La dure vie d’humanitaire

 

Vous pensez sûrement que la vie d’humanitaire, c’est comme sur les cartes de vœux de l’Unicef : on a tous des jolis tshirts blancs avec un gros logo sur le cœur, on est couverts de poussière, la sueur nous colle les cheveux dans le cou et on sert dans nos bras des enfants sur les bras desquels courent les intraveineuses… Le tout sous un nuage de mouches et sous le regard un peu blasé des chèvres du coin. Bah figurez-vous que oui, parfois, ça peut ressembler à ça mais souvent, c’est un peu différent. Surtout en ce qui concerne l’Unicef d’ailleurs…

Tenez, moi par exemple. Laissez-moi vous racontez ce que j’ai fait le week-end dernier.

Samedi matin, comme tous les samedis matins, je suis allée faire les courses au supermarché pour que ma petite famille ne meurt pas de faim d’ici dimanche soir. Oui, parce que le week-end, on n’a pas de cuisinier et comme les cuissots de cabris ne tombent pas tout cuits du ciel dans nos assiettes, faut prévoir une alternative. Et oui, c’est un peu comme si c’était ma petite famille. Je sais que untel n’aime pas les concombres, que unetelle est végétarienne, que si j’achète des céréales, faut bien prendre celles au chocolat et pas celles aux noix… bref, le samedi matin, Maman AL pousse son caddie dans les allées climatisées du supermarché et rempli le frigo. Jusque là, pas de poussière, pas de sueur : y a des petits gars qui mettent tes achats dans des sacs plastique puis poussent ton caddie jusqu’à la voiture où ton chauffeur se charge de remplir le coffre…

Vers 11H30, j’ai enfilé mes baskets et je suis allée au Cercle Belge. Pas pour y déguster une moule-frites, bananes ! Pour y disputer un match de tennis. Vous ne saviez pas que je jouais au tennis ? Moi non plus. Mais j’ai trouvé une âme charitable pour me renvoyer la balle alors j’en profite. Bon, certes, j’envoie la balle aux 4 coins du terrain voire même sur les courts à côté et mon partenaire court l’équivalent d’un marathon et demi sous un soleil de plomb (gratitude éternelle… again…) alors va pour la poussière et la sueur mais au moins, on rigole. Surtout quand le coach-ramasseur de balles (loué avec le court alors pourquoi s’en priver ?) me dit : « Non mais Madame, faut ouvrir les yeux hein ! Faut regarder la balle ! ». C’est sûr… t’as déjà essayé de jouer au tennis les yeux fermés ? C’est tout de suite moins pratique.

Une fois que j’ai eu bien transpiré, je suis rentrée à la maison. J’ai pris une bonne douche, me suis préparé une jolie salade et suis allée la grignoter dans mon hamac sous les manguiers dans le jardin. Puis j’ai passé l’après-midi dans le même hamac à tricoter en écoutant de la musique, en somnolant  et en jouant avec le chat. Vous noterez que jusqu’ici, toujours pas l’ombre d’une intraveineuse…

Puis quand le soleil a commencé à se coucher et que les moustiques ont commencé à envahir les airs, je me suis rapatriée dans la véranda derrière les précieuses moustiquaires. C’était déjà l’heure de se préparer à sortir. Bah oui, c’est samedi soir. Et avec les autres malheureux en exil à Lubumbashi, on a pour habitude de se retrouver pour partager quelques pizzas, un nombre certain de bières et gossiper sur tout ce qui bouge. A l’exception des chèvres donc. Parce que y en a pas.

Dimanche matin, j’ai été réveillée par le chat. Cet animal a beau s’être couché comme moi à 1h du matin, il ne connaît visiblement pas le concept de grasse matinée. Et les bruyantes courses poursuites des souris dans le faux plafond le rendent dingue. Du coup, je me traîne jusqu’à la cuisine pour remplir sa gamelle de croquettes en ouvrant un demi-œil et je me recouche aussi sec. Sauf que 10 minutes plus tard, le revoilà à gratter à ma porte et à miauler à la mort. Comme j’ai tout de même un bon fond et que je ne tiens pas à ce que mes colocataires égorgent cette petite bête (oui, tout le monde sait que j’ai toujours préféré les chats aux humains…), je me relève, entrebâille la porte et laisse la boule de poils se faufiler jusque dans mon lit. Pas de bol, lui, maintenant, croit que c’est l’heure de jouer. Avec mes cheveux, mes orteils, mon nez, … J’ai beau tenté de le maîtriser en le fourrant sous mon oreiller, mon cerveau est encore un peu trop embrumé et le sien bien trop énervé. Adieu la grasse matinée… Bon, de toute façon, les effluves de bacon et de pancakes commencent à filtrer sous ma porte. C’est l’heure du brunch ! Et comme on est loin d’être perdus en brousse, la table est couverte de tout un tas de trucs délicieux et tout le monde se jette dessus comme si on revenait tout juste de Koh Lanta…

Puis vient 14H. C’est l’heure d’aller chez les voisins pour le tournoi de pétanque. Enfin y a ceux qui jouent à la pétanque et ceux qui jouent à qui videra les bouteilles de vin. Devinez quel camp j’ai choisi… Ainsi s’égrènent les heures du dimanche après-midi. De toute façon, on peut pas s’agiter plus, il fait trop chaud, on transpirerait.

Et puis quand le soleil se couche et qu’on ne voit plus où est le cochonnet (et que les bouteilles sont vides…), chacun rentre chez soi. Et pour clôturer ce petit week-end, c’est le moment où je décide de me faire couler un bain. Et d’y jeter des tas de trucs colorés qui éclatent et font plein de mousse. Le chat hésite. Lui qui joue souvent à chasser les cafards dans cette baignoire se dit que là, il s’y passe un truc pas catholique. Du coup, il reste assis dans l’angle à me regarder d’un œil suspicieux. Mais je m’en fous, j’ai un bon livre, l’eau est juste tiède et j’ai une assiette avec des restes de pancakes à portée de main…

Alors l’Unicef et ses cartes postales peuvent aller se rhabiller… la dure vie d’humanitaire ici, c’est plutôt luxe, calme et volupté. Enfin, le week-end… Parce que la semaine, c’est tout de même une toute autre histoire…

Et dites vous qu’il y a quand même une justice. Lundi matin, quand le réveil a sonné et que j’ai voulu sauter joyeusement hors de mon lit, j’ai pas pu. J’avais un lumbago. La faute au tennis pour sûr…

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