Battambang

J’avais donc quitté la plage. A contrecœur, comme d’habitude. Et à l’heure prévue, j’étais montée dans le bus pour Battambang. Enfin, c’est ce que je croyais. Parce qu’au moment de contrôler mon ticket, le chauffeur me dit « OK, you change bus in Phnom Penh ! ». Ça m’avait donc un peu agacée et j’étais d’autant plus contrariée que je venais d’éclater ma sandale de compét’ en loupant un trottoir… Mais bon, de toute façon je savais que j’en avais pour 9 heures de bus alors autant pas se mettre les nerfs en pelote tout de suite.

Je m’installe donc, je sors mon iTruc chargé à bloc et je me mets à regarder par la fenêtre. Les bornes kilométriques défilent (d’ailleurs, c’est troublant, elles sont à gauche de la route alors qu’on est censés rouler à droite, petite curiosité locale…) et au bout de 3h30 j’aperçois « Phnom Penh, 36kms ». Ouh là là, je me dis, on est allés super vite (effectivement, le chauffeur roule comme un malade), génial, je vais pas passer ma journée sur la route.

Sauf que. On va mettre 1h30 à faire ces grumpf de 36 derniers kilomètres. Phnom Penh, c’est pire que le périf’ un jour de neige doublé d’une opération escargot de taxis (là, je suis sûre que y en a quelques uns qui compatissent). Mais je reste calme, je sais m’adapter, le temps qu’ils arrivent, j’ai l’temps pour un café, de toute façon, je sais pas faire courir les bœufs qui bouchent la circulation (au sens propre, les bœufs, hein, de ceux qui tirent des charrettes bien sûr !).

Arrivée à la gare routière, la jeune fille du guichet me dit « OK, your bus in 2 hours ». Et bah génial, 2 heures à poireauter sur des bancs en métal en plein cagnard… c’est une journée de rêve ! Et évidemment, pas question de faire le tour du quartier : 1/ c’est tout pourri, 2/ je vais pas faire des kilomètres avec mes sacs sur le dos… never !

Mais pour passer le temps, je me fais une copine. Enfin, c’est plutôt elle qui est venue me trouver. D’abord, elle me tombe dans les bras en me disant « Oh, my sister, my sister ! ». Euh… non, là, doit y avoir erreur, si y a bien un truc que je n’ai pas, c’est une sœur. En fait, je comprends rapidement qu’elle est relativement bien alcoolisée et qu’elle a très envie de parler. Alors elle me raconte qu’elle s’est faite agresser par 2 types qui lui ont pété le poignet (elle a le bras dans le plâtre) et qu’elle est très triste (« Are you sad my sister ? » Yes, of course…). Elle me souhaite un bon voyage (1 fois, 2 fois, 10 fois) puis elle veut m’offrir un Coca, puis de la canne à sucre puis finalement, elle voudrait prendre le bus elle aussi mais pour Siem Reap (oui parce qu’en fait, elle a pas de ticket et je pense qu’elle avait pas prévu de prendre le bus) du coup, elle voudrait bien que je lui file 1 dollar… Malheureusement, c’est pas de bol, j’ai un cœur de pierre, alors plutôt qu’1 dollar, on partage les bananes que j’avais achetées pour mon déjeuner. Les autres gens qui attendent le bus nous regardent du coin de l’œil. La touriste et l’alcoolo du coin, on doit faire un couple bien assorti. Et puis d’un coup, elle disparaît. Je ne la reverrai pas. Elle parlait bien anglais, avait l’air d’avoir passé plusieurs jours loin d’une douche et avait un immense sourire avec de grandes dents blanches. Comment elle est arrivée à traîner à la gare routière ? Je saurai jamais…

Mais l’heure tourne. C’est l’heure de remonter dans le bus. Idem, 1h30 pour sortir de la ville avant d’entamer sérieusement la route et c’est parti pour… 7 heures… La nuit tombe, la route est pourrie, le bus zigzague, la clim est coincée sur -20°C et le même chauffeur conduit pendant les 7 heures d’affilée s’arrêtant 2 fois 10 minutes pour manger une soupe et faire une pause technique.  Le tout saupoudré de clips vidéos de karaoké ou de sketchs cambodgiens qui font marrer tout le monde à gorge déployée.

Autant dire qu’à l’arrivée, je suis la première dehors ! Je trouve un petit hôtel mais ils sont complets. Mais… ils peuvent me dépanner, ils ont une chambre mais « c’est pas vraiment une chambre et c’est salle de bain partagée ». Bon, je demande à voir quand même. En fait, ils ont monté 2 cloisons dans un garage mais pas jusqu’au plafond et puis ils ont mis 3 lits. Ça fait 3 chambres. « It’s like a dorm ! » Moi, aucun problème, à 2,50 dollars la nuit, je vais pas faire ma difficile et puis la douche a l’air propre. Les autres (oui, je suis pas toute seule à être descendue du bus et le choix d’hôtels n’est pas pléthorique), ça les emballe pas mais bon, ils ont pas vraiment le choix.

Bref, la moustiquaire installée et un bol de riz plus tard, c’est l’heure de fermer la boutique.

Le lendemain matin, j’ai rendez-vous avec Han Hun, un tuk-tuk driver qui doit m’emmener visiter les 2 ou 3 trucs du coin. Oui, je suis super efficace, j’ai réussi à négocier le tuk-tuk driver la veille. Je pars donc faire un tour de bamboo train. Le bamboo train, c’est une plateforme en bambou (comme son nom l’indique), posée sur 4 roues reliées à un petit moteur de tondeuse, qui file à 15km/h sur le rail unique qui relie Battambang au reste du monde. Bon, c’est encore un truc à touristes : après 30 minutes sur ton bamboo train, tu t’arrêtes au milieu de nulle part, des enfants sortent de derrière les fourrés pour te vendre des bracelets et 10 minutes plus tard (le temps que ton conducteur de train ait retourné la plateforme), tu repars. Assis à 30cms du sol, c’est rigolo, on se croirait sur un tapis volant. Il y a encore quelques années, les bamboo trains étaient utilisés pour transporter des marchandises. Aujourd’hui, les camions sont plus pratiques. Ca n’empêche que c’est tout un cirque quand tu croises un autre bamboo train parce qu’il faut démonter celui qui a le moins de passagers pour laisser passer l’autre.

Après cet épisode futile, il était temps de se rappeler que les Khmers rouges ne sont jamais loin. Je suis donc allée visiter une Killing Cave. C’est bon ? Tout le monde a compris ? Encore un endroit où on a tué des gens par centaines. Ici, c’est en les précipitant dans une grotte située en haut d’une colline. Bon aujourd’hui dans la grotte, y a un grand Bouddha allongé (et quelques crânes qu’on garde en souvenir) mais n’empêche, l’ambiance est un peu glauque. Et les moines qui me réclament lourdement une donation me font fuir. En redescendant, Han Hun a disparu. Une petite dame qui me dit être sa sœur me dit de pas m’inquiéter, que Han Hun a dû partir parce qu’il allait à un mariage mais que son neveu va me ramener à l’hôtel en moto et que je devrais le payer lui et qu’ils s’arrangeront avec Han Hun. Mouais… bizarre, mais OK.

En arrivant devant l’hôtel, devinez qui est là en train de démarcher de nouveaux touristes ? Bah oui, c’est mon pote Han Hun. Terriblement confus, il m’explique que sa fille a un bébé qui a de la fièvre et qu’il a dû partir précipitamment. Point question de mariage visiblement. Mouais… bah, n’empêche, les Américaines qui étaient en train de négocier avec lui, ça les fait un peu réfléchir et finalement, elles concluent le marché avec un autre driver. Et ouais Han Hun, à vouloir jouer au plus malin, on gagne pas à tous les coups !

Pour finir la journée sur une note gastronomique, je m’inscris à un cours de cuisine. Au menu, fish amok, beef lok lak et spring rolls. Bon, les spring rolls, j’ai eu ma dose et puis j’aime pas ça. Mais le fish amok et le beef lok lak, c’est ultra bon. Oui, promis, je vous ferai goûter tout ça en rentrant. Si j’arrive à traduire les noms de toutes les herbes et racines diverses qui font que c’est si bon et si j’arrive à trouver tout ça au marché. Bref, c’est pas gagné.

Alors voilà, Battambang, c’est déjà fini. Bon, de toute façon, y avait pas non plus de quoi y passer une semaine, hein ! Demain, direction Siem Reap à quelques 170kms. Pour y aller, 2 options : un bus à 5 dollars qui met 4 heures ou un bateau à 20 dollars qui met 8 heures mais « c’est la plus belle croisière de tout le pays » ! Je vous laisse deviner ce que j’ai choisi…

Photos ici.

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