Vous reprendrez bien un peu de ceviche ?

Parce que je me doute que certains se disent qu’en ce moment, j’en fous pas une (et on pourrait presque dire qu’ils n’ont pas complètement tort…), je vous propose qu’on se reprenne une petite lichette péruvienne.
Et oui, je sais, normalement, je vous fais un bilan tout bien tout joli mais je suis une grosse feignasse finalement, c’est aussi bien comme ça.
Vamonos a Peru chicos !!

Facilo l’espagnolo !

C’est ce que tout le monde m’a dit quand j’exprimais de vagues craintes sur ma capacité à communiquer avec les gens de ce côté-ci du monde alors que lors de ma longue scolarité, je n’avais jamais mis les pieds dans un cours d’espagnol.

Facilo, facilo, peut-être, mais en attendant, je me disais qu’avec mon anglais à son meilleur niveau, j’arriverai bien à me débrouiller. C’était sans compter qu’ici, c’est comme en Chine, les gens qui parlent anglais, ça se compte sur les doigts de la main. Il a donc bien fallu s’y mettre.

Et de façon surprenante, en 5 semaines, je me suis pas si mal débrouillée. A force de tendre l’oreille, j’ai fini par comprendre presque tout ce qu’on me disait (en même temps, je fais mes courses au marché, j’envoie pas des missiles nucléaires en orbite), j’ai appris à compter (très utile quand tu veux pas te faire arnaquer par le premier chauffeur de taxi qui klaxonne) et je sais demander mon chemin. Certes, c’est un bon début mais ça reste un peu frustrant quand j’essaye de creuser un peu la discussion. Du coup, j’ai donc décidé de m’y mettre sérieusement. J’ai donc signé pour une semaine intensive sur les bancs de la Amauta Spanish School : 4 heures de cours collectif le matin et 1 heure de cours individuel en fin de journée. Entre les deux… bah ! je fais la sieste , qu’est-ce que vous croyez ?

Et là, j’ai enfin compris ce que tout le monde disait. Effectivement, quand on parle français, l’espagnolo, c’est pas bien difficile. A 2 ou 3 exceptions près, un « o » ou un « a » bien placé et le tour est joué ! Bien sûr, c’est pas non plus aussi simple que ça. Ça se saurait. Mais mes nouveaux co-détenus camarades de classe sont, pour la majorité, anglophones et ils galèrent bien plus que moi.

Le côté poil à gratter, c’est que je me retrouve avec des devoirs. Des devoirs ! Moi ! La fille dont la religion lui interdit depuis 6 ans de travailler le week-end ! Dire que je m’inflige ça de ma propre volonté… un comble ! Mais après une semaine, j’ai tout de même multiplié mon vocabulaire par 100 et je suis capable d’avoir une vraie conversation avec la fille de l’hôtel qui me donne mon petit déj tous les matins. Et ça, ça fait plaisir.

Alors, vamos, reste plus qu’à mettre tout ça en pratique. Ce qui ne devrait pas être très compliqué vu qu’il me reste encore un peu plus de 6 semaines en Espagnolie (quoi ? on dit bien la Francophonie !).

Hasta luego muchachos !


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Vacances à Cuzco

Il me reste maintenant 2 semaines à tuer avant de m’envoler pour l’Equateur. Et pourquoi donc 2 semaines ? Pourquoi ne pas enchaîner ? Qu’est-ce qu’elle va faire la p’tite dame pendant ces 2 semaines ?

Wow, wow, wow. On se calme. D’abord, c’est pas si simple, les billets d’avion ont déjà été modifiés et si je voulais encore changer, faudrait que je me tranche un bras (oui, le billet tour du monde a aussi ses inconvénients mais j’en reparlerai plus tard). Donc, oui, mon prochain vol n’est que dans 15 jours. Ensuite après 9 mois de voyage à changer de maison tous les 3 jours et tout particulièrement après les 3 dernières semaines avec Gauliard Tour, je suis claquée. Oui, mesdames et messieurs, cla-quée. C’est pas parce que je ne passe pas 8 heures par jour derrière un bureau à répondre aux 120 mails quotidiens de mes clients préférés que j’ai pas le droit d’être fatiguée. La preuve. Alors je fais un break. Pendant 2 semaines, je ne fais… rien. Mais pas question de rien faire à Lima. On y mange bien, certes, tout le monde l’aura compris, mais la ville ne vaut vraiment pas le coup de s’y attarder aussi longtemps. Alors j’ai décidé d’aller passer mes vacances dans une petite ville fort sympathique… Cuzco.

Cette fois, comme j’ai du temps devant moi (et une politique budgétaire à respecter), je prends le bus. Alors, je vous confirme, faut avoir un peu de temps devant soi : le trajet dure 22 heures… Courageuse mais pas téméraire, je me suis quand même payé un billet chez Cruz del Sur, une des compagnies de bus les plus luxueuses du pays. J’ai donc droit à un siège immense, qui s’incline presque complètement, avec un écran perso comme dans l’avion (enfin… pas chez Air Europa, d’accord), des repas servis dans des boites en carton et un steward particulièrement attentionné qui m’offre un labourage massage gratuit des lombaires par coups de genoux. Bref, je ne vois presque pas passer le trajet.

Arrivée à Cuzco, j’ai des projets. Non parce que, c’est pas parce que j’ai dit que j’allais rien faire que je vais rester à végéter pendant 15 jours. J’ai contacté une association qui s’occupe d’enfants en difficulté et je dois donner quelques cours d’anglais et recevoir en échange quelques cours d’espagnol. Ah oui, parce que j’ai aussi décidé qu’il était temps de prendre le taureau par les cornes et de faire en sorte que ce voyage me permette de rajouter une ligne sur mon CV : « Espagnol – niveau baragouinage ». L’association gère aussi une auberge dans laquelle je décide d’établir mon campement. Evidemment, quand j’arrive, on m’explique qu’en fait, en ce moment, c’est vraiment extraordinaire, y a tellement de volontaires qu’ils ne savent plus quoi en faire et du coup, comme moi je ne reste que 10 jours, bah… je vais pas donner de cours. Du coup, pas de cours d’espagnol non plus. 22 heures de bus, ça vous ramollit les nerfs. Ça tombe bien parce que je crois que j’aurais pu m’agacer. Un tout petit peu, mais m’agacer quand même.

Bon, tant pis, je trouverai un autre moyen d’occuper mes journées. Occupons-nous d’abord des contingences matérielles. Je dois commencer par faire un petit tour au marché et au supermarché pour pouvoir me nourrir pendant les prochains jours. Ah oui, finie la grande vie, je vais rentabiliser la cuisine de ma nouvelle maison. A grands coups de pâtes et de riz, certes. J’ai pas postulé à Top Chef non plus. Et puis, je me dis que quand même, tout ça, c’est trop bête, l’idée des cours d’espagnol, ça me plaisait bien alors trouvons une école de langue qui puisse me rendre bilingue en 8 jours ! 48 heures plus tard, c’est chose faite, j’ai signé, la semaine prochaine, estoy una estudiante.

En attendant, je dors, je lis (la médiathèque de l’Alliance Française a tout un tas de bouquins que j’ai pas encore lus), je bois du Yop, je fais copain-copain avec le chien de la maison, je fais chaque jour un petit tour dans la ville et je vais admirer le défilé du jour. Parce que j’ai eu la bonne idée de revenir ici alors que c’est la fête de la ville. Et la fête dure 9 jours pour finir en apothéose le 24 juin par l’IntiRaymi, une fête inca qui célèbre le soleil et le début de la nouvelle année inca. C’est donc un festival de couleurs, de fanfares, de costumes, de chars, de confettis, de ballons, de danses et de gens qui marchent au pas toute la journée. Du délire.

Et la semaine s’écoule ainsi, lentement et sereinement. Demain, je retourne à l’école.

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Enfin seule !

La nuit en bus vers Lima s’est étonnamment bien passée. A 5h du matin, elle nous semble quand même un peu courte. On récupère nos sacs et on tombe littéralement dans les bras des taxis qui nous guettent à la sortie du terminal de bus. On a qu’une envie, se recoucher. C’est d’ailleurs ce qu’on fait à peine arrivés à l’hôtel. Jusqu’à 10h. Bah quoi ? Les 3/4 de Gauliard Tour sont hors d’état de nuire et le dernier quart est en train de se faire rattraper par la mystérieuse tourista…

Mais bon. C’est le dernier jour de Gauliard Tour au Pérou, pas question de le passer à faire la queue aux baños… On finit par réussir à s’extirper de nos lits et à se traîner jusqu’à une chicharroneria, un resto où ils ne servent quasiment que du porc grillé avec des tranches de patates douces et des oignons qu’on est supposé déguster entre 2 tranches de pain. La version locale du burger en quelque sorte. On ne veut pas présumer de nos forces alors on n’en commande qu’une livre… mais comme tout ce qu’on mange à Lima (ou presque, mettons de côté un certain fiasco chez un certain chinois un certain soir avant de prendre le bus…), c’est délicieux et on finira par lécher le plat.

Requinqués, on part pour notre dernière mission : le shopping souvenir. Bah oui, il n’était pas question de porter des kilos et de kilos de bonnets péruviens tout le long de la route alors, on s’était restreint (enfin eux surtout, parce que moi, ça fait longtemps que j’achète plus rien… ou presque). Notre ami le Lonely est assez décevant en la matière : aucune bonne adresse de marché à touristes, il nous conseille plutôt d’aller dans des boutiques de créateurs ou chez des artisans où, de toute façon, on n’est pas autorisé à rentrer sans notre banquier. On part quand même tenter notre chance au nord de Miraflores. Au moins, ça nous fait toujours une petite balade dans le quartier. En ce samedi après-midi, les Limeños sont de sortie ! Les rues grouillent de monde, ça shoppe dans les boutiques, sur le trottoir, partout où on pose les yeux. On découvre d’ailleurs la plus grande boutique de sous-vêtements que j’ai jamais vue. Et clairement, le marché de la petite culotte est en plein boom. Et puis, au hasard de nos déambulations, on tombe dessus. Le temple du souvenir pour touriste mal de babioles. En fait, toute cette partie du quartier est truffée de grands magasins où s’alignent les stands qui vendent tous la même chose et où on exerce notre art du marchandage… En fin d’après-midi, les bras chargés et le bide en vrac, le Gauliard Tour rentre à l’hôtel. Pourtant, il nous reste une chose à faire… aller manger une tarte au citron meringuée au bord de la falaise en admirant le coucher du soleil. Alors puisqu’on l’a dit, on le fait ! Bon, pour le coucher du soleil, on repassera mais la tarte au citron, elle, était bien là. Décevante mais bien là.

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Et en mémoire des dîners de Brendas et parce que, nom d’un chien, j’ai quand même sauté à pieds dans une nouvelle dizaine et que, l’air de rien, ça se fête, le Gauliard Tour me fait la surprise de m’emmener dîner chez Astrid & Gaston, un des restaurants du célèbre (si, si) chef péruvien Gaston Acurio. Bon, certes, on n’a pas réservé et on est habillé avec nos plus belles polaires Quechua mais votre serviteuse sort son sourire le plus ultra bright et hop ! la fille de l’entrée efface sans façon une réservation pour nous libérer une table. Des fois, je m’impressionne moi-même…

On ne fera pas complètement honneur au grand chef, sauf moi. Tourista ou pas, je vais pas me laisser abattre, c’est mon anniversaire quand même ! Et puis tout est absolument excellent, de la corbeille de 1000 pains à la sphère en chocolat qui fond sous le coulis de chocolat chaud… et le service vraiment sympa. Du coup, j’ai même droit à un deuxième dessert quand le serveur apprend qu’on est là pour une occasion toute spéciale… Faudra presque le retenir de se mettre à chanter. Bref, une bien belle dernière soirée… merci Gauliard Tour !

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Le lendemain, à l’aube (ou presque), le Gauliard Tour boucle ses sacs. Les vacances, c’est fini (pour eux…) et c’est déjà l’heure de reprendre la direction de l’aéroport… Adios amigos ! Et n’oubliez pas de mettre le Sauterne au frais pour Noël !

Et voilà… enfin seule ! Après 5 semaines non stop pendant lesquelles ce tour du monde en solo ressemblait plus à AL en colonie de vacances, je me retrouve toute seule au milieu de ma chambre avec une tonne de linge sale. Alors j’ai repris ma routine… direction la laverie. Et puis, je me suis mise au boulot : 5 semaines de retard sur le blog, ça va pas se faire tout seul… Ah oui parce que blogger et voyager toute seule, ça va. Mais blogger et voyager avec d’autres gens… j’y arrive pas. Alors, au boulot !

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Ishinca 1 – Gauliard Tour… 0

Bah oui. On peut pas gagner à tous les coups. Mesdames et messieurs, voici le récit que vous attendez tous, je vais vous raconter aujourd’hui comment une team aussi affutée et aussi bien préparée que Gauliard Tour a été littéralement décimée dans son élan vers le sommet.

En ce 12 juin de l’an 2013, c’est l’estomac plein d’omelette et les yeux pleins d’espoir qu’on arrive à 8h30 au bureau de l’agence Monttrek où on fait connaissance avec notre guide, Willy, et son assistant, Pablo. Willy parle un peu anglais, Pablo pas du tout mais ils ont l’air plutôt sympa et ont préparé tout le matériel pour nos 3 jours into the wild. On les aide à charger tout ça sur le toit de la jeep et en avant ! Aujourd’hui est une journée facile, on a 1h30 de route et 4 heures de marche pour arriver au camp de base de l’Ishinca. La piste qui nous conduit jusqu’au départ du sentier grimpe déjà bien et serpente joliment entre les terrasses et les petits villages paumés. C’est toujours ça de moins qu’on fera à pieds ! Arrivés au sommet de cette première colline, la piste s’arrête et la jeep avec. Il est temps de charger les mules. Bon, en fait, nous, on fait rien. C’est le muletier qui s’occupe de tout et nous, on part sur le sentier en le laissant derrière nous. Pas de panique, de toute façon, il marche 3 fois plus vite que nous et les mules aussi, ils nous rattraperont plus loin. Et avant, on entame la montée jusqu’au camp de base de l’Ishinca à 4300m où on doit passer la nuit… sous tente. Et ouiiiii, mesdames et messieurs ! Toujours plus loin, plus fort, plus vite, jusqu’au bout de l’extrême limite, Gauliard Tour vous l’a promis, Gauliard Tour le fait ! Ce soir, c’est camping à 4300m ! Je vous raconte même pas comment ça m’enchante…

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Bref, en attendant, il fait beau, il fait chaud et Willy impose un rythme d’enfer que votre serviteuse s’oblige à suivre pour ne pas avoir l’air d’être sous-entraînée. Sauf sur le dernier kilomètre où, là, je décroche… Mais peu importe, on arrive au camp en 3 heures. On est super fiers de nous. Et personne n’a mal à la tête, on est trop bien acclimatés, l’altitude ne nous fait plus rien, demain, on va le bouffer tout cru l’Ishinca ! Et justement, en parlant de bouffer, il est temps de monter les tentes pendant que Willy et Pablo nous préparent un petit goûter… Et il fait bon se réchauffer avec un grand bol de thé autour du réchaud où Willy enchaîne aussitôt avec la préparation du dîner.

Pendant que la soupe mijote, Willy vérifie notre équipement pour le lendemain. Chaussures, crampons, harnais, piolet… tout y passe. Faut dire qu’il vaudrait mieux pas s’apercevoir arrivé au pied du glacier qu’il manque un crampon…

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C’est là que Willy nous annonce la bonne nouvelle. Demain, c’est lever à 1h (oui, 1h, vous avez bien lu), petit déj à 1h30 et départ à 2h… C’est qu’il y a pas loin de 3 heures de marche d’approche (comprenez, avant d’arriver au glacier proprement dit) puis au moins 3 heures sur le glacier pour arriver au sommet. Youpi… Du coup, après avoir vérifié une dernière fois qu’on a bien tout mis dans nos sacs, on dîne et on se couche avec les poules.

Ce qui devait arriver arriva. Malgré tous les vêtements techniques et le soi-disant super duvet en plume d’oie du Canada, je me suis gelée toute la nuit (enfin… toute la nuit. Ça s’est arrêté à 1h mais quand même, je me suis gelée…). Et les ennuis ne faisaient que commencer.

En se retrouvant autour de nos bols d’avoine bouillie (y paraît qu’il y a rien de mieux avant d’aller se flinguer sur un glacier…), Benoit nous annonce que son dîner a refusé de rester au fond de son estomac cette nuit. Et que malgré tout, ça va pas mieux mais qu’il tente l’ascension quand même. A l’heure dite, lampe frontale vissée sur la tête, notre petite troupe se met en branle. Au bout de 30 minutes, on peut clairement dire que 2 groupes se forment. En tête, sautillant dans le chemin et motivés à bloc, Willy, Bob et moi. Et plus loin derrière, à bout de souffle et le bide en vrac, Anne et Benoit. Et Pablo qui ne peut décemment pas les laisser tomber. Rapidement, il s’avère que Anne aussi se bat avec quelques belles crampes intestinales… On finit par décider de se séparer officiellement : nous, on avance (jusqu’où, on ne sait pas encore) et eux, ils vont jusque là où ils peuvent. La marche d’approche durera finalement près de 4 heures (on atteint le glacier au moment où le soleil se lève) et la traversée de la moraine dans un pierrier tout ce qu’il y a de plus glissant entamera sérieusement mon capital essoufflement… Mais ça y est, on y est, on est à 5000m et Willy fixe nos crampons, nous encorde, et nous voilà à escalader un premier mur de neige. Au bout d’une heure à grimper dans des couloirs tous plus raides les uns que les autres, mes poumons m’abandonnent : plus moyen de retrouver son souffle, je surventile comme pas permis, je m’arrête tous les 10 pas obligeant toute la cordée à suivre mon rythme de sénateur… Là, ça ne se joue plus au physique, ça n’est plus que de la volonté. Et la volonté me fera encore grimper jusqu’au col suivant mais pas plus loin. On est quand même à 5300m, il ne reste plus grand-chose mais je m’écroule dans la neige et je n’ose même pas penser qu’il va falloir redescendre…

Mais on n’en avait pas fini avec les emmerdes (et je crois que c’est vraiment le cas de le dire…). Bob décide alors de tenter le tout pour le tout et part avec Willy à l’assaut des derniers mètres pendant que je m’endors comme une masse pendant plus d’une heure. C’était la tentative de trop. Sachez simplement qu’aucun des membres de Gauliard Tour n’a pu atteindre le sommet de ce foutu glacier ! Qu’on a cramé tout ce qu’on avait. Et que la redescente ne fût qu’un long cauchemar le long duquel nous nous arrêtions toutes les 20 minutes pour diverses raisons. La bienséance m’empêche de vous donner les détails scatologiques de cette histoire… Bilan : une étape de plus de 12 heures sans quasiment rien manger (de toute façon, on peut pas dire que ça nous réussissait vraiment), en s’écroulant le long du chemin pour des siestes inopinées et une consommation de papier toilette dépassant toutes les estimations de Willy… qui lui, est resté stoïque du début à la fin, ne faisant même pas semblant d’être essoufflé ni même vaguement fatigué. Il nous serait resté un tout petit plus de force, on l’aurait étranglé…

En revenant au camp vers 15h, Pablo nous confirme ce qu’on pensait depuis un moment : Anne et Benoit sont malades et ont abandonné bien avant d’arriver au glacier. Ils dorment. Et on tarde pas à faire pareil. Etonnamment, je semble beaucoup moins atteinte que les autres par cette intoxication mystérieuse. Mais l’état de Bob s’aggrave et les autres ne sont pas bien vaillants. On se met à soupçonner l’eau de la rivière probablement pas assez bouillie ou peut-être les escalopes de poulet qu’on a mangées la veille. Quoi qu’il en soit, on est bientôt à court de médicaments. Et une autre nuit sous la tente devient inenvisageable. On trouve alors une chambre au refuge du camp (oui parce que quand on a fini de jouer les warriors, on peut aussi dormir dans un vrai lit sous un vrai toit… sans chauffage certes, mais c’est mieux que rien). La nuit sera agitée.

Le lendemain matin, la mission est simple. On doit redescendre et rentrer sur Huaraz. La jeep nous attend là où elle nous a laissés, le sentier est facile, notre seul objectif est d’arriver là-bas sains et saufs. Willy nous laisse partir devant et démonte le camp avec Pablo. A la vitesse à laquelle on avance, aucune chance qu’on le sème de toute façon… On a mis 3 heures pour monter, on mettra plus de 5 heures pour redescendre… Et le trajet jusqu’à Huaraz sera une épreuve de plus. Mais on finit par échouer, littéralement, à l’hôtel où on prend une chambre juste pour l’après-midi. Après une bonne douche, on commence à ressusciter. On arrive même à se faire à dîner. Bon, on est au régime riz-coca-banane mais la situation commence à s’améliorer. Et puis de toute façon, y a pas le choix : ce soir, on a un bus pour Lima.

Moralité : on en a chié (et sans mauvais jeu de mots…) et pas sûr que même sans cette saleté de turista (oui, le mot est lâché, après 9 mois de bons et loyaux services, mon estomac en kevlar a capitulé…) on aurait réussi à planter notre drapeau au sommet de cette foutue montagne. Mais on n’a pas dit notre dernier mot ! Un jour, Gauliard Tour reviendra, sur-entraîné, sur-motivé et bien décidé à prendre sa revanche. On a perdu une bataille, on n’a pas perdu la guerre. L’Ishinca n’a qu’à bien se tenir…

Photos ici.

Huaraz

Après une nuit en bus plutôt honorable (ne serait-ce un certain piment qui s’est rappelé à notre bon souvenir…), on arrive donc à Huaraz à 6h du matin. Il fait jour mais la ville n’est pas encore réveillée. Notre première mission est de se trouver un hôtel. On avait repéré une bonne adresse dans le Lonely alors confiants et avec l’envie de prendre une bonne douche, il a beau être à peine 6h30, on sonne. Pas de bol, c’est plein. On ne nous ouvre même pas la porte. On tente 2 autres adresses juste à côté mais les tarifs nous semblent vraiment exorbitants et c’est nous qui nous excusons d’avoir réveillé les réceptionnistes de si bon matin. Et puis, à tout hasard, on sonne à l’Olaza Bed & Breakfast. Sûrement pas moins cher que les autres mais le petit déj est inclus et la terrasse sur le toit achève de nous convaincre. Du coup, on pose enfin nos paquetages et on profite du soleil en dévorant nos banana pancakes. Pour un peu, on passerait bien les 4 prochains jours là, à lézarder en regardant les sommets enneigés qui nous entourent.

Parce que oui, mesdames et messieurs, nous y voilà, nous sommes en plein cœur de la Cordillera Blanca. Blanca parce que ses sommets sont pour la plupart à plus de 5000m et restent enneigés toute l’année. Et c’est bien pour ça qu’on est là. On a décidé de se mesurer à l’un de ces sommets. Lequel ? On sait pas encore. Tout ce qu’on sait, c’est qu’on veut grimper très haut, chausser les crampons et essayer de pas trop se faire mal. Essayer…

Après avoir bien traîner au petit déj, on se met en quête de trouver une agence pour organiser notre expédition. On doit pas traîner, on pourrait partir dès lendemain, faut être efficace. Le patron de l’Olaza nous fait rencontrer une première agence qui nous propose plusieurs options mais à plus de 100$ par jour et par personne, c’est un peu trop cher à notre goût. Comme Gauliard Tour ne fait jamais les choses à moitié, Anne avait contacté d’autres agences avant de partir. Les tarifs étaient aussi prohibitifs mais on se dit qu’en étant sur place, on devrait pouvoir avoir quelque chose de plus raisonnable. Bref, je vous passe les détails parce qu’il faut penser à tout (l’équipement pour le glacier, les tentes, les tapis de sol, les duvets, le guide, l’assistant du guide, les mules pour trimballer le tout… pfiou ! rien que de faire la liste, moi, je suis déjà épuisée) mais notre choix finit par se porter sur l’agence Monttrek qui nous propose de grimper l’Ishinca en 3 jours pour 270$ par personne tout inclus. Pas donné mais l’agence a l’air sérieuse et l’Ishinca, officiellement, fait partie des sommets « faciles » à 5530m, que même les débutants peuvent y arriver puisqu’il n’y a pas besoin de faire de l’escalade sur le glacier mais seulement de marcher. En plus, comme c’est en 3 jours, ça nous laisse le temps de faire une marche d’acclimatation avant, bref, sur le papier, c’est parfait. La suite des évènements nous prouvera une fois de plus qu’il ne faut jamais vendre la peau de l’ours…

En attendant, on est ravis, on a bouclé notre affaire avant midi et on va faire quelques courses pour les prochains jours. La ville n’est pas folichonne et on a un peu de mal à trouver de quoi se faire un vrai pique-nique mais on finit par dévaliser une pasteleria dans la vitrine de laquelle se battaient quelques empañadas. Après le déjeuner, on se dit qu’on irait bien se balader un peu dans les environs histoire de se mettre en jambes. On passe donc à l’office de tourisme pour savoir de quel côté c’est le plus sympa. Sauf que là, c’est la douche froide. Non, c’est pas vraiment conseillé de se balader dans le coin surtout l’après-midi, c’est même pas recommandé du tout, on pourrait se faire agresser… La gentille madame de l’office de tourisme qui ne veut surtout pas qu’on la rende responsable si elle nous dit d’aller quelque part et que ça tourne mal, finit quand même par nous indiquer un point de vue et une pisciculture qu’on peut aller voir sans risquer notre vie. Wow… sympa… c’est bien la première fois qu’on nous met en garde comme ça et c’est d’autant plus surprenant que Huaraz n’est pas franchement réputée pour être une ville dangereuse. Alors bon, on prend la direction de la pisciculture (qu’on ne visitera pas, c’est tout pourri, on peut très bien s’en rendre compte en jetant un œil par-dessus les clôtures) puis on grimpe dans la direction qui nous a été indiquée pour aller contempler la ville d’en-haut. Sauf qu’on ne trouvera jamais le point de vue et qu’une ville en béton coincée au fond d’une cuvette… ça n’a rien de bien excitant. Bref, on redescend en ville où, après nous être mis d’accord sur le menu du soir, on retourne faire un tour au marché. Ce soir, c’est caldo de gallina. Soupe de poule, pour ceux qui ne sont pas bilingues espagnol. Un peu à notre façon mais la vendeuse de légumes nous aide bien et on finit par dégotter un poulet qui n’a pas l’air d’avoir passé la journée à se faire suçoter par les mouches.

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Le lendemain matin, le réveil sonne à 5h. Aujourd’hui, on va à la Laguna 69. C’est une des marches d’acclimatation qu’on nous a conseillées et il paraît que la laguna est magnifique alors comme on n’est pas là pour enfiler des perles… Normalement on a 3 heures de route pour aller au point de départ de la balade situé à 3900m d’altitude. De là, on doit grimper jusqu’à la laguna, elle-même à 4650m, et revenir à notre point de départ où le minibus nous ramène à Huaraz. Officiellement, on nous laisse 5 heures pour faire l’aller-retour. Sauf que là, ça démarre très fort. Notre chauffeur est passé nous voir la veille pour nous dire qu’il avançait l’heure du départ d’une demi-heure. Pas de problème ! Si ça nous laisse plus de temps pour profiter du paysage, on est d’accord. Du coup, à 5h30 pétantes, on est sur le bord du trottoir à attendre… Attendre… Le minibus arrive enfin et nous voilà partis à faire la tournée des hôtels pour récupérer les randonneurs du jour. Sauf que Pedro, notre chauffeur, est tout nouveau en ville. En tout cas, il doit l’être vu qu’il tourne, tourne et retourne en cherchant chaque hôtel. Moralité… on ne quitte la ville qu’à 7h… Et entre l’arrête petit déj, l’arrêt « Achète ton ticket d’entrée au parc national » et le fait que Pedro est aussi à l’aise à conduire sur la piste qu’à trouver des hôtels au petit matin, on arrive à destination à 11h et je suis à 2 doigts de l’étrangler…

Le point de départ de la balade est en fait le camp de base du Pisco, le sommet le plus populaire du coin qui culmine à 5752m. On traverse donc le camp en slalomant entre les tentes des cinglés qui ont débuté l’ascension au milieu de la nuit et les mules qui broutent tranquillement. Le soleil a beau pointer haut dans le ciel, il fait bien frais et l’altitude nous met rapidement à bout de souffle. Pour autant, on ne se laisse pas démonter et on atteint la fameuse laguna en un peu plus de 2 heures. Et ça vaut le coup…

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En plus, au moment où on arrive, les nuages qui cachaient les sommets s’écartent, le soleil fait éclater le bleu de la lagune et on s’offre une pause pique-nique dans un décor plus qu’impressionnant. Un guide qui se trouvait là avec une équipe de foot nous confirme qu’on a vraiment fait une bonne marche, que c’est parfait avant d’aller à l’Ishinca et que ça va vraiment être du gâteau. Mouais… ça fait plaisir mais ne nous emballons pas. On reste là, allongés devant la lagune un bon moment puis on entame la redescente en se disant que Pedro va râler parce qu’on va être en retard… Mais heureusement, on est loin d’être les derniers. Et comme de toute façon, Pedro ne conduit pas mieux que le matin, on est de retour à Huaraz à 19h passés.

Tout juste le temps de prendre une bonne douche chaude, de jeter une poignée de pâtes dans notre reste de caldo de gallina et hop ! tout le monde au lit ! Demain, on attaque les choses sérieuses…

Photos ici.

Cuzco

Après toutes ces marches, on a décidé… qu’on allait pas s’arrêter en si bon chemin ! On décide donc de visiter Cuzco. For the record, Cuzco est à 3400m d’altitude. Mais après tout ce temps à crapahuter à plus de 3000m, c’est tout juste si on s’en rend compte… (enfin… si, on s’en rend compte un peu quand même…)

Il y a fort fort longtemps, Cuzco était la capitale de l’empire inca. L’endroit était hautement symbolique en terme d’astrologie (et les Incas, l’astrologie, ça les connaît) et de mythologie (là aussi, ils sont assez balèzes). Quand les Espagnols sont arrivés sur leurs chevaux, ils ont mis la ville à sac et puis ils ont décidé que c’était bien joli mais c’était pas bien pratique d’avoir une capitale en plein milieu de la montagne. Eux, ils voulaient un port pour pouvoir expédier tout l’or qu’ils piquaient à la mère patrie. Du coup, ils ont déplacé la capitale à Lima. Et Cuzco a doucement mais sûrement sombré dans l’oubli (enfin pas non plus complètement, mais clairement, la ville n’avait plus grande importance). A l’époque, les Espagnols sont passés à côté du Machu Picchu. Difficile à croire mais personne ne leur a dit qu’il y avait peut-être un truc à aller voir de ce côté. Le Machu Picchu, c’est un Allemand, en 1911, guidé par un gamin du coin qui a fini par mettre les pieds dedans. Depuis, les Péruviens ont construit un train et Cuzco est devenue la ville la plus touristique au monde du pays. La différence, c’est que les Cuzqueños (les habitants de Cuzco, hein, pas ceux qui boivent de la Cuzqueña…) sont assez fiers de leurs racines incas et perpétuent un certain nombre de traditions. De même, le patrimoine architectural de la ville est bien protégé et du coup, Cuzco ne ressemble à aucune autre ville péruvienne. C’est plein de petites ruelles pavées en pente à 45° (si, à 45°, quand il pleut, j’ose même pas imaginer comme ça doit glisser), d’escaliers, de places, de placettes et d’églises. Alors là, des églises, y en a par milliers (… ou tout du moins par dizaines) ! Et puis, tout autour, c’est truffé de ruines incas qu’on sait plus ou moins bien ce qu’elles font là. Oui parce que les Incas, ils étaient peut-être très forts en astrologie mais en écriture… c’est une autre histoire. Et ils ont pas laissé de mode d’emploi.

Mais nous, des ruines incas, on vient déjà de s’en farcir un petit bout alors pour commencer, on descend sur la Plaza de Armas avec la ferme intention de visiter les 4 églises (oui, 4, faut ce qui faut) qui bordent la place. En fait, ces églises ont été construites sur les anciens palais des Incas (ah oui parce qu’en fait l’Inca, celui avec un grand « I », c’était le roi des Incas. Les autres… je sais pas comment on les appelait) quand les Espagnols ont décrété que c’en était fini du dieu du soleil et de la lune et que maintenant, fallait faire des courbettes devant un type cloué sur une croix. Notre ami le Lonely nous recommande chaudement de faire le tour de ces églises si particulières qui mêlent la tradition chrétienne espagnole, un peu d’art maure et bon nombre de références aux croyances andines. Bah oui, comme les prêtres n’étaient pas complètement débiles, ils ont bien compris que pour attirer leurs nouveaux fidèles dans leurs églises, il allait falloir s’adapter. Mais pour pouvoir admirer tout ça avec nos petits yeux de touristes, il faut avoir le porte-monnaie bien rempli ! Et oui, ici, faut payer pour rentrer dans les églises. Toutes les églises. Et nous, on est des rapiats pas Crésus. On se dit : « Quitte à en visiter une, autant visiter la cathédrale. A 25 soles l’entrée, ça fait ch*** mais bon, c’est quand même dommage de rien voir du tout. » Et puis, je tente le coup dit « de la carte vitale ». C’est-à-dire que je demande un tarif étudiant pour tout le monde et que je tends ma carte vitale comme justificatif… Et emballé, c’est pesé ! On ne paye plus que 12,5 soles par personne ! Alors oui, je sais, c’est mal, faut pas tricher. Mais franchement, même à Saint Pierre de Rome, ils font pas payer l’entrée et je ne me suis jamais sentie l’âme d’un grand sponsor de l’église… En plus, on a même droit à un audioguide en français qui nous raconte tout plein de choses sur la Señorita Linda, pourquoi y a plein de miroirs partout et comment les Incas ont intégré leurs références à cette nouvelle religion. Ça valait le coup de s’offrir la visite (surtout à moitié prix).

Toutes ces bondieuseries, ça creuse. Alors on file s’assoir dans un petit resto caché dans une ruelle derrière la place après avoir slalomé entre les rabatteurs qui veulent nous faire manger des sushis, de la pizzas et autres burgers. Et là, chez Victor et Victoria, pour la modique somme de 18 soles, on engloutit le menu especial : salade de crudités, chaudron de soupe, truite ou porc à l’ananas et petite part de tarte, le tout arrosé de maté de coca. Faudra nous rouler dehors…

La suite de la journée consiste à digérer déambuler calmement dans la ville, à contempler les murs incas (ah oui, ils étaient aussi très fort en maçonnerie, ils arrivaient à tailler jusqu’à 12 angles presque droits dans une seule pierre), à faire un peu de shopping souvenir et à grimper jusqu’à un Christ Rédempteur illuminé avec le meilleur goût alors que le soleil tombe derrière les montagnes et que le ciel vire au violet…

Le lendemain matin, c’est dimanche. Et le dimanche…on va à la messe. Encore ? Oui… encore… En ce dimanche matin, on aperçoit depuis la terrasse de l’hôtel que la Plaza de Armas est bien animée. Y a des défilés qui passent avec force lever de gambettes, chars, statues de saints portées à bout de bras, fanfares et danseurs. Quand on arrive sur la place, on assiste même au lever des couleurs incas et péruviennes. Le tout avec force armée et police locale. Comme on y comprend rien (bah oui, c’est pour quoi tout ce cirque ?), on commence par demander à un des policiers qui fait la sécurité. Mais entre les coups de feu et les trompettes, on n’entend pas un mot de ce qu’il raconte et on est toujours aussi perplexes.

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Et puis, on demande à une petite dame qui s’est assise sur un banc un peu à l’écart et qui nous offre des quartiers de mandarine et elle, elle nous explique que tous les dimanches, c’est pareil. Y a une école ou une institution qui défile et puis, y a toujours une bonne occasion pour faire prendre l’air aux saints qui décorent les églises. En tout cas, ils font pas les choses à moitié ces Cuzqueños ! Mais comme le spectacle dehors est finalement plus rigolo que le spectacle dedans, et que la messe, faut pas en abuser, on préfère suivre les processions dans les rues plutôt que d’aller se tanner les fesses sur un banc à écouter chanter les enfants de chœur…

A midi, on veut retourner chez Victor et Victoria. Mais c’est le jour du Seigneur… et Victor a décidé que les fourneaux resteraient éteints. Du coup, on se rabat sur une polleria, un resto qui sert surtout du poulet grillé, une grande spécialité péruvienne. Hormis une rencontre imprévue avec un piment qui n’avait pas annoncé son nom, c’est plutôt bon. Et on savoure… parce que notre prochain repas sera servi dans une boîte en carton.

Et oui, parce que cet après-midi, on prend l’avion pour Lima et on enchaîne avec un bus de nuit pour Huaraz. C’est la dernière étape du Gauliard Tour et pas des moindres : on va se mesurer à la Cordillera Blanca…

Photos ici.

Gauliard Tour in Machu Picchu !!

Ce matin, quand on quitte Puno, c’est Gauliard Tour et le club du 3ème âge. Juste pour se donner un aperçu de ce à quoi on pourrait ressembler dans 40 ans, on s’est offert LE trajet en bus pour feignasses. Aujourd’hui, on fait Puno-Cuzco avec la compagnie Inka Express et ça, si c’est pas pour p’tits retraités, j’m’y connais pas !

D’abord, quand on monte dans le bus, y a une hôtesse qui nous offre à boire. Nous, on vient de prendre notre petit déj sur les bancs de la gare routière, on n’est pas vraiment in the mood. Ensuite, on nous compte, on nous recompte et on nous re-recompte pour être sûr qu’il n’y en ait pas un qui se soit perdu aux toilettes (ce qui va être un des grands sujets de la journée). Et puis, il y a le guide. Manuel. Qui parle tellement bien anglais qu’on le comprend mieux en espagnol. Mais surtout, il parle. Beaucoup. Trop.

Aujourd’hui, grâce à Manuel, on va visiter en chemin quelques sites touristiques intéressants le long de la route. Mais comme dans tout voyage organisé, Manuel, il est pas là pour enfiler des perles, tout est minuté. Alors c’est 10 minutes de pause photo par-là, 5 minutes de pause pipi par-ci (très important la pause pipi, Manuel nous en fera faire pas loin de 6 en 10 heures, à croire qu’il pense qu’on ne maîtrise déjà plus nos vessies…) et 20 minutes de pause shopping au beau milieu de nulle part (si on était mauvaise langue on dirait que Manuel, il touche une comm’ sur les achats que font ses touristes). Le tout sans cesser de recompter ses petits (toujours au cas où…). Et à l’heure prévue, on arrive à Cuzco. Là, à la descente du bus, on a 2 objectifs très simples : aller acheter un ticket de bus pour Santa Maria le lendemain et aller à l’hôtel. On négocie avec un taxi pour qu’il nous emmène faire les 2. Et en chemin…

En chemin, notre taxi nous demande si on va au Machu Picchu le lendemain. Perspicace le taxi, vu que tout touriste qui veut aller à Santa Maria est en route pour le Machu Picchu.

Il est temps de faire un petit aparté sur le comment donc va-t-on au Machu Picchu quand on n’est pas milliardaire. Non, parce que si on est milliardaire, c’est facile : on prend le train à Cuzco, ça coûte 70$ l’aller, 70$ le retour et à la descente du train à Aguas Calientes, on remonte aussi sec dans un bus qui nous emmène à l’entrée des ruines où là, on s’arrache un bras on paye son entrée 45€ (à vrai dire non, on a acheté son ticket sur internet à l’avance parce que c’est tellement blindé qu’il est difficile d’acheter son ticket sur place le jour même). Facile.

Quand on n’est pas milliardaire, plusieurs options s’offrent à nous. La première, c’est celle du « Je suis un warrior, je fais tout à pied mais j’ai 10 jours devant moi » : on peut marcher depuis Cuzco comme le faisait nos ancêtres les Incas et les villages étapes sont (dans l’ordre) Ollaytaytambo, Santa Maria, Santa Teresa, Hydroelectrica (qui n’est pas un village mais bien une centrale électrique) et Aguas Calientes. Une variante de cette marche de cinglés est le non moins fameux Inca Trail. Quoi qu’il en soit, faut bien prévoir 4 jours de marche aller, 4 jours de marche retour et 2 jours pour s’en remettre. La deuxième option est celle du « J’ai vraiment pas un rond mais j’ai pas toute la vie devant moi quand même ». Là, faut un peu compter sur la chance et enchaîner les collectivos tout le long du chemin (les étapes sont les mêmes). Sauf qu’à Hydroelectrica, y a pas le choix, faut se mettre à marcher le long des rails jusqu’à Aguas Calientes. C’est super easy, y en a pour 2 heures tout à plat, tout le monde peut le faire. Si tout se passe bien, ça peut se faire sur la journée. Si y a le moindre pépin, comme un glissement de terrain, un camion renversé sur la piste ou un autre truc dans le genre, va falloir envisager de dormir quelque part le long de la route. Là, en comptant un peu sur sa bonne étoile, on peut donc prévoir 1 journée de trajet aller, 1 journée sur place et 1 journée pour le retour. Reste enfin la 3ème option dite celle du « Je ne suis pas complètement fauché non plus et j’ai bien l’intention d’être efficace ». Cette option consiste donc à prendre un minibus directement de Cuzco à Hydroelectrica, puis de marcher le long des rails jusqu’à Aguas Calientes. Le lendemain, après la visite des ruines, même chose en sens inverse et hop ! à 22h, vous êtes de retour à Cuzco (fracassés, le dos et les fesses démolis mais pile poil à l’heure pour prendre une bonne douche et filer au lit). Pour les plus feignants (OK, j’avoue, on s’est laissé convaincre), y a même moyen de prendre le train uniquement sur la portion Aguas CalientesHydroelectrica pour la modique somme de 18$… vous pourrez alors dire que vous avez pris un des trains les plus chers du monde.

Bref, reprenons. Notre taxi s’intéresse donc à nos projets. Nous, évidemment, on confirme : bien sûr qu’on va au Machu Picchu ! Là, il se gare sur le côté de la route et il nous propose de nous trouver le fameux minibus qui va nous emmener direct à Hydroelectrica. Il nous rajoute même la nuit d’hôtel à Aguas Calientes, le dîner, le petit déj, le train pour revenir à Hydroelectrica le lendemain et le retour jusqu’à Cuzco ! Bon, là, on hésite. On avait décidé de se débrouiller par nous-mêmes mais on savait qu’il y avait un risque qu’on n’arrive pas à Aguas Calientes le jour prévu. Or, comme on avait acheté nos billets à l’avance, il fallait vraiment qu’on visite ces foutues ruines le 7. Du coup, après débat, on accepte la proposition du taxi. On négocie quand même le tarif et on s’en sort pour 75$ par personne. Correct mais évidemment, bien loin de ce qu’on pourrait faire en ne prenant que des transports publics. Sauf que là, on est sûrs d’être sur place en temps et en heure. On paye donc tout ça en cash sur la banquette arrière et notre taxi nous dépose à l’hôtel après nous avoir laqué une bise bien sonore et crié un « Hasta mañana ! ».

A Cuzco, on a décidé de s’installer à l’Albergue Municipal. Aucune idée de ce que cet endroit peut bien avoir de municipal mais en tout cas, c’est très propre, très frais (au sens propre du terme… ici non plus, les radiateurs ne sont pas arrivés) et pas cher du tout. Et en plus, ils nous laissent cuire nos pâtes alors qu’il est clairement indiqué que la cuisine est réservée au petit déjeuner. Nous, on trouve ça très bien. Du coup, je me la joue feignasse et j’envoie le reste de Gauliard Tour faire les courses pour le dîner pendant que je tente une mise à jour laborieuse du blog.

Le lendemain matin, notre taxi revient nous chercher pour nous emmener au minibus. On ne comprend pas tout mais il faut qu’on attende que le minibus soit plein pour partir. Et visiblement, c’est pas gagné. Il faut donc qu’on fasse le tour de la ville pour récupérer des touristes à droite à gauche. Il restera quand même une place libre ce qui agacera prodigieusement le patron mais pas le chauffeur qui lui, est stoïque. En attendant on part avec près d’une heure et demie de retard… Le truc, c’est qu’on a 7 heures de route à faire jusqu’à Hydroelectrica. Enfin de route… de route un peu, de piste beaucoup. Dans le minibus, ça s’occupe comme ça peut. Ça dort, ça écoute de la musique, ça chante… Oui, mesdames et messieurs, Gauliard Tour a le bonheur de voyager avec une charmante señorita qui chante en même temps qu’elle écoute son iTruc et qui chante fort et faux qui plus est ! Et là, 7 heures… c’est long. Notre chauffeur a beau conduire extrêmement bien, ça ne raccourcit pas la route pour autant. Et puis on n’a pas vraiment envie qu’il aille beaucoup plus vite parce que la route grimpe d’abord par un col à plus de 4300m d’où on a une vue plus que plongeante sur la vallée et les millions de petits lacets qui y redescendent avant de se transformer en piste qui longe un précipice plutôt vertigineux et nous, on aimerait quand même bien le voir, ce fameux Machu Picchu… C’est donc à 16h qu’on arrive enfin à Hydroelectrica. A peine le temps de sortir du minibus, il se met à pleuvoir des cordes. Il faut dire qu’en plus, on est redescendu à 1800m et qu’à cette altitude, on a l’impression de se retrouver en pleine jungle. On sort donc les capes de pluie et autres et en avant ! On a beau pas trop traîner, on met bien 2 heures à rejoindre Aguas Calientes et  on finit à la frontale. Le dîner étant inclus dans notre package, on déguste une dé-li-cieu-se milanese de pollo (… burp ! le les Milanais doivent se retourner dans leurs tombes…) au resto de l’hôtel. Mais trop c’est trop, on décide de s’offrir un petit dessert pour se remonter le moral. On dégote dans une petite ruelle une crêperie à la déco… plutôt chargée et on se jette sur la mousse au chocolat ! Enfin un truc bon à se mettre sous le palais ! Et puis on rentre se coucher de bonne heure : demain, lever à l’aube pour être parmi les premiers à accéder au Machu Picchu !

Et à 4h40, on est loin d’être les premiers… La queue devant la grille d’accès fait déjà 20 mètres. Quand on sait que quoi qu’il arrive la grille n’ouvre pas avant 5h, on se dit que le spectacle là-haut doit vraiment valoir le coup d’œil. Et à vrai dire, on n’en sait rien. Il se peut que la brume et les nuages couvrent entièrement les ruines et qu’on ne voit rien. C’est déjà arrivé. Mais nous, on est confiants. Et quand les gardes ouvrent enfin les grilles, on se précipite sur le chemin, les frontales vissées sur la tête. En fait, le chemin, c’est juste la piste qu’empruntent les bus (voui, rappelez-vous, y a des feignasses qui montent en bus). Sauf que la piste fait pas moins de 20 lacets et qu’entre les lacets, y a des marches pour les sportifs. Bon, on loupe les 2 premiers départs de marche parce que dans la nuit noire, c’est pas super bien indiqué mais rapidement, on retrouve la colonne de lucioles qui s’essoufflent dans la montée. Parce que c’est bien joli de s’élancer à toute allure dans ces 700 marches dont pas 2 n’ont la même hauteur… encore faut-il tenir la distance ! Et c’est pas peu fiers qu’on dépasse bientôt les groupes qui sont devant nous. On nous avait prédit 2 heures de montée, on arrive au parking en 50 minutes, c’est bon, on est affutés comme jamais (même si on s’est pris une bonne suée…). Et là… désappointement : on n’est pas les premiers. Les grosses feignasses en bus sont déjà là. Heureusement, on ne fait pas la queue bien longtemps et on passe enfin les barrières de contrôle. Là, je tente le « mais si, monsieur, j’ai vraiment besoin de mes bâtons de marche parce que j’ai un genou qui faible, mais alors très très faible » (non, ce n’est pas un mensonge, j’ai vraiment besoin de mes bâtons pour le reste de la grimpette. OK, c’est vrai, mon genou n’a rien…) et j’en rajoute même un peu en boitillant mais le monsieur ne veut rien savoir et m’échange mes bâtons contre un vieux manche à balai. Bon, c’est toujours mieux que rien.

Et on y arrive enfin… Après une dernière volée de marche, le Machu Picchu…

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Le temps de prendre les premières photos sans personne et déjà des tas de petits points colorés se répandent aux 4 coins des ruines. Le soleil n’a pas encore pointé le bout de son nez mais les nuages sont loin et la vue valait bien de se lever avant les poules. Ça y est, je suis devant ma dernière merveille du monde, la check-list est complète, pour un peu, je pourrais rentrer à la maison (je rigole, c’est une blague, je ne raccourcirai pas le voyage pour tout l’or des Incas).

Et puis c’est pas fini. Parce que oui, mesdames et messieurs, on est Gauliard Tour ou on ne l’est pas ! Alors on ne s’arrête pas là. On a prévu de grimper le Huayna Picchu, vous savez, la montagne qui est derrière les ruines sur les cartes postales du monde entier. Et comme ils n’autorisent que 400 cinglés personnes par jour à grimper là-haut, il a fallu qu’on choisisse notre horaire. Et puisque rien ne nous arrête, on a choisi d’y grimper avant 8h. Alors en avant !

Et c’est encore 400 marches de plus, bien raides, bien glissantes, bien jamais de la même hauteur (non mais c’est quoi leur problème aux Incas ? Ils avaient pas les 2 jambes de la même hauteur ou quoi ? c’est si compliqué de tailler des pierres à hauteur régulière ?) et pour finir, un petit tunnel dans lequel il faut se contorsionner avant d’arriver au sommet. Mais de là… quelle vue ! Le soleil se met à éclairer les sommets enneigés aux alentours, quelques tout petits nuages glissent au-dessus des ruines et nous, on mitraille le tout dans tous les sens.

Montage Pérou

Et puis, une fois qu’on s’est rempli les yeux, on attaque la redescente jusqu’aux ruines qu’on va ensuite arpenter de long en large pendant quelques heures. En se débrouillant bien, on glane quelques infos auprès des guides qui inondent maintenant le site. En anglais, en français, en hébreu, y en a pour tous les goûts !

Et puis, en fin de matinée, on redescend jusqu’à Aguas Calientes. Bizarrement, y a plus personne dans les marches de ce matin. Faut dire qu’il fait maintenant pas loin de 25°C et avec l’humidité ambiante, même descendre est un véritable effort ! On a juste le temps de déjeuner avant de monter le train (oui, bon, bah on a déjà bien donné ce matin, on a le droit de se la jouer feignasse nous aussi !). Enfin tout juste parce que le premier resto dans lequel on s’installe n’a visiblement pas l’intention de nous servir avant l’année prochaine et que je me retrouve à finir ma croûte de pizza en courant jusqu’à la gare… où on s’effondre littéralement (si, on peut le dire) dans le train et malgré le toit panoramique (bah oui, c’est pas le train le plus cher au monde pour rien !), on ne verra pas grand-chose du paysage jusqu’à Hydroelectrica.

Au moment de remonter dans le minibus, y a un problème. On est 4, il ne reste que 3 places dans le bus qui a chargé des gens d’autres groupes en nous attendant. Nous, on se fout de savoir dans quel bus on rentre, on veut juste rentrer. Mais visiblement, c’est beaucoup plus compliqué que ça. Après 20 minutes de palabres entre chauffeurs, ils font ressortir un gars de notre bus et nous font grimper dedans. Je me retrouve coincée à l’avant sur une planche de bois entre le chauffeur et Miss Je-Chante-Tout-Fort-Et-Tout-Faux. Je pourrais qualifier ce trajet des 7 pires heures de ma vie (et mes fesses aussi) mais ça serait exagérer un chouilla et chacun sait que ce n’est pas mon genre… Bref, à 22h, on se retrouve à Cuzco où on se rapatrie à l’hôtel manger nos restes de pâtes en frictionnant nos fessiers endoloris avant de s’écrouler (pour de bon cette fois) sous nos piles de couvertures.

Demain, c’est samedi, on fait la grasse mat’ ! (et bah oui, ça change…)

Photos ici.

Taquile

Ce dimanche matin, on quitte Arequipa de bonne heure. Le bus pour Puno part à 8h. Evidemment, à cette heure-là, c’est le seul moment où on n’est pas harcelé par les taxis dans la rue… On arrive quand même à en dégoter un qui râle un peu quand il comprend qu’il doit charger tous nos sacs mais après lui avoir fait une brillante démonstration de Tetris, il se met à zigzaguer dans les rues et nous dépose à bon port.

Au moment de monter dans le bus, le contrôleur nous fait comprendre qu’il nous manque quelque chose. On n’a pas payé la taxe d’utilisation de la gare… 2 soles par tête ! Il faut donc aller à un autre guichet pour acheter des petits tickets roses. Grrrr… et pourquoi donc n’est-ce pas inclus directement dans le prix du ticket ? J’vous l’demande…

Ce matin, on traverse donc tout le pays d’ouest en est pour rejoindre Puno. On va passer 3 jours au bord du lac Titicaca. A 14h, on arrive à destination. La ville n’a pas beaucoup changé depuis la semaine dernière. On part d’abord se trouver un petit hôtel pas cher bien camouflé entre une boulangerie et un magasin de fringues. Tellement bien camouflé qu’on est les seuls clients. Après avoir vérifié que l’eau de la douche est chaude (… mouais, vite fait), on prend la direction du port. On veut acheter des billets de bateau pour aller passer 2 jours sur Taquile, une jolie île un peu plus loin sur le lac. Rien de plus facile ! Arrivés au port, on rencontre un petit monsieur en costume traditionnel qui tricote. A l’occasion, il paraît qu’il est aussi capitaine de bateau et justement, ça tombe bien, demain, il va sur Taquile. Il nous donne donc rendez-vous le lendemain à 7h45 sur la jetée.

En attendant, la nuit tombe déjà alors on fait quelques courses pour le dîner et pour les prochains jours parce que sur Taquile, tout sera beaucoup plus cher bien sûr. Mais comme la cuisine de notre hôtel n’est pas tout à fait digne de Top Chef, ce soir, on décide de s’offrir un festin de poulet grillé et de frites. Comme on n’a pas tout compris, on a choisi l’option avec soupe au quinoa et Pepsi gratuit… Le tout arrosé de maté de coca bien sûr !

Le lendemain matin, après une nuit plus que fraîche (non, le chauffage n’est toujours pas arrivé à Puno), on est au port à l’heure dite. On embarque pour près de 4 heures de traversée. Mais d’abord, on a le droit à un petit stop sur les îles Uros, des îles flottantes fabriquées par les habitants à l’aide des fameux bambous qui poussent sur le lac. Il y aurait à peu près 75 îles amarrées sur le lac ce qui permet aux touristes de s’étaler… On nous explique alors comment les îles sont fabriquées, comment vivent les gens dessus et qu’il faut regarder où on met les pieds parce que sur les bords, c’est un peu moisi et on pourrait se retrouver dans l’eau plus vite que prévu. C’est très joli et les gens sont très accueillants mais comment faire la part de la réalité et du show monté pour les touristes… ? Au moment de repartir, les femmes s’alignent sur la berge et nous font de grands signes en chantant Bamos a la playa o-ohohoho

Et vers 12h, on arrive enfin sur Taquile. Depuis le ponton jusqu’à la place centrale du village, on entame une petite grimpette qui nous laisse à bout de souffle. C’est qu’on est à 3900m ! Là, on attend que la famille qui doit nous héberger vienne nous chercher. En effet, sur l’île, ce sont les habitants qui décident qui héberge qui, selon une sorte de roulement pour que tout le monde profite de la manne touristique. Nous, on finit chez Pedro. Plus qu’un homestay, sa maison ressemble à une maison d’hôte avec plusieurs chambres réservées aux invités. Le dîner et le petit déjeuner sont inclus mais nous seront servis dans une pièce à part. Pas vraiment d’échange et de partage avec la famille.

En attendant, on décide d’aller explorer l’île. La majorité des touristes ne restant que 2 ou 3 heures sur place, on se retrouve très vite tout seuls. On se baladera toute l’après-midi le long de petits sentiers, effrayant parfois quelques moutons qui se demandent bien ce qu’on fait là. En revenant au village, on aura même droit à un très très beau coucher de soleil sur le lac.

Taquile - Lac Titicaca

Taquile – Lac Titicaca

Mais dès que le soleil est caché, la température se rafraîchit drôlement et on se dépêche de se réfugier devant le feu dans la cuisine de Pedro (où seules les femmes ont le droit d’officier semble-t’il). Ici, même si tout le monde a accès à l’électricité, on n’en abuse pas. Et Mamie est bien contente qu’on l’aide à y voir un peu plus clair pour éplucher ses patates avec nos lampes torches !

Le lendemain matin, après un solide petit déj (t’as déjà gobé un œuf dur au petit déj ?), on se met en tête de grimper au sommet de l’île. Seulement voilà, sans carte ou presque, on a beau essayé de suivre notre instinct, on se retrouve bientôt au niveau de la mer… On arrivera quand même à remonter jusqu’à ce qu’on imagine être des ruines incas mais pour le sommet, faudra repasser. En chemin, on croisera des enfants qui nous offriront de drôles de trucs à manger.

Et puis, on reprend nos affaires chez Pedro et on redescend de l’autre côté de l’île où nous attend le bateau qui nous ramène à Puno. Là encore, la traversée prend près de 4 heures mais peut-être est-ce parce que le capitaine aura du mal à garder son cap et nous fera zigzaguer longuement le long de la côte…

En revenant sur la terre ferme, on craque et on change d’hôtel. Il nous faut une bonne douche chaude et un lit dans lequel on ne va pas grelotter toute la nuit. Je ramène donc tout le monde dans l’hôtel dans lequel j’avais passé la nuit lors de mon premier passage à Puno. Coïncidence, on me redonne la même chambre et le même lit. Mais ô joie, en 10 jours, ils ont eu le temps de changer la robinetterie. Après nous être longuement décrassé sous l’eau brûlante, on sort dîner avec la ferme intention de manger de la trucha (enfin, moi, la trucha…). On se trouve un petit resto très sympa où le serveur, qui doit plutôt être un copain du cuisto qui passait par là, veut absolument qu’on aille visiter le temple de la Fertilité à quelques kilomètres de là. Comme on ne comprend pas bien de quoi il s’agit, il finira par nous montrer des photos fort explicites, nous expliquant que les femmes qui souhaitent tomber enceintes doivent s’assoir sur les symboles phalliques qui parsèment le temple et faire des offrandes d’eau sacrée… La fatigue, l’altitude ou juste nos nerfs qui lâchent, en tout cas, on se paiera une bonne crise de fou rire.

Malheureusement, on n’a pas le temps d’aller voir ce fabuleux temple. Demain, on reprend le bus et on file vers Cusco. La prochaine fois peut-être ?

Photos ici.

La ville qui puait l’huile de poisson

A la nuit tombée, le bus s’arrête soudain le long de la Panaméricaine. « Paracas ! Paracas ! » crie le chauffeur. OK, c’est pour nous. Agglutinés à la porte du bus, les chauffeurs de taxi nous attendent de pied ferme. « Taxi señorita ? ». Bah voui hein, il nous reste près de 20kms à parcourir avant d’atteindre Paracas, on va pas se les faire à pieds… On négocie donc le tarif de la course et on suit notre nouvel ami Vladimir (oui, je sais, ça fait pas bien péruvien) jusqu’à sa voiture. Enfin sa voiture… son tas de boue plutôt. Au moment de claquer la portière, j’ai l’impression que la poignée me reste dans la main. Le compteur n’a plus d’aiguille, les ressorts de la banquette arrière rendent leur dernier soupir et les fenêtres ne s’ouvrent plus. Mais ça n’a pas l’air de perturber le moins du monde Vladimir qui roule déjà à tombeau ouvert en slalomant entre les chiens errants.

On devine l’océan sur notre droite mais l’éclairage public est relativement inexistant et on se demande si il y a vraiment Paracas, cette fameuse ville touristique, au bout de la route. En tout cas, Vladimir nous dit qu’on a vraiment bien fait de venir visiter les îles Ballestas (c’est effectivement pour ça qu’on est là) parce que c’est vraiment très beau et que c’est ce qui fait vivre toute la ville. Enfin pas exactement toute la ville. Une bonne moitié. L’autre moitié travaille dans l’huile de poisson. Et en effet, depuis quelques mètres, on longe un haut mur couvert de barbelés et régulièrement ponctué de miradors. C’est l’usine d’huile de poisson. Et pour nous le confirmer, un délicat fumet s’introduit jusqu’à nos narines… POUAH ! Mais ça daube la mort ici !

A Paracas, on a choisi de s’installer au Refuge du Pirate (qui n’a de pirate que le nom, c’est plutôt chicos en fait). Alors après avoir négocié la chambre et le petit déj, on part faire un tour en ville histoire de trouver une agence qui nous vende des billets de bateau pour aller voir les îles Ballestas le lendemain. Plus facile à dire qu’à faire… Il semblerait qu’on ne soit pas vraiment encore en haute saison et à 20h, difficile de trouver quoi que ce soit d’ouvert ! On finit quand même par trouver de la lumière quelque part et un gentil monsieur tout disposé à nous vendre tout ce qu’on veut. Mission accomplie. Reste ensuite à se trouver à dîner. Mais là, même combat. On arrive quand même à boire un pisco sour dans un resto désert et on finit par manger nos restes de saucisson assis sur nos lits chez le Pirate. Pour le petit village de pêcheurs touristique, on repassera.

Le lendemain matin, à l’heure dite, on est au port, prêts à embarquer pour les îles. Et on n’est pas tout seuls ! De petits groupes de touristes arrivent de partout jusqu’à former un immense attroupement devant la jetée. Oui mais. Une épaisse nappe de brouillard couvre l’océan. On ne voit pas à 5 mètres. Du coup, les autorités ferment le port et interdisent toute sortie en mer. Mais pas de panique, notre capitaine nous assure que ça arrive tous les matins, il suffit d’attendre 30 minutes et tout ça va se lever, aucun problème. En attendant, les cafés ouvrent à toute vitesse, faudrait pas louper les 200 touristes qui sont coincés là et qui n’ont rien d’autre à faire que s’assoir en terrasse ! Y a même un type qui vient vendre des petits poissons pour filer à manger aux pélicans qui se dandinent sur la plage.

Finalement, c’est avec près d’une heure et demie de retard qu’on sera autorisés à monter dans les petits hors-bords qui filent aussitôt vers le large. En chemin, on passe devant un immense candélabre gravé dans la falaise. Même genre que les lignes de Nazca, on ne sait pas qui, comment ni pourquoi ce truc se retrouve là mais c’est vrai que c’est intriguant. Un peu plus loin, ce sont des centaines de cormorans qui volent en rangs serrés à 10cms de la surface de l’eau. Ils partent pêcher. Et puis, enfin, elles apparaissent. Les îles Ballestas. Un chapelet de cailloux qui affleurent et qui servent de perchoir à des milliers d’oiseaux. Des pingouins, des cormorans, des pélicans, tout un tas de trucs qui volent et qui paillent à qui mieux mieux. Au milieu de tout ça quelques loutres et otaries se prélassent au soleil. On vous prévient alors : vaut mieux fermer la bouche quand on regarde le ciel. Oui, parce que les îles Ballestas ne sont pas qu’une réserve ornithologique de tout premier plan. C’est aussi une des plus grandes mines à guano du Pérou. Et il n’est pas rare que les touristes repartent avec un petit souvenir gluant dans les cheveux… D’ailleurs, on passe juste à côté des installations d’exploitation et on devine que quelques personnes travaillent bien là. Les mineurs restent 3 ou 4 mois sur les îles avant de pouvoir rentrer à terre. Et dans la puanteur ambiante (si, il faut le dire, ça pue), ça force le respect. Nous, après 2 heures à caboter entre les rochers, on a déjà les poils du nez tout frisés.

En rentrant au port, on ne sait pas trop ce qu’on fait du reste de notre après-midi. On voudrait aller visiter la réserve nationale tout près mais on veut aussi se trouver un bus pour rejoindre Arequipa le lendemain. Comme par hasard, y a pas de bus direct pour Arequipa et de toute façon, on n’a pas assez d’argent pour acheter les tickets et puis le prochain distributeur est à plus de 3kms… Bref, on finit par abandonner l’idée de la réserve et jouer la sécurité en grimpant dans un minibus pour Ica. Rien de bien fantastique à voir à Ica mais on s’offre enfin un vrai déjeuner dans le plus vieux resto de la ville où le patron, bien bavard, est ravi de pouvoir nous raconter des tas d’histoires même si ses nombreux bâillements nous font vite comprendre qu’il est plus l’heure de la sieste que de papoter.

Avec le patron du resto - Ica

Avec le patron du resto – Ica

On finit par le laisser et aller se balader dans la ville qui a visiblement souffert des tremblements de terre. La plupart des églises sont en ruines, le clocher de travers et condamnées. On finira par échouer sur un banc en fin d’après-midi sur la Plaza de Armas à observer les va-et-vient des écoliers qui rentrent à la maison, des vendeurs ambulants et des chiens qui se courent après. Juste avant de reprendre le chemin de Cruz del Sur, notre compagnie de bus préférée, on achète un sachet de chocotejas, la spécialité de la ville, des bonbons de fruits confits ou secs enrobés de chocolat et de caramel… mmmh !

Chez Cruz del Sur, on ne plaisante pas avec la sécurité. Alors après avoir passé 3 contrôles, on grimpe enfin dans le bus où on essaye de s’installer confortablement pour la nuit. Demain matin, on sera à Arequipa et c’est là que les choses sérieuses commencent…

Photos ici.