La ville qui puait l’huile de poisson

A la nuit tombée, le bus s’arrête soudain le long de la Panaméricaine. « Paracas ! Paracas ! » crie le chauffeur. OK, c’est pour nous. Agglutinés à la porte du bus, les chauffeurs de taxi nous attendent de pied ferme. « Taxi señorita ? ». Bah voui hein, il nous reste près de 20kms à parcourir avant d’atteindre Paracas, on va pas se les faire à pieds… On négocie donc le tarif de la course et on suit notre nouvel ami Vladimir (oui, je sais, ça fait pas bien péruvien) jusqu’à sa voiture. Enfin sa voiture… son tas de boue plutôt. Au moment de claquer la portière, j’ai l’impression que la poignée me reste dans la main. Le compteur n’a plus d’aiguille, les ressorts de la banquette arrière rendent leur dernier soupir et les fenêtres ne s’ouvrent plus. Mais ça n’a pas l’air de perturber le moins du monde Vladimir qui roule déjà à tombeau ouvert en slalomant entre les chiens errants.

On devine l’océan sur notre droite mais l’éclairage public est relativement inexistant et on se demande si il y a vraiment Paracas, cette fameuse ville touristique, au bout de la route. En tout cas, Vladimir nous dit qu’on a vraiment bien fait de venir visiter les îles Ballestas (c’est effectivement pour ça qu’on est là) parce que c’est vraiment très beau et que c’est ce qui fait vivre toute la ville. Enfin pas exactement toute la ville. Une bonne moitié. L’autre moitié travaille dans l’huile de poisson. Et en effet, depuis quelques mètres, on longe un haut mur couvert de barbelés et régulièrement ponctué de miradors. C’est l’usine d’huile de poisson. Et pour nous le confirmer, un délicat fumet s’introduit jusqu’à nos narines… POUAH ! Mais ça daube la mort ici !

A Paracas, on a choisi de s’installer au Refuge du Pirate (qui n’a de pirate que le nom, c’est plutôt chicos en fait). Alors après avoir négocié la chambre et le petit déj, on part faire un tour en ville histoire de trouver une agence qui nous vende des billets de bateau pour aller voir les îles Ballestas le lendemain. Plus facile à dire qu’à faire… Il semblerait qu’on ne soit pas vraiment encore en haute saison et à 20h, difficile de trouver quoi que ce soit d’ouvert ! On finit quand même par trouver de la lumière quelque part et un gentil monsieur tout disposé à nous vendre tout ce qu’on veut. Mission accomplie. Reste ensuite à se trouver à dîner. Mais là, même combat. On arrive quand même à boire un pisco sour dans un resto désert et on finit par manger nos restes de saucisson assis sur nos lits chez le Pirate. Pour le petit village de pêcheurs touristique, on repassera.

Le lendemain matin, à l’heure dite, on est au port, prêts à embarquer pour les îles. Et on n’est pas tout seuls ! De petits groupes de touristes arrivent de partout jusqu’à former un immense attroupement devant la jetée. Oui mais. Une épaisse nappe de brouillard couvre l’océan. On ne voit pas à 5 mètres. Du coup, les autorités ferment le port et interdisent toute sortie en mer. Mais pas de panique, notre capitaine nous assure que ça arrive tous les matins, il suffit d’attendre 30 minutes et tout ça va se lever, aucun problème. En attendant, les cafés ouvrent à toute vitesse, faudrait pas louper les 200 touristes qui sont coincés là et qui n’ont rien d’autre à faire que s’assoir en terrasse ! Y a même un type qui vient vendre des petits poissons pour filer à manger aux pélicans qui se dandinent sur la plage.

Finalement, c’est avec près d’une heure et demie de retard qu’on sera autorisés à monter dans les petits hors-bords qui filent aussitôt vers le large. En chemin, on passe devant un immense candélabre gravé dans la falaise. Même genre que les lignes de Nazca, on ne sait pas qui, comment ni pourquoi ce truc se retrouve là mais c’est vrai que c’est intriguant. Un peu plus loin, ce sont des centaines de cormorans qui volent en rangs serrés à 10cms de la surface de l’eau. Ils partent pêcher. Et puis, enfin, elles apparaissent. Les îles Ballestas. Un chapelet de cailloux qui affleurent et qui servent de perchoir à des milliers d’oiseaux. Des pingouins, des cormorans, des pélicans, tout un tas de trucs qui volent et qui paillent à qui mieux mieux. Au milieu de tout ça quelques loutres et otaries se prélassent au soleil. On vous prévient alors : vaut mieux fermer la bouche quand on regarde le ciel. Oui, parce que les îles Ballestas ne sont pas qu’une réserve ornithologique de tout premier plan. C’est aussi une des plus grandes mines à guano du Pérou. Et il n’est pas rare que les touristes repartent avec un petit souvenir gluant dans les cheveux… D’ailleurs, on passe juste à côté des installations d’exploitation et on devine que quelques personnes travaillent bien là. Les mineurs restent 3 ou 4 mois sur les îles avant de pouvoir rentrer à terre. Et dans la puanteur ambiante (si, il faut le dire, ça pue), ça force le respect. Nous, après 2 heures à caboter entre les rochers, on a déjà les poils du nez tout frisés.

En rentrant au port, on ne sait pas trop ce qu’on fait du reste de notre après-midi. On voudrait aller visiter la réserve nationale tout près mais on veut aussi se trouver un bus pour rejoindre Arequipa le lendemain. Comme par hasard, y a pas de bus direct pour Arequipa et de toute façon, on n’a pas assez d’argent pour acheter les tickets et puis le prochain distributeur est à plus de 3kms… Bref, on finit par abandonner l’idée de la réserve et jouer la sécurité en grimpant dans un minibus pour Ica. Rien de bien fantastique à voir à Ica mais on s’offre enfin un vrai déjeuner dans le plus vieux resto de la ville où le patron, bien bavard, est ravi de pouvoir nous raconter des tas d’histoires même si ses nombreux bâillements nous font vite comprendre qu’il est plus l’heure de la sieste que de papoter.

Avec le patron du resto - Ica

Avec le patron du resto – Ica

On finit par le laisser et aller se balader dans la ville qui a visiblement souffert des tremblements de terre. La plupart des églises sont en ruines, le clocher de travers et condamnées. On finira par échouer sur un banc en fin d’après-midi sur la Plaza de Armas à observer les va-et-vient des écoliers qui rentrent à la maison, des vendeurs ambulants et des chiens qui se courent après. Juste avant de reprendre le chemin de Cruz del Sur, notre compagnie de bus préférée, on achète un sachet de chocotejas, la spécialité de la ville, des bonbons de fruits confits ou secs enrobés de chocolat et de caramel… mmmh !

Chez Cruz del Sur, on ne plaisante pas avec la sécurité. Alors après avoir passé 3 contrôles, on grimpe enfin dans le bus où on essaye de s’installer confortablement pour la nuit. Demain matin, on sera à Arequipa et c’est là que les choses sérieuses commencent…

Photos ici.

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