J’suis reviendue à Montréal !

… dans un grand boeing bleu de mer…

(j’ai jamais bien compris cette histoire du boieng bleu de mer…)

Il a donc fallu que je fasse mes adieux à Flipper. Et avant même de m’en rendre compte, je me suis retrouvée sur le bord d’un trottoir de Brooklyn, tous mes sacs à mes pieds alignés en rang d’oignon, à regarder mon fidèle compagnon s’éloigner dans le hustle bustle des taxis jaunes…

Et j’y suis. New York. La dernière étape. Le temps de héler un taxi justement et de slalomer à mon tour entre les voitures, les joggeurs et le Brooklyn Bridge et me voilà « à la maison ». La maison, pour les 6 prochaines semaines, c’est un très joli studio dans le Lower East Side. Avec une vraie salle de bain rien que pour moi où tu peux te laver tous les jours et même 2 fois si ça te fait plaisir, une vraie cuisine où tu peux faire cuire des pâtes ET des saucisses en même temps (c’est dingue…) et 40m² pour laisser traîner l’intégralité du contenu de mon sac. Avec en prime un petit shop qui vend de délicieux bagels au bout de la rue et un café où tu trouves des eggs benedict qui tuent un peu plus loin… je suis à 2 doigts de me croire au paradis !

Mais avant de pouvoir s’installer vraiment et retrouver les joies simples de la vie sédentaire, il reste à régler le problème de mon visa. C’est que je n’ai plus que 2 jours avant de devenir officiellement une sans-papiers. Et bien que mon sens de l’amusement me dit que ça doit bien être le fun de se frotter aux agents de l’immigration américaine pour se faire jeter dans le premier avion direction Paris, je ne suis pas encore prête à retrouver l’odeur du camembert… Me revoilà donc à me traîner dans les rues de Manhattan avec mes sacs sur le dos. Cette fois, c’est direction la gare routière et un aller-retour express au Canada pour obtenir mon précieux sésame. Bien obligée d’emporter tout mon barda au cas où le retour ne se passerait pas exactement comme prévu. Quand je disais que je reviendrais à Montréal, je pensais pas que ça serait si rapidement…

C’est donc parti pour 7 heures de bus aller, 8 heures sur place et 7 heures de bus retour… Et clairement, une bonne petite dose d’angoisse parce que franchement, y a aucune raison que cette fois, j’obtienne le visa que je me suis déjà vue refuser 2 fois. Et d’ailleurs, ça loupe pas. Quand j’arrive devant le douanier avec mon grand sourire et mon petit passeport, il commence à froncer le sourcil. Et quand il me demande quand est-ce que j’étais aux Etats-Unis pour la dernière fois et que je réponds hier… là, j’ai carrément droit à une belle grimace. Et vas-y que j’appelle le chef et que je commence à tournicoter le passeport dans tous les sens et que ça fait des messes basses en me pointant du doigt… Bon, finalement, le chef vient me voir, m’explique que oui, bah, je suis bien gentille mais le visa de tourisme c’est 90 jours, je suis arrivée au bout et maintenant, faut que je retourne en France. Alors là, je commence à faire monter les larmes, je dis que je comprends pas, qu’un autre douanier m’a dit qu’il y aurait pas de problème, je jure de monter dans l’avion pour Paris mi-décembre et je leur agite frénétiquement le billet sous le nez pour me donner un peu de contenance. Et vas-y que ça re-chuchote en me regardant en coin, ça prend un air d’abord circonspect puis indulgent et finalement… alléluia ! d’un bon coup de tampon bien sonore, je suis à nouveau autorisée à entrer sur le territoire américain. Avec un long et gros sermon sur le fait que puisque je savais que j’allais rester plus de 3 mois, j’aurais dû demander un autre visa et même un avertissement pour pas que j’oublie de monter dans l’avion comme juré précédemment mais c’est bon ! Je vais pouvoir aller faire mon jogging dans Central Park et le long de l’East River, m’empiffrer de cookies chez Bouchon Bakery, faire des pirouettes sur la patinoire du Rockefeller Center, enchaîner les aller-retours sur le ferry de Staten Island, savourer mon Chai Latte dans mon gobelet Starbucks, essayer de surprendre les écureuils à Union Square, lécher les vitrines le long de la 5ème avenue et saluer l’Empire State comme si on était de vieux potes. Et tout ça pendant 6 semaines. En-fin !

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Photos ici.

AL et la vie de château

Clairement, le rythme des derniers jours est au ralenti : 4 nuits au même endroit, c’est le genre de truc que j’ai pas fait depuis… bah presque depuis je suis partie ! Mais en même temps, ça fait du bien. Arrêter de courir, passer du temps à bouquiner devant des plages désertes pelotonnée sous 3 plaids ça reste vraiment sympa. J’ai bien l’impression que ça pourrait être le programme pour le reste de ma vie. Sauf que bien sûr, ça n’est pas le programme. Le programme c’est que dans 3 jours je vais devoir dire adieu à Flipper. On se rapproche un peu plus de notre ultime étape et c’est bête, mais je sens déjà qu’il va me manquer. C’est peut-être pour ça qu’on passe autant de temps ensemble ces derniers jours…

Mais trêve de sentimentalisme ! Après avoir passé quelques temps chez les riches, il est temps d’aller voir ce qui se passe du côté des vraiment très très riches. Nous voici donc dans le Rhode Island. Le plus petit des états et le refuge d’été des grands de ce monde. Je m’arrête donc à Newport, petit port de pêche plaisance. On se croirait dans Gatsby le Magnifique (le film). En fait la ville était la station balnéaire la plus en vue à la fin du XIXème siècle quand sont apparues les grandes fortunes de l’industrie. A cette époque, l’impôt sur le revenu n’existe pas et les petits « cottages » d’été construits face à la baie sont vite remplacés par des résidences de ouf malade somptueuses. Toujours face à la baie. Quand tous ces très très riches l’ont été un peu moins (quand ils ont commencé à payer des impôts quoi…), la plupart des familles ont été contraintes d’abandonner ces palaces de bord de mer et quelques uns ont même été détruits. Heureusement, certaines mansions ont été préservées et on peut aujourd’hui les visiter. Je n’ai donc visité que 2 manoirs : The Breakers et The Elms. De l’avis du type qui vend les billets, les 2 plus impressionnants. Et ça a marché, j’ai été impressionnée. Le billet est un peu cher (et on n’a pas le droit de prendre des photos à l’intérieur) mais l’audio-guide fourni avec est particulièrement bien fait.

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On aime ou on n’aime pas le style un peu très beaucoup surchargé mais on imagine très bien les dames en robes longues qui descendent les escaliers majestueux, les messieurs fumant le cigare en lissant leurs belles moustaches et en étant un peu attentif, on entendrait presque les échos des rires, des verres qui tintent et des orchestres sur les pelouses. Parce que oui, ces maisons n’étaient utilisées que l’été et pour recevoir le beau monde. C’était donc littéralement la fête tous les jours. Les femmes pouvaient changer de tenue jusqu’à 7 fois par jour : une fois pour le petit-déj, une fois pour aller jouer au tennis, une fois pour le lunch, une fois pour rendre visite à la voisine, une fois pour le thé, une fois pour la balade en calèche de fin d’après-midi le long de la falaise, une fois pour le dîner et une fois pour la soirée. Au moins, la lessiveuse avait du boulot ! Ça doit être mon côté midinette mais l’ambiance des années 20 (1920, hein, bien sûr), le champagne qui coule à flot et toutes ces robes…  je crois que c’est le genre de vie que j’aurais pu supporter le temps d’un été.

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Outre ces mini-châteaux, Newport aujourd’hui, c’est loin de ressembler à la Grande Motte. C’est même carrément hyper joli. Petites rues pavées, petites églises aux toits blancs, petits magasins de souvenirs où t’as besoin de casse ton PEL pour acheter un bibelot… La ville accueille aussi l’université du Rhode Island, elle aussi, au bord de la falaise. Quand je pense aux tours de Jussieu, même moi qui n’y ai jamais mis les pieds, je me dis que quand même, la vie est injuste…

Pour mon dernier jour de nomadisme, Flipper et moi, on a continué sur notre lancée et on est allés visiter l’université de Yale à New Haven, Connecticut. Enfin on voulait aller visiter Yale. Mais petite erreur de timing, j’ai loupé l’heure de la visite guidée alors je me suis juste baladée sur le campus. Et franchement, après le MIT et Harvard… bah c’était plutôt décevant. Mais c’est sûrement parce que j’ai pas eu le commentaire qui allait bien. Et puis New Haven après Newport c’était… comme manger une tablette de Lindt quand vous êtes habitués à du Patrick Roger… bref, pour rester polie, plutôt en demi-teinte.

Alors pour la dernière fois, j’ai déplié la banquette de Flipper, je me suis calfeutrée derrière ses rideaux, ai déplié mes 3 couvertures et, bercée par les gens qui promènent leurs chiens, les clodos qui trimbalent leurs caddies brinquebalants et les étudiants qui rentrent de soirée dans un sale état, je me suis endormie.

Photos ici.

Cape Cod

Après avoir passé les derniers jours en environnement urbain et donc avoir laissé Flipper se morfondre dans un Park & Ride, on s’est dit qu’on n’était pas des pouilleux et qu’on allait donc aller faire un petit tour du côté de chez les Kennedy. Ouais, Jackie, JF et cie. Ces Kennedy-là.

A l’époque, c’est en effet à Cape Cod que JF et Jackie venaient passer leurs vacances. Autant dire que d’un coup, ça s’est plutôt mis à avoir la cote. Et comme JF était un gars plutôt sympa somme toute, il a classé toute la péninsule en parc naturel (le Cape Cod National Seashore) ce qui fait que la côte n’est pas défigurée. Bon, y a quand même des petites villes tout le long de cette jolie bande de terre et faut bien que les gens vivent et que la montagne de touristes qui vient s’agglutiner sur les plages se loge quelque part alors de temps en temps, y a des alignements de bungalows sur plusieurs miles mais à part ça, c’est vrai que c’est joli.

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Le premier truc surprenant quand j’arrive, c’est tous les motels et campings qui affichent « No Vacancy ». Quoi ? Tout est plein ? C’est ouf ! Et puis finalement, en y regardant de plus près, c’est pas tout à fait ça. C’est qu’en fait, c’est fermé. Bah oui, ça y est, on est en novembre, la saison est plus qu’over et un peu partout y a des petits panneaux qui disent « Thank you for the season, see you in May ! ». J’arrive quand même à attendrir la gérante d’un camping qui me laisse prendre une douche (j’ai bien fait de passer aujourd’hui, c’est le dernier camping ouvert et ils ferment ce soir…) mais en traversant la péninsule, y a quand même une atmosphère un peu lugubre… Pour ne rien arranger, le ciel est bien gris et ça pleut même un peu. Grumpff…

Je décide d’établir le campement à Provincetown, tout au bout du bout du monde. Me demandez pas pourquoi, Provincetown c’est devenu LE rendez-vous de vacances de la planète gay. C’est un peu moins mort qu’ailleurs mais y a une ambiance bien particulière. Pas un enfant dans les rues, un couple hétéro pour 50 couples homos et quelques boutiques interdites au moins de 18 ans qui jouxtent les galeries d’art et les confiseries. L’océan est juste derrière la toute petite rue principale et j’ai beau me bourrer de fudge, niveau charme, j’accroche pas. Je préfère me balader dans les dunes.

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Mais bon, on est dans un parc naturel, on peut pas faire du camping sauvage n’importe comment alors je retourne à Provincetown pour passer la nuit.

Le lendemain, il pleut franchement. Alors avec le côté hors-saison-tout-mort, c’est bien déprimant. Je me balade quand même un peu entre les gouttes et j’observe les gens qui pêchent à pieds.

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D’un coup, y a un truc qui me redonne le sourire.

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Ayé ! Flipper et moi, on a fait 8 000 miles ! La vérité, ça devrait pas me faire sourire parce que j’avais le droit à 100 miles par jour et ça veut donc dire qu’on les a bien dépassés et que je vais encore me faire racketer mais quand même ! 8 000 miles ! 12 875kms ! C’est pas un p’tit pays hein !

Après une deuxième nuit à Provincetown, je décide de changer de décor. On est encore là pour 2 nuits, on va pas continuer à se morfondre dans ce trou à rats. L’idée c’est de prendre le ferry pour aller faire un tour à Nantucket, une petite île bien prometteuse à quelques heures de là mais là, avec le temps qu’il fait… pfff ! ça vaut vraiment pas le coup. On traîne donc dans Hyannis, LA grosse ville du coin (puisque c’est là que se trouve la maison du clan Kennedy… que j’irai même pas voir en plus). Mais c’est un peu comme dans le reste de la péninsule… Thank you for the season, see you next year… Du coup, c’est le long d’une petite plage de la Lewis Bay qu’on trouve refuge. Flipper le nez au vent et moi le nez enfoui sous mes plaids à bouquiner. Et puis, le miracle se produit. D’un coup, je trouve que la luminosité est vachement bizarre. Je lève le nez et je vois ça.

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Je sors en courant du van mon appareil à la main. Et là, au milieu de nulle part, alors que je me disais que franchement, Cape Cod, ça fait partie des endroits qui valent pas la peine que je le grave sur le disque dur de ma mémoire, j’ai droit au plus beau coucher de soleil que j’ai jamais vu. Celui où tu comprends enfin ce que veut dire l’expression « le ciel s’embrase ».

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Je suis époustouflée. J’ai presqu’envie d’applaudir quand c’est fini. A la place je retourne en courant dans le ventre de Flipper parce que maintenant qu’il n’y a plus de soleil, fait carrément froid. Mais j’ai grave le sourire. Parce que les 20 dernières minutes rachètent facilement les 3 derniers jours un peu pourris.

J’espérais que pour le lever de soleil ça serait tout aussi magique mais bon, on gagne pas à tous les coups… Pour cette dernière journée au Cape, la météo n’est pas suffisamment sûre pour se risquer à Nantucket alors je traîne encore un peu sur les plages, je fais un peu de lèche-vitrine (oui parce que Hyannis, c’est pas dans les limites du National Seashore et les centres commerciaux y ont poussé comme des champignons) et vers 18h30 (si, c’est une information importante, vous allez voir), je pousse par curiosité la porte du cinéma. Y a Last Vegas qui passe à 19h10, je dis banco. J’achète donc un billet et je vais me faire faire les ongles (oui dans ce pays merveilleux, la manucure coûte 10 dollars, c’est un luxe que je m’offre plutôt 2 fois qu’une) avant de revenir pile à l’heure pour la séance.

Bon, on n’oublie pas qu’on est à Hyannis, super hors saison, y a personne qui contrôle l’entrée du cinoche alors je rentre dans la salle indiquée sur mon billet. C’est marrant, il fait déjà noir, y a des trucs sur l’écran pourtant j’ai 10 bonnes minutes d’avance. Quelques personnes dans la salle mais y a pas vraiment foule. Je m’installe et je commence à m’intéresser à ce qui se passe sur l’écran. Et là… je commence à me poser des questions. Parce que ce qui passe sur l’écran, c’est mon film. Pourtant, c’est bien la bonne salle, j’ai vérifié en entrant et le film est bien programmé à 19h10, c’était aussi marqué. Bon, le gars m’avait dit d’arriver 20 minutes à l’avance alors est-ce que j’ai bien compris et est-ce que le film a démarré plus tôt ? Ça serait plutôt bizarre mais dans ce cas, j’ai loupé que les 10 premières minutes, c’est pas la mort. Bizarre quand même…

30 minutes plus tard… générique de fin ! Alors là, je comprends plus rien du tout… Les lumières se rallument, tout le monde sort, moi aussi. Je croise un gars du ciné dans le couloir, je lui montre mon ticket en lui demandant ce qu’il se passe, le gars comprend rien et me fait signe que si, si, c’est bien dans cette salle et puis s’en va. Je suis perplexe. Décontenancée. Déconcertée. J’y comprends rien. Et puis… subitement, je me dis… mais, avec tous les changements de fuseaux horaires, est-ce que j’en aurais pas loupé un quelque part ? Je demande alors l’heure à 2 personnes qui sont plongées dans leur seau de pop-corn dans le hall (ouais ici, tu peux commencer à creuser dans ton pop-corn depuis le hall, de toute façon, t’arriveras pas à voir le fond de ton seau même après avoir vu Titanic…). « 18h20 ! » OK… C’est donc bien ça, je vis sur un autre fuseau horaire… En creusant un peu, je me rends compte que c’est pas un fuseau horaire que j’ai loupé, c’est juste que la nuit dernière, on est passé à l’heure d’hiver. Bon, la bonne nouvelle, c’est que je vais pouvoir retourner voir le début du film. Puisque personne checke les tickets, y a pas de raison !

Photos ici.

Boston, les baleines, le président et moi

En descendant le long de la côte du Maine tout en m’empiffrant de lobster rolls, je décide de m’arrêter à Portland. Et pourquoi ça me direz-vous ? Et bah d’abord parce que c’est joli et qu’en plus, je ne suis pas vraiment pressée. Après avoir revu l’itinéraire pour la 173ème fois, j’ai finalement décidé de ne pas pousser jusqu’à Philadelphie et Washington. Ça sera pour une autre fois ! Du coup, je prends mon temps.

Bon, en cette première après-midi à Portland, j’observe surtout la pluie qui ruisselle le long des murs de brique… Alors je fais ce que je sais faire de mieux : je file m’enfoncer dans les banquettes d’un Starbucks pour siroter à petites gorgées mon Grande Chai Latte… (et je commence à me demander comment je vais faire pour m’en passer dans quelques temps)

Le lendemain matin, c’est grand soleil. Bon c’est aussi dimanche matin alors on peut pas dire que la ville déborde d’animation mais ça reste sympa ce petit port de pêche. Des jolies petites rues pavées bordées de maisons en brique, non, vraiment, ça ne ressemble à rien que j’ai pu voir jusque-là.

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Et c’est sympa de constater que toutes les villes américaines ne sont pas copiées/collées. Et pour la 1000ème fois, y a rien à faire, c’est quand même mieux avec le soleil. Y a beau avoir un vent à faire valdinguer les mouettes, ça met le sourire.

Histoire d’en profiter encore un peu plus avant de rejoindre Boston, je vais faire un tour au Fort Williams Park pour admirer les vestiges dudit fort et le phare.

En poursuivant la route, je fais aussi un petit détour par Salem. Le Salem des sorcières. Dans cette petite ville sans histoires, à la fin du XVIIème siècle, des gens se mettent à agir de façon plutôt étrange. On est en pleine période coloniale, la religion tient une place plus qu’importante et long story short, ces personnes frappées d’hystérie sont accusées et reconnues coupables de sorcellerie. 19 personnes sont donc purement et simplement pendues le 22 septembre 1692. Aujourd’hui, on pense qu’une explication plausible de ce phénomène resté inexpliqué serait en fait que tous ces malheureux ont pu ingérer de l’ergot du seigle, un champignon qui attaque les céréales et contient une substance proche du LSD. Ils n’étaient pas possédés par le démon mais juste sooooo high

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Evidemment, j’ai la bonne idée de me pointer alors qu’on est le dimanche d’avant Halloween… Oui, pour nous, ça serait pas tellement un problème vu qu’Halloween, on s’en fout globalement comme de notre dernière chaussette mais ici, on rigole pas avec ça. Et comme on est dans la ville des sorcières, on rigole encore moins. Du coup, c’est blindé de monde partout, déguisé avec plus ou moins (et plutôt moins) de bon goût, le cimetière est envahi de visites guidées et y a même un parc d’attractions qui s’est installé pour l’occasion. J’arrive à naviguer entre les stands de tirs et les baraques à épis de maïs mais rapidement, je suis saoulée de monde et plutôt que de passer la nuit ici à attendre que les esprits se manifestent, je préfère continuer mon chemin jusqu’à Boston où j’arrive à la nuit tombée.

Boston, LA ville historique du pays. Enfin la ville qui a joué un rôle tout à fait particulier lors de la révolution et de la guerre d’indépendance. Et les Bostoniens ne sont pas peu fiers de leur passé. Le long des trottoirs court un ruban rouge traçant le Freedom Trail, un circuit de découverte des principaux monuments de la ville. Ça évite d’avoir le nez tout le temps dans le guide, c’est sympa. Et puis la ville en elle-même est sympa. On dit de Boston que c’est un mini-New York. C’est clair qu’on sent bien qu’on est sur la côte Est mais de là à comparer la ville à Manhattan… faut pas pousser non plus ! Mais c’est vraiment agréable, on voit le ciel, y a plein de boutiques organic (bio quoi !) et en plus, du port, on peut prendre un bateau pour aller voir les baleines. Me faites pas dire ce que j’ai pas dit mais ça pourrait en fait être presque mieux que Manhattan ! (j’rigole, y a rien de mieux sur terre que Manhattan. Et croyez moi, j’ai fait le tour…)

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En tout cas, voici donc venue l’heure de mon rendez-vous avec les baleines. Comme je l’ai déjà raconté  et , j’ai une fâcheuse tendance à faire fuir les cétacés. Mais cette fois, je suis bien décidé à ce qu’on se regarde dans le blanc des yeux ! Me voilà donc à bord du bateau de l’Aquarium de Boston à fixer l’horizon à m’en brûler les yeux. J’ai réussi à me caser à l’avant du bateau et ni le froid ni la marmaille qui braille ne me feront bouger d’un pouce. Pendant 4 heures. Enfin si. En rentrant, j’ai craqué, je sentais plus mes pieds alors je suis rentrée dans la cabine. Mais en attendant… quel spectacle !!

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Avec un total de 7 baleines à bosses différentes, la naturaliste nous explique qu’on est sacrément chanceux parce que c’est la fin de la saison et que c’est plutôt rare d’en voir autant. Bon, elles s’approchent pas trop trop près et j’ai du mal à me rendre vraiment compte de la taille totale des bestiaux mais rien qu’à la queue qui fouette l’air… pfff ! impressionnant !

Je rentre au port congelée mais ravie : enfin ! j’ai vu des baleines ! La prochaine fois, ce sera dans un plus petit bateau pour pouvoir s’approcher vraiment près…

Le lendemain, c’est journée « rhaaa… comment c’était bien d’être étudiant… ». Ouais, je sais, quand t’es étudiant et que t’entends des gens te dire que ce sont les meilleures années de ta vie, en général, tu te dis que c’est des vieux cons. M’enfin rappelle-toi, quand t’avais 15 ans, tu croyais que les gens qui en avaient 30, c’étaient des vieux cons. L’un dans l’autre… on s’y retrouve. En attendant, clairement, maintenant t’es dans la catégorie de ceux qui sont nostalgiques. Et pourquoi donc ces considérations philosophiques ? Et bah tout simplement parce qu’à Boston se trouvent 2 des plus prestigieux établissements universitaires du pays. Le MIT (Massachusetts Institute of Technology) dont sont issus rien de moins que Benyamin Netanyahou et Howard Wolowitz (oui, j’ai des références moi, môsieur…) et l’immensément prestigieuse Harvard avec son festival d’anciens présidents, de prix Nobel et accessoirement Marc Zuckerberg. Et les 2 campus se visitent. Gratuitement. Accompagné d’étudiants. Ce qui rend en fait la visite particulièrement intéressante puisque du coup, on a un peu l’impression d’y être soi-même étudiant pendant 1 heure ou 2. Oui, 1 heure ou 2 parce que si tu veux rester plus longtemps et connaître l’immense privilège de profiter des infrastructures de malade (non mais vraiment de malade) ou simplement te faire un bon bizutage d’une fraternité quelconque, va falloir casquer près de 100 000 dollars l’année… Ouais. Ça refroidit. Et ça pose la question de l’accès à l’enseignement. Comme quoi, en France, on râle mais quand même, le système n’est pas si mauvais…

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Après cette petite journée revival où je me suis dit que malgré tout, l’expérience universitaire aux Etats-Unis, ça n’a rien à voir (mais alors rien de chez rien) avec ce qu’il y a chez nous, j’avais prévu de reprendre la route. Mais le destin en a décidé autrement. En lisant les gros titres de Métro dans le métro (oui, ils ont aussi Métro aux US), j’apprends que le lendemain, l’ami Barack vient justement à Boston faire un petit discours pour défendre l’Obamacare. Comme j’ai pas encore eu le temps de goûter la clam chowder du coin, je décide donc de rester une journée supplémentaire. Evidemment, ce jour-là, il pleut.

Le discours n’étant qu’en fin de journée, je vais d’abord traîner sur les quais où sont amarrés des bateaux de la Marine. Un très très vieux, l’USS Constitution, très joli avec tous ses haubans, ses canons et ses petits hamacs qu’on se dit qu’on n’aurait pas aimé d’être un marin ayant le mal de mer dans ces conditions, et un beaucoup plus récent, tout gris et assez moche (comme ceux qu’on voit à Toulon quoi !) et où j’arrive à me faire choper parce que je me retrouve dans un coin où y a pas le droit d’aller. En même temps, c’est pas de ma faute, y a quelqu’un qui n’a pas remis la chaîne…

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Pendant ce temps, autour du Quincy Market, on sent qu’il va se passer un truc important.

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J’arrive un peu à la dernière minute et y a plein de monde partout mais ça ne m’empêche pas de jouer des pieds et des coudes pour me frayer un chemin jusqu’aux barrières de sécurité pour apercevoir l’Homme-qui-dirige-le-monde. Bon, évidemment, grosse déception. D’abord la police a bouclé tout le quartier et il est impossible d’approcher l’entrée du bâtiment dans lequel le président s’exprime. N’est admis qu’une liste d’invités triés sur le volet. Le reste des curieux (dont votre serviteuse bien évidemment) est parqué à l’arrière du bâtiment dans l’espoir de l’apercevoir à la sortie. Mais comme il ressort par là où il est entré, bah… on ne voit rien du tout. Bon, j’ai quand même réussi à l’apercevoir à travers les vitres teintées de sa grosse voiture mais en fait… il est comme à la télé. Sauf qu’à la télé, tu le vois en plus grand.

Barack

En général, tu vois pas non plus les pancartes des anti-Obama qui réclament que son prix Nobel soit donné plutôt à Poutine… Ah, ces Américains…

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Après toutes ces émotions, j’ai fini ma journée en tutu. Je suis allée voir La Bayadère, un ballet par le Boston Ballet. Alors autant chez nous (en France je veux dire), aller voir un ballet, c’est un peu un truc classe, autant ici, tu peux arriver dans la salle avec un gobelet de bière dans chaque main (acheté 1 millier de dollars au bar quand même), ça gène personne. En tout cas, heureusement qu’il y avait l’histoire imprimée dans les programmes parce que sinon, je suis pas sûre que j’aurais tout compris… Mais les danseurs étaient vraiment bons. Les solistes en tout cas. Parce que je suis toujours un peu déçue du corps de ballet aux Etats-Unis (oui, je sais, j’me la raconte grave, c’est pas la première fois que je vais voir un ballet et pas la première fois non plus aux Etats-Unis mais là n’est pas la question). Ils manquent de synchronisation. Ça fait un peu brouillon. Mais à part ça, c’était plutôt chouette.

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Et c’est donc sur cette note élégante et raffinée (hormis les effluves de bière…) que j’ai achevé mon séjour bostonien. Demain, Flipper et moi, on se prend pour les Kennedy, on file à Cape Cod.

Photos ici.

Tous les Acadiens, toutes les Acadienn-euh !

Honnêtement, je ne connais même pas cette chanson ! Mais depuis ma rencontre avec le petit papi de Lafayette (souvenez-vous, c’était ), je me dis que si tous les gens y sont aussi gentils, ça ne peut qu’être fantastique. La promesse des couleurs éblouissantes des feuilles d’automne n’est pas non plus complètement étrangère à mon enthousiasme.

Mais avant de mettre le pied en Acadie, faut déjà y aller. Et de Montréal, c’est pas complètement la porte à côté. D’abord, faut repasser la frontière…

– Bonjour Monsieur !
– Bonjour Mademoiselle ! Oh dites donc ! Il est sympa votre van ! C’est vous qui l’avez peint ?
– Ah non, c’est une location, j’ai pas choisi le design mais je l’aime bien !
– Ah ouais, il est cool. C’est un camper ? Vous pouvez dormir dedans ?
– Ouais, ouais, y a même un évier et un frigo, c’est super bien.
– Ah ouais super ! J’en ai jamais vu un comme ça avant !

(NDLR : le poste frontière se situe dans le Vermont au milieu de… rien, doit y avoir une voiture toutes les 6 heures…)

– Bon, allez, donnez-moi vos papiers. Vous venez faire quoi aux Etats-Unis ?
– Bah, je finis mon voyage, je dois rendre mon van dans 2 semaines à New York.

Il feuillette les pages de mon passeport.

– Bah dites donc ! Vous en avez des tampons là-dedans ! Vous voyagez beaucoup ?
– Bah cette année oui. Je suis en voyage depuis plus d’un an, vous êtes ma dernière frontière. Après ça, je rentre à la maison.
– Ah bon ? Et vous rentrez quand ?

– Bah le 18 décembre. Et justement…
– Ah oui, je vois. Votre visa ne sera plus valide, il vous en faut un nouveau.
– Oui ! Exactement !
– Pas de problème. Garez-vous là, je vous rapporte vos papiers.

Je souris de toutes mes dents, je fais ce qu’on me dit (si, ça m’arrive) et j’attends. Quelques minutes plus tard, mon nouveau copain revient.

– Bon, y a un petit problème.
– Ah bon ? Qu’est-ce qu’il y a ?
– Bah en fait, je peux pas vous donner un nouveau visa parce que ça reviendrait à prolonger l’ancien et ça, c’est interdit.
– Oh… mais comment je vais faire alors ?
– Bah, ce que vous pouvez faire c’est attendre la fin de votre visa, revenir au Canada puis repasser dans l’autre sens. De cette façon, vous aurez un nouveau visa.
– Vous êtes sûr ?
– Oui oui. Y aura pas de problème. Mais là, je peux pas vous en donner un nouveau.
– Mais… c’est que ça m’arrange pas parce que je dois rendre le van le 6 et mon visa expire le 8 et…
– Je comprends bien mais je n’y peux rien, c’est comme ça.
– Bon… bah, merci quand même.
– Bon voyage ! Et… drive safely !

Bon, me revoilà donc aux Etats-Unis mais avec l’obligation d’en ressortir le 8 novembre. Le coup du tour de poteau au Canada pour récupérer un nouveau visa me semble louche tout de même. Mais d’un autre côté, j’ai pas vraiment le choix. J’ai passé toutes les autres frontières sans encombre et il est hors de question de rentrer en France plus tôt que prévu ! Me v’là donc bonne pour acheter un aller-retour New York / Montréal pour dans quelques jours. Quand je disais que je reviendrais à Montréal, je pensais pas si tôt ! Et en plus, va falloir chouiner à la frontière pour qu’on me laisse rerentrer, chouette programme en perspective…

Après une étude de marché approfondie sur le moyen de faire mon petit aller-retour au meilleur rapport qualité-prix, je décide donc d’acheter un ticket de bus, départ le 8 novembre de New York, retour le 9 novembre. C’est qu’entre-temps, j’ai versé un acompte pour la location de mon refuge in the city et qu’il commence à être temps d’arrêter de jeter l’argent par les fenêtres…

Une fois ces petits problèmes logistiques réglés, je reprends donc la route et après le Vermont, Fipper et moi découvrons le Maine… C’est… boisé, dirons-nous ! Les feuilles mortes se ramassent à la pelle (sur les trottoirs du boulevard La Chapelle, oui, chacun ses références…) et le soleil danse dans ce qu’il reste des branches dénudées. Ne serait l’ombre planante de ma potentielle expulsion vers la France, avec Flipper, on sautillerait presque d’émerveillement…

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En fin de journée, on arrive enfin à Ellsworth, la dernière ville avant d’entrer dans le Acadia National Park. Il est tard, il faut que je me connecte à internet pour cette histoire de visa, je décide donc qu’on passera la nuit sur le parking d’un McDo.

Au beau milieu de la nuit (si, 3h du matin, c’est carrément le milieu de la nuit), on frappe violemment à ma portière. Ah bah tiens ! ça faisait longtemps ! La puissance de la lampe torche qui essaye de deviner ce qui se cache derrière mes rideaux me laisse deviner qu’il s’agit bien d’un shérif de passage… Je ne bouge pas, je respire à peine, j’attends… Le shérif fait le tour de Flipper, frappe encore au carreau mais ne dit rien. Bon. S’il ne parle pas, je ne vais pas lui parler non plus, je me dis. Mais c’est là qu’il se met à essayer d’ouvrir mes portières. Et évidemment… j’ai oublié d’en fermer une. Au moment où la portière s’ouvre, je hurle. Quoi ? Et si jamais c’était pas un shérif ? Bon, en l’occurrence, c’en est bien un. Un peu surpris par mes vociférations. « What’s wrong ? » que je lui aboie dessus. « You’re trespassing Miss. You’re on a private property, you don’t have the right to park here. » Je change alors subitement de tactique (déstabilisation de l’adversaire) et je fais celle qui parle pas trop anglais et qu’a rien compris. « What ? Sorry, I’m french, I didn’t understand what you just said. Anyway, I asked them if I could stay here and they said yes ! » Ah oui, par-dessus le marché, je rajoute un beau mensonge. Mais balancé avec les paupières encore un peu collées, ça passe. Bon, le shérif se radoucit, il m’explique que si quelqu’un est garé sur la parking, normalement, quand le premier employé arrivera, il devra appeler les flics par souci de sécurité mais bon, là, vu que j’ai demandé la permission (hum, hum…), il vérifie mes papiers et on convient que je peux rester là. En fait, qu’ON peut rester là. Parce que comme je vois bien qu’il ne s’en va pas, je finis par réaliser que le shérif va passer le reste de la nuit dans sa voiture, à côté de Flipper en attendant le premier employé du McDo. Apparemment, dans le coin, il se passe pas grand-chose la nuit… Moi, je retourne sous mes couvertures et j’essaye de retrouver le fil de mes rêves.

Les 3 jours suivants, je me balade donc dans le Acadia National Park. Encore une fois, on est un peu hors saison, y a pas grand-monde et je peux profiter de l’océan Atlantique presque pour moi toute seule. Y a plein de sentiers, des points de vue, des écureuils, des petits oiseaux et de délicieux lobster rolls au village. Quand on peut se retrouver la bouche pleine de homards pour moins de 10 dollars, on dit rien, on mastique.

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3 jours, c’est vrai, c’est un peu long. Mais il faisait beau, j’ai fait ma feignasse et j’ai failli saigner Flipper à blanc. Un matin, après avoir passé la nuit à enchaîner les épisodes de la saison 5 de Breaking Bad (j’ai peut-être pas la télé mais ça ne m’oblige pas à être coupé du monde pour autant…), la batterie de Flipper a fait… pschitt ! A peine pschitt d’ailleurs… J’ai donc pris mon air le plus aimable et suis allée demander de l’aide au magasin d’à côté où un très gentil monsieur est venu avec tous ses câbles ressusciter mon Flipper. Et après avoir remercié le bon samaritain, on a repris la route. Cap au Sud moussaillon !

Photos ici.

Les chutes du Niagara

Je serais bien restée une journée de plus à Chicago. Et pas seulement parce que j’en ai perdu toutes mes photos. Non, plutôt parce que la ville est vraiment chouette, grande mais pas trop, animée, avec de beaux buildings, un front de mer (enfin, de lac en l’occurrence mais le lac est si grand qu’on peut tout à fait croire que c’est la mer), des tas de bons restos, de jolis parcs, des statues rigolotes, un métro aérien qui passe sur des ponts comme la ligne 6, bref… elle mériterait une exploration digne de ce nom. Sauf que le temps défile, les miles passent et le programme est encore chargé.

Ah oui. Je vous ai pas dit mais depuis près de 2 semaines, je passe des heures carrées à essayer de me trouver un appart à New York. Meublé, pas cher, bien situé et dont la déco me plaise évidemment. Enfin ça, c’étaient les critères au début. Parce que plus le temps passe et moins je deviens sélective… Pour vous dire, j’en suis à ne même plus me soucier qu’il soit à Manhattan ! Comment ça New York ne se réduit pas à Manhattan ? Non mais vous croyez quand même pas que je vais accepter de me retrouver à Staten Island ou pire, dans le New Jersey, non plus ?!! On pourrait croire que vu l’offre pléthorique, rien ne devrait être plus simple. Ben détrompez-vous mes p’tits potes ! Entre les arnaques repérables à 100 miles, les enf*** qui ne répondent jamais aux mails, ceux qui répondent pour dire que ah, non, désolé, l’appart n’est pas dispo à ces dates (alors qu’il est indiqué qu’il l’est sur le site internet, évidemment, sinon j’aurais pas demandé, pfff…) et ceux dont les commentaires des précédents locataires font froid dans le dos… ça a probablement été un des hébergements les plus difficiles à trouver de tout le voyage !

Mais heureusement, ça y est, le miracle s’est produit, j’ai dégoté la perle rare : un petit studio tout pimpant en plein cœur de l’East Village et dont le loyer rentre parfaitement dans mon budget. A propos, pour ceux qui se poseraient la question, j’ai pas fait mon budget cette année… je l’ai grandement explosé on pourrait même dire. Mais je ne m’étendrai pas sur la question, j’y reviendrai quand tout sera terminé et que sonnera l’heure des bilans. En attendant, dans quelques semaines, je pourrai dire « J’habite ici. » en regardant la Liberty Statue droit dans les yeux. Et ça, ça n’a pas de prix.

Tout ça, c’est bien joli mais je n’aurai les clés de mon palace newyorkais que le 6 novembre prochain. Et Flipper expire le 29 octobre. Entre les 2, y a une petite semaine de battement dont je ne sais pas trop quoi faire. Alors je réfléchis un peu (3 secondes, à peu près) et je décide de prolonger mon partenariat avec Flipper quelques jours de plus. C’est qu’on s’entend bien lui et moi. On s’attache facilement à ces p’tites bêtes-là…

Sauf que tout ça finit par se régler alors que j’ai déjà quitté Chicago. Tant pis, profitons du soleil qui m’oblige à ne conduire que d’un œil et laissons le bitume s’engouffrer sous les roues de Flipper. La destination du jour se trouve de l’autre côté de la frontière. Ce soir, on dormira à Niagara Falls. Mais pour y arriver, faut encore traverser tout un tas d’états (l’Illinois, le Michigan), faire un petit détour par Détroit pour voir à quoi ressemble la ville la plus endettée du pays et se prendre pour Eminem l’espace de 4 secondes (le temps qu’il faut pour faire le tour du panneau 8 Mile), faire la queue pour passer la frontière et avaler encore un bon paquet de kilomètres jusqu’à atteindre le Graal. Evidemment, quand on arrive, il est 22h passées et il fait nuit noire. Pourtant, la ville est étrangement morte. Personne dans les rues, pas un néon, rien… Pour une ville réputée ultra touristique, c’est plutôt bizarre. Bon, de toute façon, On s’enfonce dans des petites ruelles, on se camoufle entre 2 voitures et hop ! on tire le rideau pour la nuit.

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Le lendemain matin, je prends mon petit déj à la laverie histoire de ne pas perdre de temps et une fois que j’ai fini de me battre avec ma couette, je pars enfin à la recherche du point de vue. Celui où j’aurai le souffle coupé. En fait, la veille, je suis arrivée par le nord de la ville et comme les chutes sont au sud, c’était un peu normal qu’il n’y ait personne. Parce que dès que je m’approche de la rivière, mon village fantôme se transforme en mini Vegas. Atroce. Des hôtels immenses avec des néons qui clignotent de partout, des centres commerciaux, des restos de chaînes qui s’alignent les uns à côté des autres… beuark ! Et évidemment, pas moyen de se garer au milieu de tout ça. Enfin si. Si t’as l’intention de dépenser 15 à 20 dollars pour une place dans un parking « public », y a aucun problème. Sinon, t’es bon pour aller te garer à 4 kilomètres et revenir en marchant. Alors que je tournicote dans l’espoir vain de trouver une faille dans le système, soudain… je les vois ! Là, comme ça, même Flipper les voit ! Y a la route, le trottoir, un vague parapet et… là, elles sont juste là !

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Et franchement, on a beau eu me dire que c’étaient pas les plus belles chutes du monde, en ce qui me concerne, je trouve quand même ça vachement impressionnant. C’est vrai qu’elles sont pas très hautes mais la rivière est vachement large ! Et ça fait un bruit d’enfer en tombant ! On se rend bien compte que le débit est sacrément élevé. D’ailleurs, en tombant, l’eau fait plein de gouttelettes et ça remonte jusqu’en haut et ça bruine même sur Flipper encore plus haut. Alors OK, il fait gris, il pleut et le cadre est vraiment moche mais… wouah… y a des fois, la nature fait du bon boulot quand même…

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Et puis je comprends pourquoi tout le monde te dit de venir côté canadien plutôt que côté américain. En fait, les chutes sont en forme de fer à cheval et côté américain, bah… tu vois pas le fer à cheval. Le truc bien, c’est qu’un peu plus loin sur la rivière, y a un pont et tu peux passer d’un côté à l’autre hyper facilement. A condition d’avoir ton passeport en règle. Alors je sais pas si c’est la trouille qu’on m’explique que je peux pas avoir de nouveau visa US (oui, je reviendrai aussi plus tard sur mes petits tracas administratifs…) ou juste parce que je me suis repue les yeux de ce que je voyais côté canadien mais je ne suis pas passée de l’autre côté. A force de patience, le soleil a même fini par faire une apparition. Et c’était beau.

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Mais quand même, on peut pas regarder de l’eau tomber toute la journée. Déjà, à force, ça donne envie de faire pipi et puis, on finit par être trempés (non, pas parce qu’on a fait pipi, juste parce que les embruns des chutes, c’est pas du pipi de chat !). Bref, y a la possibilité de faire quelques attractions attrape-couillons (un petit tour en bateau au plus près des chutes, passer derrière les chutes, aller voir un film en 3D qui explique comment les chutes ont évolué depuis un millier d’années) le tout pour une somme relativement indécente.  Y a aussi un petit musée rigolo qui recense toutes les tentatives de franchissement des chutes. Je veux dire, tous les gens qui se sont lancés dans la rivière depuis le haut de la falaise et qui ont espéré arriver en bas vivants.

Là encore, j’ai été poursuivie par un souvenir d’enfance. Je devais avoir 10 ans. Mes parents m’avaient emmenée à la Géode et sur cet écran géant, j’avais vu un film qui racontait l’histoire de Annie Taylor, cette institutrice de 63 ans qui fut la première à franchir les chutes enfermée dans un tonneau. Elle avait pris avec elle un petit chaton noir. Quand elle est ressortie (vivante), le petit chaton était blanc. Et bah, dans ce musée, y a le tonneau d’Annie. Et toutes les autres embarcations totalement farfelues qu’une poignée de cinglés ont construites pour défrayer la chronique. Tout le monde n’a pas eu la chance d’Annie, tout le monde n’en est pas sorti indemne. Au bout d’un moment (et d’un certain nombre de morts), les autorités ont fini par déclarer qu’il était illégal de tenter de franchir les chutes.

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Bref, après avoir regardé un sacré paquet de baignoires se remplir (au rythme d’un million par minute, ça fait vraiment un sacré paquet), j’ai fini par quitter la ville. Je suis allée un peu plus loin, à Niagara-on-the-Lake. Là, changement d’ambiance radical. Des propriétés immenses, des vignobles à perte de vue, de jolies boutiques en briquettes, des galeries d’arts et des antiquaires… un autre monde ! J’ai donc fait un peu de lèche-vitrine et j’ai presque même bien failli lécher la vitrine pour de vrai.

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Et puis, comme c’est pas le genre d’endroit où Flipper passe tout à fait inaperçu, j’ai continué ma route jusqu’à Toronto. Et pour clôturer cette journée en beauté, je suis allée me laver les cheveux faire quelques longueurs à la piscine.

Photos ici.

Le pays où le ciel est plus grand qu’ailleurs

Puisqu’il est désormais certain que le gouvernement américain m’en veut personnellement et ne réouvrira pas ses foutus parcs avant la Saint Glinglin, je reprends donc la route. Et cette fois, elle va être longue. Très longue. Globalement, je vais aller jusqu’à Chicago d’une traite. Enfin, d’une traite. En 6 jours. C’est qu’il y en a un certain paquet de miles à mettre au compteur de Flipper ! Mais quitte à avaler tout cet asphalte, autant le faire côté américain. Même s’il n’y a pas grand-chose à voir, ce sera toujours moins pire que côté canadien. Je quitte donc Banff, direction la frontière… que je passe comme une fleur. Un peu trop vite d’ailleurs. Le douanier ne met même pas de tampon sur mon passeport parce que soi-disant le visa que j’ai déjà est encore valide et y a pas besoin d’en mettre un nouveau. Bon. OK. Sauf que quelques kilomètres plus loin je réalise que mon visa est certes encore valide mais seulement jusqu’au 8 novembre… et moi, je ne repars que le 18 décembre. Petit souci administratif en vue… Heureusement, il est prévu que je repasse au Canada puis aux Etats-Unis avant le 8 novembre. Va falloir la jouer fine…

En attendant, je roule…

Et pendant 6 jours, j’ai parcouru près de 2300 miles et traversé 6 états.

D’abord le Montana. Moi, quand j’entends Montana, je pense à ça.

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Ou encore à ça.

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Bref, des paysages de malade, des chevaux, des cow-boys qui ressemblent à Brad Pitt (tous, oui, sans exception) et de la bonne musique country (oui, comme vous avez pu vous en rendre compte, c’est devenu ma spécialité). Et la vérité, c’est que le Montana, c’est presque ça. Des montagnes enneigées dans le fond, des plaines dorées devant, des chevaux la crinière au vent, des centaines et des centaines de vaches qui paissent paisiblement, un ciel 1000 fois plus bleu et plus grand que n’importe où ailleurs et un ruban d’asphalte qui s’étend à l’infini… C’est beau. De temps en temps, on tombe sur un hameau. Voire un village. Voire même une ville. Enfin pas trop grande la ville quand même. Et toujours ce ciel démentiel.

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Après le Montana, je suis passée au Wyoming. Là, les montagnes font progressivement place à des montagnettes puis à des collines et des collinettes. Les champs sont toujours aussi dorés et le ciel toujours aussi immense. Y a toujours des veaux, vaches, cochons, couvées et même quelques troupeaux d’antilopes. Si, dans le Wyoming, y a des antilopes.

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Y en a même un bon paquet. Et régulièrement couchées au bord de la route… Bon, y a aussi des ratons-laveurs sur le bord de la route. Et tout ça n’est pas en très bon état en général. Y a aussi des gens bizarres sur les aires de repos qui passent la nuit à veiller à côté de votre van et vous laissent au petit matin une lettre de 3 pages sur le pare-brise pour vous dire qu’il faut se méfier des inconnus… Mais le Wyoming, c’est aussi des couchers de soleil à tomber par terre et ce ciel qui s’enflamme et prend des teintes violacées comme on n’en voit que dans les photos de National Geographic.

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Et puis après le Wyoming, y a le South Dakota. Bon, celui-là, on savait à peine qu’il existait avant d’y mettre les pieds. Et pourtant ! Y en a des trucs dans le South Dakota ! D’abord y a ça.

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Ah ! C’est pas un peu connu ça ? Et non, ça n’est pas la vague réplique de l’étiquette d’une encore plus vague bouteille de whiskey… Et oui, ça aussi c’était censé être fermé (shutdown toussa-toussa…), mais comme tu peux le voir depuis la route, ça serait vraiment bête de vouloir payer les 11 dollars du parking (oui parce que c’est gratuit mais comme t’as pas le droit de te garer le long de la route, faut payer le parking…). En ce moment, les rangers sont plutôt sympas, ils te laissent t’arrêter quelques minutes devant l’entrée du mémorial et prendre tes photos. D’ailleurs, y a pas que des rangers qui traînent là-devant. Y a ça aussi.

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Et puis dans le South Dakota, tu trouves ça.

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Oui, c’est une espèce de château recouvert d’épis de maïs. Et à l’intérieur du château, y a… rien. Enfin si, une salle de sport. Et non, des fois, tu comprends pas tout chez les Américains.

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Mais dans le South Dakota, tu trouves aussi ça.

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Quoi ? Non, c’est pas juste une maison. C’est une maison située à l’angle de Ingalls Drive et Prairie Avenue !

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Parce que le South Dakota, c’est aussi la patrie de Laura Ingalls Wilder. Oui, LA Laura Ingalls. Celle qui habite dans une petite maison au beau milieu d’une prairie. Laaalalalaaaa laaalalaalalaaaa ! Et hop ! Vas-y que je me gamelle dans la prairie ! Oui, parce que moi, j’ai jamais lu les livres écrits par Mme Ingalls. Je connais que la série télé. Sauf qu’il y a un truc qui ne colle pas. Dans la série, les Ingalls habitent à Walnut Grove. Et ici, on est à De Smet. Jamais entendu parler de De Smet… c’est louche. C’est qu’en fait, avant de déménager à De Smet, les Ingalls vivaient bien à Walnut Grove mais ça, c’est dans le Minnesota. Alors le scénario de la série a un peu tout mélangé mais la petite maison dans la prairie, elle est bien ici. A De Smet.

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J’ai même pu aller me recueillir sur les tombes de Charles et Caroline.

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Et comme je ne voulais pas en rester là, j’ai poursuivi ma course folle dans le Minnesota. Où je suis évidemment passée par Walnut Grove. Mais là, curieusement, ils en font pas tout un foin des Ingalls. C’est tout juste s’ils mettent un petit drapeau sur les lampadaires.

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Et puis après le Minnesota, j’ai encore traversé le Wisconsin pour finir par arriver à Chicago, Illinois. Et après 6 jours à avoir contemplé l’horizon à perte de vue, d’un coup, retrouver des gratte-ciels et des autoroutes à 3 voies, ça a fait tout bizarre… Et d’un coup, le ciel a retrouvé une taille normale : juste un petit coin de bleu entre 2 buildings.

Photos ici.

AL contrebandière

Ce matin, le réveil a sonné. Et à 6h, s’il vous plaît ! Non mais c’est pas une heure pour s’extirper de sa couette, définitivement ! Sauf que ce matin, pas le choix. Il n’est pas question de louper le ferry qui va m’emmener de l’autre côté du détroit de Géorgie (oui, je sais pas pourquoi il s’appelle comme ça celui-là…) et me faire traverser la frontière canadienne. J’ai décidé de démarrer le périple canadien à l’extrême ouest, sur l’île de Vancouver. On m’y a promis des paysages fabuleux, des villages tout choupinous et des spécialités locales à faire frétiller les papilles. J’ai dit banco.

J’ai donc passé la nuit calmement accoudée à un petit bout de trottoir à Anacortes. Parce que c’est de là que partent les ferrys, hein, pas parce que y a quelque chose à y voir. Et il fait à peine jour quand je rejoins le terminal. Je serre sur mon cœur mon passeport et celui de Flipper (oui, il faut un peu de paperasse pour que Flipper aille tranquillement barboter à l’étranger) et je me présente tout sourire au guichet.

– Oui ? Vous allez où ?
– Euh… bonjour ! Je vais à Sidney ! (oui parce que de l’autre côté du détroit de Géorgie, ça s’appelle Sidney. Rien à voir avec les kangourous. Evidemment.)
– Oui, très bien. Ça fera 59,85 dollars.
– OK. Mais euh… vous voulez pas voir mon passeport ?
– Ah non, ça, c’est pas de ce côté que ça se passe ! C’est à l’arrivée.

Là, je me dis que si y a un problème, va falloir se retaper la traversée dans l’autre sens, que ça n’est pas bien logique tout ça mais surtout je garde mes réflexions pour moi.

Je passe ensuite à un deuxième guichet qui vérifie que j’ai bien payé au premier (bah je vois pas bien comment j’aurais pu feinter le paiement…) et m’envoie patienter dans la file n°11. Les files se remplissent doucement en même temps que le jour et le brouillard se lèvent et des messages diffusés par les haut-parleurs tournent en boucle. D’ailleurs, au bout d’un moment, je dresse l’oreille : ils parlent de « bear sprays ». Et bah figurez-vous qu’il est interdit d’entrer au Canada avec ces petits machins-là. M*** ! Je vais quand même pas jeter le mien ?! Je l’ai acheté exprès !! Bon, je le planque au fond de mon sac et je me dis que si j’ai droit à une fouille en règle, je prétexterais que je l’avais oublié… (NDLR : faut pas faire ça, c’est mal). Dans la foulée, j’apprends qu’on ne peut pas entrer au Canada non plus avec des fruits et des légumes frais. J’en ai plein le frigo, c’est parfait… Pareil, je vais pas jeter toutes mes provisions, je fais donc la sourde oreille.

On monte enfin sur le bateau, je serre bien le frein à main de Flipper (on ne sait jamais, une grosse vague et hop ! le voilà par-dessus bord !) et je vais m’installer sur le pont en espérant admirer le paysage et, sait-on jamais, une orque qui passerait par là. Evidemment, y a un brouillard à couper au couteau, on n’y voit goutte et le capitaine passe son temps à sonner de la corne de brume… Je finis donc par réintégrer le ventre de Flipper et ma couette en râlant.

Quelques heures plus tard, apparaît enfin la côte canadienne.

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On attend patiemment que le ferry s’immobilise, que les portes s’ouvrent et on s’avance prudemment sur le sol canadien. Là, faut refaire la queue pour passer la douane et faire tamponner son passeport. Mon tour arrive… je baisse ma vitre, m’applique à faire mon plus beau sourire, tend mon passeport et…

– Bonjour !
– Bonjour Madame. Vous êtes française ?
– Euh… oui.
– Il est à qui ce van ?
– Euh… c’est une location.
– Vous avez le contrat ?
– Bien sûr !
– Très bien. Vous allez où comme ça ?
– Ben… d’abord je vais faire un tour sur l’île de Vancouver et après je vais continuer ma route vers les parcs nationaux d’Alberta…
– Très bien. Combien de temps vous comptez rester chez nous ?
– Oh ! Pas plus de 2 semaines ! Après, je dois retourner aux USA pour rendre le van !

Là, il tamponne mon passeport et il s’apprête à me le rendre quand…

– Vous transportez de la viande, du fromage, des légumes ou des fruits ?
– Euh… c’est-à-dire… un petit peu de tout ça…
– QUOI ???
– Non mais j’ai juste un petit peu de jambon, des tranches de fromage, des carottes…
– Il reste du vert sur vos carottes ?
– Ah non non non ! Elles sont pelées et dans un sachet ! Et puis, j’ai peut-être aussi une pomme. Vous voulez voir ?

Je fais mine de détacher ma ceinture pour aller lui ouvrir le coffre.

– Faut que vous sortiez de la voiture pour regarder ?
– Euh… bah oui. C’est dans le coffre.
– Bon. Bah on n’a qu’à dire que c’est pas grave et que vous n’avez pas de pomme et puis ça ira. Allez, bon voyage et profitez bien !

Et voilà comment je me retrouve officiellement en territoire canadien, contrebandière de pommes et de tout un tas d’autres trucs…