Impériale Hué

Finalement, les trains de nuit vietnamiens… ça craint. Les conducteurs de train ont dû aller passer leur permis en Inde parce que j’ai failli dégringoler de ma couchette plus d’un million de fois… (NDLR : si vous prenez le train de nuit le 31 décembre, à minuit, le train s’arrête et les hauts parleurs se mettent à grésiller des chants de bonne année du meilleur goût, genre remixés à la sauce 70’s. Du coup, les gens se souhaitent une « bonne année » puis chacun se retourne sur sa couchette et reprend là où il s’était arrêté.)

Enfin peu importe, nous voilà arrivées à Hué. Qu’allions-nous faire à Hué ? Et bien, se culturer un peu les zenfants, ça fait pas de mal !

Hué, capitale des empereurs Nguyen (la dernière dynastie, ceux qui nous ont vendu le pays), a été classée au patrimoine mondial de l’Unesco en 1993. La citadelle impériale, symbole de la ville, fût bâtie en 1804 par Gia Lang, le 1er empereur de la dynastie, sur un site choisi par ses charlatans géomanciens. Ses successeurs procédèrent à quelques aménagements pour loger comme il se doit leurs mères et leurs grand-mères mais sous le protectorat français, ils étaient écartés de toute décision nationale. Seul l’empereur Ham Nghi, âgé de 13 ans (… autant dire qu’il avait des conseilleurs de valeur…), osa contester la domination française. L’armée coloniale répondit en assiégeant la ville puis en brûlant la bibliothèque impériale et en dépouillant la cité de tous ses objets de valeur (ah ! la France… pays des Lumières…). Le petit Ham Nghi mourut subitement (comme c’est mystérieux…), fut remplacé sur le trône par Dong Khanh, bien plus conciliant et on n’entendit plus parler de Hué. Jusqu’au 31 janvier 1968. On est alors en plein conflit sud/nord. Hué est alors sous la domination de l’armée du sud et des Américains. Comme c’est le Têt (le nouvel an chinois), il y a un cessez-le-feu tacite. Mais comme c’est tacite et que rien n’a été dit officiellement, les Viêt-Congs (du nord) attaquent simultanément plus d’une centaine de villes, dont Hué, pour les « libérer ». Sauf que la population n’avait apparemment pas tant envie que ça d’être libérée (en tout cas à Hué). Et que les Viêt-Congs, vexés, vont tenir la ville pendant 3 semaines pendant lesquelles des milliers de citoyens, figurant sur des listes méticuleusement établies à l’avance, se retrouvèrent alors victimes de gigantesques rafles. Près de 2500 personnes (marchands, fonctionnaires, bonzes, prêtres, intellectuels) furent sommairement fusillés, tués à coups de gourdin ou enterrés vivants (oui, c’est la guerre, c’est pas joli-joli…). Comme l’armée du sud n’arrivait pas à déloger les Viêt-Congs de la ville et que le massacre commençait à bien faire, les Américains, comme d’habitude sauvèrent le monde bombardèrent la cité (et rajoutèrent par-dessus une bonne dose de napalm et d’agent orange) et reconnurent, quelques bonnes centaines de morts plus tard, qu’ils avaient dû « détruire la ville afin de la sauver ». Bien. Sauf que 7 ans plus tard, en 1975, les Viêt-Congs revinrent et reprirent la ville en 3 jours. Tout ça pour ça.

Beaucoup d’édifices portent encore les stigmates de la guerre ou d’un abandon délibéré car les communistes réprouvaient ces emblèmes du pouvoir impérial. La ville doit donc son charme en grande partie à sa situation sur la rivière des Parfums et a sa capacité à faire cohabiter le neuf et l’ancien sans problème. Tous les 2 ans, elle accueille le désormais célèbre « festival de Hué » (bien connu de tous…), durant lequel des artistes locaux et internationaux viennent se produire ou exposer leurs œuvres dans tous les sites historiques et les centres d’art de la ville.

Bien. On est donc venues contempler des ruines. Les weather forecasts n’étaient à priori pas de notre côté mais c’était sans compter sur ma notre chance légendaire. Après un premier après-midi bien gris foncé à explorer les ruines croulantes de la citadelle impériale (d’ailleurs, on a bien failli finir enfermées dedans), et malgré le froid de canard, on s’est offert un tour de cyclopousse (bien colonial, isn’t it ?) pour aller dîner dans un resto de fruits de mer (où, là aussi, on a fait la fermeture…) On espérait bien se réchauffer avec un bon hot pot mais c’était sans compter que le resto était… en terrasse (et que, quand même, on était le 2 janvier) ! Alors pour pas se ramollir (et surtout parce qu’on a trouvé personne pour nous ramener), on est rentrées à pieds jusqu’à l’hôtel (BinhMinh Sunrise 1, très bien), où on a réclamé des extra blankets parce que là, fallait pas pousser le bouchon Maurice.

Le lendemain matin, le soleil commence à pointer le bout de son nez. Alors on saute dans notre bateau dragon privé réservé la veille, direction les tombeaux impériaux qui sont disséminés le long de la rivière des Parfums. Il paraît qu’il y a fort fort longtemps, les berges étaient couvertes d’herbes et de plantes médicinales qui exhalaient moultes senteurs d’où la rivière des « Parfums ». Aujourd’hui, plus l’ombre d’une tige d’un truc qui sent bon mais quelques champs et surtout l’occasion de regarder vivre les Vietnamiens le long de la rivière.

Les circuits « classiques » font visiter 5 tombeaux, 2 villages de fabrication de bâtonnets d’encens et te ramènent à ton hôtel à 15h. Nous, on privatise, on joue les snobinardes (ça, on sait faire !), donc on en a visité 3, 1 pagode et on est revenues à Hué à 18h… Autant dire qu’on les a bien étudiés les tombeaux ! D’ailleurs, ça a passablement agacé notre captain et son skipper qui pensaient bien faire autre chose de leur journée et essayaient de nous faire changer d’itinéraire pour pas rentrer trop tard. Mais c’est qu’il y en a des trucs à regarder ! Des statues de soldats en pierre de taille variable (en fonction du complexe mal placé de l’empereur concerné), des stèles immenses, des pavillons de poésie, des obélisques monumentales supposées symbolisées le pouvoir et la puissance (hum, hum… de nos jours, on mettrait des grosses bagnoles j’imagine…), bref, de quoi épuiser les batteries de nos appareils photos. Et puis, comme il faisait 25°C et un grand soleil, on ne pressait pas trop.

Pour notre dernière journée à Hué, on est retournées à la citadelle (où j’ai réussi à ne pas repayer l’entrée en agitant mes billets de la veille sous le nez du portier qui ne comprenait pas pourquoi on était ressorties pour rerentrer…) pour voir un spectacle de danse et de musique traditionnelles (dont on a loupé la moitié mais ils offraient une bouteille d’eau alors que dire…). Et puis du coup, on a croisé 2 éléphants, on a fini d’examiner l’intégralité des ruines (bah oui, on traîne tellement qu’on n’avait pas eu le temps la première fois), et j’ai perdu mon pull (il faisait trop chaud, je l’avais enlevé et puis après tout, c’est normal, je perds un truc dans chaque pays).

Et puis, on a repris le chemin de la gare, où on est montées dans le train à 15h pour arriver à Hanoi à 4h du matin après s’être successivement cogné la tête contre le mur et la rambarde métallique un bon millier de fois…

Photos ici.

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