de la télé australienne. Bon, le type doit croire que la France est un pays sous-développé parce qu’il m’a demandé si j’avais déjà vu un hélicoptère… Mais passons, il était rigolo. Après ça, on roule, on roule, on roule sur la plage. Des kilomètres. Vous avez déjà vu ça vous ? Une plage où on peut rouler sur près de 40kms sans rien voir d’autre que des dunes à gauche et l’océan à droite ? Evidemment non. Chez nous, déjà, on n’a pas le droit de rouler sur les plages. Et puis 40kms de littoral sans un bloc de béton, ça serait un sacré manque à gagner. Surtout avec une vue pareille. Ici, c’est juste normal. Quelques familles ont installé des campements le long des dunes, elles vont passer le week-end ici, à pêcher, faire des châteaux de sable et regarder l’océan. Nous, on trace. On va tout au bout, à Rainbow Beach. Rainbow Beach s’appelle Rainbow Beach parce que les dunes qui encerclent la plage sont multicolores. Bon, ça reste dans les jaunes, orangés et ocres mais c’est sacrément joli. Alors on pique-nique là. Et là, c’est l’apothéose. Des dauphins ont décidé de venir jouer dans les vagues, juste sous notre nez. Y en a même un qui surfe sur sa queue et fait des bonds gigantesques. Pour un peu, on l’entendrait rigoler tout seul. Ma-gique…

IMG_8097

Sur le chemin du retour, Russell a décidé qu’il était temps de me faire rencontrer les flics australiens. Est-ce que vous pouvez croire qu’ici, il est possible de se faire flasher sur une plage et arrêter par des types qui portent un flingue à la ceinture et un short ? Un short !

IMG_8099

Non mais sans rire, comment tu veux prendre au sérieux un type en short qui t’arrête sur une plage et qui te dit « Euh… Bonjour Monsieur. Vous savez à combien vous rouliez là ? ». Bon, cela étant dit, faut pas trop rigoler quand même parce que les excès de vitesse sur plage, ça coûte cher… Mais le plus drôle, c’est que 5kms plus loin, y a une autre brigade de types en short qui eux, te font souffler dans le ballon. Alors, forcément, tu te dis : « Mais pourquoi donc tant de shorts sur cette plage ? ». Et bah parce que demain, c’est Vendredi Saint. Et qu’en Australie, Vendredi Saint, c’est férié et c’est un peu comme un de nos viaducs du mois de mai, tout le monde part en week-end, camper au bord de la plage. Autant dire que les petits gars en short, ils vont avoir du boulot ce week-end !

Enfin bref, ces quelques jours à partager la vie de Dawn, Russell, Grace et Stuart furent un vrai bonheur. Le tout arrosé de bon vin, de bonnes poilades (T’as déjà essayé d’expliquer à des Australiens ce que veut dire « ça casse pas 3 pattes à un canard » ? Ils sont à 2 doigts de t’accuser de torture sur animaux !) et de délicieux repas, ça n’a pas été facile de repartir…

Mais Ben commençait à faire la tronche, ça faisait 3 jours qu’on ne se parlait plus, la batterie du frigo était sur le point de rendre l’âme, fallait faire quelque chose. Alors ce matin, j’ai repris la route. Avec, pour me consoler, un gros œuf en chocolat que m’ont offert mes amis du bout du monde. Joyeuses Pâques !

Photos ici.

Aujourd’hui, Ben est entré dans ma vie…

Ha ha ! Je vous vois déjà ! Mais… c’est qui ce Ben ? D’où il vient ? Il fait quoi dans la vie ? Il est roux ?

Alors, je vais pas vous faire languir… Ben est effectivement roux, c’est un hippie et il est beau comme un camion. C’est normal, c’est un camion. Voilà, c’est Ben.

IMG_8019

Depuis ce matin, j’habite chez Ben. Dans Ben pour être exacte. Mais ça ne sonne pas très bien, on pourrait comprendre que j’habite dans une benne, ce qui n’est évidemment pas le cas, ça pourrait prêter à confusion. Bref, depuis ce matin, mes frères peuvent enfin dire légitimement que je suis une hippie (c’est comme le Port Salut, c’est marqué dessus).

Ça n’a évidemment pas été une mince affaire de récupérer Ben. Il a fallu que je me rende au fin fond de la zone industrielle de Sydney, que j’aperçoive Ben dans un coin du parking, que je me dise « Omaillegode ! Faites que je me trimballe pas dans un truc aussi voyant… », que Dieu ne m’entende pas (encore une preuve de plus s’il en fallait de la non-existence de Dieu…), que je me fasse encore délester d’une bonne centaine de dollars pour une assurance « bris de glace » (dont l’histoire dira que c’était une bonne idée de la prendre cette assurance…), que la petite dame me montre tous les trucs et astuces du parfait hippie (non parce que ça a l’air simple comme ça mais pour réussir à caser un séjour-salon-salle-à-manger-cuisine-chambre dans 6m², faut être un peu un as de l’optimisation), que je me répète pas loin de 200 fois « Ici, on roule à gauche, A GAUCHE, A GAU-CHE ! » et c’est parti mon kiki !!

Comme j’ai décidé de me la jouer warrior ultra, j’ai pas de GPS, juste un atlas de l’Australie au 1/1 000 000 et le Lonely Planet (et on sait ce que valent les cartes du Lonely…). Autant dire que sortir de Sydney fut un jeu d’enfant… (« A gauche, à gauche, à gauche… aaaAAAAAH ! Mais qu’est-ce qu’il fout là celui-là ??!! … Ah oui, ils roulent à gauche… ») Mais comme rien ne m’arrête et qu’ici, ils s’en foutent complètement de savoir combien j’ai de points sur mon permis (rappelons juste que je n’ai pas conduit depuis plus de 6 mois et que j’ai récemment écrasé un chien à moto), je me retrouve bientôt fièrement sur la Pacific Highway, direction plein nord parce que c’est pas tout mais j’ai quand même pas loin de 2800kms à avaler en 15 jours…

Bon. L’étape numéro 1, c’est de faire les courses pour remplir le frigo. Vous savez depuis combien de temps je ne suis pas allée « faire les courses » ? Du coup, je suis toute contente de gambader dans les allées du supermarché au volant de mon caddie et je vis même un moment de bonheur particulièrement intense au moment de comparer les prix au litre des liquides vaisselle… Rendez vous compte : je vais devoir faire la vaisselle, faire cuire des pâtes, faire mon lit (… ah non, ça, apparemment, j’ai pas pris l’option). Bref, je retrouve des habitudes de la vraie vie… j’en suis tellement contente que j’en oublie de vérifier qu’il y a bien un pont au bout de la route et que je suis bonne pour faire un détour de 50kms…

Alors 50kms, dit comme ça, ça a l’air de rien. Mais avec Ben, 50kms, ça prend pas loin d’une demi-heure. Ça prend même une bonne demi-heure. Parce que Ben, il est gros et il roule pas vite ou alors il consomme à mort. Et puis, la Pacific Highway, c’est pas l’A6. Ça ressemble plutôt à l’A86 au niveau de Versailles, là où c’est tout le temps en travaux. Et quand il y a des travaux, on divise la vitesse par 2. Autant dire que les 450kms prévus initialement pour cette première journée se réduisent à 250. Et que je me dis qu’il va pas falloir trop se planter sur l’itinéraire si je veux pas passer tout mon temps le coude à la portière.

Mais c’est pas grave. Pour cette première nuit, Ben et moi, on choisit de s’arrêter au Myall Lake National Park où on opte pour un camping privé tout confort où Ben peut même étancher sa soif d’électricité (bah oui, le frigo ne marche pas à l’énergie solaire, c’est mal fait mais c’est comme ça). C’est super joli, il y a plein d’oiseaux qui chantent dans le soleil couchant, le lac vient lécher nos pieds et y a même des kangourous qui me raccompagnent après que je sois allée prendre une douche. Décidément, c’est pas farouche ces bêtes-là ! Pendant que je me prépare un festin (soupe Maggie et tartines de cream cheese… hummm ! j’ai toujours été un vrai cordon bleu…), je vois passer un dingo et 2 autres petites bestioles qui courent bien trop vite pour être identifées. Mouais… vais pas rester trop longtemps dehors moi, c’est bien trop habité cette nature !

Le lendemain matin, réveillée par le soleil qui est entré dans l’angle de mon hublot, je me mets en quête de faire du thé. Et là… c’est le drame. Je m’aperçois que certes, j’ai bien raccordé Ben à la borne électrique mais oups ! j’ai oublié d’appuyer sur « ON » et donc Ben n’a absolument pas rechargé ses batteries pendant la nuit… C’était bien la peine de demander exprès un « powered site », pfff !

Après un lavage de bol acrobatique (T’as déjà essayé de faire la vaisselle dans un évier à hauteur de tes épaules avec un robinet qui marche comme une pompe, c’est-à-dire que d’une main, tu laves le bol et de l’autre, tu pompes, le tout avec les coudes au niveau des oreilles ? Non ? Et bah, n’essaye pas…), Ben et moi, on reprend la route. Aujourd’hui, on va à Port Macquarie. En route, on s’arrête au Booti-booti National Park, sur une de ces petites plages comme il y en a des tas le long de cette côte australienne, un immense banc de sable blanc tout fin qui crisse sous les pieds, des rouleaux turquoises qui déferlent sans arrêt et une grappe de surfeurs qui tentent de dompter l’océan. Nan, vraiment, c’est pas facile…

Il est impressionnant cet océan d’ailleurs… On sait qu’il est dangereux, qu’il y a des courants qui peuvent t’emporter à tout jamais, qu’il y a des requins, des méduses, des crocodiles… bon, moi, quand je vois une grappe de surfeurs tranquillement en train de barboter, je me dis que je peux m’y risquer aussi, faudrait vraiment que j’ai la poisse pour que ce soit mes orteils que le requin ait décidé de venir chatouiller (hum, hum… certes, la poisse n’est jamais bien loin, ne l’oublions pas). Et puis l’eau est suuuuper froide ! Au moins 25°C ! Ou peut-être 20, aucune idée. De toute façon, t’as pas le temps de te dire « Ouh mon dieu, qu’elle est froide ! », t’as déjà été submergé par 3 vagues. Vivifiant.

Mais qu’est-ce que c’est beau… Ouais, on peut se dire, ces Australiens, vraiment, ils en font des caisses, tous les noms dans le coin c’est genre Gold Coast, Sunshine Coast, Surfer’s Paradise, Palm Beach… Sauf qu’en fait, c’est vraiment super beau. Des kilomètres de sable blanc, des dunes parsemées de petits brins d’herbes (comme c’est bucolique…), des milliers de mouettes qui tournoient (ce qui peut vite devenir un problème quand t’as décidé de manger un sandwich) et l’océan à perte de vue… L’océan bleu, bleu roi, bleu turquoise, bleu lagon, bleu océan… une vraie carte postale. Ma-gni-fique !

Et ça tombe bien parce que grosso modo, c’est à peu près l’essentiel du programme pour les 2 semaines à venir. Alors en attendant, Ben et moi, on profite. On compare les vagues d’une plage à l’autre, on s’octroie de longues pauses déjeuner, on se fait griller des saucisses sur les barbecues électriques présents un peu partout, on roule un peu (pas mal à vrai dire) la fenêtre grande ouverte et la radio à fond, on va 2 fois jusqu’au phare de Byron Bay (une fois sous la pluie et une fois au soleil, juste pour être sûrs de n’avoir rien loupé) et ainsi défile la route jusqu’à Brisbane.

Au moment d’atteindre Brisbane, on hésite. La première idée c’était d’y passer la nuit et de visiter un peu la ville. Sauf que. Entrer dans une grosse ville comme ça qu’on ne connait pas au volant de Ben, c’est un peu angoissant. Et puis, dans la ville même, y a pas de camping. Et se retrouver parquer dans une lointaine banlieue ne présente pas grand intérêt. Alors finalement, on n’entre pas, on contourne. Brisbane, ce sera pour la prochaine fois.

En attendant, on tente le camping sauvage. Oui, parce que tout ça c’est bien joli mais à 32$ en moyenne l’emplacement en caravan park, faut trouver des solutions. Pour cette première expérience, je choisis Redcliffe, une petite ville qui s’étire le long de la plage à quelques kilomètres au nord de Brisbane. Comme partout, il y a bien 2 ou 3 caravan parks qui ne demandent qu’à nous accueillir mais ce soir, on a décidé de se la jouer solo. Alors, après avoir arpenté le front de mer, on choisit un endroit sympa (j’ai bien vérifié avant qu’il n’y avait pas marqué « No camping »), face à l’océan, avec barbecues et sanitaires (eau chaude dans les douches, si ça c’est pas la grande classe) et après un petit bain de mer, c’est toute fière de moi que je m’apprête à faire cuire mes pâtes sur le réchaud au gaz de Ben. Sauf que. Y a des jours où je serai bien contente de fumer. Bah oui. Parce que là, j’ai tout ce qu’il faut (l’eau, les pâtes, la sauce tomate, les restes de saucisses à mettre dedans) sauf que je n’ai rien pour allumer mon réchaud. Pas la moindre allumette à l’horizon. Et les Australiens ne fument pas non plus (le paquet de cigarettes à 20$ a l’air d’être dissuasif…) ou alors le pays est en rupture de briquet mais rien à faire, pas moyen d’allumer ce foutu réchaud, je remballe donc mes pâtes. Grumpf !

Mais heureusement, pour me consoler, le soleil qui se couche enflamme le ciel et j’ai droit à un sacré spectacle pour moi toute seule. Et Ben. Et les quelques joggeurs qui trouvent eux aussi que l’endroit est sympa. Et qui me lancent des « Hello ! » quand ils m’aperçoivent à l’arrière du van. Puis qui engagent carrément la conversation quand ils me voient peler mes carottes. Décidément, qu’est-ce qu’ils sont sympas ces Australiens…

Photos ici.

Du café, de l’eau et des motos

Comme je vous disais, j’ai donc rencontré Chirag, Sebastian et Cat dans le minibus qui m’emmenait à Paksé. Ils sont respectivement indien, allemand et singapourienne et travaillent tous les 3 à Singapour. Ils ont 2 semaines de vacances par an (les pauvres…) et comme dimanche, c’est le Nouvel An chinois, ils en profitent pour traverser le Laos en 8 jours. Autant dire qu’ils n’ont pas de temps à perdre.

Eux, ils ont prévu d’aller faire un tour à moto pendant 2 ou 3 jours sur le plateau des Bolovens. L’occasion est tentante mais ma dernière tentative de conduire un truc à 2 roues avec un moteur s’est soldée par un lamentable échec (et la crise cardiaque d’un poulet). Mais bon, il paraît que quand on tombe de cheval, il faut remonter sinon après, on a peur (la vérité, c’est que même quand on remonte, on a peur, mais c’est peut-être valable uniquement pour les chevaux).

Bref, ils me persuadent que conduire une moto, c’est du pipi de chat et on décide de passer la nuit à Paksé et de partir le lendemain matin. En attendant, Cat et moi (oui, Cat non plus, elle ne sait pas conduire), on décide d’aller s’entraîner. On négocie donc avec un loueur de motos qu’il nous apprenne vite fait comment ça marche et on tente quelques allers retours dans une petite ruelle. C’est vrai qu’après tout, c’est pas si compliqué. Et puis, quand la route n’est pas encombrée de vaches, veaux, chiens, cochons, couvées, ça aide. Entre temps, on a trouvé une nouvelle recrue, Céline, française, qui avait bien envie d’aller elle aussi se balader mais qui ne voulait pas y aller toute seule : notre équipe est au complet. On se donne rendez-vous le lendemain matin et  c’est fièrement que je prends la route au guidon de mon 110cc semi-automatique : une bikeuse est née.

Qu’y a-t-il donc à voir sur le plateau des Bolovens ? Bon bah déjà, c’est un peu en altitude donc il y fait un peu moins chaud qu’ailleurs et ça, ça fait du bien. Ensuite, c’est là que pousse le meilleur café du monde du Laos. Et enfin, c’est plein de magnifiques cascades perdues dans la jungle qui attendent juste qu’on vienne se baigner dedans. D’ailleurs, on passe la première journée à aller de cascade en cascade tant et si bien qu’à la fin, les cascades, on en est un peu blasés. On décide alors de passer la nuit à Paksong, officiellement la capitale du café et dans la vraie vie un trou paumé où il y a 2 restaurants et 3 guest houses et où, pour la première fois depuis 1 mois, j’ai froid. Bah oui, il fait que 20°C… On va donc s’occuper en buvant des BeerLao dans un resto où braille un karaoké qui alterne chansons coréennes, chinoises et occidentales (on les soupçonne d’avoir mis les chansons anglaises juste pour nous) et où on fera la fermeture… à 21h30.

Le lendemain, on reprend la route direction Tad Lo, un peu plus au nord. Au programme, un joli point de vue depuis le sommet d’une cascade à sec (oui, on est en saison sèche, y a pas d’eau). En arrivant au village, on se fait arrêter par un troupeau d’enfants qui nous disent de mettre nos motos au parking et de continuer à pieds. Ils se proposent même de nous y emmener. Bon, évidemment, rien n’est jamais simple et avant qu’ils comprennent qu’on veut aller au sommet et pas au pied de la falaise (puisqu’il n’y a pas d’eau, y a rien à voir au pied de la falaise…), on va mettre un peu de temps. Et la petite promenade du samedi va finalement se transformer en trekking dans la jungle. On se retrouve à escalader en tongs des roches bien lisses et bien glissantes tout en se faisant dévorer par les moustiques. Les enfants nous expliquent qu’une fois arrivés en haut, on pourra redescendre par la route, que c’est plus facile. Hein ? Quoi ? Quelle route ? Ah bah oui. En fait, on aurait pu grimper jusque là à moto, y a une route toute bien bitumée qui nous nargue… Sauf que la route, elle fait 6kms. Pas question de mettre 1 heure à rentrer. Alors, ces petits garnements de Laotiens nous laissent retrouver le chemin tous seuls parce qu’on refuse de leur filer quelques dollars et on retraverse la jungle en dévalant la pente accrochés à des lianes et en s’arrachant un morceau d’orteil au passage… Mais le moral des troupes n’en est pas le moins du monde entamé et c’est une BeerLao à la main qu’on va se rincer et finir la journée dans une autre cascade dans laquelle 3 petits éléphants viennent également prendre leur douche.

Bref, toute cette eau, c’est bien beau mais on est déjà dimanche et moi, j’ai un vol pour Luang Prabang en fin d’après-midi. Je sais, voler c’est triché, mais j’ai pas toute la vie devant moi et il faut avancer. Alors après le petit déj, on décide de rentrer sur Paksé. Sauf que. La moto de Chirag et Cat crève à 60kms de l’arrivée. Au milieu de… rien. De chez rien. Je pars chercher de l’aide et je tombe sur un petit resto où j’essaye de demander à grand renfort de mimes au gamin qui tient la boutique où je peux trouver un garagiste. Au bout d’un moment, il part dans l’arrière-boutique, revient avec plein d’outils à la main et grimpe sur ma moto. Voilà où était le garagiste… Bon, sauf qu’il est plein de bonne volonté notre ami mais une fois qu’il a démonté toute la moto, il ne se rappelle plus très bien quelle pièce va où… Comme on sent qu’on risque de s’éterniser dans le coin et que l’ombre commence à se faire rare, je repars à la recherche d’un autre dépanneur. Là, je tombe sur des types en train de… changer une roue de moto justement ! Je leur fais comprendre qu’on est coincés à quelques kilomètres de là et ils finissent par accepter de me suivre. Et là, miracle… en 5 minutes, la nouvelle chambre à air est dans le pneu, gonflée, les petits morceaux du puzzle se remettent en place et la situation semble sur la bonne voie. Moi, c’est le moment où j’abandonne mes nouveaux amis, pas question de louper l’avion. On prend rendez-vous pour se raconter la fin de l’histoire dans 1 mois à Singapour et je fonce vers Paksé.

Et voilà comment j’ai appris à conduire une moto, changer une roue, mimer un pneu qui éclate, jouer à Tarzan, dire non au 4ème verre de lao-lao (un petit alcool de riz local qui te retourne le bide), écraser un chien (et bah oui, j’ai jamais rien écrasé en voiture et là, au 2ème jour à moto, paf ! un imbécile de chien se jette sous mes roues… bon en même temps, on est 2 à avoir rouler dessus, je ne suis donc pas sûre d’être à 100% responsable de sa fin tragique… mais je culpabilise quand même), nager sous une cascade en essayant de garder les yeux ouverts et torréfier du café.

Le plateau des Bolovens, c’est beau et c’est ici.

Velkomin til Íslands !

Après le soleil, la chaleur et les randos de tueur dans les Pyrénées, place au soleil (hum…), à la chaleur (hum hum…) et aux balades de Mickey en Islande !

Première constatation : quand vous faites la queue pour enregistrer votre valise pour l’Islande, tous les gens dans la file d’attente ont des gros sacs à dos et des chaussures de rando aux pieds. Il n’y a bien sûr que votre serviteuse pour se pointer avec son sac à mains en bandoulière et ses petites ballerines en paille…

Bref, dès le décollage, on comprend vite qu’on ne va rien comprendre à ce que racontent les autochtones même en faisant un effort et que la plus grande découverte du voyage ne sera pas gastronomique mais bon, le soleil brille, Reykjavik est une ville plutôt charmante (c’est tout riquiqui !!) et les boutiques sont ouvertes jusqu’à… 22h ! Bon, on se calme, d’abord, c’est QUE à Reykjavik, et ensuite il fait jour jusqu’à… toute la nuit en fait, donc, faut bien s’occuper vu qu’on a l’impression qu’il est 16h alors qu’en fait il est déjà minuit (enfin… la température ne trompe pas, elle).

Petit topo sur l’Islande : c’est grand comme l’Angleterre mais la population est de 320 000 vikings (contre 51 millions de buveurs de thé) concentrés sur les côtes dont 1/3 habitent à Reykjavik. Le reste du pays est constitué de zones totalement inhospitalières comme un désert, des calottes glaciaires, des champs de lave et des plaines sablonneuses agrémentées de geysers, fumerolles et sources chaudes. A l’échelle de la planète, l’Islande est un pays relativement jeune puisque formé lors d’éruptions volcaniques sous-marines il y a à peu près 20 millions d’années. Du coup, l’activité volcanique est encore assez intense et il n’est pas rare que les volcans islandais fassent parler d’eux : dernière éruption en date, le Eyjafjallajökull (qu’on prononce Eya-fia-tla-yo-kutl… si c’est pas mignon…) qui a mis en émoi tous les contrôleurs aériens d’Europe pendant plusieurs semaines en 2010. Les autres trucs typiques d’Islande ? Les pulls en laine qui grattent, les petits macareux avec leur bec orange tout mignon, les baleines, le chauffage quasi-gratuit car produit par la vapeur des sources chaudes géothermiques et les aurores boréales. Pour ceux qui souhaitent en savoir plus, allez-y ou épousez un islandais.

Je reprends… Après une première nuit dans une auberge de jeunesse parfaite (Reykjavik Backpackers : bien située, pas trop chère, propre, douches immenses, eau chaude et pression régulière, colocs discrètes), je me suis hasardée au petit matin dans les rues pour aller jusqu’à la gare routière. Alors à 8h du matin, le soleil est déjà très haut mais les gens sont apparemment encore dans leurs lits… Ma première mission : prendre un bus direction Akureyri, 2ème ville du pays, à 6h de route de là, pour rejoindre mon frère et mes parents qui avaient commencé leur road trip une semaine plus tôt. Six heures et un demi-sandwich à la mayonnaise (une spécialité locale) plus tard, je retrouve donc tout ce petit monde dans le centre-ville d’Akureyri, le soleil est toujours là et après avoir bien profité du confort du car aux trois quarts vide, je me retrouve pliée en 12 sur la banquette arrière d’une Polo, entre 2 valises, 1 sac à dos, 1 glacière et mon frère… Et en route pour l’aventure !!

Et c’est vraiment l’aventure : les routes non goudronnées voire franchement défoncées, les odeurs de soufre qui émanent des jolis lacs bleu fluo (et pas la peine d’ouvrir la fenêtre pour aérer : ça vient de dehors…), la dégustation de spécialités locales (… le jambon d’agneau fumé ?… comment dire…), bref tout un programme !! Heureusement, il y a la mer, les montagnes, les moutons, les macareux, les bébés phoques, les baleines, et encore plein d’autres raisons de venir en Islande.

Et c’est vraiment l’aventure : les routes non goudronnées voire franchement défoncées, les odeurs de soufre qui émanent des jolis lacs bleu fluo (et pas la peine d’ouvrir la fenêtre pour aérer : ça vient de dehors…), la dégustation de spécialités locales (… le jambon d’agneau fumé ?… comment dire…), bref tout un programme !! Heureusement, il y a la mer, les montagnes, les moutons, les macareux, les bébés phoques, les baleines, et encore plein d’autres raisons de venir en Islande.

Les Islandais ont leur façon bien à eux de concevoir le maillage routier (obligés de se taper parfois 60kms de piste pour joindre 2 villages éloignés de 15kms à vol d’oiseau), d’ailleurs, ils doivent avoir honte et ils se planquent parce qu’on en voit nulle part… L’Islande est peuplée de touristes français, espagnols et allemands mais des Islandais… ça doit être une espèce en voie de disparition. Remarque, ils étaient peut-être une dizaine, ils se sont cherchés mais ne se sont jamais trouvés parce que les routes ne se croisaient pas et… hop ! l’extinction de l’espèce ! Des fois, la vie, ça tient à pas grand-chose…

Bref, reprenons ! j’aimerais vous dire que les noms des villages sont poétiques et évocateurs de grandes sagas et de trolls mais le seul nom que j’ai retenu c’est « Bac-à-ordure » (Bakkafjördur en version originale) et franchement, ça fait pas rêver… Non, sérieusement, les noms des patelins sont imprononçables, et en plus chaque ferme isolée est considérée comme étant un village tout entier. Du coup, les petits points sur la carte routière ne sont pas des endroits où vous espérez trouver ravitaillement et présence humaine mais parfois simplement une vieille bâtisse en tôle ondulée entourée d’un troupeau de chevaux. En hiver, y a moyen de se sentir franchement seul… Comme ils sont quand même malins, le réseau internet islandais est un des réseaux les plus développés au monde : quasiment 95% de la population est connectée et heureusement, parce que sinon, beaucoup d’entre eux auraient un ami nommé Wilson

En Islande, on comprend également très vite l’influence que peut avoir la météo sur le moral : d’immenses étendues désertiques à perte de vue et le ciel bleu avec le soleil, ça rend philosophe, contemplatif, voire rêveur… Les mêmes étendues avec le ciel noir et un bon gros crachin… ça fout les boules !! Parce qu’à part se promener et admirer le paysage et les animaux qui se promènent en liberté, faut quand même avouer que les activités sont vite limitées.

D’ailleurs, c’est ce que nous faisons : nous nous baladons dans la toundra à la recherche de colonies de phoques, nous humons avec délice les délicates effluves des boues soufrées qui bouillonnent au fond de trous béants à la surface de la terre autour du lac Myvatn, nous poireautons des heures sur des promontoires à espérer que des couples de macareux pointent le bout de leurs becs (NDLR : ne pas toujours se fier aux indications du Lonely Planet… il n’y a pas de macareux à Borgarfjödur eystri…), nous roulons sur des kilomètres de pistes caillouteuses pour aller manger à la meilleure table du pays (là aussi, un grand moment : on réveille le cuisto pour qu’il nous prépare à déjeuner et on sera les seuls clients de la journée. Raufarhöfn, la ville d’Europe de l’Ouest qui vous rappelle le plus l’ex-URSS…), nous manquons nous faire mordre par un bébé phoque à Husey, nous dévorons des kilos de langoustines pour nous réconcilier avec la gastronomie locale à Höfn, nous roulons à nouveau sur des pistes qui semblent de moins en moins faites pour notre petite voiture de tourisme puisqu’il nous faut traverser des rivières, nous tombons nez à nez avec des icebergs sur la plage à Jökulsarlon, nous nous brûlons les mains dans des petits filets d’eau qui paraissent inoffensifs à Geysir, nous nous détrempons le pantalon aux chutes de Gullfoss, nous nous imprégnons (au sens propre puisqu’il a fallu essorer ses chaussettes en rentrant…) d’histoire locale à Þingvellir, nous goûtons au steak de baleine puis nous nous finissons avec la meilleure mousse au chocolat du pays à Laugarvatn, et enfin, nous nous retrouvons au milieu de la Gay Pride à Reykjavik sous le déluge…

Bon, avouons la vérité, l’Islande, c’est vraiment un très chouette pays à visiter en été, le reste du temps, le climat est insupportable. Les gens sont accueillants et parlent quasiment tous anglais (à tel point que je ne sais toujours pas comment on dit « Bonjour » en islandais), les paysages sont grandioses et magnifiques, les bébés phoques sont kromeugnons, les glaciers sont impressionnants et vous font vous sentir minuscules, les geysers vous font sursauter, les volcans ont des noms imprononçables et surtout vous avez envie de vous appeler Olaf ou Kirsten et de porter un gros pull en laine et la moustache (enfin… pour les Olaf uniquement hein ?).

Pour les photos, c’est par ici.