Samedi à Lubum

Au petit matin, je suis réveillée par la télé qui crache déjà à plein tube le prêche d’un prédicateur quelconque. Ici, il y a une église différente à chaque coin de rue : baptiste, évangéliste, pentecôtiste, … y en a pour tous les goûts ! Mais au cas où vraiment, t’aurais trop la flemme de sortir de chez toi pour te traîner jusque là, tu peux toujours allumer la télé. Et comme y a pas d’heure pour les braves, ça commence à « gueuler » dès 6h du matin…

En temps normal, ça pourrait me mettre de vilaine humeur (Dieu sait si pourtant, j’ai un caractère facile…) mais là, je sais pas si c’est le soleil qui joue dans les rideaux ou le fait d’avoir fait une nuit complète dans un vrai lit ou encore l’idée d’être en Afrique, je sautillerais presque hors de mon lit ! Presque. Parce qu’avant de poser le pied sur mes tongs, je vérifie scrupuleusement qu’aucun intrus ne s’y est endormi. Cafards géants, araignées monstrueuses, le coin ne manque pas de bestioles délicieuses…

C’est un grand et beau week-end qui s’annonce. Au programme, « glandouille », essayer de trouver une carte SIM pour mon téléphone et… se laisser vivre. E. et O. partent pour Malemba ce matin mais moi, je n’ai rien à faire. Je suis seule à la maison. F. est partie au bureau finir de préparer les 400kg de fret qui doivent monter dans l’avion pour Malemba et E. et O. l’ont rejoint peu après. Je commence donc par une séance lecture à l’ombre sur la terrasse en sirotant une grande tasse de thé. Ça faisait un million d’années que je n’avais pas fait ça ! Et je savoure…

Vers 11h, je demande une voiture pour m’emmener en ville acheter une carte de téléphone. La voiture arrive, je monte dedans mais en bouclant ma ceinture je m’aperçois que la voiture est pleine à craquer. En fait, on ne va pas du tout en ville, on va au bureau. E. et O. sont encore là. En fait, c’est l’heure du départ et tout le monde s’affaire autour des jeeps, des cartons sont entassés partout… du coup, les voitures ne sont pas dispo. Tant pis pour ma carte, ça attendra. J’arrive quand même à me connecter au wifi du bureau pour informer le monde que je n’ai pas encore disparue dans la brousse et je rentre à la maison à pieds avec F. après avoir souhaité un bon voyage à mes 2 nouveaux copains que je ne reverrai que dans quelques jours. Il n’est pas encore midi et le soleil tape.

On traîne un peu à la maison, on mange un morceau, on papote puis on décide d’aller faire un tour à la Halle de l’Etoile où sont installés des marchands de babioles kenyanes. N., le coordinateur logistique qu’on a aperçu le matin, nous a conseillé d’aller y jeter un coup d’œil. Mais un coup d’œil, c’est vraiment tout ce qu’il y a à y faire. En fait, il y  a une douzaine de vendeuses entassées dans une toute petite salle au milieu d’un fatras de robes, bijoux, savons et poudres de perlimpimpin diverses… Rien qui vaille de faire chauffer sa carte bleue pour autant. Du coup, on décide d’aller faire du shopping chez Carrefour. Mais c’est pas Carrefour comme chez nous. C’est bien un supermarché, ça s’appelle bien Carrefour mais on se croirait plutôt dans un Lidl en ex-URSS… Les rayons offrent un échantillonnage de produits français, allemands, arabes, … rarement plus de 2 ou 3 choix par produit. Et certains à des prix exorbitants : la plaquette de beurre est à plus de 17 000 francs congolais soit près de 19 dollars ! Malgré tout, une fois par mois, F. s’achète quelques « produits de luxe »… faut dire qu’elle est censée rester à Lubumbashi pendant presqu’un an alors y a une limite au camping. Pour cette fois ce sera un petit flacon de sels de bain, 3 barres chocolatées et de l’extrait de fleur d’oranger… youhou ! Au moment de passer à la caisse, c’est tout un poème : il y a le gars qui scanne les articles (dont pas un ne passe au prix indiqué dans les rayons, c’est à se demander pourquoi on se fatigue à afficher les prix…), celui qui les met dans les sacs plastiques (qu’il faut systématiquement doubler parce qu’ils sont faits en peau de fesse de singe) et celui qui vérifie ensuite que tout ce qui est sur ton ticket de caisse est bien présent dans ton sac (lui, j’ai toujours pas compris à quoi il servait…).

Une fois notre virée shopping terminée, F. m’emmène boire un café glacé avec une de ses amies, A., espagnole, qui travaille pour l’Unicef. Chaque restaurant, chaque bar est dissimulé derrière de hauts murs. Tu as beau être en terrasse, tu ne vois pas ce qu’il se passe dans la rue. Pourtant, il n’y a aucune consigne particulière de sécurité à Lubumbashi. La ville est calme, plutôt sûre, ce déploiement de barbelés, de portails en tôle et de gardiens me laisse perplexe…

On discute de tout et de rien, des gens qui arrivent et qui partent de Lubum, d’untel qui est parti en mission à tel endroit, d’un autre qui revient de plusieurs jours en brousse ou encore d’un autre qui fête son départ le samedi suivant. Et à propos de sortie du samedi soir, A. nous dit qu’elle se rend ce soir à l’Assemblée Provinciale car elle a reçu une invitation pour aller écouter un opéra organisé par le consulat de Bulgarie fraîchement installé dans le coin. Elle nous montre l’invitation et F. se rend compte qu’elle aussi a reçu la même. On décide donc d’y aller ensemble. Il y a juste un tout petit détail à régler auparavant. En tout petit au dos du carton d’invitation il y a écrit « tenue de ville exigée ». Pour vous et moi, « tenue de ville » ça veut dire pas de short, pas de tongs, pas de haut de bikini. Et donc je n’aurais eu aucun problème à trouver une « tenue de ville ». Mais ici, « tenue de ville » ça veut dire « tenue de soirée »… et là, clairement, y a un problème. Dans mon sac il n’y a ni robe, ni chaussures à talons (un comble quand on sait combien de paires j’ai réussi à caser dans mon armoire), ni veste, ni rien du tout qui fasse un tant soit peu habillé… Mais pour F., pas de problème ! Elle pense qu’elle peut me prêter quelques affaires et que le tour sera joué. Ça pourrait. Sauf qu’elle fait 20cm de moins et probablement pas loin de 20kg de moins que moi… et que la seule robe dans laquelle je n’ai pas l’air d’un saucisson géant est une longue robe de plage toute molle. Jolie mais de là à dire que c’est une « tenue de ville » au sens congolais du terme… On complète mon déguisement avec une paire de ballerines 3 pointures en dessous de la mienne et je finis officiellement par ne plus ressembler à rien du tout… Le contraste est encore plus saisissant avec F. qui elle, est toute jolie et toute pomponnée. Mais la cerise sur la cupcake c’est à notre descente de jeep devant l’Assemblée Provinciale. Déjà, essaye de sauter élégamment d’une jeep avec une robe de plage dont tu es obligée de tenir remonté le bustier toutes les 12 secondes et des chaussures trop petites… Au mieux, tu ressembles à un crapaud ! Mais va ensuite essayer de remonter le tapis rouge avec le sourire sous les flashs des photographes officiels ambiance Festival de Cannes quand chaque pas t’arrache une larme et que tu penses que ton petit orteil ne te pardonnera jamais cette séance de torture, d’ailleurs, il t’a abandonné depuis déjà 6 mètres… L’expérience aura au moins prouvé une chose : le ridicule ne tue définitivement pas.

Une fois assises dans la salle, nous retrouvons A. et R., qui travaille pour les UN, puis nous voyons arriver des messieurs en costumes 3 pièces qui s’épongent le front, de grandes dames surmontées de chapeaux encore plus grands, tout un tas de Bulgares qui eux, sont en tenue de ville au sens européen du terme et qui n’ont pas l’air de s’en porter plus mal (c’est le moment où mes pieds rejettent de façon violente et définitive de rester comprimés plus longtemps et où je dégaine de mon sac à mains la paire de tongs que j’y avais habilement dissimulée…) et tout un tas de gens qui ont l’air très important.

Nous sommes venues écouter « les plus célèbres airs d’opéra ». Tout un programme… Mais avant de rentrer dans le vif du sujet, nous avons le droit à plusieurs discours pompeux et fort longs, récités dans des micros réglés bien trop fort et sous les feux de projecteurs bien trop multicolores. Puis la chorale entre enfin en scène. On nous demande de rester debout pendant qu’ils entonnent l’Hymne à la Joie. Le son est très fort, le vibrato démesurément exagéré, les airs s’enchaînent parfois accompagnés de mises en scène théâtrales et délirantes, les micros fonctionnent de façon aléatoire, un fumigène est subitement actionné, les techniciens montent sur scène pendant que les chanteurs s’égosillent, la régie son et lumière parle à voix haute dans mon dos, les compositeurs doivent se retourner dans leurs tombes, le Toreador est massacré mais l’enthousiasme est réellement perceptible et touchant. Après une heure d’acrobaties vocales, les choristes font encore le show devant la salle juste pour le plaisir pendant qu’on grignote 2 morceaux de pain à l’ail et 3 samossas froids. Une soirée mémorable…

Pour finir en beauté, nous décidons d’aller boire un verre. Choisir où aller est aussi compliqué ici que dans tous les pays du monde et on finit par se retrouver sur les banquettes du même café que celui où nous étions plus tôt dans la journée. L’heure pour moi de goûter à la Simba, la bière du Katanga. Et de découvrir que la Simba, c’est pas pour les fillettes. Certes, ça n’est pas à plus de 5° mais la bouteille fait 73cl… Et du coup, les langues se délient. Et visiblement la vie sentimentale des expatriés de Lubumbashi n’a rien à envier aux Feux de l’Amour !!

Finalement, la vie ici ressemble à la vie d’ « expat » ailleurs : pas tellement de contact avec les locaux en dehors du boulot, chauffeurs à disposition 24h/24, restos de cuisine toujours étrangère… j’ai hâte de me retrouver dans la brousse !

Premiers pas en Afrique

L’attente à l’aéroport d’Addis Abeba est interminable. J’ai la tête qui tourne tellement je suis fatiguée ! Faut dire que les charmantes hôtesses d’Ethiopian Airlines te réveillent toutes les 2 heures pour t’apporter à manger. Le fait que tu aies tes écouteurs enfoncés dans les oreilles et un masque sur les yeux ne semble pas les convaincre que tu aies envie de dormir… Du coup, ça ressemble assez à une nuit blanche. Et après avoir fait le tour du duty free d’Addis en 14 secondes montre en main, devoir rester assise sur la banquette sans pouvoir s’écrouler est un vrai calvaire ! En parlant du duty free, faudrait que quelqu’un m’explique pourquoi on trouve ici un magasin avec la moitié de la réserve mondiale de Ferrero rochers… Je ne suis pas bien sûre que ce soit l’endroit préféré de l’Ambassadeur pour recevoir… Il paraît que c’est un des plus grands aéroports d’Afrique mais moi, tout ce que je vois, c’est qu’il est à peine plus grand que celui de Brest (no offense…) et qu’à part des Ferrero rochers, bah… y a rien !

On espérait avoir un peu de répit en s’installant dans la salle d’embarquement mais que nenni ! Le vol n’est affiché qu’avec 20 minutes d’avance et comme tous les vols partent globalement de la même porte, passer la sécurité demande une bonne dose de patience. Dans la file, on remarque très vite les Indiens (ils sont collés au type de devant comme si le fait que leur ventre frôle le dos de leur voisin leur garantit un passage plus rapide sous le portique) et les Chinois (qui doivent totalement ignorer qu’il est 8h du matin et qu’on n’est pas obligés de hurler pour se parler). D’ailleurs la proportion d’Asiatiques dans cet aéroport est assez surprenante. Je me demande bien où ils vont. Les vols affichés n’ont rien de destinations franchement touristiques… Mystère…

Au moment d’embarquer, c’est le chaos total. Les hôtesses crient toutes les destinations en même temps, tout le monde se précipite pour monter dans un bus, lequel ne sait même pas où il doit aller, tout le monde traîne sur le tarmac alors qu’il fait déjà 30°C. Bref… je regarde tout ça avec amusement, ça me rappelle un peu l’Inde : si tu ne veux pas te noyer, surfe sur la vague…

Enfin nous voilà tout de même dans l’avion, exténuées. Je grignote mes derniers TUC en me disant que c’est probablement la dernière nourriture « occidentale » que j’avalerai avant un bon bout de temps. Par le hublot, j’essaye d’apercevoir mon sac en me demandant par quel miracle il pourrait bien s’être frayé un chemin vers le bon avion dans le bordel ambiant. Jusqu’à maintenant, je n’ai jamais perdu un sac, alors je compte sur ma bonne étoile et je me dis que ça ne va pas commencer aujourd’hui !!  Je me retourne sur mon siège, je réajuste le masque sur mes yeux, j’ai 4 heures devant moi, autant en profiter…

Je me réveille peu de temps avant notre descente sur Lubumbashi. Addis Abeba, Lubumbashi… pour moi qui n’ai jamais mis les pieds en Afrique, tous ces noms de villes sonnent de façon un peu mystérieuse et magique. J’ai du mal à imaginer ce qui m’attend. Par le hublot, j’aperçois parfois un très long ruban rouge qui serpente entre d’immenses étendues étonnamment vertes. Parfois un lac. Très grand lui aussi. Pas l’ombre d’une ville à perte de vue…

L’avion descend doucement et quelques habitations commencent à apparaître. Des constructions couleur sable aux toits de chaume posées sur le sable et entourées de petits murets dans les mêmes tons, le camouflage est presque parfait. Ma voisine est accrochée à son siège et récite les yeux fermés et à mi-voix une longue prière. Les roues touchent le sol après avoir presque frôlé les maisons les plus proches, ma voisine fait moult signes de croix. Merci Seigneur, me voilà en Afrique. Enfin !

En sortant sur le tarmac, c’est la perplexitude… Des tas de valises sont déjà alignées sagement sur le tarmac : faut-il les récupérer ici ? Nul ne sait… Le cerbère qui les veille jalousement aboie quelque chose sur un des Chinois qui s’en approchait. Il semblerait donc que non… En regardant un peu autour de moi, je m’aperçois qu’en fait, y a plein de gens sur ce tarmac. Les familles viennent y chercher leurs proches, garant leurs voitures à quelques mètres seulement de la piste. Cris de joie, larmes, … la totale ! Pas évident dans tout ça de repérer le bâtiment qui sert officiellement d’aéroport. Mais la flopée de drapeaux au loin semble tout de même marquer l’entrée officielle en territoire congolais. Et effectivement, c’est là que se trouve le bureau de l’immigration. Les files d’attente devant les 3 guichets avancent lentement. Après une bonne demi-heure et malgré le regard suspicieux de la guichetière dont les épaules sont bardées de médailles en tous genres, je suis autorisée à passer. Une dernière vérification de mon carnet de vaccination et me voilà devant le tapis à bagages. Si ce n’est qu’entre lui et moi, il y a 300 personnes qui hurlent à qui mieux mieux. Et mon regard cherche dans cette foule bigarrée quelqu’un qui porterait un petit panneau avec mon nom … ou un T-shirt MSF, une casquette MSF, n’importe quoi !! E. n’en mène pas plus large que moi. Soudain, un homme surgit sous notre nez : « MSF ? » Euh… oui… Il nous entraîne aussitôt un peu à l’écart et nous demande nos reçus de bagages. Il n’a aucun signe distinctif et notre instinct nous dit que ça pourrait bien sentir l’arnaque à plein nez mais comme lui aussi est un peu fatigué et que la température ambiante le ramollit sérieusement, on lui tend tout de même nos tickets. Il nous explique qu’ici, ça va être très long de récupérer nos bagages alors qu’i va s’en occuper lui-même mais qu’en attendant, il nous emmène retrouver notre chauffeur qui nous attend ailleurs. Mouais… On est en train de sortir de l’aéroport alors que nos sacs sont toujours derrière nous quand même… Après 10 minutes en plein cagnard où on comprend finalement que notre nouvel ami travaille pour l’aéroport et qu’il va vraiment s’occuper de nos bagages mais que ça serait quand même bien qu’on pense à le rémunérer pour le service, en toute discrétion bien sûr, on voit arriver G., notre chauffeur, jeep blanche et gilet MSF à l’appui. La conversation s’engage en swahili entre les 2 hommes et j’avoue que c’est avec un certain soulagement que je laisse G. prendre les rênes et gérer le sujet des bagages. G. nous propose de l’attendre à la voiture pendant qu’il retourne chercher nos sacs. On fait alors la connaissance de O., infirmier tchadien, lui aussi arrivé par le vol d’Addis et lui aussi allant à Malemba, mais qui ne voyage qu’avec une valise cabine et ne s’est pas fait repérer comme nous ! Commence alors une longue attente… Longue… Très longue… Presque 40 minutes sur le parking alors que les vendeurs ambulants nous tournent autour et qu’on refuse poliment les cacahuètes, citrons, boîtes de cirage et autres trucs non identifiables qu’on essaye de nous refourguer de façon insistante. C’est là que je comprends pourquoi il y avait tant de Chinois avec nous. Ils viennent bosser. Pas dans l’humanitaire. Non, non, non. Dans les mines. La région du Katanga est la région la plus riche du pays grâce à ses mines gigantesques qui contiennent une proportion assez fantastique des réserves mondiales de cuivre et de cobalt. Et ils maîtrisent parfaitement le swahili. Impressionnant.

Quand on voit finalement réapparaître G. et nos sacs, il est toujours en compagnie de notre ami. G. lui glisse un billet dans une poignée de mains mais visiblement, ça n’est pas assez pour lui et il nous regarde la main tendue. Je lui explique alors avec le sourire que, comme il le sait bien, on vient tout juste de descendre de l’avion, qu’on n’a pas d’argent mais qu’on apprécie vraiment son aide et qu’on le remercie bien. Tout ça en grimpant dans la voiture pendant que G. met le contact et que ma voix finit par se perdre dans le brouhaha général.

Nous voilà donc à Lubumbashi. La route de l’aéroport est un beau ruban asphalté large et bien entretenu. Quelques kilomètres nous séparent de la ville. Au fur et à mesure qu’on s’approche, on croise des minibus plus que bondés qui roulent portes ouvertes et dans un état de décrépitude variable mais toujours avancé. Ils me font penser aux collectivo d’Amérique du Sud. Mes yeux essayent d’absorber le plus possible d’informations. Les gens qui balayent la route entre les voitures, les immenses barres métalliques et plaques de tôle ondulée sur le côté, les vélos rouillés qui disparaissent sous leurs chargements, quelques bâtiments en cours de construction ou de déconstruction, on ne sait pas trop, les hommes qui marchent l’air concentré dans des costumes sombres en manches longues et cravates, une mallette au bout du bras, les femmes aux jupes colorées avec, sur la tête, des paniers ou des bassines pleines de fruits, de charbon, de clous, les policiers en uniforme bleu avec leurs casques de chantier jaunes vissés sur la tête… La ville donne l’impression d’être verte et rouge. Rouge la terre des chemins, des murs et verts les arbres et buissons qui poussent de façon plutôt anarchique partout.

On arrive enfin chez MSF : un haut mur en pierres surmonté de barbelés. Le gardien jette un œil au travers du grand portail en tôle dans lequel a été découpé un minuscule judas puis nous ouvre. Derrière les murs c’est une grande maison. Dans la cour sont garés 3 jeeps et 2 camions. Tous blancs et stickés MSF. F. est l’administratrice de la base de Lubumbashi, sri-lankaise, et nous accueille avec un grand sourire. Après avoir mis nos passeports au coffre, elle nous apprend que si E. et O. partent à Malemba dès le lendemain, moi, je reste à Lubumbashi jusqu’à mardi. Finalement, on fera le trajet en avion car ce n’est pas 2 mais 4 jours qui sont nécessaires par la route pour arriver à destination ! L’avion ne peut pas nous transporter tous les 3 puisqu’il est déjà plein de médicaments donc je prendrai le suivant. OK. Très bien. D’ici là, elle me briefera sur tout ce qui m’attend là-bas parce que depuis près de 3 semaines que l’équipe est sur place, aucun suivi administratif n’a été fait et elle me fait comprendre que j’ai du pain sur la planche !!

En attendant, F. nous propose de nous amener à « la maison », quelques centaines de mètres plus loin. Mêmes murs en pierre et mêmes barbelés. La maison a 4 chambres mais F. y habite seule en  ce moment. Rien de trop confortable, les murs sont nus et les abat-jours sont en fait des poubelles plastiques qui colorent la lumière en bleu ou rose selon les pièces. Après nous avoir fait faire le tour du propriétaire, F. nous laisse nous reposer et repart travailler. On peut enfin manger un morceau (des lasagnes… pas si exotiques que ça…), se doucher et se poser un peu. Le reste de l’après-midi s’écoule doucement en attendant son retour. Dans sa guérite, le gardien regarde la télé : un documentaire sur l’aquarium de La Rochelle. Sous mes pieds, une marée de fourmis s’étale puis disparaît aussitôt.

Quand F. revient du bureau, c’est l’heure de l’apéro ! Un petit verre de vin et quelques chips froides car conservées au frigo (trop de fourmis dans les parages…), rien de tel pour fêter notre arrivée en terre africaine ! Et puis pour le dîner, ce sera grec ! Et pas kebab, hein ! Non, non, non, un vrai grec avec caviar d’aubergines, feta, tomates séchées et tout ce qui va bien. C’est le chauffeur qui nous y emmène. La politique MSF veut qu’aucun expatrié ne conduise. On a donc une voiture et un chauffeur à  disposition 24h sur 24. Bon, c’est une grosse jeep, pas une Jaguar hein… A l’entrée du resto, un énorme panneau indique que la « communauté hellénique » de Lubumbashi décline toute responsabilité en cas d’accident sur la balançoire. Oui… y a une balançoire. Mais c’est la « communauté hellénique » qui m’impressionne. En fait, du temps de la colonisation belge, il paraîtrait que tout plein de Grecs sont venus par ici faire du commerce et que, comme ils se sont plu, ils sont restés. On commande des calamars grillés puisque O. n’en a jamais mangé. Quand il voit arriver le serveur, il ouvre de grands yeux : pas question qu’il mette dans sa bouche les petits tentacules frits !!

Et puis le resto se vide, notre bouteille de vin aussi et le chauffeur nous ramène à la maison où je me faufile rapido sous ma moustiquaire pour savourer ma première nuit africaine… Il doit y avoir un karaoké juste à côté : une fille s’époumone sur du Amel Bent… « Vi-ser la luuuuuune… » Et Dieu inventa la Boule Quiès…

A vos marques… prêts… partez !!

On est mercredi, il est 12h04. Je suis dans la rue, je marche. Mon téléphone sonne.

– Allô ?
– Anne Lise ? C’est MSF. On vient de récupérer ton visa et ton passeport donc… tu prends l’avion demain soir pour Lubumbashi.
– … ???!!! Euh… OK…
– Bien. Tu pars avec d’autres personnes qui seront en mission avec toi donc rendez-vous à 18h pour un petit briefing avant que le taxi ne vous emmène à l’aéroport.
– Euh… Très bien… Mais… Faudrait pas que je signe mon contrat à un moment quand même ?
– Ah ? C’est pas encore fait ? Bon bah alors viens à 17h30, on s’occupera de ça juste avant !
– OK… bon bah… à demain alors ?
– C’est ça ! A demain ! Et… félicitations !!
– Euh… merci…

On est mercredi. Il est 12h07. Et je ne sais plus où j’habite. Evidemment que j’attendais ce coup de fil depuis des semaines mais là, tout plier en 24 heures… pfff ! Je ne sais pas par où commencer !!

Alors j’essaye d’être pragmatique. Petit 1, rentrer à la maison. Petit 2, faire mon sac. Petit 3, … aaaaaah ! Je ne sais pluuuuuus !! C’est un mélange d’excitation et de consternation. J’ai l’impression que mon cerveau tourne au ralenti et que j’ai deux mains gauches…

Et puis finalement, j’arrive à boucler mon sac (et en plus, il fait à peine 20kg), transférer mes films, ma musique et mes sauvegardes sur les disques durs qui vont bien, faire un tour à la déchetterie sous la pluie pour jeter des tonnes de papiers et faire de la place pour les affaires que j’ai déménagées, aller dire au bonjour au monsieur des impôts pour enregistrer une réclamation (oui j’aurais peut-être pu y aller bien avant… et alors ?) et même acheter quelques tablettes de chocolat pour mes futurs collègues perdus dans la brousse.

Car c’est bien là que je vais. Dans la brousse. A Malemba Nkulu plus précisément. Tout ce que je sais pour l’instant sur Malemba Nkulu, c’est que c’est à 2 jours de voiture de Lubumbashi. Et que là-bas, il y a des enfants qui ont la rougeole. Beaucoup d’enfants. Et qu’il faut les vacciner. Comment on fait, comment ça s’organise, qui est déjà sur place… tout ça, j’en sais rien ! On verra bien en arrivant !

Enfin… si j’arrive ! Parce que circuler dans Paris un jeudi soir veille de 1er mai, ça relève de l’exploit olympique… Et j’arrive chez MSF à 18h30 bien tassées, après être passée signer mon contrat  en sprintant (on repassera plus tard pour les questions, hein, là, y a pas l’temps !). Là, je récupère le graal : un t-shirt et ma carte d’identification MSF. « Je te donne un taille S ? » Mmm… non ! Dans 3 mois peut-être mais là, ça va être un peu juste hein… Enfin c’est bon, je suis parée au décollage. Enfin… je crois ?

Avant ça, je rencontre E., pédiatre, qui part aussi à Malemba. On devait partir à 4 mais les 2 autres n’ont apparemment pas eu leurs visas dans les temps ou quelque chose comme ça. On grimpe donc dans le taxi qui nous attend déjà. La circulation est toujours plus que dense, notre chauffeur reçoit 30 sms à la minute et il y répond, on frôle donc l’accident plusieurs fois. Ça nous permet de faire un peu mieux connaissance : E. est déjà partie en mission au Tchad et ça fait toute la différence ! Pour moi, ça fait d’elle une experte !

En partant, on m’a confié un petit colis tout enrubanné de scotch MSF à remettre à la coordination à Lubumbashi. Je ne sais pas ce qu’il y a dedans et je l’ai mis dans mon bagage à mains en bourrant un peu. Comme par hasard, à Roissy, mon sac est fouillé. La dame qui s’en charge déballe absolument toutes mes affaires. Elle tombe sur ma GameBoy. Bah oui, c’est la brousse, hein, va bien falloir s’occuper de temps en temps ! Elle me dit que j’ai là un trésor ! Que ça peut se revendre pas loin de 2000€ ! Moi je me disais que vu son état, il pouvait pas lui arriver grand-chose alors qu’elle ne craignait pas un petit voyage en RDC… Et puis elle me demande d’ouvrir le fameux colis. Je ne suis pas très sûre mais je ne me vois pas trop lui dire que je ne sais pas ce qu’il y a dans mes bagages alors je déchire le scotch… et une dizaine de tablettes de chocolat Milka tombent sur le comptoir… Me voilà contrebandière de chocolat ! Il y a aussi un paquet de café en grains et quelques lettres. La dame rigole, nous aussi.

On finit par s’écrouler dans les fauteuils de la salle d’embarquement. Je suis un peu vidée. Je mâchonne distraitement quelques TUC achetés un peu avant. La précipitation du départ, l’inconnu total devant moi, je suis un peu absente au moment du décollage. Et pourtant c’est une grande première. Dans 7 heures, je serai à Addis Abeba. Je poserai les pieds pour la première fois sur le continent africain.

MSF roller coaster

La Guinée. Mais oucéssadonc ? Vous non plus, vous n’en savez rien, hein ?

Quand on m’a dit à la fin de ma petite semaine de formation que j’allais partir en mission en Guinée, j’ai chopé la première mappemonde qui passait par là et j’ai scruté attentivement le continent africain.

Je n’ai jamais mis le pied dans cette partie du monde. Jamais traversé la Méditerranée. Ja-mais. Même pas pour aller me faire bronzer les espaces inter-orteils (et Dieu sait que ça serait facile) au bord d’une piscine à Agadir. Mais la Guinée… ça, c’est une autre paire de manches !

Alors je vous la fais courte mais globalement…

La dame m’a demandé : « Ebola ? Ça te pose un problème ? »

J’ai répondu : « Euh… non. Pas vraiment. De toute façon, je suis pas obligée d’aller lécher la face des patients, si ? »

Elle a levé un sourcil, elle a rigolé et puis elle m’a dit : « OK ! Alors tu pars dans 15 jours, faut aller fermer un centre de traitement à Kankan (merci la mappemonde…), tu seras de retour 3 mois plus tard, t’oublieras pas de rester en France et à moins de 4 heures d’un hôpital pendant les 3 semaines qui suivent, tu prendras ta température 2 fois par jour et faut que tu passes déposer ton passeport au bureau dès lundi prochain. »

J’ai dit : « Euh… d’accord ! »

Je venais de monter sans le savoir dans le Grand Huit MSF… Je suis sortie de son bureau, j’ai fait une petite danse de la victoire dans le couloir, j’ai dit à tous mes nouveaux copains MSF que je partais en Guinée (youpi !), on est allé boire des verres pour fêter ça et quand j’ai repris le métro pour rentrer chez moi, je répétais à voix basse : « Guinée Conakry… Guinée Conakry… Guinée Conakry… »

15 jours pour préparer un départ, on pourrait croire que c’est largement suffisant. Mais quand on est une championne de la procrastination… ben, c’est pas si simple. D’abord, faut faire la liste de toutes les choses à faire. Et quand ses 2 neurones sont grillés par l’excitation, c’est déjà un sacré challenge…

Le premier truc que j’ai écrit sur cette liste c’est « chaussettes ». Parce que j’ai plus que 3 paires de chaussettes mettables en public. C’est bien la preuve que j’avais du mal à mettre de l’ordre dans mes idées parce que la météo à Kankan, elle indiquait 42°C en moyenne et que des chaussettes, c’est bien le dernier truc que j’aurais eu envie d’emporter…

Bon, sur la liste, j’ai aussi écrit « déménagement », « impôts », « résiliation Freebox », « albums photos », …

Ah oui… faut que je vous explique. Je me suis décidée à faire des albums photos de mon tour du monde. C’est que 17 000 photos coincées sur un disque dur, on les regarde pas tous les matins. Alors je me suis dit que j’allais faire des albums. De nos jours, avec internet et la technologie, on peut faire de très jolis livres dont on tournera les pages avec nostalgie et qui justifieront l’achat d’une bibliothèque.

Depuis le mois de mars 2014 (oui… je sais… ça fait donc plus d’un an), j’ai donc commencé un travail de tri, de classement, de mise en page… le tout pays par pays. Et jusqu’à la semaine dernière, j’avais réussi à aller jusqu’en Nouvelle Zélande (comprendre, j’avais réussi à faire les albums de l’Inde, la Chine, le Vietnam, le Cambodge, le Laos, la Thaïlande, la Malaisie, l’Australie et la Nouvelle Zélande). J’avais trouvé fin novembre dernier un bon plan pour acheter ces albums à prix réduit (faut dire qu’avec près de 60 pages par album, j’étais à 2 doigts de devoir vendre un rein…). J’en avais donc pré-acheté 6 en me disant que puisque le bon d’achat était valable jusque fin juin, j’étais laaaarge… Je vous laisse deviner ce qui s’est passé… Procrastination, again

Je me suis donc retrouvée avec 6 albums photos à faire en urgence.

Je suis aussi allée faire des photos d’identité, déposer mon passeport chez MSF pour qu’ils s’occupent de mon visa, faire un tour à l’Institut Pasteur pour faire checker mon carnet de vaccination, me prendre un shot de méningocoques (ce qui m’a valu 2 jours d’agonie fiévreuse… merci !) et me faire vider de la moitié de mon sang pour analyses, faire la queue à la Sécu parce que ces petits malins ont décidé arbitrairement de suspendre mes droits juste comme ça pour voir et que franchement, j’avais que ça à faire, faire la tournée des agences immobilières de mon quartier pour mettre mon appartement en location… bref, je me suis pas ennuyée !

Le lundi suivant, alors que je venais de passer une semaine à expliquer à tout le monde que je partais soigner les Eboliens à Kankan, que je connaissais la géographie du pays sur le bout des doigts et que j’étais arrivée à la page 32 du code du travail guinéen (oui môsieur… j’ai des lectures du plus grand intérêt en ce moment mouâ…), mon téléphone sonne. Normal, on doit caler les horaires des briefings avant mon départ.

« Allô ? Oui, alors… en fait, j’ai une mauvaise nouvelle : ta mission est annulée, le centre va fermer plus tôt que prévu, pas la peine de t’envoyer là-bas pour 15 jours, blablabla… »

Le coup de massue.

Bon. Retour à la case Départ, vous ne touchez pas 20 000 francs et vous rebranchez votre Freebox.

Les 24 heures suivantes, je ne sais plus quoi faire. Je déménage quand même ? J’annule ma carte bleue quand même ? Je remplis mon frigo quand même ? Je suis perdue…

On doit me rappeler mais les heures passent et bien que je vérifie que mon téléphone est bien allumé toutes les 16 minutes en moyenne, il reste désespérément muet…

J’ai beau être la reine du last minute, ne pas avoir besoin de me projeter plus loin que sur les 3 prochaines semaines, etc… là, c’est un peu difficile.

Et heureusement, ça ne dure pas plus de 24 heures (oui, je sais, 24 heures, c’est rien mais quand tu es assise sur ton canapé à attendre… c’est l’éternité). Mardi midi, le téléphone sonne.

« Allô ? Oui… c’est pour savoir… une épidémie de rougeole en RDC (République Démocratique du Congo pour les gens qui, comme moi il y a une semaine, ne sont pas particulièrement familier avec les surnoms de ces destinations exotiques…), ça te tente ? »

Yeeeehaaaa !! C’est reparti pour un tour !!

Sauf que cette fois, je décide de ne pas m’emballer. C’est vrai quoi ? Ils changent d’avis toutes les 48 heures, je peux pas avoir le cœur qui se décroche à chaque fois ou je serai plus en état de monter dans l’avion le moment venu !

Et puis là, si l’épidémie de rougeole ne va pas décider de disparaître toute seule, c’est l’obtention du visa qui est plus compliquée. Normalement, il y a un délai d’une semaine entre le moment où tu déposes ton dossier et le moment où tu récupères le Saint Graal. Mais en ce moment, c’est un peu tendu, because le président qui essaye de modifier la constitution pour pouvoir se représenter une 3ème fois, les gens qui manifestent, le président qui n’est pas content, le contrôle légèrement accru des demandes de visa, toussa-toussa… Du coup, bah… je pars mais quand, ça… mystère…

Et c’est le retour à la case Attente…

Le bon côté des choses, c’est que ça me laisse du temps pour procrastiner encore un peu mes albums photos…

AL apprentie humanitaire

Je suis… cla-quée !!! Faut dire que ça a été une sacrée semaine !

Depuis vendredi dernier je suis officiellement en congé. Mais qui a dit que les congés c’était fait pour se reposer ? Sûrement pas moi !! J’ai attaqué dès lundi matin ma semaine de formation ci-dessous joliment dénommée PPDA.

PPDA ? Keskecéssa ? C’est la Préparation au Premier Départ Administrateur… Pour ceux qui attrapent le train en marche, j’ai été recrutée comme administrateur terrain par Médecins Sans Frontières. Et avant de se retrouver sous une tente au milieu d’un camp de réfugiés, ils ont jugé utile de nous former un peu.

Enfin un peu… c’est loin d’être une partie de rigolade ! Ça a commencé il y a un mois quand j’ai reçu des exercices à préparer pour cette fameuse semaine. La gestion de budget et les ressources humaines, c’est un peu mon domaine, j’ai d’abord rigolé doucement genre easy breezy, fingers in the nose, etc…

Evidemment, tout ne s’est pas déroulé comme prévu. D’abord, c’était hyper technique : il s’agissait de s’approprier les 2 principaux logiciels de gestion (comptabilité et paye) et de réaliser une simulation à partir d’un cas pratique. Et pour les petits malins (comme moi) qui n’ont écouté leurs cours de comptabilité que d’une oreille en se disant « Pfff… t’façon, la compta, j’en ferai jamais !! », bah… il a vite fallu se retirer les fingers du nose… J’aurais peut-être pu tenir compte de la mise en garde qui disait :  « Attention, vous devez prévoir 5 journées complètes de travail pour compléter ces exercices »…

Je vous passe les détails mais j’ai bien galéré. J’ai même tellement galéré qu’à un moment je me suis dit que finalement, ils allaient changer d’avis et me renvoyer chez moi… Faut dire que j’avais pas encore commencé à travailler pour de vrai, j’avais déjà perdu 10 pounds sud-soudanaises ! Bon, l’Histoire montrera par la suite que le but du jeu n’était pas de réussir les 72 questions de l’exercice mais bien de s’approprier les quelques règles basiques qui régissent le fonctionnement des missions MSF.

Du coup, quand j’ai débarqué au siège de MSF à Paris lundi dernier, je faisais pas trop ma maligne. J’étais super contente de rencontrer mes nouveaux amis les futurs administrateurs terrain (qui avaient eu autant de difficultés que moi à préparer ces foutus exos !) venus d’un peu partout : Etats-Unis, Espagne, Arménie, Australie, Nouvelle-Zélande, Sud Soudan… tous là avec la même envie d’apprendre, d’enregistrer le maximum d’infos possible avant de s’éparpiller aux 4 coins du monde. Car c’est le côté un peu triste de la situation : comme il n’y a qu’un administrateur par terrain, on ne sera jamais amené à travailler ensemble…

Toute la semaine, nous avons donc plongé en apnée dans le monde MSF. Organisation de l’association, gestion des ressources humaines, comptabilité, réalisation de budgets, le tout saupoudré de quelques notions de droit du travail, de management du stress, de bons conseils d’organisation du travail quotidien et surtout… des tonnes  de questions sur chaque sujet et beaucoup, beaucoup, beaucoup de grosses marrades.

Plutôt intense donc. Intense mais tellement passionnant !

A la fin de la semaine, nous nous sommes vus remettre un diplôme du parfait apprenti admin. Oui, c’est comme ça qu’on dit, il a fallu aussi apprendre un bon millier d’acronymes tous plus rigolos les uns que les autres (si quelqu’un sait ce qu’est un MoU…)

C’est donc officiel, je suis prête à partir !!!

Quand le blog reprend du service

Et oui ! Lecteurs assidus et visiteurs de passage, vous croyiez que je vous avais laissé tomber et il faut avouer que c’était un peu complètement le cas…

Mais ça y est, c’est officiel, je repars pour un tour !!

Pas un tour du monde ! Naaan, so 2013, totally overrated… (je plaisante, y aurait moyen de remonter dans un avion demain, je serais déjà en train de remplir mon sac à dos en faisant des bonds partout…) Cette fois, c’est carrément différent. Mais comme on ne change pas une équipe qui gagne (enfin qui gagne… qui fonctionne quoi !), le blog reprend donc du service.

Et THE BIG QUESTION est donc… mais où donc repars-je ? (je vous mets au défi de prononcer ça… moi, j’ai lâché l’affaire)

Et bien, à l’heure qu’il est… je n’en sais absolument rien ma bonne dame !

Parce que cette fois, c’est pas complètement moi qui décide…

Cette fois, comme je disais, c’est carrément différent…

Cette fois, c’est pas pour se la couler douce avec du sable entre les orteils…

Cette fois, va y avoir du sang sur les murs comme dirait quelqu’un que je connais… (euh… on est bien d’accord, c’est du second degré, hein…)

Cette fois, je n’ai plus un visa de tourisme…

Cette fois… je suis administrateur terrain pour Médecins Sans Frontières !

C’est donc le moment de préciser ceci : « Les propos tenus dans ce blog n’engagent que moi (l’auteur), mais ne reflètent en aucun cas les positions publiques de MSF ».

Simple précaution.

Ça ne veut pas dire que mes propres positions ne sont pas en adéquation avec celles de MSF mais simplement que je ne parle pas ici en leur nom.

Alors vous vous dites : « WHAT ??? Mais j’y comprends plus rien, je croyais qu’elle bossait dans la restauration… je savais pas qu’elle avait un diplôme d’infirmière toussa-toussa… »

Et bien non, je vous rassure, le monde est sauf, je ne toucherai pas un pansement, j’ai été recrutée comme administrateur terrain c’est-à-dire que je vais m’occuper de la comptabilité et de la gestion des ressources humaines d’un projet MSF sur le terrain. Ouais… bien glamour dit comme ça…

Glamour ou pas, this is not the question, je suis dans un état de nerfs pas possible. Trop hâte de savoir où et quand je vais partir…

Evidemment, avant de me lancer dans cette nouvelle aventure, il a fallu que je me mette d’accord avec mon employeur pour pouvoir prendre un nouveau congé. Et je dois bien avouer que de ce côté-là, j’ai de la chance (et que ce soit bien claire, c’est bien la seule chose qui relève de la chance…), mon projet a été accepté.

Dès le 31 mars prochain, je serai donc en congé sans solde et ce jusqu’au 31 août 2016. Oui, 17 mois. On ne fait pas les choses à moitié ici…

Je pourrais vous expliquer le pourquoi du comment j’ai décidé de sauter de cette nouvelle falaise sans trop savoir ce qui m’attendait en bas (mais n’est-ce pas ce qui fait tout le charme des falaises… ?) mais honnêtement, je doute que vous ayez 18 heures devant vous à consacrer à la lecture de ce brillant article…

Bref, voilà, je voulais juste vous dire que je suis back in the game, que je compte bien garder un semblant de contact avec la civilisation via ce blog et j’espère que je vous ferai toujours autant rire à la machine à café (à bons entendeurs…)