San Pedro de Atacama

Après une nouvelle nuit bien calés au fond d’un bus, on assiste au lever du soleil sur l’immensité vide du désert d’Atacama. Dès que les premiers rayons du soleil passent le sommet des dunes, on découvre un paysage immense, plat, avec quelques collines dans le fond et… désert. Seules quelques pistes partent de la route pour se rendre dans les mines et des mineurs descendent parfois du bus au milieu de ce nulle part. C’est beau.

Vers 9h, on arrive à San Pedro de Atacama, l’oasis au milieu du désert. Les collines se sont déjà transformées en belles montagnes et la route qui descend dans la vallée nous laisse apercevoir que la ville n’a pas usurpé sa réputation : entre les montagnes arides et le salar d’Atacama, une gouttelette de verdure et un village… San Pedro. Bienvenue dans le désert le plus aride du monde (le Sahara à côté, c’est du pipi de chat).

San Pedro est LA ville la plus touristique du Chili. A près de 2400m d’altitude, elle sert de camp de base aux aventuriers de tous poils venus se mesurer aux volcans qui l’entourent (le Licancabur, 5960m), à ses lagunes (Laguna Chaxa, Laguna Miquines, Laguna Miscanti, y en a pour tous les goûts), à ses geysers (El Tatio, 4300m, le plus haut champ de geysers du monde), à ses vallées époustouflantes (Vallee de la Luna, Vallee de la Muerte) et bien sûr à l’inévitable expédition dans le Salar bolivien d’Uyuni.

La première chose qu’on a faite en arrivant à San Pedro, c’est d’oublier la moitié de nos affaires dans le bus et de ne nous en rendre compte que 30 minutes plus tard ce qui m’a valu un petit sprint de bon matin à travers les ruelles en terre battue. Piquer un sprint de bon matin, j’aime pas ça. Mais piquer un sprint de bon matin à 2400m d’altitude… j’aime pas du tout beaucoup ça ! Bon, la bonne nouvelle c’est que j’ai quand même pu récupérer nos affaires sous le regard goguenard du steward du bus qui me regardait haleter comme si je venais de faire un marathon. La mauvaise, c’est que justement, j’avais pas couru de marathon et je venais de me faire rattraper par l’altitude… Bon, heureusement, on avait prévu de rester là 3 jours pour s’acclimater doucement avant de passer la frontière bolivienne et à l’étape suivante. En attendant, on découvre le village. C’est tout petit (en même temps, y a  que 5 000 habitants), les rues sont en terre, les maisons sont blanches et en adobe (un mélange de terre et de paille séché au soleil), la Plaza de Armas est kromeugnonne et l’église d’un blanc éclatant contraste parfaitement avec le ciel d’un bleu azur. Et ça tombe bien parce que le bleu azur, ça va pas durer.

On passe donc la matinée à arpenter la rue principale pour faire le tour de quelques agences et récupérer des infos sur les tarifs des excursions dans les environs et on décide d’aller démêler tout ça devant une bonne assiette d’empañadas. En entrant dans le resto, on tombe sur… Josselin et Justine ! Ils ont finalement décidé de venir directement à San Pedro et se demandent aussi comment organiser leur séjour ici. Par hasard, ils sont tombés sur un type qui leur a proposé de leur louer un van et la proposition les tente. On se dit que puisque nous, on est déjà installés dans un hôtel, eux peuvent dormir dans le van et on se baladera ensemble pendant les 2 prochains jours en visitant les différents sites par nos propres moyens, on partagera les frais et tout le monde sera gagnant. Après le déjeuner, on va aussi réserver tous ensemble notre expédition pour le Salar d’Uyuni 3 jours plus tard. Après avoir tenté de négocier un petit rabais sur la facture totale (tenté…), on se retrouve dehors, assez contents d’avoir été efficaces et du coup, on se donne rendez-vous le lendemain à 5h pour aller assister au réveil des flamants roses et au lever du soleil sur la Laguna Chaxa à 60kms de là.

On passe donc le reste de l’après-midi à régler des contingences plus matérielles comme faire la lessive, faire quelques courses, se balader un peu et profiter du soleil. En fin d’après-midi, le ciel se couvre et le soleil couchant nous offre alors un spectacle plutôt surréaliste…

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Mais une fois le spectacle finit, on réalise assez vite qu’effectivement, on est peut-être en plein désert mais très loin du niveau de la mer ! Nos prochains achats sont donc un pull et une paire de chaussettes en alpaga (en fin.. d’après la vendeuse, c’est de l’alpaga, d’après moi, c’est plutôt du poil de chat mais peu importe, ça tient chaud), et un bonnet et des gants histoire de ne pas se retrouver congelés…

Le lendemain matin, on retrouve donc nos deux aventuriers de l’extrême qui ont passé la nuit dans leur van et on prend la route de la Laguna Chaxa dans le noir absolu. Après une bonne heure de route, on arrive devant l’entrée du site… fermée par une barrière. On se dit qu’on ne devrait pas attendre bien longtemps avant l’ouverture puisqu’on ne précède les tours operators que d’une demi-heure. On en profite pour prendre un petit déjeuner au chaud et à 7h, alors que le soleil a déjà pointé le bout de son nez depuis 20 bonnes minutes, on aperçoit une camionnette qui emprunte la piste de la lagune. Hourrah ! c’est l’homme qui a la clé ! On est donc les premiers à arriver devant les flamants qui ne sont pas encore bien réveillés et qui ont la tête plongée dans l’eau pour trouver leur petit-déjeuner. On arrive à les approcher d’assez près et c’est assez impressionnant parce que ce sont de grosses bêtes quand même ! On a même le temps de s’offrir une séance photo carte postale et une petite balade autour du lac avant que n’apparaissent les premiers touristes. Vraiment, aucun regret de s’être levés de si bonne heure, ça valait vraiment le coup !

Du coup, on poursuit notre exploration du désert d’Atacama et on traverse des paysages tous plus grandioses et fantastiques les uns que les autres jusqu’à arriver aux Laguna Miquines et Miscanti où là, le ciel vire franchement au gris et où quelques flocons vont finir par nous tomber dessus… Des flocons ! De neige ! En plein désert ! Le plus aride du monde, je rappelle ! Heureusement, ça ne dure pas bien longtemps et le temps de changer de vallée, la météo est redevenue supportable. On passe ainsi toute la journée, de lagunes en salar, de villages perdus désertés en vallée oasis couverte d’arbres fruitiers, certains s’offrent même un petit bain dans la Laguna Cejar (où la concentration en sel est équivalente à celle de la mer Morte) et on rentre à San Pedro au coucher du soleil, la tête pleine d’images fabuleuses et le corps encore tout secoué des kilomètres avalés sur les pistes défoncées.

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Comme on compte remettre ça le jour suivant, on va dîner de bonne heure et on rentre se coucher avec les poules. Le réveil est réglé à 3h30…

Parce que le lendemain matin, c’est à 4h qu’on remonte en voiture, direction les geysers d’El Tatio. Là encore, il paraît que c’est au lever du soleil que c’est le plus impressionnant alors nous, bêtes et disciplinés, on s’enfile 2 heures de route de montagne, toujours dans le noir le plus total et espérant qu’au bout de la piste, le spectacle soit à la hauteur… En route, après avoir manqué écraser un drôle de lapin à queue de renard et un paquet de petites souris blanches, de jolis flocons viennent subitement danser devant nos phares… Le temps d’arriver jusqu’au geysers, il neige franchement et pour le lever de soleil, on repassera…

Du coup, on a beau se retrouver au beau milieu du champ de geysers le plus haut du monde (4300m quand même), on se gèle et on a un peu de mal à apprécier l’endroit. D’autant plus que les fameux geysers ne sont en fait que de tout petits bouillons voire à peine quelques fumerolles (à se demander quand ont été prises les photos étalées sur les murs de toutes les agences de la ville) et que vu le foin que tout le monde fait autour de ce truc, on s’attendait à carrément mieux. Alors au bout d’une demi-heure, on remballe et on décide de rentrer à San Pedro. La piste est déjà couverte de 2 bons centimètres de neige qui tiennent bien et on ne peut pas vraiment dire qu’il y ait foule de voitures ou de minibus qui soient passés avant nous. On prend donc notre temps et malgré le froid et le ciel de plus en plus gris, on apprécie le paysage. Dans un virage, on tombe même sur un troupeau de lamas qui traversent tranquillement la route… magique !

En arrivant à San Pedro, il est encore tôt et on décide d’aller explorer la vallée de la Luna tout près. Là encore, les paysages extraordinaires s’enchaînent, nous surprenant à chaque fois. C’est dingue comme les paysages peuvent être différents à quelques kilomètres d’écart ! On se faufile dans un grotte sombre et étroite avant de grimper au sommet d’une dune géante et d’admirer de là tout le désert… Et puis, puisque ça faisait maintenant 2 jours qu’elle menaçait, la pluie finit par crever le ciel et nous force à rentrer. Et là, dans le désert le plus aride du monde, là où de mémoire d’homme, il n’a jamais plu au mois de mai, s’abattent des trombes d’eau pendant tout le reste de l’après-midi… Personne n’y comprend rien. Les maisons ne sont pas construites pour résister à toute cette eau et quand on rejoint notre chambre, elle s’est transformée en piscine… Le mur de la salle de bain dégouline littéralement et il commence à être temps de mettre à l’abri ce qui traîne encore sur le plancher. La pauvre fille de la réception est complètement débordée, l’hôtel prend l’eau et elle n’a que des casseroles à prêter pour limiter les dégâts. Entre temps, on a appris que notre départ pour le Salar d’Uyuni prévu le lendemain est repoussé au jour suivant parce qu’avec toute la neige qui tombe à la frontière, la route est coupée. On est donc coincés un jour de plus à San Pedro. Bien. Ca ne nous arrange pas mais puisqu’on n’a pas le choix, on survit. Jusqu’à ce qu’on se rende compte qu’il pleut sur le lit ce qui est, littéralement, la goutte d’eau qui fait déborder le vase alors on ramasse nos affaires, on se fait rembourser la nuit dans l’hôtel aux plafonds qui fuient et on part s’installer ailleurs. D’ailleurs, ailleurs, c’est bien mieux. Certes, y a plus d’électricité comme dans la majeure partie de la ville mais il ne pleut pas dedans et la dame de l’hôtel nous accueille à bras ouverts. Mais la ville s’est transformée en un immense champ de boue, les rues se remplissent à vue d’œil et au resto, les sceaux s’alignent autour de la pièce signalant chaque fuite. C’est complètement dingue. Normalement, il pleut 2 fois par an à San Pedro au mois de février. Deux bonnes grosses averses et c’est fini. Là aussi, les maisons prennent l’eau mais ça dure si peu longtemps et ça sèche si vite que personne ne se soucie d’étanchéifier les toitures. Là, c’est le déluge et personne ne sait quoi faire. Rhalala, le réchauffement climatique ma bonne dame, y a plus de saison toussa toussa

Le lendemain matin, le ciel est redevenu bleu et le soleil entreprend son travail de séchage. Puisqu’on est coincés là, on refait un petit tour de la ville en passant par le marché artisanal où 4 boutiques se battent en duel mais où on assiste à un cours de poterie sur un vieux tour de potier en bois. Un peu plus tard, on retrouve Josselin et Justine qui ont rendu le van et se sont installés dans le même hôtel que nous et on décide d’aller jusqu’à la vallée de la Muerta à pieds. 4 kilomètres, ça ne devrait pas poser de problème. En plus, c’est facile. On nous a dit que c’était la première à droite sur la route de Calama. Alors on y va. Et au premier petit sentier sur la droite, on bifurque. C’est forcément là, on aperçoit des gens au sommet de la colline derrière. On grimpe le long d’une crête et… ah bah non, le chemin s’arrête net, ça doit pas être par là. Bien. Sauf qu’on n’a vraiment pas envie de faire demi-tour et que de là où on est, on voit très bien où passe le chemin. Alors on prend à travers champs (sauf qu’il n’y a pas de champ mais c’est pareil). Et on retrouve devant un grand barbelé et une pancarte qui dit « No Entrar ». Mon espagnolo n’est pas au plus haut niveau mais je comprends bien que ça dit quelque chose comme « Pas par là ». Mais nous, on s’en fout. On passe derrière le barbelé et on grimpe. Arrivés au sommet, on retrouve une famille de Français hyper sympas qui sont en tour du monde et qui dorment, eux aussi, dans le même hôtel que nous (les Rambautourdumonde). Et qui nous apprennent qu’on a bien fait de grimper par le sentier interdit parce que de l’autre côté, y a une entrée… payante. On aurait voulu faire exprès qu’on aurait pas aussi bien réussi. On se dit que puisqu’on est là, on va redescendre par la voie officielle histoire de jeter un œil aux ruines incas un peu plus bas. Mouais… des tas de petits murets en pierre cassés, rien de bien excitant. En ressortant, on tente notre chance en stop. Un beau pick-up rouge s’arrête, une petite dame nous fait signe de grimper, on s’entasse comme on peut sur la banquette arrière et chauffe Marcel ! 5 minutes après, elle nous dépose à San Pedro et on se dit que finalement, cette dernière journée n’est pas si perdue que ça.

Pour fêter notre dernière soirée en terre chilienne, on organise un grand dîner sur la terrasse de l’hôtel avec tous les francophones de l’hôtel. Quelques poulets rôtis et portions de frites plus tard, on part se coucher, l’estomac plein et la tête pleine de chouettes souvenirs de notre étape à San Pedro. Demain, le réveil sonne à 4h30, on a rendez-vous avec la Bolivie.

Photos ici.

NDLR : Si vous passez à San Pedro de Atacama, n’allez surtout pas chez Hostelling International. Il y fait froid, ça n’est pas si bon marché, vous n’aurez pas droit au petit-déj soi-disant inclus puisqu’il n’est servi qu’à partir de 8h et que vous quitterez l’hôtel bien avant pour visiter les environs, l’eau chaude est intermittente comme le wifi et si jamais il pleut, vous n’aurez droit qu’à une poêle à frire en travers de votre lit. Donc non, n’allez pas là. Par contre, allez à la Residencial Villacoyo, hyper sympa, pas froid, avec l’eau chaude en continu, pas de petit-déj et pas de wifi mais encore moins cher et surtout… étanche.

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