Du café, de l’eau et des motos

Comme je vous disais, j’ai donc rencontré Chirag, Sebastian et Cat dans le minibus qui m’emmenait à Paksé. Ils sont respectivement indien, allemand et singapourienne et travaillent tous les 3 à Singapour. Ils ont 2 semaines de vacances par an (les pauvres…) et comme dimanche, c’est le Nouvel An chinois, ils en profitent pour traverser le Laos en 8 jours. Autant dire qu’ils n’ont pas de temps à perdre.

Eux, ils ont prévu d’aller faire un tour à moto pendant 2 ou 3 jours sur le plateau des Bolovens. L’occasion est tentante mais ma dernière tentative de conduire un truc à 2 roues avec un moteur s’est soldée par un lamentable échec (et la crise cardiaque d’un poulet). Mais bon, il paraît que quand on tombe de cheval, il faut remonter sinon après, on a peur (la vérité, c’est que même quand on remonte, on a peur, mais c’est peut-être valable uniquement pour les chevaux).

Bref, ils me persuadent que conduire une moto, c’est du pipi de chat et on décide de passer la nuit à Paksé et de partir le lendemain matin. En attendant, Cat et moi (oui, Cat non plus, elle ne sait pas conduire), on décide d’aller s’entraîner. On négocie donc avec un loueur de motos qu’il nous apprenne vite fait comment ça marche et on tente quelques allers retours dans une petite ruelle. C’est vrai qu’après tout, c’est pas si compliqué. Et puis, quand la route n’est pas encombrée de vaches, veaux, chiens, cochons, couvées, ça aide. Entre temps, on a trouvé une nouvelle recrue, Céline, française, qui avait bien envie d’aller elle aussi se balader mais qui ne voulait pas y aller toute seule : notre équipe est au complet. On se donne rendez-vous le lendemain matin et  c’est fièrement que je prends la route au guidon de mon 110cc semi-automatique : une bikeuse est née.

Qu’y a-t-il donc à voir sur le plateau des Bolovens ? Bon bah déjà, c’est un peu en altitude donc il y fait un peu moins chaud qu’ailleurs et ça, ça fait du bien. Ensuite, c’est là que pousse le meilleur café du monde du Laos. Et enfin, c’est plein de magnifiques cascades perdues dans la jungle qui attendent juste qu’on vienne se baigner dedans. D’ailleurs, on passe la première journée à aller de cascade en cascade tant et si bien qu’à la fin, les cascades, on en est un peu blasés. On décide alors de passer la nuit à Paksong, officiellement la capitale du café et dans la vraie vie un trou paumé où il y a 2 restaurants et 3 guest houses et où, pour la première fois depuis 1 mois, j’ai froid. Bah oui, il fait que 20°C… On va donc s’occuper en buvant des BeerLao dans un resto où braille un karaoké qui alterne chansons coréennes, chinoises et occidentales (on les soupçonne d’avoir mis les chansons anglaises juste pour nous) et où on fera la fermeture… à 21h30.

Le lendemain, on reprend la route direction Tad Lo, un peu plus au nord. Au programme, un joli point de vue depuis le sommet d’une cascade à sec (oui, on est en saison sèche, y a pas d’eau). En arrivant au village, on se fait arrêter par un troupeau d’enfants qui nous disent de mettre nos motos au parking et de continuer à pieds. Ils se proposent même de nous y emmener. Bon, évidemment, rien n’est jamais simple et avant qu’ils comprennent qu’on veut aller au sommet et pas au pied de la falaise (puisqu’il n’y a pas d’eau, y a rien à voir au pied de la falaise…), on va mettre un peu de temps. Et la petite promenade du samedi va finalement se transformer en trekking dans la jungle. On se retrouve à escalader en tongs des roches bien lisses et bien glissantes tout en se faisant dévorer par les moustiques. Les enfants nous expliquent qu’une fois arrivés en haut, on pourra redescendre par la route, que c’est plus facile. Hein ? Quoi ? Quelle route ? Ah bah oui. En fait, on aurait pu grimper jusque là à moto, y a une route toute bien bitumée qui nous nargue… Sauf que la route, elle fait 6kms. Pas question de mettre 1 heure à rentrer. Alors, ces petits garnements de Laotiens nous laissent retrouver le chemin tous seuls parce qu’on refuse de leur filer quelques dollars et on retraverse la jungle en dévalant la pente accrochés à des lianes et en s’arrachant un morceau d’orteil au passage… Mais le moral des troupes n’en est pas le moins du monde entamé et c’est une BeerLao à la main qu’on va se rincer et finir la journée dans une autre cascade dans laquelle 3 petits éléphants viennent également prendre leur douche.

Bref, toute cette eau, c’est bien beau mais on est déjà dimanche et moi, j’ai un vol pour Luang Prabang en fin d’après-midi. Je sais, voler c’est triché, mais j’ai pas toute la vie devant moi et il faut avancer. Alors après le petit déj, on décide de rentrer sur Paksé. Sauf que. La moto de Chirag et Cat crève à 60kms de l’arrivée. Au milieu de… rien. De chez rien. Je pars chercher de l’aide et je tombe sur un petit resto où j’essaye de demander à grand renfort de mimes au gamin qui tient la boutique où je peux trouver un garagiste. Au bout d’un moment, il part dans l’arrière-boutique, revient avec plein d’outils à la main et grimpe sur ma moto. Voilà où était le garagiste… Bon, sauf qu’il est plein de bonne volonté notre ami mais une fois qu’il a démonté toute la moto, il ne se rappelle plus très bien quelle pièce va où… Comme on sent qu’on risque de s’éterniser dans le coin et que l’ombre commence à se faire rare, je repars à la recherche d’un autre dépanneur. Là, je tombe sur des types en train de… changer une roue de moto justement ! Je leur fais comprendre qu’on est coincés à quelques kilomètres de là et ils finissent par accepter de me suivre. Et là, miracle… en 5 minutes, la nouvelle chambre à air est dans le pneu, gonflée, les petits morceaux du puzzle se remettent en place et la situation semble sur la bonne voie. Moi, c’est le moment où j’abandonne mes nouveaux amis, pas question de louper l’avion. On prend rendez-vous pour se raconter la fin de l’histoire dans 1 mois à Singapour et je fonce vers Paksé.

Et voilà comment j’ai appris à conduire une moto, changer une roue, mimer un pneu qui éclate, jouer à Tarzan, dire non au 4ème verre de lao-lao (un petit alcool de riz local qui te retourne le bide), écraser un chien (et bah oui, j’ai jamais rien écrasé en voiture et là, au 2ème jour à moto, paf ! un imbécile de chien se jette sous mes roues… bon en même temps, on est 2 à avoir rouler dessus, je ne suis donc pas sûre d’être à 100% responsable de sa fin tragique… mais je culpabilise quand même), nager sous une cascade en essayant de garder les yeux ouverts et torréfier du café.

Le plateau des Bolovens, c’est beau et c’est ici.

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