Premiers pas en Afrique

L’attente à l’aéroport d’Addis Abeba est interminable. J’ai la tête qui tourne tellement je suis fatiguée ! Faut dire que les charmantes hôtesses d’Ethiopian Airlines te réveillent toutes les 2 heures pour t’apporter à manger. Le fait que tu aies tes écouteurs enfoncés dans les oreilles et un masque sur les yeux ne semble pas les convaincre que tu aies envie de dormir… Du coup, ça ressemble assez à une nuit blanche. Et après avoir fait le tour du duty free d’Addis en 14 secondes montre en main, devoir rester assise sur la banquette sans pouvoir s’écrouler est un vrai calvaire ! En parlant du duty free, faudrait que quelqu’un m’explique pourquoi on trouve ici un magasin avec la moitié de la réserve mondiale de Ferrero rochers… Je ne suis pas bien sûre que ce soit l’endroit préféré de l’Ambassadeur pour recevoir… Il paraît que c’est un des plus grands aéroports d’Afrique mais moi, tout ce que je vois, c’est qu’il est à peine plus grand que celui de Brest (no offense…) et qu’à part des Ferrero rochers, bah… y a rien !

On espérait avoir un peu de répit en s’installant dans la salle d’embarquement mais que nenni ! Le vol n’est affiché qu’avec 20 minutes d’avance et comme tous les vols partent globalement de la même porte, passer la sécurité demande une bonne dose de patience. Dans la file, on remarque très vite les Indiens (ils sont collés au type de devant comme si le fait que leur ventre frôle le dos de leur voisin leur garantit un passage plus rapide sous le portique) et les Chinois (qui doivent totalement ignorer qu’il est 8h du matin et qu’on n’est pas obligés de hurler pour se parler). D’ailleurs la proportion d’Asiatiques dans cet aéroport est assez surprenante. Je me demande bien où ils vont. Les vols affichés n’ont rien de destinations franchement touristiques… Mystère…

Au moment d’embarquer, c’est le chaos total. Les hôtesses crient toutes les destinations en même temps, tout le monde se précipite pour monter dans un bus, lequel ne sait même pas où il doit aller, tout le monde traîne sur le tarmac alors qu’il fait déjà 30°C. Bref… je regarde tout ça avec amusement, ça me rappelle un peu l’Inde : si tu ne veux pas te noyer, surfe sur la vague…

Enfin nous voilà tout de même dans l’avion, exténuées. Je grignote mes derniers TUC en me disant que c’est probablement la dernière nourriture « occidentale » que j’avalerai avant un bon bout de temps. Par le hublot, j’essaye d’apercevoir mon sac en me demandant par quel miracle il pourrait bien s’être frayé un chemin vers le bon avion dans le bordel ambiant. Jusqu’à maintenant, je n’ai jamais perdu un sac, alors je compte sur ma bonne étoile et je me dis que ça ne va pas commencer aujourd’hui !!  Je me retourne sur mon siège, je réajuste le masque sur mes yeux, j’ai 4 heures devant moi, autant en profiter…

Je me réveille peu de temps avant notre descente sur Lubumbashi. Addis Abeba, Lubumbashi… pour moi qui n’ai jamais mis les pieds en Afrique, tous ces noms de villes sonnent de façon un peu mystérieuse et magique. J’ai du mal à imaginer ce qui m’attend. Par le hublot, j’aperçois parfois un très long ruban rouge qui serpente entre d’immenses étendues étonnamment vertes. Parfois un lac. Très grand lui aussi. Pas l’ombre d’une ville à perte de vue…

L’avion descend doucement et quelques habitations commencent à apparaître. Des constructions couleur sable aux toits de chaume posées sur le sable et entourées de petits murets dans les mêmes tons, le camouflage est presque parfait. Ma voisine est accrochée à son siège et récite les yeux fermés et à mi-voix une longue prière. Les roues touchent le sol après avoir presque frôlé les maisons les plus proches, ma voisine fait moult signes de croix. Merci Seigneur, me voilà en Afrique. Enfin !

En sortant sur le tarmac, c’est la perplexitude… Des tas de valises sont déjà alignées sagement sur le tarmac : faut-il les récupérer ici ? Nul ne sait… Le cerbère qui les veille jalousement aboie quelque chose sur un des Chinois qui s’en approchait. Il semblerait donc que non… En regardant un peu autour de moi, je m’aperçois qu’en fait, y a plein de gens sur ce tarmac. Les familles viennent y chercher leurs proches, garant leurs voitures à quelques mètres seulement de la piste. Cris de joie, larmes, … la totale ! Pas évident dans tout ça de repérer le bâtiment qui sert officiellement d’aéroport. Mais la flopée de drapeaux au loin semble tout de même marquer l’entrée officielle en territoire congolais. Et effectivement, c’est là que se trouve le bureau de l’immigration. Les files d’attente devant les 3 guichets avancent lentement. Après une bonne demi-heure et malgré le regard suspicieux de la guichetière dont les épaules sont bardées de médailles en tous genres, je suis autorisée à passer. Une dernière vérification de mon carnet de vaccination et me voilà devant le tapis à bagages. Si ce n’est qu’entre lui et moi, il y a 300 personnes qui hurlent à qui mieux mieux. Et mon regard cherche dans cette foule bigarrée quelqu’un qui porterait un petit panneau avec mon nom … ou un T-shirt MSF, une casquette MSF, n’importe quoi !! E. n’en mène pas plus large que moi. Soudain, un homme surgit sous notre nez : « MSF ? » Euh… oui… Il nous entraîne aussitôt un peu à l’écart et nous demande nos reçus de bagages. Il n’a aucun signe distinctif et notre instinct nous dit que ça pourrait bien sentir l’arnaque à plein nez mais comme lui aussi est un peu fatigué et que la température ambiante le ramollit sérieusement, on lui tend tout de même nos tickets. Il nous explique qu’ici, ça va être très long de récupérer nos bagages alors qu’i va s’en occuper lui-même mais qu’en attendant, il nous emmène retrouver notre chauffeur qui nous attend ailleurs. Mouais… On est en train de sortir de l’aéroport alors que nos sacs sont toujours derrière nous quand même… Après 10 minutes en plein cagnard où on comprend finalement que notre nouvel ami travaille pour l’aéroport et qu’il va vraiment s’occuper de nos bagages mais que ça serait quand même bien qu’on pense à le rémunérer pour le service, en toute discrétion bien sûr, on voit arriver G., notre chauffeur, jeep blanche et gilet MSF à l’appui. La conversation s’engage en swahili entre les 2 hommes et j’avoue que c’est avec un certain soulagement que je laisse G. prendre les rênes et gérer le sujet des bagages. G. nous propose de l’attendre à la voiture pendant qu’il retourne chercher nos sacs. On fait alors la connaissance de O., infirmier tchadien, lui aussi arrivé par le vol d’Addis et lui aussi allant à Malemba, mais qui ne voyage qu’avec une valise cabine et ne s’est pas fait repérer comme nous ! Commence alors une longue attente… Longue… Très longue… Presque 40 minutes sur le parking alors que les vendeurs ambulants nous tournent autour et qu’on refuse poliment les cacahuètes, citrons, boîtes de cirage et autres trucs non identifiables qu’on essaye de nous refourguer de façon insistante. C’est là que je comprends pourquoi il y avait tant de Chinois avec nous. Ils viennent bosser. Pas dans l’humanitaire. Non, non, non. Dans les mines. La région du Katanga est la région la plus riche du pays grâce à ses mines gigantesques qui contiennent une proportion assez fantastique des réserves mondiales de cuivre et de cobalt. Et ils maîtrisent parfaitement le swahili. Impressionnant.

Quand on voit finalement réapparaître G. et nos sacs, il est toujours en compagnie de notre ami. G. lui glisse un billet dans une poignée de mains mais visiblement, ça n’est pas assez pour lui et il nous regarde la main tendue. Je lui explique alors avec le sourire que, comme il le sait bien, on vient tout juste de descendre de l’avion, qu’on n’a pas d’argent mais qu’on apprécie vraiment son aide et qu’on le remercie bien. Tout ça en grimpant dans la voiture pendant que G. met le contact et que ma voix finit par se perdre dans le brouhaha général.

Nous voilà donc à Lubumbashi. La route de l’aéroport est un beau ruban asphalté large et bien entretenu. Quelques kilomètres nous séparent de la ville. Au fur et à mesure qu’on s’approche, on croise des minibus plus que bondés qui roulent portes ouvertes et dans un état de décrépitude variable mais toujours avancé. Ils me font penser aux collectivo d’Amérique du Sud. Mes yeux essayent d’absorber le plus possible d’informations. Les gens qui balayent la route entre les voitures, les immenses barres métalliques et plaques de tôle ondulée sur le côté, les vélos rouillés qui disparaissent sous leurs chargements, quelques bâtiments en cours de construction ou de déconstruction, on ne sait pas trop, les hommes qui marchent l’air concentré dans des costumes sombres en manches longues et cravates, une mallette au bout du bras, les femmes aux jupes colorées avec, sur la tête, des paniers ou des bassines pleines de fruits, de charbon, de clous, les policiers en uniforme bleu avec leurs casques de chantier jaunes vissés sur la tête… La ville donne l’impression d’être verte et rouge. Rouge la terre des chemins, des murs et verts les arbres et buissons qui poussent de façon plutôt anarchique partout.

On arrive enfin chez MSF : un haut mur en pierres surmonté de barbelés. Le gardien jette un œil au travers du grand portail en tôle dans lequel a été découpé un minuscule judas puis nous ouvre. Derrière les murs c’est une grande maison. Dans la cour sont garés 3 jeeps et 2 camions. Tous blancs et stickés MSF. F. est l’administratrice de la base de Lubumbashi, sri-lankaise, et nous accueille avec un grand sourire. Après avoir mis nos passeports au coffre, elle nous apprend que si E. et O. partent à Malemba dès le lendemain, moi, je reste à Lubumbashi jusqu’à mardi. Finalement, on fera le trajet en avion car ce n’est pas 2 mais 4 jours qui sont nécessaires par la route pour arriver à destination ! L’avion ne peut pas nous transporter tous les 3 puisqu’il est déjà plein de médicaments donc je prendrai le suivant. OK. Très bien. D’ici là, elle me briefera sur tout ce qui m’attend là-bas parce que depuis près de 3 semaines que l’équipe est sur place, aucun suivi administratif n’a été fait et elle me fait comprendre que j’ai du pain sur la planche !!

En attendant, F. nous propose de nous amener à « la maison », quelques centaines de mètres plus loin. Mêmes murs en pierre et mêmes barbelés. La maison a 4 chambres mais F. y habite seule en  ce moment. Rien de trop confortable, les murs sont nus et les abat-jours sont en fait des poubelles plastiques qui colorent la lumière en bleu ou rose selon les pièces. Après nous avoir fait faire le tour du propriétaire, F. nous laisse nous reposer et repart travailler. On peut enfin manger un morceau (des lasagnes… pas si exotiques que ça…), se doucher et se poser un peu. Le reste de l’après-midi s’écoule doucement en attendant son retour. Dans sa guérite, le gardien regarde la télé : un documentaire sur l’aquarium de La Rochelle. Sous mes pieds, une marée de fourmis s’étale puis disparaît aussitôt.

Quand F. revient du bureau, c’est l’heure de l’apéro ! Un petit verre de vin et quelques chips froides car conservées au frigo (trop de fourmis dans les parages…), rien de tel pour fêter notre arrivée en terre africaine ! Et puis pour le dîner, ce sera grec ! Et pas kebab, hein ! Non, non, non, un vrai grec avec caviar d’aubergines, feta, tomates séchées et tout ce qui va bien. C’est le chauffeur qui nous y emmène. La politique MSF veut qu’aucun expatrié ne conduise. On a donc une voiture et un chauffeur à  disposition 24h sur 24. Bon, c’est une grosse jeep, pas une Jaguar hein… A l’entrée du resto, un énorme panneau indique que la « communauté hellénique » de Lubumbashi décline toute responsabilité en cas d’accident sur la balançoire. Oui… y a une balançoire. Mais c’est la « communauté hellénique » qui m’impressionne. En fait, du temps de la colonisation belge, il paraîtrait que tout plein de Grecs sont venus par ici faire du commerce et que, comme ils se sont plu, ils sont restés. On commande des calamars grillés puisque O. n’en a jamais mangé. Quand il voit arriver le serveur, il ouvre de grands yeux : pas question qu’il mette dans sa bouche les petits tentacules frits !!

Et puis le resto se vide, notre bouteille de vin aussi et le chauffeur nous ramène à la maison où je me faufile rapido sous ma moustiquaire pour savourer ma première nuit africaine… Il doit y avoir un karaoké juste à côté : une fille s’époumone sur du Amel Bent… « Vi-ser la luuuuuune… » Et Dieu inventa la Boule Quiès…

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